Policarpa Salavarrieta Ríos (ou Policarpa Salabarrieta Ríos), née le à Guaduas et morte le à Santa Fe de Bogotá, est une héroïne de la résistance colombienne face à la reconquête espagnole de la Nouvelle-Grenade. Elle consacre sa courte vie à la cause de la révolution en vue de libérer la Colombie de la domination espagnole. Également connue sous le nom de La Pola, elle est fusillée sur la place publique de Santa Fé de Bogotá lors de la Reconquête espagnole après avoir été capturée par les royalistes espagnols.

Considérée comme la femme la plus représentative de l'indépendance en Colombie par de nombreux historiens de cette période, Policarpa Salavarrieta Ríos se rallie à la cause d'Antonio Nariño, l'un des chefs militaires du mouvement indépendantiste, et devient espionne à Santa Fé de Bogotá. Elle recueille des informations aussi bien sur les lieux publics que dans les maisons de royalistes espagnols où elle travaille en tant que couturière. Elle transmet ensuite ces données à des femmes qui les communiquent aux soldats combattant au front. Policarpa Salavarrieta permet également à certains soldats de déserter de l'armée royale pour rejoindre le mouvement révolutionnaire et, par ailleurs, transporte des armes et diverses fournitures aux insurgés.

Elle est finalement arrêtée et exécutée le . Elle marque les esprits par ses propos avant d'être fusillée, incitant le peuple colombien à se rebeller face à l'oppression espagnole. En l'honneur des actions héroïques de cette jeune femme, le président Carlos Lleras Restrepo ratifie la loi 44 du , le devenant ainsi la « Journée de la femme colombienne ».

Biographie Date et lieu de naissance thumb|upright|Plaque du monument La Pola à Bogota. Malgré la popularité de Policarpa Salavarrieta, très peu d'éléments de son existence sont connus hormis les derniers jours avant sa mort. Le certificat de naissance de Policarpa n'ayant jamais été retrouvé, son nom légal donné à la naissance est inconnu. Son père, Joaquín Salavarrieta, parlait d'elle sous le nom de « Polonia » dans son testament. Salvador Contreras, le prêtre qui a formalisé ce document le , a confirmé cette information. Bibiano, qui était très proche d'elle, appelait sa sœur « Policarpa ». Quant à ses frères d'armes, tels que les frères Almeyda, José Caballero ou José Hilario López, ils la surnommaient « La Pola ».

La date et le lieu de naissance de La Pola sont également sujets à polémique en l'absence de documents officiels. Policarpa est le cinquième des neuf enfants (dont la troisième et dernière fille) de Joaquín Salavarrieta et Mariana de Ríos, mariés le à Moniquirá dans le département de Boyacá76.. La version populaire veut qu'elle soit née dans la municipalité de Guaduas, Cundinamarca, entre 1790 et 1796. Cependant, le poète colombien Rafael Pombo a affirmé qu'elle était née à Mariquita, tandis que José Caicedo Rojas défendait la thèse de la naissance de Policarpa à Bogota.

Selon le tome du Bulletin de l'Histoire et des antiquités (), ses frères et sœurs étaient : María Ignacia Clara, née dans la paroisse de San Miguel de Guaduas le ; José María de los Angeles, né à Guaduas le et qui devint un frère augustin ; Catarina, née à Guaduas en 1791 ; Eduardo, né à Guaduas le ; Manuel, né le à Guaduas et qui devint également un frère augustin ; Francisco Antonio, baptisé dans la paroisse de Santa Bárbara le ; Ramón, né à Bogotá en 1800 ; Vicente Bibiano María, né à Bogotá en 1801.

Ainsi, selon cette source, elle serait née entre ses deux frères devenus religieux, José María de los Angeles et Manuel, ce qui correspondrait à la période comprise entre 1791 et 1796. En 1910, l'Académie colombienne d'histoire définit Guaduas comme étant la ville natale de Policarpa sur la base de témoignages recueillis par l'historien et général d'armée Joaquín Acosta. Dans une tentative de concilier les divergences, cette même académie prend une décision finale le quant à la date et au lieu de naissance de Policarpa, optant en faveur du et de Guaduas en Colombie (alors appelée Vice-royauté de Nouvelle-Grenade).

Jeunesse thumb|upright|Aquarelle de José María Espinosa Prieto.

Policarpa grandit dans une famille riche mais qui n'a pas le statut de noble. Son père, originaire de Socorro et qui a participé à la révolte des Comuneros en 1781, est négociant dans l'agriculture et le commerce, possédant également un magasin à Guaduas. En 1798, la famille Salavarrieta Ríos quitte la maison de Guacuas, qui est aujourd'hui un musée, pour aller emménager dans le (le « quartier ») de Santa Bárbara à Santa Fe de Bogota, où naissent les deux derniers enfants, Francisco Antonio et Vicente Bibiano María.

En 1802, alors que Policarpa a tout juste sept ans, ses parents sont emportés par une épidémie de variole à Santa Fé de Bogotá. Mariana Ríos décède le et Joaquín Salavarrieta le de la même année.. Deux de leurs enfants, Eduardo et María Ignacia Clara, décèdent également de la variole durant cette période. Ils sont probablement morts avant leur père, leurs noms ne figurant pas sur le testament rédigé par Joaquín Salavarrieta le . Policarpa et son frère Bibiano, alors âgé de moins d'un an, sont par la suite envoyés par leur sœur aînée, Catarina, à Guaduas pour leur sécurité. Tous trois vont ainsi aller vivre chez Margarita Beltrán, la marraine de Catarina. Quant aux quatre autres enfants survivants, José María et Manuel décident de rejoindre la communauté augustinienne alors que Ramón et Antonio Francisco partent travailler dans une ferme située à Tena.

Margarita Beltrán fait rentrer Policarpa à l'école du (le « Couvent de la Solitude ») de Guaduas et où elle apprend à lire et à écrire. Elle y étudie également la doctrine et l'histoire espagnole et apprend à jouer de la guitare et à chanter14.. La marraine de Catarina révèle à la jeune fille que son père a participé à la révolte des Comuneros de Socorro en 1781. Dès lors, Policarpa s'intéresse à la liberté des peuples et, ainsi, se renseigne sur la Révolution française ou encore sur la Déclaration des droits de l'Homme18..

Alors que Policarpa est adolescente, elle fait la connaissance des frères Leandro et Alejo Sabaraín qui habitent avec leur père Joaquín Sabaraín à Mariquita. La jeune fille et Alejo tombent amoureux l'un de l'autre et pensent se marier en 1810 mais les évènements révolutionnaires qui secouent le pays les en empêchent.

Activité politique thumb|upright|La heroina Policarpa Salavarrieta (1920), photogravure réalisée par Lino Lara S. et publiée dans El Gráfico.

Lorsque son fiancé, Alejo Sabaraín, part à Santa Fé de Bogotá avec les troupes des libérateurs, Policarpa décide de l'accompagner. En 1812, elle travaille dans la capitale comme bonne d'enfant et couturière dans la maison de María Matea Martínez de Zaldúa. C'est durant cette période qu'elle se rallie à la cause d'Antonio Nariño, l'un des chefs militaires du mouvement d'indépendance en Colombie. Nariño avait le soutien inconditionnel des Augustins et, grâce à ses deux frères rentrés dans cette communauté quelques années auparavant et qui admirent ce militaire, Policarpa peut connaître en détail les mouvements des troupes défendant la ville32.. Les fédéralistes Baraya et Ricaurte ainsi que le congrès de Tunja déclarent par la suite la guerre à Antonio Nariño qui dirige le Cundinamarca. Ce dernier part le vers Tunja à la tête de l'armée qu'il avait précédemment créée à Santa Fé de Bogotá. Les deux troupes s'affrontent à Ventaquemada où Nariño, battu, se voit obligé de revenir le lendemain à Santa Fé de Bogotá avec le peu d'hommes qui lui restent31..

Grâce à son travail dans plusieurs familles de la haute société, La Pola parvient à obtenir des informations sur les actions des Espagnols qu'elle communique ensuite aux patriotes. Tandis que Sabaraín se fait remarquer par ses actions héroïques durant la campagne de Carthagène, la jeune femme s'occupe de l'élaboration des casaques, des capes et des uniformes ainsi que du nettoyage des armes et de l'élaboration des repas.

Policarpa retourne à Guaduas à la fin de l'année 1813 où elle se consacre à l'enseignement. Alors que les montagnes de Guaduas deviennent un lieu de refuge important pour les républicains échappant au régime de la terreur imposé par Juan de Sámano, Policarpa rejoint le groupe de résistants () formé par les frères Ambrosio et Vicente Almeida. Dans sa ville natale, elle forme un réseau d’espionnage. Elle recueille ainsi des informations dans la rue et les lieux publics tels que les églises ou les marchés qu'elle transmet ensuite à des prisonniers républicains lors de visites dans les prisons sous prétexte de leur apporter de la nourriture.

En , le colonel des troupes patriotes, José Ignacio Rodríguez surnommé (« la mouche »), est envoyé par les frères Vicente et Ambrosio Almeyda voir Policarpa afin de lui proposer d'être espionne à Santa Fé de Bogotá pour servir la patrie. Rodríguez fournit à la jeune femme un faux passeport du nom de Gregoria Apolinaria. Bogotá étant le bastion de la et où la majorité de la population était composée de royalistes espagnols depuis la prise de la ville par Pablo Morillo, il est très difficile d'entrer et de sortir de la cité. Policarpa et son frère Bibiano parviennent à y pénétrer avec de faux documents et une lettre d'introduction rédigée par Ambrosio Almeyda et José Ignacio Rodríguez, deux dirigeants révolutionnaires. Ceux-ci recommandent à Policarpa et à son frère de rester dans la maison d'Andrea Ricaurte de Lozano, avec, comme couverture, un travail de domestique. De fait, la maison d'Andrea Ricaurte, située dans la rue 10, à proximité de l'ancienne (Place de l'Égypte), est un centre de collecte de renseignements pour la résistance au sein de la capitale colombienne. En effet, de nombreuses femmes y ont travaillé afin de contribuer au mouvement pour l'indépendance de la Colombie. La Pola transmet ainsi ses informations à des femmes qui les communiquent ensuite aux soldats situés sur le champ de bataille, lors de rassemblements entre patriotes.

À Guaduas, Policarpa est connue comme étant une révolutionnaire. N'étant pas connue à Bogotá, elle peut se déplacer librement et rencontrer d'autres patriotes et espions insoupçonnés. Elle peut également s'infiltrer dans les maisons des royalistes. Offrant ses services en tant que couturière pour les épouses et les filles des royalistes et des officiers, Policarpa écoute leurs conversations, recueillant des renseignements sur leurs plans d'action, identifiant les principaux soutiens du régime et découvrant les noms des personnes soupçonnées d'être révolutionnaires. Par ailleurs, avec l'aide de son frère, Policarpa rallie secrètement des jeunes à la cause indépendantiste. Ils contribuent ainsi à augmenter le nombre de soldats dont l'insurrection de Cundinamarca a désespérément besoin.

Arrestation thumb|La Pola en capilla (1857), par José María Espinosa Prieto.

Les opérations de Policarpa se déroulent discrètement et sans heurts jusqu'à ce que les frères Almeyda soient surpris en train de fournir des informations aux insurgés à l'extérieur de Bogota, informations qui relient La Pola directement à la Révolution. Les frères Almeyda et La Pola ont aidé certains soldats à déserter l'Armée Royale et à rejoindre le mouvement révolutionnaire. Ils ont également transporté des armes, des munitions et des fournitures pour les insurgés.