vignette|300px|Bataille de Hohenfriedberg : Attaque de l'Infanterie prussienne, , par Carl Röchling.
L'Armée royale prussienne () est l'armée du royaume de Prusse. Ces forces armées sont essentielles dans l'affirmation du Brandebourg comme grande puissance européenne.
L'armée prussienne est fondée à partir des faibles forces mercenaires du Brandebourg pendant la guerre de Trente Ans. L'électeur la transforme en une véritable armée de métier, puis le roi accroît considérablement sa taille. Au , le roi Frédéric le Grand conduit à la victoire ses troupes à la discipline de fer lors des guerres de Silésie et tient tête à une coalition austro-franco-russe lors de la guerre de Sept Ans.
L'armée est dépassée au début des guerres napoléoniennes et la Prusse est défaite par le Premier Empire français pendant la guerre de la quatrième Coalition. Puis, sous le commandement de Gerhard von Scharnhorst, les réformateurs prussiens commencent à moderniser l'armée, ce qui contribue grandement à la défaite de lors de la guerre de la sixième Coalition. Au lendemain des guerres napoléoniennes, les conservateurs arrêtent certaines des réformes et l'armée devient un bastion du gouvernement conservateur prussien.
L'Armée royale prussienne est à nouveau victorieuse dans les guerres du , successivement contre le Danemark (guerre des Duchés), l'Autriche (guerre austro-prussienne) et la France (guerre franco-allemande de 1870), permettant à la Prusse d'unifier l'Allemagne et de créer l'Empire allemand en 1871. Son armée devient le cœur de l'Armée impériale allemande et se transforme après la Première Guerre mondiale en Reichswehr.
L'armée du Grand Électeur (1640 -1713)
Création de l'armée (1644) vignette|droite|300px|Expansion des territoires de Brandebourg-Prusse, 1600-1795
L'armée de la Prusse trouva son origine dans les forces armées unies créées pendant le règne de l'Électeur du Margraviat de Brandebourg (1640-1688). Les Hohenzollern de Brandebourg-Prusse utilisaient auparavant les lansquenets (Landsknecht) mercenaires, comme pendant la guerre de Trente Ans, au cours de laquelle le Brandebourg fut dévasté. Les forces suédoises et impériales traversèrent et occupèrent le pays chaque fois qu'ils le voulurent. À la suite de son accession au trône, en , Frédéric-Guillaume entreprit de constituer une armée de métier pour mieux défendre son État. gauche|vignette|Frédéric-Guillaume, le « Grand Électeur », toile de Gédéon Romandon, v. 1687-1688.
Vers 1643-1644, l'armée en gestation comptait seulement de troupe, dont 500 mousquetaires dans la garde personnelle de Frédéric.. Johann von Norprath, l'homme de confiance de l'Électeur, recruta des forces dans le duché de Clèves et constitua une armée de hollandais et allemands en Rhénanie en 1646. Les garnisons s'accrurent aussi lentement au Brandebourg et dans le duché de Prusse.
Frédéric rechercha aussi l'assistance de la France, le rival traditionnel des Habsbourg de la Maison d'Autriche, et commença à en recevoir des fonds. Il copia ses réformes sur celles de Louvois, le Ministre d'État du roi .. La croissance de ses forces militaires permit à Frédéric-Guillaume de réaliser de considérables acquisitions territoriales lors du traité de Westphalie en 1648, malgré le relatif insuccès du Brandebourg pendant la guerre.
Les États provinciaux désirèrent alors une réduction de la taille de l'armée en temps de paix, mais l'Électeur détourna leur requête par des concessions politiques et des économies. En 1653, par le Recès de Brandebourg entre Frédéric-Guillaume et les États de Brandebourg, la noblesse fournit au souverain thalers en échange de la confirmation de leurs privilèges. Les Junkers consolidèrent leur pouvoir politique aux dépens de la paysannerieCitino, .. Enfin, lorsque l’armée devint suffisamment forte, Frédéric-Guillaume se sentit capable d’annexer les États du duché de Clèves, du comté de La Marck et du duché de Prusse.
Frédéric-Guillaume s’efforça de professionnaliser ses soldats dans cette époque de mercenaires. En plus de la création de nouveaux régiments et de la nomination des colonels, l’Électeur imposa des punitions très dures pour ceux qui violaient les règles, telles que la pendaison pour des faits de pillage. Les actes de violence commis par des officiers contre les civils entraînaient la révocation pour une année. Il développa une institution pour les cadets de la noblesse ; bien que les classes supérieures fussent d’abord réticentes à cette idée, l’intégration des nobles dans le corps des officiers en fit des alliés de long terme de la monarchie Hohenzollern.. Parmi les Feldmarschall (maréchaux de camp) de Brandebourg-Prusse figurent de prestigieux militaires comme Derfflinger, Jean-Georges d'Anhalt-Dessau, Spaen et .
Les campagnes du Grand Électeur vignette|redresse|gauche|Soldats du régiment de Courlande en 1686, dessin de Richard Knötel. vignette|redresse|Soldats du Brandebourg du régiment d'infanterie de Léopold d'Anhalt-Dessau, dessin de Richard Knötel.
La nouvelle armée de Brandebourg-Prusse survécut à son baptême du feu grâce à sa victoire de 1656 lors de la bataille de Varsovie, pendant la première guerre du Nord. Les observateurs furent impressionnés par la discipline des troupes brandebourgeoises, comme par leur comportement vis-à-vis des civils, qu'ils considéraient sur le même plan que leur allié, l'armée suédoise. Le succès des armes des Hohenzollern permit à Frédéric-Guillaume d'assumer sa souveraineté sur le duché de Prusse en 1657 par le Traité de Wehlau, grâce auquel le Brandebourg-Prusse s'allia à la République polono-lituanienne. Bien qu'il ait réussi à expulser les forces suédoises de son territoire, l'Électeur ne put acquérir la Poméranie occidentale (Vorpommern) lors du traité d'Oliva signé en 1660, car l'équilibre des puissances en Europe avait été rétabli.
Au début des années 1670, Frédéric-Guillaume appuya les tentatives impériales de revendiquer l'Alsace et contrer l'expansion territoriale entreprise par . Les troupes suédoises envahirent le Brandebourg en 1674 alors que l'essentiel des forces de l'Électeur prenait ses quartiers d'hiver en Franconie.
Frédéric organisa l'armée des Hohenzollern pour qu'elle puisse passer de en temps de paix jusqu'à à en temps de guerre. Ses succès dans les batailles contre la Suède et la Pologne-Lituanie accrurent le prestige du Brandebourg-Prusse, permettant au « Grand Électeur » de mener une politique absolutiste en réduisant les prérogatives des États et des villes. Dans son Testament politique, rédigé en 1667, il écrit : .
La puissance montante des Hohenzollern permit à l'Électeur Frédéric (1688–1713), fils et successeur de Frédéric-Guillaume, d'instituer en monarchie souveraine le royaume de Prusse qu'il dirigea sous le nom de roi en 1701. Quoiqu'il célébrât le goût baroque et les arts à l'imitation de Versailles, le nouveau roi renforça l'importance de l'armée et accrut ses effectifs jusqu'à .
L'armée du Roi Sergent (1713–1740)
gauche|vignette|Frédéric-Guillaume , le Roi Sergent, peint par Antoine Pesne, ap. 1733
eut comme successeur son fils , surnommé le Roi soldat ou en français le « Roi Sergent », obsédé par l'armée et atteignant l'autosuffisance militaire pour son pays. Le nouveau roi congédia la plupart des artisans de la Cour de son père et accorda la prééminence aux officiers sur les nobles de cour. Les jeunes hommes ambitieux et intelligents du pays commencèrent à entrer dans la carrière militaire au lieu de l'administration ou la justice. portait un simple uniforme bleu à la cour, un style immédiatement imité par le reste de la Cour prussienne et ses successeurs royaux. En Prusse, la queue de cheval remplaça les perruques communes dans la plupart des cours allemandes.
avait entrepris ses innovations militaires dans son régiment Kronprinz pendant la guerre de Succession d'Espagne. Son ami, Léopold, prince d'Anhalt-Dessau, servait comme sergent-instructeur royal de l'armée prussienne. Léopold introduisit la baguette en acier, augmentant la puissance de feu prussienne, et la marche lente, ou pas de l'oie. Le nouveau roi entraînait sans cesse l'armée, focalisant sur la vitesse de tir de leurs mousquets à platine à silex et la formation à la manœuvrabilité. Ces changements donnèrent à l'armée flexibilité, précision, et une puissance de feu inégalée à cette époque.. Grâce à l'entrainement et à la baguette d'acier, chaque soldat devait tirer six fois en une minute, trois fois plus que toute autre armée..
Les punitions, comme les baguettes, étaient draconiennes et malgré la menace d'une pendaison, beaucoup de soldats désertaient quand ils le pouvaient. Les uniformes et l’armement furent standardisés. Les nattes et, pour les régiments qui les arboraient, les moustaches, devaient avoir une longueur réglementaire ; les soldats qui ne pouvaient porter les barbes ou moustaches requises devaient en peindre une imitation sur leurs visages.
ramena la taille de la garde royale de Frédéric à un simple régiment, y affecta des soldats à la taille plus élevée que la moyenne, les « Géants de Potsdam », et la finança sur ses fonds.. La cavalerie fut réorganisée en 55 escadrons de 150 chevaux, l'infanterie comportait 50 bataillons (25 régiments), et l'artillerie réunit deux bataillons. Ces changements lui permirent d’accroître ses forces de 39 à et à la fin de son règne, l'armée avait doublé d'effectif.. Le Commissariat Général à la guerre, responsable de l'armée et des subsistances, fut protégé des interférences des États et placé strictement sous le contrôle des officiels nommés par le roi.
restreignit l'enrôlement dans le corps des officiers aux Allemands et obligea les Junkers, c'est-à-dire l'aristocratie prussienne, à servir dans l'armée. Bien qu'ayant été réticents à entrer dans l'armée, les nobles virent finalement dans le corps des officiers leur carrière naturelle. Jusqu'en 1730, les soldats du rang provenaient essentiellement de la paysannerie recrutés ou enrôlés de force en Brandebourg-Prusse, conduisant nombre d'entre eux à fuir dans les pays voisins. Afin d'éviter cela, Frédéric divisa la Prusse en cantons régimentaires. Chaque jeune homme devait servir comme soldat dans ces districts trois mois par an. Cela satisfaisait les besoins ruraux et ajoutait des troupes supplémentaires pour accroître les rangs des troupes régulières.
Le Directoire Général que mit en place Frédéric-Guillaume pendant son règne poursuivit l'évolution absolutiste qu'avait lancée son grand-père et accrut la collecte des impôts en forte croissance nécessaire à l'expansion militaire. La classe moyenne des villes fut sollicitée pour héberger les soldats et s'enrôler dans l'administration. Du fait que l'octroi s'appliquait seulement dans les villes, le roi était réticent à engager des guerres, car le déploiement de ces forces onéreuses dans des pays étrangers l'aurait privé de taxes provenant des forces territoriales basées dans les villes
À la fin de son règne, la Prusse disposait de la quatrième plus grande armée du continent (), mais avec seulement la douzième population (). Cette armée mobilisait cinq millions de thalers (sur un total de budget de sept millions)Koch, ..
L'armée de Frédéric le Grand (1740-1783)
Les guerres de Silésie vignette|gauche|redresse|Le jeune commandant ses grenadiers pendant la première guerre de Silésie, gravure d'Adolph Menzel, v. 1840. vignette|redresse|La décoration Pour le Mérite, introduite par Frédéric II en 1740.
(« le Grand ») succéda à son père Frédéric-Guillaume en 1740. Il dissout immédiatement les dispendieux « Géants de Potsdam » et utilisa les fonds pour créer sept nouveaux régiments et enrôler supplémentaires. Il recruta seize bataillons, cinq escadrons de hussards, et un escadron de Gardes du Corps.