Napoléon ou Napoléon vu par Abel Gance est un film français réalisé par Abel Gance et sorti en 1927.

Le film retrace le parcours de Bonaparte, de 1781 à Brienne jusqu'au alors que vient de commencer la première campagne d’Italie.

Tout en étant l'un des derniers films muets, sorti quelques mois avant l'apparition du cinéma parlant, ce film est considéré comme un chef-d'œuvre du cinéma mondial. Acclamé à sa sortie en 1927, il fait l'objet de plusieurs restaurations successives..

Il est notamment réputé pour les nombreuses innovations mises en place par Gance, parmi lesquelles les caméras montées sur des chevaux ou d'immenses balanciers, ainsi que le triptyque final.

Gance entreprend en 1935 de sonoriser son Napoléon et d'y incorporer de nouvelles scènes tout en faisant de multiples coupes. En 1971 il refait une nouvelle version de son film, intitulé Napoléon et la Révolution, produit par les Films 13 la maison de production de Claude Lelouch.

À partir des années 1950 plusieurs entreprises de restaurations du film sont menées pour recréer la version originale de Gance. Kevin Brownlow effectue trois restaurations successives dont la première d'une durée de 4h 50 est présentée, sous l'égide de Francis Ford Coppola, au Radio City Music Hall de New York en .

Après seize ans de travail de la Cinémathèque française, une restauration définitive réalisée sous la direction du réalisateur et chercheur Georges Mourier, rétablissant le montage de la « Grande Version » originelle, est présentée, pour sa première partie, en préouverture du festival de Cannes 2024.

Synopsis

Prologue

Pendant l’hiver 1781, les garçons de l’école de Brienne, font une bataille de boules de neige organisée comme un champ de bataille. Phélippeaux (Petit Vidal) et Peccaduc (Roblin), dirigent le plus gros des deux camps, tandis que le jeune Napoléon Bonaparte (Vladimir Roudenko) et ses alliés sont en infériorité numérique. Napoléon mène ses camarades à la charge dans un dernier assaut, au terme duquel il plante son drapeau au cœur de la base ennemie.

En classe de géographie, Napoléon est agacé par la description condescendante de la Corse faite par le professeur. Ses camarades se moquent de lui.

Napoléon, qui ne se sent pas heureux dans cette école, se réfugie dans le grenier où il a installé son oiseau de compagnie, un aiglon. Il s'absente pour lui chercher de l'eau, quand Phélippeaux et Peccaduc en profitent pour libérer l’oiseau de la cage. Constatant qu'il n'est plus là, Napoléon court au dortoir exiger du coupable qu'il se montre, mais personne ne se dénonce. S'ensuit une bagarre générale. Les Pères Minimes parviennent à rétablir l'ordre, saisissant Napoléon au collet et le jetant dehors. En pleurs, Napoléon se désole sur le fut d’un canon, puis, levant les yeux, retrouve son oiseau perché sur un arbre.

Première partie

En 1792, au Club des Cordeliers, Danton (Alexandre Koubitzky), Marat (Antonin Artaud) et Robespierre (Edmond van Daële), s'entretiennent entre eux. Camille Desmoulins (Robert Vidalin), fait part à Danton d'un chant nouvellement publié, intitulé « La Marseillaise ». Danton demande à Rouget de Lisle (Harry Krimer), qui a apporté le chant au club, de le leur apprendre. Les membres du club commencent à chanter, redoublant d'enthousiasme à chaque nouveau couplet.

Dans la nuit du 10 août 1792, Napoléon, observe la foule qui défile dans la rue. Le peuple, armes à la main, se promène avec des têtes plantées sur des piques. Des révolutionnaires grimpent au balcon du logement de Napoléon pour pendre un homme sous ses yeux.

Napoléon se rend en Corse avec sa sœur, Élisa (Yvette Dieudonné). Ils sont accueillis par leur mère, Letizia Bonaparte (Eugénie Buffet) et le reste de leur famille dans leur maison d’été aux Milelli. Dans les rues d’Ajaccio, Pozzo di Borgo (Acho Chakatouny) incite les habitants à tuer Napoléon pour s’être opposé à Paoli ; ce dernier signe un arrêt de mort, mettant la tête de Napoléon à prix. Napoléon prend la fuite à cheval, poursuivi par di Borgo et ses hommes. À l’étage de la mairie d’Ajaccio, Napoléon décroche le drapeau tricolore. Il atteint la côte au niveau de la tour génoise de Capitello, où se trouve une petite embarcation. Il déploie le drapeau français et l’utilise comme voile. Pendant ce temps, réunis à la Convention à Paris, les Girondins, majoritaires, perdent face aux Montagnards, composés de Robespierre, Danton, Marat et leurs partisans. Au même moment, le bateau de Napoléon est assailli par des vagues toujours plus fortes.

La frêle embarcation est secourue par le navire Le Hasard, sur lequel se trouvent Lucien et Joseph Bonaparte, frères de Napoléon. À son bord, Napoléon ordonne au navire de s'arrêter dans une crique où la famille Bonaparte est secourue. Le navire part pour la France.

Deux mois plus tard, à Toulon, le capitaine Napoléon Bonaparte, affecté à la section d’artillerie, rencontre le général Carteaux (Léon Courtois) dans une auberge gérée par Tristan Fleuri, l'ancien serviteur de Brienne. Il tente de conseiller Carteaux sur la meilleure façon d’engager l’artillerie contre Toulon, mais Carteaux le traite avec dédain.

Le général Jacques François Dugommier (Alexandre Bernard) remplace Carteaux et demande à Napoléon d'intégrer la planification des opérations. Un peu plus tard, Napoléon fait tirer sur l’ennemi, et fait connaître la position qu'il défend comme étant la « batterie des hommes sans peur ». Les soldats français se rallient à Napoléon. Les troupes françaises, sous ses ordres, se préparent à une attaque de nuit. Napoléon lance l'assaut. Dugommier ordonne à Napoléon de cesser l'attaque, mais celui-ci parvient à convaincre Dugommier de revenir sur sa décision, et l'assaut est maintenu, qui débouchera sur une victoire.

En raison de l'avance des Français, l’amiral anglais Samuel Hood (W. Percy Day) ordonne que la flotte française amarrée soit incendiée avant que les troupes françaises ne puissent reprendre les navires. Le lendemain matin, Dugommier, qui souhaite promouvoir Napoléon au grade de brigadier-général, trouve ce dernier endormi, épuisé par les événements de la veille.

Deuxième partie En , Charlotte Corday (Marguerite Gance), tue Marat avec un couteau.

Joséphine de Beauharnais est emprisonnée à la prison des Carmes, où elle est réconfortée par le général Lazare Hoche (Pierre Batcheff). Napoléon est également emprisonné, mais ailleurs, pour avoir refusé de servir sous Robespierre.

Dans une salle d’archives remplie des dossiers des condamnés, les commis Bonnet (Boris Fastovich-Kovanko) et La Bussière (Jean d’Yd) travaillent secrètement avec Fleuri pour détruire, en les mangeant, certains dossiers, dont ceux de Napoléon et de Joséphine.

Le 9 Thermidor, des voix s’élèvent contre Robespierre et Saint-Just. Malgré un discours de Saint-Just cherchant à justifier les excès de la Terreur, la Convention met en arrestation les Montagnards.

Joséphine et Napoléon sont libérés de leurs prisons respectives. Napoléon décline la proposition du général Aubry de commander l’infanterie dans la guerre en Vendée sous les ordres du général Hoche. Joséphine convainc Barras de choisir Napoléon pour réprimer un soulèvement royaliste. Le , Napoléon accepte et fournit 800 canons pour la défense. Fort de son succès et célébré de toutes parts, Napoléon est nommé général en chef de l’armée de l’intérieur.

Suite à la chute des meneurs de la Terreur, un bal des victimes a lieu à la prison des Carmes. Fleuri refait l'appel du bourreau avant les exécutions pour annoncer les participants, dont Joséphine, Hoche et Bonaparte.

Joséphine vient, avec Eugène, remercier Napoléon d'avoir permis à son fils Eugène de Beauharnais (Georges Hénin) de conserver l'épée de son défunt père. En échange de son accord pour épouser Napoléon, Joséphine exige de Barras qu’il nomme Napoléon à la tête de l’armée française d’Italie. Napoléon souhaite épouser Joséphine le plus rapidement possible avant son départ. La cérémonie de mariage se déroule à la hâte.

Juste avant de quitter Paris, Napoléon se rend dans la salle vide de la Convention et y voit les fantômes de Danton, Marat, Robespierre et Saint-Just, qui s'adressent à lui et le questionnent. Puis, La Marseillaise retentit.

En Italie, Napoléon trouve des officiers amers et des soldats affamés. Afin de les motiver pour la campagne italienne à venir, Napoléon leur parle de « l’honneur, la gloire et la richesse » qu'ils obtiendront en cas de victoire. Les forces françaises, sous-alimentées et mal équipées, s'avancent vers Montenotte et prennent la ville. Leur progression continue, qui emmène Napoléon jusqu'à Montezemolo. Alors qu’il contemple les Alpes, des visions lui parviennent, lui montrant de futures armées et batailles, ainsi que le visage de Joséphine. Les troupes françaises continuent leur avancée triomphale, tandis que sur leur chemin se dessine la vision d'un aigle, la vision du drapeau français bleu, blanc et rouge flottant devant eux.

Fiche technique Titre original et francophone : Napoléon vu par Abel Gance (version initiale) Réalisation et scénario : Abel Gance Assistants réalisateurs : Victor Tourjanski, Henry Krauss, Henri Andréani, Anatole Litvak, Alexandre Volkoff et Georges Lampin (non crédité) Musique de la version initiale de 1927 : Arthur Honegger Musique additionnelle pour la version de 1935 : Henri Verdun Musique additionnelle pour la version de 1981 : Carmine Coppola Musique additionnelle pour la version de 1981 : Carl Davis Musique additionnelle pour la version de 1992 : Marius Constant Musique additionnelle pour la version de 2024 : Simon Cloquet-Lafollye. Chef décorateur : Alexandre Benois et Henri Ménessier Décors : Serge Piménoff, Pierre Schildknecht, Ivan Lochakoff, Eugène Lourié, Georges Jacouty, Vladimir Meingard Photographie : Jules Kruger, Léonce-Henri Burel, Roger Hubert, Georges Lucas, Joseph-Louis Mundwiller, Fédor Bourgassoff, Nicolas Toporkoff, Émile Pierre (sous réserves) Montage original : Marguerite Beaugé ; Abel Gance Montage de 1971 : Henri Rust Maquillage : Boris de Fast Effets spéciaux : W.Percy Day ; Eugen Schüfftan ; Segundo de Chomón Production : Abel Gance Société de production : Société générale des films, Pathé Frères Société de distribution : Gaumont (Europe) Pays de production : Format : noir et blanc (teinté)- 35 mm ratio : 1,33 : 1 - 3 x 35 mm ratio : 3,99:1 (Polyvision) - Muet. Genre : historique Durée : Montage d'origine dit "Grande Version" (restaurée par Georges Mourier pour la Cinémathèque française) : 425 minutes Version courte dite "Opéra" : 195 minutes Restauration de Kevin Brownlow de 2000 : 330 minutes Dates de sortie : France : (sortie nationale) ; (sortie nationale) Affiches : Duccio Marvasi, René Péron (France)

Distribution

Et parmi les interprètes de la version remontée et sonorisée de 1935 (intitulée Napoléon Bonaparte) mais n'apparaissant pas dans celle de 1927 :

Production Genèse et développement Abel Gance voulait rendre hommage à l'Empereur en lui consacrant une fresque à la mesure de l'épopée. C'est pourquoi il entreprit, non pas un film, mais huit épisodes (d'autres sources en évoquent six ou sept). : La Jeunesse Vendémiaire ou La Terreur Arcole Les Pyramides Austerlitz La Bérézina Waterloo Sainte-Hélène

Il pensa à ce projet dès 1921, après avoir vu Naissance d'une nation de D. W. Griffith, et s'en entretint avec lui lors d'un déplacement aux États-Unis. Il voulait Ivan Mosjoukine dans le rôle principal, mais celui-ci refusa, ne pouvant se consacrer exclusivement aux deux ans que demanderait la réalisation de cette fresqueCf. lettres d'Abel Gance et d'Ivan Mosjoukine, in L'Enfant du Carnaval, documentaire filmé, version française, éditions Bach (DVD), Galina Dolmatovskaïa.Archives BnF : Lettre de Mosjoukine à Gance..