Askia Mohammed , dit « Askia le Grand », né en 1443 et mort en 1538, est le premier empereur songhaï de la dynastie des Askia, d'ethnie Songhaï. Il est aussi l'ancêtre généalogique songhaï le plus fréquent. Son nom en songhaï moderne est Mamar Kassey.

Askia Mohammed renforce son empire et en fait le plus grand État de l'histoire de l'Afrique de l'Ouest. À son apogée sous son règne, l'Empire songhaï englobe les États haoussas jusqu'à Kano (dans l'actuel Nord du Nigeria) et une grande partie du territoire à l'est. Ses politiques entraînent une expansion rapide du commerce avec l'Europe et l'Asie, la création de nombreuses écoles et l'ancrage de l'islam dans l'empire.

Mohammed est un général éminent sous le règne du dirigeant songhaï Sonni Ali Ber. Lorsque celui-ci est remplacé par son fils, Sonni Baro, en 1492, Mohammed conteste la succession au motif que le nouveau dirigeant n'est pas un musulman fidèle. Il vainc Sonni Baro et monte sur le trône en 1493.

Il orchestre ensuite un programme d'expansion et de consolidation qui étend l'empire de Teghazza au nord jusqu'aux frontières du Yatenga au sud ; et de l'Aïr au nord-est jusqu'au Fouta-Djalon en Guinée. Au lieu d'organiser l'empire selon des principes islamiques, il tempère et améliore le modèle traditionnel en instituant un système de gouvernement bureaucratique sans précédent en Afrique de l'Ouest. En outre, Askia établit des mesures et des réglementations commerciales standardisées, initie la surveillance des routes commerciales et met en place un système fiscal organisé. Il est renversé par son fils, Askia Monzo Moussa, en 1528.

Nom et origines Le Tarikh es-Soudan donne le nom d'Askia Mohammed comme Mohammad ibn Abi Bakr al-Touri ou al-Sillanki, tandis que le Tarikh el-fettach l'appelle Abou Abdallah Mohammad ibn Abi Bakr. Al-Touri et al-Sillanki ont été interprétés comme les noms des clans soninkés Touré et Sylla par de nombreux historiens. Cependant, Stephan Bühnen a soutenu qu'ils devraient être interprétés comme des nisba se référant à une ascendance du Fouta-Toro ou de Silla dans la vallée du Sénégal, et privilégie la possibilité que ses ancêtres soient originaires du Fouta-Toro.

Après avoir accompli le hajj en 1497-1498, il est également connu sous le nom d'Askia al-Hajj Mohammad. En songhaï moderne, il est connu sous le nom de Mamar Kassey : Mamar est une forme du prénom Mohammed, et Kassey est un prénom matronymique.

La théorie selon laquelle la famille d'Askia Mohammed serait originaire du Fouta-Toro est controversée et a été généralement rejetée par le peuple songhaï lui-même, en particulier par les descendants modernes de Mohammed qui y voient un défi à leur appartenance ethnique. Son nom de famille exact n'a pas été définitivement déterminé et aucune source orale toucouleur ou soninké ne le revendique comme l'un des siens. Le Tarikh el-fettach lui donne le titre de maïga, qui n'est utilisé que pour la parenté patrilinéaire de la dynastie Sonni.

Le terme sonhinkey, qui suggère une origine ethnique soninké pour les Askia, est aussi le nom d'un clan de magiciens songhaïs responsables du culte préislamique et formant une branche cadette du clan royal sunnite sans droit au trône. Les traditions orales songhaï affirment que le père d'Askia Mohammed serait originaire de ce clan. Omar Komajago, le frère d'Askia, n'est jamais décrit comme un Touré ou un Sylla.

Le terme al-Touri, qui désigne l'origine géographique d'une personne, pourrait être le nom du village du père d'Askia. Il existe un village songhaï appelé Tureh au Niger, dans la région de Tillabéri, dans le département de Téra.

Bien qu'Askia Mohamed soit généralement considéré comme le fils de la princesse Kassey, sœur de Sonni Ali Ber, il est impossible qu'il soit lui-même originaire du Fouta-Toro car le poste de général n'était attribué qu'à un membre de la famille royale descendant en ligne patrilinéaire d'ancêtres songhaïs. La théorie selon laquelle il serait d'origine ethnique songhaï par son père et sa mère est étudiée au centre Ahmed-Baba de Tombouctou.

Titre Le titre askia (en ) est d'origine inconnue, mais est utilisé depuis le début du , voire plus tôt. Il dérive peut-être d'un mot arabe signifiant « général ». Le Tarikh es-Soudan fournit une étymologie populaire du titre, affirmant qu'Askia Mohammed l'a inventé lui-même en s'inspirant de la plainte des filles de Sonni Ali lorsqu'elles ont appris qu'il avait pris le pouvoir : « a si Kiya », ce qui signifie « ce n'est pas à lui » ou « il ne le sera pas ».

La prononciation originale du titre n'est pas connue ; en songhaï moderne, il se prononce siciya. Les sources marocaines orthographiaient le titre Soukyâ ou Sikyâ, Léon l'Africain l'écrivait Ischia et une source portugaise contemporaine l'écrivait Azquya.

Biographie

Origines Son père, Baro Loum, est d'origine toucouleur ou soninké, avec des ancêtres originaires de la vallée du fleuve Sénégal. Quant à sa mère, Kassey, la tradition orale en fait la sœur de Sonni Ali Ber.

Askia Mohammed, avant son règne, est connu sous le nom de Mohammed Touré. C'est un officier militaire de haut rang, portant le titre de tondi-farma.

Rébellion et renversement de Sonni Baro À la mort de Sonni Ali Ber en , son fils Abou Bakr Dâ'ou, plus connu sous le nom de Baro, est proclamé souverain (sonni) par l'armée. Selon les chroniques historiques Tarikh el-fettach et Tarikh es-Soudan, Mohammed Touré aurait dissimulé ses ambitions jusqu'à la mort de Sonni Ali Ber, avant d'organiser un soulèvement contre le nouveau sonni. La rébellion débute moins d'un mois après l'accession de Baro au pouvoir. Le , les forces de Mohammed Touré infligent une première défaite à Baro lors de la bataille de Danagha. Celui-ci se replie alors à Ankou'ou, près de Gao. Une deuxième confrontation, décisive, a lieu en (bataille d'Anfao). Les deux chroniques décrivent une bataille d'une intensité exceptionnelle, marquée par d'importantes pertes humaines. L'affrontement s'achève par la victoire de Mohammed Touré, désormais reconnu comme le nouveau maître de l'empire sous le nom d'Askia Mohammed.

Le conflit entre Baro et Mohammed Touré révèle une fracture au sein de l'appareil militaire songhaï. Si certaines unités sont restées fidèles à Baro, d'autres soutiennent Mohammed Touré, notamment le gouverneur de la province de Bara, Mansâ Koûra. Cependant, ce dernier semble avoir été le seul gouverneur à soutenir activement le tondi-farma, tandis que les autres responsables provinciaux sont demeurés loyaux au sonni. Des sources mentionnent que Baro bénéficie encore de l'appui de plusieurs dignitaires régionaux, dont les chefs de Dirma, Kala, Bani, Djenné et peut-être Taratan.

Le dendi-fari Afoumba, fidèle à Baro et probablement instigateur de sa proclamation, s'oppose farouchement à Mohammed Touré. Son sort demeure incertain : certaines sources rapportent qu'il se serait noyé dans le fleuve Niger, tandis que d'autres évoquent une campagne de guérilla contre les troupes d'Askia Mohammed, qui se serait soldée par sa capture et son exécution. La résistance d'Afoumba illustre les tensions persistantes dans la région du Dendi, bastion historique de la légitimité songhaïe.

L'enchaînement rapide des événements entre la mort de Sonni Ali (), l'accession de Baro () et la rébellion de Mohammed Touré (février-) suggère que le renversement n'est pas improvisé. Le tondi-farma aurait commencé à rallier des soutiens avant même la proclamation de Baro, notamment parmi les familles religieuses exilées à Tombouctou. Si la tentative de Mohammed Touré d'élargir ses appuis échoue dans plusieurs provinces, elle s'appuie néanmoins sur un discours islamique opposé aux pratiques religieuses de Baro, qui aurait refusé de renoncer aux croyances traditionnelles. Ce positionnement permet à Mohammed Touré de présenter sa victoire comme une restauration de l'islam dans l'empire songhaï.

Règne Légitimation et réformes À son avènement en 1493, Askia Mohammed entreprend de légitimer sa prise de pouvoir par plusieurs actions symboliques et politiques fortes. L'une de ses premières décisions est de mettre un terme aux persécutions contre les oulémas exilés de Tombouctou, qui étaient combattus sous le règne de Sonni Ali Ber : il les réintègre dans les affaires administratives, les impliquant activement dans les nominations et révocations des responsables locaux. Cette réconciliation avec la classe savante islamique est perçue comme un geste fondateur de son régime, visant à rétablir un ordre islamique et à asseoir sa légitimité religieuse.

Il rétablit également dans leurs fonctions d'anciens responsables religieux emprisonnés afin de gouverner sur Tombouctou. Cette volonté de restaurer un ordre antérieur à la domination des Sonni est révélateur de la stratégie d'Askia Mohammed : consolider son pouvoir en s'appuyant sur les élites intellectuelles et religieuses.

Conscient de la fragilité de sa position d'usurpateur, Askia Mohammed cherche à inscrire historiographiquement son ascension dans une légitimité religieuse. Il fait appel à El Maghili pour faire le récit de sa prise de pouvoir. Dans ses écrits, ce dernier présente le coup d'État d'Askia comme un djihad contre des tyrans impies. Cette interprétation vise à justifier l'éviction violente de ses prédécesseurs au nom de la défense de l'islam.

Dans certaines traditions orales, issues notamment de la région orientale du Niger, Askia est décrit comme le neveu du roi renversé, sauvé de l'infanticide et élevé comme esclave, avant de revenir accomplir sa destinée royale. Ces récits, proches de mythes fondateurs comme celui de Soundiata Keïta ou de Moïse, visent à ancrer le pouvoir d'Askia Mohammed dans une légitimité divine ou prophétique, tout en atténuant le traumatisme du renversement dynastique. Le terme askia lui-même pourrait tirer son origine du mot asku, « jeune esclave », renforçant l'idée d'un pouvoir venu de l'humilité et du destin.

En parallèle à la pacification de Tombouctou, Askia Mohammed cherche à sécuriser et réorganiser la partie occidentale de l'empire, encore favorable à son prédécesseur Sonni Baro. En 1494, il envoie son frère Omar mener une campagne militaire victorieuse à Dia. Cette victoire débouche sur une innovation administrative majeure : la création de la fonction de kanfari, un poste chargé de gouverner la moitié occidentale de l'empire depuis Tindirma. Ce poste est distinct du rôle de simple gouverneur provincial, traduisant la volonté du nouvel empereur de renforcer l'autorité centrale et de structurer un pouvoir plus cohérent à l'échelle impériale.

Pèlerinage à La Mecque Dans ce contexte, la préparation d'un pèlerinage à La Mecque s'inscrit dans une démarche politique visant à légitimer son règne et réitérer les mécanismes employés par Mansa Moussa afin de gagner en prestige. Il cherche également à mettre en place une nouvelle vision politique pour gouverner l'Empire songhaï, qui repose sur un caractère cosmopolite où la légitimité islamique est commune. Dans cette optique, après la réhabilitation des oulémas de Tombouctou, il confie la régence de l'empire à son frère Omar.

Askia part avec une suite militaire composée de d'infanterie et de cavalerie ou chamellerie. La cohorte transporte d'or provenant directement des trésors de la dynastie Sonni. Le parallèle avec l'important pèlerinage de Mansa Moussa est évident. Il s'entoure également de serviteurs, ainsi que de chefs des différentes communautés ethniques de l'empire. Cette politique inclusionniste est à la racine de son projet politique cosmopolite.