120px|thumb|Pallium (manteau grec) sur un chiton. Le pallium romain (diminutif : palliolum, un petit pallium) est issu de l'himation grec. C'est un vêtement rectangulaire (la pièce d'étoffe) sans couture qui se portait comme un manteau, parfois à même la peau, sur une tunique ou sur un chitôn, aussi bien pour les hommes que pour les femmes (alors sur le chitôn, ou la stola). La paramentique de l'Église primitive a utilisé depuis ce terme pour le pallium de l'Église latine, ou l'omophore de l'Église orientale, mais il s'agit aujourd'hui juste d'une étole, signe de l'épiscopat.
Historique thumb|left|Catulle lisant ses œuvres à ses amis (Stefan Bakałowicz, 1857-1947), Galerie Tretiakov (1885) Le pallium est un vêtement d'une seule pièce, mais il sert aussi de couverture pour la nuit.
Le pallium est rabattu sur l'épaule gauche, passe dans le dos, puis sous le bras droit laissant l'épaule droite découverte. Il est plus pratique et moins solennel que la toge.
vignette|120px|Version féminine du pallium: la palla (Livia Drusilla, Madrid) Le pallium romanisé est porté par le peuple comme un vêtement quotidien au , pour être ensuite adopté par toutes les couches de la population. Il peut se porter dans la rue comme pour les banquets, mais les Romains préfèrent plutôt pour les repas la synthesis en forme de tunique pour le haut et de toge pour le bas, qui est plus pratique.
Le manteau romain est de couleur différente: pour le peuple, il est en lin () ou le plus souvent en laine naturellePlaute, Miles gloriosus, III, vers 87 lire en ligne donc gris ou beige clair et descend simplement en dessous du genou, pour les hautes classes, il est blanc, pourpreTeint avec de la pourpre issue du murex (purpurea, conchyliata, etc.), noir, bleu, ocre jaune (), couleur safran, jaune croceus porté par les femmes et les hommes efféminés, le vert pâle est aussi priséJulius Pollux, Onomasticon, VII, 56. Le manteau est dans les hautes classes frangé parfois de couleur pourpre comme pour la toge prétexte, ou de fils d'or, avec des broderies, et galonné. Il est généralement en laine, en lin, mais peut aussi être en soie ou en étoffe de prix et tissé de fils d'orVirgile, Énéide, IV, 262-264. Les Romaines revêtent un manteau dérivé du pallium, la palla à quatre côtés qui tombe jusqu'aux pieds et recouvre la tête et les épaules.
Le pallium, manteau des philosophes Le pallium à Rome, depuis le siècle d'Auguste, devient l'habit des philosophes, d'où l'expression ad pallium reverti d'Ammien Marcellin qui signifie « retourner à la pratique de la philosophie », ainsi que des amateurs d'art, des pédagogues et d'une manière générale des amateurs de la culture grecqueTite-Live, XXIX, 10.
Comme le dit Albert Thibaudet dans son Socrate, Albert Thibaudet, Socrate, CNRS Éditions, Paris, 2008, p. 75..
D'abord porté par les partisans de la culture grecque, par les philosophes, les pédagogues et les amateurs d'art, comme nous le rapporte Tite-Live (, 10), vu son caractère plus pratique que la toge solennelle, il fut bientôt porté par toutes les couches de la population au point qu'Auguste ait même essayé, mais sans succès devant les réactions traditionalistes du Sénat, de la faire porter à la place de la toge, comme le rappelle Suétone (Vie d'Auguste, 40). Valère Maxime (, 9, ext. 1) témoigne qu'il était porté tant dans la rue que dans les banquets. Apulée nous décrit même la manière correcte de le porter (Apulée, Métamorphoses, , 3).
D'ailleurs, c'est à Socrate lui-même qu'Albert Thibaudet attribuait l'origine de cet usage du pallium ou tribon : .
Le pallium, manteau des premiers chrétiens thumb|120px|Saint Paul revêtu de la tunica et du pallium des philosophes, représentation antique. thumb|120px|L'archange Gabriel en pallium (Kalavryta)thumb|100px|Bouddha, art du Gandhara, Statue de Bouddha revêtu du pallium, œuvre d'artistes gréco-bouddhiques du ou .
TertullienIl a consacré trois autres ouvrages à la manière de s'habiller : De cultu feminarum, De virginibus velandi et De Aaron vestibus dans son célèbre De Pallio décrit les changements « cosmiques » en comparant le « microcosme » du costume, du vêtement et des habitudes humaines au « macrocosme » de la nature. Il différencie la nature immuable de Dieu par rapport aux différentes phases historiques de l'histoire humaine. On ne doit pas blâmer le fait de changer de façon de se vêtir, si cela reste dans l'ordre de la coutume et si cela n'affecte pas la nature des choses. Les coutumes sont fidèles aux époques, la nature des choses à Dieu. Il remarque que le pallium (manteau) est adopté par les philosophes et les pédagogues. Comme les ermites, le pallium dans ce cas-là est d'étoffe simple et rustique. Il l'adopte lui-même « a toga ad pallium », provoquant l'étonnement de ses contemporainsGaston Boissier, op. cité, pp. 50-78.
Ainsi, Tertullien dans ce traité De Pallio, souvent traduit sous le simple titre Du Manteau, ce qui masque en partie le but et le sens du livre, alors qu'on devrait plutôt dire Du Pallium, car c'est du sens symbolique de ce manteau, opposé à la toga, qu'il s'agit. Il a en effet abandonné la toge du citoyen romain pour revêtir l'habit spirituel tant des philosophes que des premiers chrétiens. Gaston Boissier écrit à propos de Tertullien, "Je suppose qu'en se distinguant des autres par le costume, il s'engageait à se séparer d'eux pour mieux se conduire"Gastion Boissier, La fin du paganisme, p. 242. et il ajoute: "À douze ans, Marc Aurèle prit l'habit de philosophe, ce qui surprit beaucoup chez un héritier de l'empire; d'autant plus qu'en se couvrant du pallium il se mit à vivre d'une façon plus austère et à coucher sur la dure" (ibidem p. 244)
En s'en référant à Matthieu (, 40) c'était l'habit des premiers disciples : "et ei, qui vult tecum iudicio contendere, et tunicam tuam tollere, dimitte ei et pallium ": "et à celui qui veut aller en justice contre toi et t'enlever jusqu'à ta chemise, eh bien ! donne lui-même ton pallium " (éd. Nestle-Aland, p. 11) (le grec emploie le mot himation).
Dans les représentations antiques du Christ, dans les catacombes ou trônant en gloire, c'est le pallium qu'il porte.
Comme l'écrit encore Jérôme CarcopinoJérôme Carcopino, De Pythagore aux Apôtres, Paris, Flammarion, 1956, p. 107: :
Signalons que le mot "tribôn" désigne en grec le pallium philosophique fait d'un tissu usagéCce qui est conservé dans la tradition du "kesa" bouddhique.
Le texte évangélique évoque les himatia (pallium au pluriel en grec) pour décrire les vêtements du Christ et une tunique sans coutureLe texte grec emploie bien le mot d'himation et de chiton sans couture: que les soldats romains veulent se partager en quatre parts après la crucifixion du ChristÉvangile selon Jean XIX, 23-24 et qu'ils tirent finalement au sort: , accomplissant ainsi les Écritures.
C'est à comparer par contraste avec la façon dont le peuple jetait auparavant ses manteaux (pallia) sous les pas du Christ pour l'accueillir et l'honorer comme un roi à JérusalemMatt. XXI, 8 ; Mc. XI, 8 ; Lc XIX, 36.
Le pallium du Pape et des archevêques métropolitains Le pallium est aujourd'hui une sorte de collier en tissu rigide de couleur blanche, se prolongeant sur l'avant et sur l'arrière par un tronçon de même tissu lesté d'un morceau de plomb. Il est orné de croix noires (parfois rouges pour le Pape). Il est porté lors des cérémonies officielles. Le Pape le confère aux nouveaux archevêques métropolitains, cela représente l'unité entre les archevêques et le Pape.
Les transmissions
La civilisation gréco-bouddhique Les premières représentations du Bouddha, œuvres d'artistes de la civilisation gréco-bouddhique du Gandhara, le représente vêtu du pallium des philosophes (en sanskrit: kesa).
Byzance thumb|Entrée du Christ en pallium bleu à Jérusalem (Pietro Lorenzetti). Les pallia sont jetés sur le chemin pour l'honorer Ce vêtement a été transmis à l'époque byzantine et se retrouve à la cour, chez les dignitaires, et dans la paramentique.
Le Christ et des saints sur les icônes sont représentés portant le manteau romain, ou pallium.
Le manteau est évoqué dès l'Ancien Testament: ainsi Élie le prophète le passe à son successeur Élisée dans le Deuxième livre des Rois (II, 2:11-14), signifiant la succession de l'autorité prophétiqueVulgate, Liber Malachim, IV, 11-14: . Le texte grec de la Septante, emploie le mot mêlôtês, une veste en peau de mouton: Rois, II, 2, 14: .
Cette symbolique est reprise dans l'Empire romain d'Orient.
Notes et références
Bibliographie thumb|La Pallas de Velletri au Louvre, portant l'himation, ou pallium Suétone, De genere vestium Jean le Lydien, De magistratibus Gaston Boissier, Le traité du manteau de Tertullien, in la Revue des deux Mondes, 94.5, Paris, 1889, pp. 50-78. Gaston Boissier, La fin du paganisme, Paris : Librairie Hachette, s. d., pp. 239 à 259, livre III, 2 : Le traité du Manteau. - La toge et le pallium. - Pourquoi Tertullien cessa de porter la toge. - Reproches qu'on lui adresse. - Comment il y répond. Judith Lynn Sebesta, The World of Roman Costume, Madison, WI, University of Wisconsin Press, 1994 Gaston Boissier (1823-1908), La fin du paganisme, tome premier, Paris, Hachette, 1930 (voir: livre troisième, chapitre I, "Le traité du manteau de Tertullien" page 221 à 259. M. Bieber, Entwicklungsgeschichte der griechichen Tracht, seconde édition, 1967. Alain Van Dievoet, "De pallio Dalaei Lamae", dans, Melissa, Bruxelles, n° 146, 2008, p.16.
Voir aussi Chiton (vêtement) Himation Omophorion Pallium (christianisme) Pallium gréco-bouddhique Kesa
Catégorie:Art paléochrétien Catégorie:Vêtement sous la Rome antique Catégorie:Vêtement antique