L'Oflag XVII-A était un camp de prisonniers de guerre pour officiers (Offizierslager) situé en Autriche, à Edelbach, village aujourd'hui disparu (dans le camp militaire d'Allentsteig, à environ au nord-ouest de Vienne).
En , il fut le théâtre de la plus grande tentative d'évasion d'un camp de prisonniers de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale.
Description thumb|Situation de l'Oflag XVII-A vignette|Plan de l'Oflag XVII A Le camp fonctionne entre 1940 et , date de sa libération par les troupes soviétiques. Celui-ci accueillait principalement des officiers français ainsi que des Polonais (170 détenus). Il y eut en moyenne 4 500 détenus, avec un maximum d'environ .
Le camp était sous le commandement du général Von Pirsch, un aristocrate autrichien. Les gardiens étaient pour la plupart des vétérans autrichiens. Les conditions de détention y étaient moins draconiennes que dans d'autres camps.
Ces conditions expliquent en partie plusieurs caractéristiques de ce camp : Il détient le record de la tentative d'évasion de groupe la plus importante d'un camp de prisonniers de guerre : sortirent de l'enceinte du camp ; Un film y a été tourné, Sous le manteau, documentaire sur la vie du camp, articulé autour d’un scénario de Robert Christophe. Dans les années 1950, le film a été recopié en à par seconde. Une vingtaine de prisonniers s’étaient engagés dans l’entreprise : il y avait les promoteurs, régisseurs, techniciens et, bien entendu, les acteurs; Plusieurs centaines de photos, prises avec quatre appareils ont été tirées. Elles constituent un témoignage unique, vu de l'intérieur, des conditions de vie en détentionDéfense de photographier, recueil de photos réalisées de l'intérieur entre 1940 et 1945 par Marcel Corre..
Emplacement L'Oflag XVII-A se trouvait en Autriche dans le camp militaire d'Allentsteig (dont le nom initial était ), à quelques kilomètres au sud de Göpfritz an der Wild.
Situé sur un terrain légèrement vallonné avec quelques boqueteaux de sapins, dans une région agricole, à une altitude de environ, le camp militaire d'Allentsteig a été créé par les Allemands après l'Anschluss entre 1938 et 1941. Il couvrait environ et a conduit à l'évacuation de , dont Edelbach. Le camp a été maintenu après la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique que les villages n'ont jamais été réoccupés et que le nom du village d'Edelbach où était implanté l'Oflag XVII-A ne figure plus sur les cartes aujourd'hui.
Aménagement Le camp se compose de deux parties: le (camp principal) où se trouvent les cuisines et les où logent les prisonniers, et le (avant camp) où se trouvent la , l'infirmerie, les magasins et ateliers, et la baraque des douches et de la désinfection. Les officiers et soldats allemands sont logés dans des baraques situées à l'extérieur de l'enceinte.
Le se présente sous la forme d'un carré d'environ de côté, traversé par une allée centrale de chaque côté de laquelle s'alignent les baraques des prisonniers. Il est entouré d'une double clôture de barbelés, hautes d'environ trois mètres et distantes l'une de l'autre d'une dizaine de mètres. La surveillance extérieure est assurée par sept miradors (tours de guet) en planches; chacun est armé d'une mitrailleuse équipée de deux projecteurs et desservi par deux hommes et par des sentinelles postées entre les miradors. De nuit, les projecteurs balaient fréquemment le terrain et la surveillance est renforcée par des patrouilles circulant à l'extérieur et à l'intérieur du camp. Les patrouilles extérieures sont fréquemment accompagnées par des chiens de détection.
Le est, de plus, compartimenté en secteurs de bataillon (un bataillon comprend quatre baraques) par d'autres barrières de fil de fer barbelé, partant de la clôture intérieure et s'arrêtant à l'allée centrale. Un espace libre de est donc délimité derrière chaque groupe de quatre baraques, espace où les prisonniers peuvent circuler de jour. De jour également, on peut circuler librement sur l'allée centrale et se rendre visite de baraque en baraque dans tout l'intérieur du camp. De 20 heures à 7 heures, il est interdit de sortir des baraques.
Aménagement des baraques Les baraques, longues d'environ , sont en bois à double plafond. Dans la plupart d'entre elles, une couche calorifuge de laine de verre est déroulée sur le plafond inférieur comme protection contre le froid.
Chaque baraque comprend deux chambres, d'environ chacune. Les deux chambrées sont séparées par trois pièces situées au milieu de la baraque: une buanderie, les lavabos et la cuisine. Dans la buanderie se trouve un grand chaudron chauffé au bois pour l'eau chaude qui sert à la vaisselle et au lavage du linge (mais si l'on préfère, on peut donner le linge à laver à Vienne).
Les lavabos à eau courante comportent une trentaine de robinet-douches. La cuisine est équipée d’un fourneau sur lequel les prisonniers peuvent faire un peu de cuisine (conserves réchauffées, riz, pâtes, haricots, potages, etc.). Dans le four de la cuisinière quelques fins cuisiniers réussissent même à faire des entremets courants (gâteaux de riz, de semoule), ou plus inédit, une tarte à la confiture dont la pâte est faite à base de biscuits de guerre écrasés. Chaque chambrée est chauffée par deux (ou trois) poêles en céramique. Le charbon ne manque pas et pendant tout le rude hiver 1940/41 les baraques ont été convenablement chauffées. À chaque extrémité de la baraque se trouve un W.C. en grès et chasse d’eau, à utiliser la nuit seulement.
Les W.C. de jour sont à l’extérieur, dans une baraque spéciale (une pour quatre baraques). Les stalles individuelles, orifices sur un banc commun en bois, sont séparées à l'origine par des cloisons en bois. Au fil du temps, ces cloisons disparaissent, récupérées comme bois de chauffage.
Les prisonniers couchent dans des châlits à trois couchettes superposées. Deux étages seulement (rez-de-chaussée et premier) sont occupés, le troisième (plateforme supérieure) étant réservé aux bagages. Sur les planches du châlit repose une paillasse garnie de paille ou de fibre de bois. Le matériel de couchage comprend de plus un oreiller garni comme la paillasse, un sac de couchage en toile servant de drap, une taie d’oreiller et trois couvertures. La paille est changée peu souvent (d’août à mars, une seule fois). Le sac de couchage et la taie d’oreiller sont envoyés au lavage en principe tous les mois, en pratique très irrégulièrement.
Les châlits ne sont pas disposés de la même façon dans toutes les baraques. Parfois ils sont rangés parallèlement les uns aux autres d’un seul côté de la chambre et perpendiculairement aux grands côtés de la salle, le côté libre est alors garni de tables et sert de réfectoire et de salle de réunion. Parfois les châlits sont disposés de façon à former, devant chaque fenêtre, une petite pièce dont ils constituent les cloisons, cette pièce est alors meublée d’une table et les occupants des lits y vivent dans une atmosphère moins bruyante et moins dispersée que celle de la chambrée. L’alvéole crée l’illusion d’une intimité. Inconvénient: les alvéoles les plus éloignés des poêles ne sont pas très chaudes… En tout cas, il n’y a pas de système obligatoire; les occupants d’une chambrée adoptent la disposition qui sied le mieux à leur fantaisie. Chaque baraque peut accueillir jusqu'à ; en pratique elle n'en contiennent que 200.
Discipline Un officier français, le lieutenant-colonel Robert, de l’artillerie coloniale, assume le commandement français du camp. Son titre officiel est « représentant général des prisonniers français ». Il est l’intermédiaire obligatoire entre les prisonniers et le commandement allemand. Sa tâche est lourde et délicate, son rôle exige tact et fermeté. Dans chaque baraque, il y a un officier « chef de baraque » choisi par le colonel. Les chefs de baraque vont quotidiennement prendre les ordres au rapport du colonel. Dans chaque chambrée, un officier « chef de chambre » est responsable de la discipline générale et veille aux intérêts de ses camarades.
D'autre part, les officiers de chaque chambre prennent le service de jour à tour de rôle. Celui-ci consiste à assurer les distributions de vivres, à rendre l’appel, à veiller à la propreté de la chambre et à prendre la garde pendant l’autre moitié de la nuit. La garde d’incendie est assurée par un autre officier, dit « officier pompier », elle est également prise à tour de rôle. Il y a de plus, par baraque, un officier fourrier chargé du matériel qui veille à la bonne conservation des locaux, du mobilier et des effets confiés par l’autorité allemande aux prisonniers (literie, couchage, couvert de table) et un officier chargé du linge, qui tient la comptabilité du linge envoyé à Vienne ou qui en revient ; par chambre un officier vaguemestre.
Enfin chaque jour, un capitaine pour tout le camp prend le service de « grand jour » et veille à la discipline générale de tout le camp.
Les services ainsi assurés par les prisonniers devraient être assurés par les Allemands, les premiers responsables de l’organisation du camp et les premiers intéressés à son bon fonctionnement. Il est aussi de l’intérêt des prisonniers de faire marcher eux-mêmes les services du camp toutes les fois que la possibilité leur en est laissée. C’est de la collaboration, mais elle est nécessaire, puisqu’elle sert les intérêts des prisonniers de guerre sans exiger une contrepartie incompatible avec leur dignité de Français.
Du côté allemand, le commandement est assuré par un général autrichien qui a sous son autorité tous les Oflags et Stalags de la Région. Les prisonniers, pour le peu qu’ils en connaissent, le tiennent pour un homme bienveillant et juste.
Le commandant direct de l’Oflag XVII-A est un officier allemand, le capitaine Trischtel, qui a longtemps vécu en France ; il habitait Vincennes et aurait occupé un poste important à la Banque de l’Europe centrale. Bien qu’il ait le souci d’apparaître aux prisonniers comme affable et préoccupé de leurs intérêts plus qu’ils le sont eux-mêmes, il est fort peu populaire dans le camp.
Chaque bataillon (quatre baraques) est sous l’autorité directe d’un officier allemand (lieutenant ou capitaine). Ces chefs de bataillon presque tous autrichiens, sont pour la plupart courtois, extrêmement corrects, voire aimables. Quelques-uns exagèrent même parfois dans ce sens, ce qui produit chez beaucoup de prisonniers un effet de méfiance, bien opposé au résultat peut-être recherché.
Les chefs de bataillon sont aidés par des sous-officiers et soldats allemands, généralement d’origine autrichienne eux aussi, et qui, dans l’ensemble sont également corrects et courtois. Tout ce personnel militaire est supervisé par la Gestapo, invisible mais omniprésente. Aucune mesure, sollicitée par le commandement français ou décidée par le commandement allemand, n’est appliquée avant d’avoir reçu le visa de la Gestapo.
La résistance dans le camp prenant de multiples formes, certains détenus ont été emprisonnés dans le camp, ou envoyés en camp disciplinaire, à l'Oflag X C de Lubeck où régnait une discipline de fer.
Alimentation Le régime alimentaire des prisonniers est le suivant : à , un seau de café-ersatz pour deux groupes, c’est-à-dire pour vingt prisonniers. Pour la facilité des distributions et de la discipline, les prisonniers sont répartis en groupes de dix, formés la plupart du temps par affinités ou convenances particulières.
Entre et , un seau de soupe pour un groupe. Comme il n’y a pas assez de seaux pour servir tous les groupes en même temps, deux services sont faits, un par chambre; chaque chambre est à tour de rôle du premier service pendant une semaine. D’autre part, chaque baraque est à tour de rôle la première servie. Ceci explique l’imprécision de l’heure du premier repas.