Le marché des médicaments en vente libre en France a ses propres spécificités.

Un médicament en vente libre, appelé aussi médicament de comptoir ou médicament OTC (, littéralement « par-dessus le comptoir ») est un médicament pouvant être vendu sans nécessité de prescription ou d'ordonnance et délivré par un professionnel de la santé. Ce médicament est dit à prescription médicale facultative, c’est-à-dire qu’il peut être prescrit par un médecin ou conseillé par le pharmacien.

L'un des plus anciens médicaments vendus sans ordonnance est l'aspirine. Parfois certains d'entre eux cessent d'être en vente libre et requièrent désormais une prescription médicale. Par exemple, la codéine et divers opiacés étaient jadis en vente libre, mais leur délivrance est désormais fortement restreinte. À l'inverse, certains médicaments jadis soumis à ordonnance sont désormais en vente libre.

Les médicaments OTC peuvent être également appelés dans la presse « l’auto-médication ».

Selon des données IMS Pharmastat, le marché des médicaments sans ordonnance pèse 2,2 milliards d'euros en 2017, un peu plus de 8 % du marché du médicament (remboursable et non remboursable). Le médicament (remboursable et non remboursable) représente, en 2017, 82 % de l’activité moyenne d’un pharmacien d’officine dont le chiffre d’affaires total hors taxes en 2017 a une valeur de 32.9 milliards d’euros.

Médicaments sans prescription Certains médicaments peuvent être sans ordonnance selon les pays, les dosages ou le conditionnement.

Acide acétylsalicylique Cétirizine mais pas la lévocétirizine - En France, seules les boîtes de 7 comprimés sont sans prescription. En Belgique, les gouttes pédiatriques et le sirop restent sous prescription certaines formes de lévocétirizine ne sont en vente libre en Belgique que depuis 2010 Dextrométhorphane - certaines formes sont sous prescription selon les pays (en Belgique, seuls les sirops antitussifs sont en vente libre ; les comprimés sont sous prescription et le produit pur (ou son bromhydrate) est soumis à la législation des stupéfiants) Dimenhydrinate Dompéridone - certaines formes sont sous prescription selon les pays (en Belgique, les formes pédiatriques (suppositoires et sirop) sont sous prescription) Ibuprofène - il existe des gélules à libération prolongée dosée à 300 mg qui restent soumises à prescription (en Belgique, seuls les sirops pédiatriques et de rares autres formes sont en vente libre). Lopéramide - certaines formes sont sous prescription selon les pays Loratadine mais pas la desloratadine Paracétamol - certaines formes sont sous prescription selon les pays

Vente des OTC sur internet Avec l’arrêt Doc Morris en 2003, l’instance européenne a autorisé la vente sur Internet des OTC, mais à la condition que la vente en ligne soit une extension virtuelle d’officines de pharmacies régulièrement autorisées à exercer sur leur territoire. À la suite de cet arrêt, l’Allemagne développera la vente en ligne de médicaments. C’est en que la France autorise à son tour, la vente des OTC sur Internet, vente qui reste cependant strictement encadrée et limitée, pour éviter qu’il ne soit la porte ouverte à la contrefaçon et pour préserver l’accès à un conseil pharmaceutique. Ainsi, seuls peuvent être autorisés par l’agence régionale de santé compétente les sites exploités par des pharmacies physiques. La liste des sites autorisés figure sur le site du ministère de même que sur celui de l’ordre des pharmaciens.

Controverse en France

Contexte Depuis la seconde guerre mondiale, les pharmaciens sont en situation de monopole sur la vente des médicaments et également des médicaments sans ordonnance. Ce monopole permet d’assurer une imperméabilité du circuit de distribution français. C’est une clé de voûte du système de distribution français qui offre la garantie d’innocuité, de sécurité et de qualité des médicaments présents sur le marché qu’ils soient vendus en officine physique ou bien sur Internet.

Chaque étape de la chaîne (fabricants, exploitants, grossistes-répartiteurs, pharmacies d’officine, etc.) est placée sous la responsabilité d’un pharmacien qui s’assure de la qualité des médicaments jusqu’à leur dispensation aux patients.

Tandis que la vente des OTC en grandes surfaces est déjà autorisée dans de nombreux pays (USA, Grande Bretagne, Italie depuis 2006, etc.), la législation en France reste stricte sur ce point. Seul le décret "médicaments de médication officinale", autorise depuis le la vente de 248 médicaments devant le comptoir des pharmacies (les OTC), en libre-service.

Dès les années 80, E. Leclerc s’attaque à ce monopole, en se présentant comme le bienfaiteur du consommateur, pour la défense de leur pouvoir d’achat, avec l’idéologie du "juste prix", reprenant le même discours que UFC Que Choisir (pour lequel Michel Edouard Leclerc a travaillé au début des années 70.).

Le prix des médicaments non remboursables est libre. Les déremboursements et le libre accès se développant, ce marché financièrement intéressant attise les convoitises de la grande distribution, Leclerc en tête. Réaffirmant leur monopole, les pharmaciens s'organisent de plus en plus en groupements et mettent en avant leur rôle de conseils.

En 2008, pour E. Leclerc, tous les déremboursements de médicaments s'accompagnent de hausse des prix. Il estime que son groupement est « le plus crédible » pour « faire barrage » à cette inflation, et qu'avec 150 docteurs en pharmacie, ses parapharmacies en galeries marchandes sont armées pour le faire. Deux arguments principaux :

- Pourquoi lorsque les docteurs en pharmacie qui travaillent en officine ont le droit de vendre des médicaments en officine ou sur Internet, mais lorsqu’ils travaillent chez Leclerc, ils n’en ont pas le droit ?

- Pourquoi les médicaments vendus sans ordonnance, puisque non soumis à prescription médicale obligatoire, ne sont pas soumis aux mêmes règles que des produits ordinaires ? D’autant qu’ils sont vendus sans conseils de pharmacien sur Internet.

Depuis 2008, Leclerc lance régulièrement des campagnes de publicité chocs à la télévision et dans la presse à grande échelle pour relancer la polémique sur les prix des OTC. Sur cette argumentation, Leclerc est rejoint par les associations de consommateurs notamment l’association Familles Rurales et surtout UFC Que Choisir.

Lorsque Leclerc attaque avec l’argument sur les prix, UFC Que Choisir, qui veut défendre le pouvoir d’achat des consommateurs, attaque les pharmaciens sur leur argument de défense : les conseils fournis aux « patients-clients » et dénoncent leurs défaillances. Les dossiers de UFC Que Choisir sont relayés par une bonne partie de presse et par les reportages TV aux journaux télévisés.

Les instances politiques, s’inscrivant presque tous dans la lignée du rapport pour la libéralisation de la croissance, dit « rapport Attali » (2008), Leclerc est appuyé par Arnaud Montebourg (Ministre de l'Economie de 2012-2014) et, à l’époque, par son remplaçant Emmanuel Macron (en tant que Ministre de l'Economie de 2014 à 2016), par l'eurodéputée (EELV) Michèle Rivasi, l’Inspection générale des Finances, principalement les Ministères de l’économie, des finances et de la consommation, et surtout par l’Autorité de la concurrence (anciennement Conseil de la concurrence). Ceux-ci prennent position en faveur de la libéralisation et leurs voix sont relayées par la presse, alimentant à chaque fois le débat relancé sans cesse par Leclerc.

Les pharmaciens dont les marges sont mises en danger avec la concurrence des parapharmacies s’opposent fermement à la libéralisation. Leurs moyens d’action se bornent surtout à porter plainte pour publicités mensongères ou pour atteinte à leur image.

Ils se mobilisent, communiquent, portent plainte et coordonnent des actions à travers le Conseil de l’Ordre National des Pharmaciens, mais surtout à travers certains syndicats de pharmaciens, l’Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO) et certains de leurs regroupements les plus actifs dont l'Union des groupements des pharmaciens d'officine. Les pharmaciens sont également soutenus, par leurs communiqués et leurs interviews, par La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) , aujourd'hui la première force patronale en pharmacie d’officine, et par l’Association française de l'industrie pharmaceutique pour une automédication responsable (Afipa), Conseil central des pharmaciens titulaires d’officine. Ils ont pour l’instant le soutien inconditionnel du ministère de la santé, dirigé successivement ces dernières années par Roselyne Bachelot (docteur en pharmacie), Marisol Touraine (fille de médecin) et actuellement Agnès Buzyn (hématologue).

Les sous-controverses qui alimentent le débat

Les manquements des pharmaciens à leur devoir de conseils. Des enquêtes de Que Choisir en 2009 puis une seconde , une troisième en , dénoncent les manquements des pharmaciens à leur devoir de conseils.

Dans la première, seules 14 % des pharmacies ont posé des questions, 15 % ont parlé des effets indésirables de ces médicaments, 41 % ont mis en garde contre leur association.

La seconde enquête dénonce « 48 % des pharmaciens ne nous ont pas alertés spontanément sur les interactions entre les médicaments ».

La troisième étude parle de seulement 14 % des pharmacies qui n’ont pas fait correctement leur travail. L’UFC-Que Choisir conclut son article par plusieurs préconisations, notamment « l’élargissement de la distribution des médicaments sans ordonnance aux parapharmacies et à des espaces dédiés dans les grandes surfaces, sous la surveillance d’un pharmacien diplômé. »

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) a réagi le en se réclamant « d’une étude autrichienne » dont la source n’a pas jamais été précisée...

Non-respect de la règlementation par les sites internet qui vendent des médicaments En 2017, l’Observatoire des Médicaments dénonce ces infractions qui témoignent "clairement" d'un "manquement aux devoirs de conseil des pharmaciens"Observatoire des Médicaments - dossier de Presse - Mardi 12 décembre 2017.

D’autant que même si les composants présents dans les OTC sont considérés comme peu dangereux ou proposés à des dosages moindres, ces substances n'en restent pas moins des médicaments. À ce titre, elles présentent des effets indésirables, des contre-indications (certaines maladies, grossesse, allaitement), des risques d'interaction avec d'autres remèdes, de réaction allergique ou de surdosage.

Le prix des médicaments sans ordonnance qui grimpent Depuis 2008, UFC Que Choisir, et depuis 2010, l’association Familles Rurales, lancent des enquêtes de prix dont les résultats sont relayés par la presse et les journaux télévisés. Les médicaments sans ordonnance sont de plus en plus chers. Entre 2016 et 2017, les prix ont augmenté de 4,3 % en moyenne. Des médicaments jusqu’à 4 fois plus chers selon le lieu de vente d’une pharmacie à l’autre, le prix d’un médicament passe, en moyenne, du simple au triple. Sur internet, les frais de port gomment des prix attractifs.. La dernière campagne de UFC Que Choisir date de …

Des médicaments sans ordonnance dangereux Une étude de 60 millions de consommateurs dénonce 28 médicaments dangereux en vente libre.

Des OTC utilisés additionnés à des drogues ou de l’alcool L’emploi à mauvais escient de médicaments sans ordonnance, plus précisément ceux contenant des psychotropes, pose un sérieux problème. Des médicaments pour la toux et le rhume vendus sans ordonnance contenant une drogue nommée dextrométhorphane (DXM) font l’objet d’une consommation abusive. Le DXM est vendu sous forme de sirop, de gel et de comprimés. Quand il est vendu sur Internet sous forme de poudre, il est particulièrement dangereux, car on ignore sa composition et son dosage. On le trouve dans plus de 100 produits ; la Coricidine et le Robitussin sont les médicaments les plus consommés.