Le Gayo ou Gaju () est une race de poneys originaire de la province d'Aceh, dans le nord de Sumatra, en Indonésie. Nommé d'après l'ethnie des Gayo qui l'élève dans les hautes terres de la province, il est parfois appelé à tort « Deli » en raison de son exportation passée depuis les ports du sultanat de Deli. Cet équidé indonésien de petite taille appartient au groupe des poneys du Sud-Est asiatique, et à celui ds grands poneys. Son statut est sujet à débat, car il est parfois considéré comme une variété du Batak, caractérisé par sa taille plus réduite, son modèle plus lourd et sa moindre vivacité par comparaison à ce dernier. Le gouvernement indonésien le reconnaît officiellement comme une race spécifique depuis 2014.
Le Gayo est employé bâté, attelé, et monté par les enfants. Il est aussi croisé pour donner des chevaux de course. Avec recensés en 2014, la race est menacée d'extinction. Les croisements avec le Pur-sang et la baisse d'intérêt pour cette race contribuent à sa raréfaction et à son érosion génétique.
Dénomination Selon la base de données DAD-IS gérée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), « Gayo » (en indonésien) est le nom international le plus commun, avec la précision kuda Gayo, soit « cheval de Gayo ». « Gayoe » est le nom anglais, et « Gaju » (ou Kaju) le nom flamand. La race a reçu son nom de la population Gayo qui vit dans le nord de Sumatra, dans les hautes terres de l'intérieur de la province d'Aceh..
Histoire thumb|left|Poney Gayo monté à Aceh, en 1927. Selon une étude de 2024, le cheval Gayo existerait depuis 1701, date à laquelle il aurait été adapté à la région du Gayo, avant d'être ultérieurement croisé avec des chevaux Pur-sang anglais. Il est surtout issu de chevaux mongols, et dans une moindre mesure, perses et arabes..
Ce poney est longtemps été confondu avec les races du Batak et du Minang, à tort, sous le nom de « Deli ». Cette confusion provient du système d'importation des poneys par des navires battant pavillon hollandais : les animaux en provenance de l'Est étaient débarqués dans le port du sultanat de Deli. John Anderson visite plusieurs ports du nord de Sumatra entre 1823 et 1825. Il signale la présence de chevaux dans la région d'Aceh. Les ports servent de point d'exportation, les animaux gagnant d'autres régions d'Indonésie en nombre considérable, d'après lui. Le centre d'élevage de l'île de Sumatra semble s'être déplacé au cours du temps, la région d'Aceh cédant sa place à la région de peuplement Batak en tant que zone d'exportation principale.
Au début du , les poneys de bât Gayo sont réputés « petits, mais très forts ».. En 1997, un comptage assez précis transmis à la FAO fait état de recensés, avec une tendance à la stabilité. Un décret du ministre de l'agriculture de la république d'Indonésie (numéro 1054 / Kpts / SR.120) daté d', créé un noyau d'élevage de chevaux Gayo pour prévenir l'extinction de la race..
Description vignette|Poulain Gayo. Le Gayo appartient au groupe des poneys du Sud-Est asiatique, et parmi celui-ci, au sous-groupe des poneys d'Indonésie. Il est classé dans la catégorie des grands poneys. Il n'est pas aussi vif que le Batak, et présente un modèle plus lourd..
Le Gayo ne dispose d'aucun registre généalogique.
Taille et gabarit
D'après les mesures de référence effectuées par la FAO, la taille moyenne des femelles est de , celle des mâles de . L'ouvrage de CAB International (édition 2016) annonce une taille moyenne de . Cette faible taille est causée par le manque de qualités nutritives de la végétation locale..
Une étude de 2016 le classe parmi les poneys : il mesure au garrot, pour un poids de . Une étude morphométrique menée en 2023-2024 sur 87 chevaux Gayo mâles des régences d'Aceh central, Bener Meriah et Gayo Lues apporte des mesures corporelles supplémentaires : une longueur du corps moyenne de , une hauteur au garrot de , un tour de poitrine de , une largeur de hanche de et une circonférence scrotale de . Ces valeurs sont inférieures à celles mesurées chez le Sandalwood de Sumba, notamment en matière de longueur du corps et de hauteur au garrot. Le gabarit du cheval Gayo est globalement plus petit que celui d'autres races, qu'il s'agisse de races exotiques ou des chevaux de course indonésiens. Un autre étude morphométrique, celle de Melia et collègues publiée en 2022, indique que les mâles mesurent en moyenne au garrot pour un tour de poitrine de , une longueur du corps de et un poids de , tandis que les femelles mesurent au garrot pour un tour de poitrine de , une longueur du corps de et un poids de .
Morphologie et anatomie vignette|Chevaux Gayo dans un pré à Takengon.
Une étude de 2022 précise les caractéristiques morphologiques du cheval Gayo. La tête est courte et robuste, de profil rectiligne, avec de petits yeux noirs au regard vif. Les oreilles sont longues, rappelant celles de l'âne. Les ganaches sont larges.
L'encolure est courte selon DAD-IS, longue selon l'étude de Melia et collègues. Le corps est étroit, compact et court, avec un ventre en forme de demi-cercle. La queue est de longueur moyenne à longue, et fournie. La crinière est épaisse et raide.
Une étude anatomique menée en 2016 sur trois juments montre que l'appareil reproducteur du cheval Gayo est globalement plus petit que celui des autres races : la longueur totale du tractus reproducteur, des lèvres vulvaires à l'apex de la corne utérine, est de contre chez d'autres races. Le vagin, en particulier, est nettement plus court ( contre 18 à 23 cm chez des races étrangères), de même que l'oviducte ( contre 25 à 30 cm). À l'inverse, le corps et les cornes utérines sont proportionnellement plus longs que chez d'autres chevaux locaux indonésiens. Sur le plan histologique, la structure ovarienne du cheval Gayo ne présente pas de différence notable avec celle des autres races de chevaux.
Robe La robe est unie et de couleur variable, mais généralement bai foncé ou bai-brun ; le noir, l'isabelle et l'alezan sont également répertoriés. Le gris existe aussi, d'apparence grise ou blanche.
d'après CAB International, le pie est possible, que ce soit dans la variante pie noir ou pie bai.
Reproduction et tempérament En liberté, seuls les étalons dominants s'accouplent avec les juments du groupe ; un étalon vaincu lors d'un affrontement est écarté vers un autre groupe, ce qui favorise vraisemblablement la consanguinité et contribue à la réduction progressive de la taille et du poids des chevaux Gayo.
La race est réputée posséder de bonnes caractéristiques de reproduction. Une étude menée en 2023 auprès de 24 juments de la régence d'Aceh du Sud-Est établit plusieurs paramètres de reproduction pour la race : un cycle œstral moyen de (21 à 25 jours), une durée moyenne des chaleurs de (4 à 17 jours), un âge moyen à la première saillie de (24 à 36 mois), une durée de gestation moyenne de (326 à 345 jours), un intervalle moyen entre poulinages de (458 à 480 jours) et une reprise de la reproduction post-partum en moyenne après (122 à 150 jours). Les auteurs de l'étude concluent que ces paramètres reproductifs se situent dans les normes de l'espèce. Une étude comparative menée en 2022-2023 dans la régence de Bener Meriah sur des chevaux Gayo et des Pur-sangs montre des différences entre les deux races sur plusieurs paramètres reproductifs : le cycle œstral du Gayo (20,75 jours en moyenne) est plus court que celui du Pur-sang (29 jours), de même que la durée des chaleurs ( contre ) et la remise à la reproduction post-partum ( contre ), tandis que l'âge à la première saillie est légèrement plus tardif chez le Gayo (3,78 ans contre 3,10 ans). Les auteurs concluent que cette différence de performance s'explique par une meilleure adaptation du cheval Gayo, race locale, à son environnement naturel.
Une étude comparative menée en 2021 dans la régence de Gayo Lues auprès de 49 éleveurs montre, à l'inverse de l'étude menée à Bener Meriah, une performance reproductive globalement inférieure du cheval Gayo par rapport au Pur-sang. L'âge moyen à la première saillie y est de chez le Gayo contre chez le Pur-sang, la durée de gestation de contre , la remise en chaleur post-partum de contre , et l'intervalle entre poulinages d'environ contre . Le retard de l'intervalle entre poulinages chez le Gayo s'explique en partie par le fait que des éleveurs repoussent volontairement les saillies, préférant engager leurs juments dans des courses plutôt que dans la reproduction.
Un diagnostic précoce de gestation chez la jument Gayo peut être effectué 14 jours après la dernière saillie, la concentration en hormone stéroïdienne pouvant servir de méthode de suivi de la gestation et de la mise bas. Une étude expérimentale de 2024 montre qu'un traitement par injection intramusculaire de vitamines A, D et E permet d'augmenter significativement la concentration en œstrogènes de juments Gayo présentant un anœstrus silencieux post-partum, rendant les signes de chaleurs plus facilement observables par les éleveurs. Les auteurs présentent cette approche comme une alternative accessible et économique par rapport aux traitements hormonaux classiques (GnRH), coûteux et difficiles à obtenir pour les éleveurs locaux. Chez la jument Gayo, les signes cliniques de chaleurs se manifestent notamment par le relèvement de la queue, un clignement de la vulve et des mictions fréquentes.
Le tempérament de ces chevaux est réputé calme et stable
Variété du Batak ou race distincte ? Le Gayo n'est pas toujours distingué du Batak en tant que race séparée. Certains auteurs estiment qu'il constitue une variété du Batak, notamment Elwyn Hartley Edwards qui le classe comme une variété éteinte du Batak., et l'autrice du guide Delachaux. W. Groeneveld (1916) considère que le Batak et le Gayo sont deux variétés distinctes parmi les quatre qu'il recense sur Sumatra.. John Crawfurd (1956) distingue deux races sur Sumatra, celle d'Aceh (le Gayo) et celle de .. L'encyclopédie de Charles Evelyn Graham Hope et Noel Jackson traite le Gayo et le Batak en un seul article, sans distinguo.. D'autres ouvrages de vulgarisation le citent comme race séparée.. La FAO, CAB International et Bonnie Lou Hendricks de l'Université de l'Oklahoma le traitent également comme une race séparée, cette dernière précisant que très peu d'informations sont disponibles concernant le Gayo.
La position officielle du gouvernement indonésien est de considérer le Gayo comme une race séparée, en vertu d'un décret du ministère de l'agriculture de la République d'Indonésie publié en 2014 (1054/Kpts/SR.120/10/2014).
Utilisations vignette|Attelage hippomobile à Aceh. Le Gayo sert surtout au transport, que ce soit monté, bâté ou attelé. Il peut être monté en équitation de travail, ou comme cheval de course. Utilisé comme animal de trait pour labourer les rizières, il peut aussi servir de cheval de bât pour transporter les récoltes agricoles. Il est plus récemment devenu une attraction touristique. Enfin, ce poney est désormais populaire comme monture pour les enfants.
La viande de cheval est consommée depuis longtemps, le nord de Sumatra étant une région hippophage.. La viande du Gayo est réputée particulièrement tendre et juteuse.
Courses de chevaux
Des courses de chevaux sont organisées régulièrement dans la région, depuis 1930 environ.. Leur popularité a augmenté après l'indépendance de l'Indonésie.. Les courses les plus célèbres sont organisées en août en commémoration de l'indépendance. Les montures ne sont pas des Gayo de pure race, mais des chevaux de croisement issus de métissages avec des animaux australiens.. Ces courses ont principalement lieu de fin août à mi-septembre et sont l'objet de paris sportifs, pourtant interdits dans le pays..
Cérémonies traditionnelles