Le doublon ( ) est l'appellation donnée à une monnaie d'or espagnole entre la fin du et le milieu du . Cette monnaie, qui n'était pas une unité de compte, eut un certain impact sur les plans économiques et symboliques.
Origines vignette|Doublon d'or almohades (dinar), frappé au Maroc par le calife Abu Yacub Yusuf au ).
Étymologie Le mot doublon est d'origine espagnole : doblón qualifie dès 1497 une grosse monnaie d'or « Doublon », base lexicographique du CNRTL.. Au début du français, on utilise le mot « pistole » pour qualifier ces pièces espagnoles« Pistole », base lexicographique du CNRTL..
Histoire Entre le et la fin du , l'or monétaire reste peu courant en Europe. Les systèmes marchands et financiers reposent, quant au négoce, sur l'argent métal (voir par exemple le sterling, le thaler ou le gros tournois). Seuls les Vénitiens et l'Empire ottoman assurent dans leurs échanges des transactions importantes en or. De fait, ce sont de petits modules qui circulent : le fiorino de Toscane, le sequin vénitien et le sultani ottoman pèsent quasiment le même poids, à savoir, entre 3,5 et 3,7 g d'or, dont le titrage avoisine les 24 carats (997/1000)(en) Şevket Pamuk, A Monetary History of the Ottoman Empire, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, ..
De plus grosses pièces en or restent rares dans l'Europe de la fin du Moyen Âge. En revanche, au Maroc, sous le régime des Almohades masmudines on appelait dinar, vers 1184-1185, à la suite de la réforme monétaire initiée par le calife Yacoub Al Mansour, une pièce en or d'un poids équivalent à et qui était d'une grande pureté..
Circulant dans toute la Péninsule ibérique, les dinars de l'Al Andalus seront imités puis adoptés par l'Espagne des Rois catholiques comme symbole de souveraineté.. Ainsi, entre le et le , ces frappes pallient l’absence d’or dans les émissions monétaires d’Europe occidentaleFrançois Clément, « Les monnaies arabes et à légende arabe trouvées dans le Grand Ouest », in: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 115-2 | 2008, — consulté le 5 juin 2020..
Avant 1350, , en Castille, frappa les premières monnaies d'or imitant les dinars almohades : appelés localement castellanos ou doblas, et en français « alfonsins », ils pèsent chacun 4,6 g d'or à 23¾ carats William Arthur Shaw, The History of Currency, 1252 to 1896, Londres, Wilson and Milnes, 1895, — lire en ligne..
Quand fut achevée la « reconquête » de la Péninsule ibérique par les Rois catholiques, ceux-ci voulurent assainir leur système monétaire devenu confus et disparate, et surtout frapper une nouvelle monnaie d'or pour célébrer l'arrivée de ce métal venu des Amériques : ce fut la réforme de 1497.
Le doublon symbole d'une nouvelle ère vignette|Doblón excelente figurant et (Séville, 1497). Apparu entre le début des Grandes Découvertes et la naissance de l’Empire espagnol, le plus célèbre doublon d'or est aussi le premier : il est possible que ce nom provienne du double portrait qu'il comporte, celui des souverains espagnols et (voir ci-contre), même s'il existait déjà des doblas d'or. Cette nouvelle pièce frappée dans les ateliers de Séville se veut un , cette « excellence » fait référence ici à la fois aux têtes royales et à la qualité de l'alliage d'or. La réforme monétaire mise en place soulignait en ses ordonnances que la taille devait être au double de « l'excellence de Grenade » (excelente de la Granada), faisant ici référence à la qualité des frappes de l'Al Andalus ; les troupes de Boabdil s'étaient rendues en 1492, et les Andalous avaient l'interdiction de battre monnaie. Un excelente d'or équivalait à 11 réaux d'argent et un maravédis, ce qui porte donc le double à 22 réaux et 2 maravédis.
En 1523, les Cortes décident une nouvelle réforme monétaire. L'équivalence du doublon est portée à 32 réaux pour un poids de d'or à 23¾ carats (989,58 millième). Les frappes évoluèrent en proportion des forts arrivages d'or, ce qui augmenta leur contrevaleur en argent métal et en cuivre. On distingua : le (700 maravédis en 1537), le ( maravédis en 1642) et le ( maravédis en 1537 et en 1642).
thumb|right|Doublon espagnol de 8 escudos figurant , frappé à Mexico en 1798.
Les doublons ont été ensuite frappés dans tout l'Empire colonial espagnol, au Mexique, au Pérou, et à la Nouvelle-Grenade. En Espagne, les doublons ont eu cours jusqu'au milieu du . Les derniers doublons espagnols comportaient une valeur faciale de 80 réaux ; ils furent frappés en 1849. En 1859, remplaça le système monétaire basé sur l'escudo par des réaux décimaux, le doublon de par un nouveau , plus lourd, d'une valeur de 100 réaux et d'un poids de . Après leur indépendance, les anciennes colonies espagnoles du Mexique, du Pérou et de l'ex-Nouvelle-Grenade continuèrent à frapper des doublons.
Postérité et représentations En Europe, le doublon servit de modèle à plusieurs autres pièces d'or, dont le louis d'or (1643), la doppia italienne, le duplone suisse, la pistole de certains États allemands du Nord, et le frédéric d'or prussien.
Dans le roman de Herman Melville, Moby Dick (1851) au chapitre 99 intitulé « Le doublon », le capitaine Ahab fait référence à une pièce en or d'une valeur de 16 dollars : il s'agit d'un doublon de 8 escudos de oro frappé en Équateur, à Quito, entre 1838 et 1843, et qui pèse , fait d'un or à 21 carats.
Notes et références
Voir aussi Dobra santoméen Pièce de huit
Catégorie:Monnaie du Moyen Âge Catégorie:Ancienne unité monétaire Catégorie:Pièce espagnole en or