Lucky Luciano, pseudonyme de Charlie Luciano , né Salvatore Lucania (Lercara Friddi, – Naples, ), est un mafieux italo-américain. Luciano est considéré comme le père du crime organisé moderne aux États-Unis. Le magazine Time l'a classé parmi les principaux bâtisseurs d'empire du : un empire du crimeLucky Luciano sur Time Inc..
Biographie
Premières années Salvatore Lucania est né à Lercara Friddi en Sicile le . Ses parents, Antonio et Rosalia Capporelli-Lucania, ont quatre autres enfants : Bartolomeo (né en 1890), Giuseppe (1898), Filippa (1901) et Concetta (1903). Son père, comme la plupart des hommes du village, travaille dans les mines de soufre.
Son père a une idée fixe et persistante d'émigrer aux États-Unis. Luciano raconte dans son livre semi-autobiographique, Lucky Luciano : The Mafia Story in His Own Words que son père, chaque année, achetait un nouveau calendrier de la compagnie maritime basée à Palerme et qu'il économisait de l'argent dans une jarre cachée sous son lit pour leurs voyages à tous. Il mentionne aussi dans son livre que son père était trop fier pour demander de l'argent et que c'est un cousin de Luciano nommé Rotolo, vivant à Lercara Friddi, qui donnait de l'argent à sa mère en secret. En avril 1906, Luciano, âgé de 9 ans, émigre aux États-Unis avec ses parents, en quête du rêve américain, qui s'installent dans un petit appartement au numéro 265 à l'est de la dans le quartier juif du Lower East Side de Manhattan à New York, une destination prisée des immigrés italiens. Préférant la rue à l'école, il est livré à lui-même dans ce quartier mal famé où la violence règne. Il quitte l'école à 14 ans. Il trouve un travail de livreur de chapeaux, gagnant par semaine. Cependant après avoir gagné à un jeu de hasard, il quitte son emploi et veut gagner son argent dans la rue. La même année, il intègre la Brooklyn Truant School qui lui offre une seconde chance, en vain.
Adolescent, Luciano crée son propre gang et il est un membre du vieux Five Points Gang. À l'inverse d'autres gangs de rue, qui évoluent dans la petite criminalité, Luciano offre sa protection aux jeunes Juifs contre les gangs d'Italiens et d'Irlandais pour 10 cents la semaine. Il commence à apprendre le proxénétisme durant les années de la Première Guerre mondiale. Durant cette période, il rencontre aussi Meyer Lansky, son futur partenaire dans les affaires et ami proche.
C'est également durant sa jeunesse qu'il rencontre celui qui deviendra plus tard le chef de l'Outfit, la mafia de Chicago : Al CaponeLucky Luciano empereur du crime. Il forme une bande qui se livre au racket, à l'exploitation des jeux et au proxénétisme. En 1915, à dix-huit ans, Luciano est arrêté pendant qu'il livre de l'héroïne et passe six mois en prison. Sa notoriété s'accroît au sein du Five Points Gang, dont les membres sont aussi connus comme les « Five Pointers ». En 1920, il est un contrebandier important, et s'associe avec Frank Costello, Meyer Lansky et Bugsy Siegel, et accessoirement Joe Adonis et Vito Genovese dans le racket des commerçants et dans la contrebande d'alcool en ces temps de prohibition. À la même période, Costello lui fait rencontrer Dutch Schultz et Arnold Rothstein.
En 1917, lors de l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, Lucky Luciano est appelé pour combattre dans l'armée américaine. Mais il est réformé à cause d'une infection volontaire à la chlamydia.
Laissé pour mort, avec la gorge tranchée, à l'issue de son passage à tabac, il survit miraculeusement, gardant assez peu de séquelles de cet événement : plusieurs cicatrices faciales et une paupière endommagée, toujours à moitié fermée. Une autre version indique qu'il misait souvent sur le bon cheval lorsqu'il jouait aux courses. Une autre encore invoque son aptitude à éviter la prison : de 1916 à 1936, Luciano est arrêté 25 fois pour des accusations d'agressions, paris illégaux, corruption et cambriolages mais ne finit jamais en prison. Il se peut enfin que ce surnom découle simplement d'une mauvaise prononciation de son nom, « Lucania ».
Prohibition Le , le amendement de la Constitution américaine est ratifié et la prohibition dure jusqu'à ce que l'amendement ne soit révoqué en 1933. L'amendement interdit la fabrication, la vente et le transport de boissons alcoolisées. Comme la demande d'alcool se poursuit, malgré l'entrée en vigueur de la prohibition, cette situation ouvre la voie aux développements d'activités criminelles de contrebande et de distribution illégale de spiritueux, sources de revenus supplémentaires pour les criminels américains.
En 1920, Luciano rencontre les futurs parrains de la mafia, incluant Vito Genovese et Frank Costello, son ami de longue date du gang des Five Points. La même année, le parrain du gang de Lower Manhattan, Joe Masseria recrute Luciano comme l'un de ses tueurs et homme de mainNewark, . Dès cette époque, Luciano et ses proches associés, Meyer Lansky, Bugsy Siegel ainsi que Frank Costello, commencent à travailler pour l'homme d'affaires, parieur et criminel new-yorkais Arnold Rothstein dit « The Brain » (« le Cerveau »). Ce dernier voit le potentiel profit que l'on peut tirer de la prohibition et apprend à Luciano à diriger la contrebande d'alcool comme une entrepriseStolberg, . Luciano, Costello et Genovese commencent à gérer leur propre commerce de contrebande d'alcool avec l'appui financier de Rothstein. Cette association est baptisée la Broadway Mob (« la Pègre de Broadway »). Elle-même faisant partie du Big Seven (« les Sept Grands ») qui gère la contrebande d'alcool au niveau national et jette les bases du futur syndicat national du crime.
Rothstein sert de mentor à Luciano. Il lui apprend notamment à se tenir dans la haute société. En 1923, Luciano est interpellé en vendant de l'héroïne à des agents sous couverture. Bien qu'il ne soit pas incarcéré, sa qualité de trafiquant de drogue affichée au grand jour abîme sa réputation parmi ses associés et ses clients de la bonne société. Pour sauver sa réputation, Luciano achète 200 places aux premiers rangs pour le combat de boxe opposant Jack Dempsey et Luis Firpo se disputant dans le Bronx pour les distribuer à des gangsters de haut rang et à des politiciens. Par la suite, Rothstein amène Luciano au magasin Wanamaker's dans Manhattan pour acheter des vêtements de grand prix pour le match. La stratégie fonctionne et la réputation de Luciano est sauvéePietrusza, David. Rothstein The Life, Times, and Murder of the Criminal Genius Who Fixed the 1919 World Series (2nd ed.). New York: Basic Books. p. 202. ..
Avant 1925, Luciano réalise un chiffre d'affaires brut de plus de 12 millions de dollars par an. Cependant, il n'empoche qu'un revenu net d'environ 4 millions chaque année en raison de l'accroissement des coûts de corruption des politiciens et de la police. Luciano et ses associés dirigent alors le plus grand trafic d'alcool de New York, étendu jusqu'à Philadelphie. Il importe le scotch directement d'Écosse, le rhum des Caraïbes et le whisky du Canada. Il s'implique aussi dans le jeu.
Ascension de Luciano La guerre des Castellammarese
Lucky Luciano rejoint ensuite la famille de l'un des plus puissants parrains de New York, Joe Masseria, où il devient l'un de ses plus proches collaborateurs. À l'inverse de Rothstein, Masseria n'a aucune éducation, il n'a aucune manière et ses talents de gestionnaire sont limités. À la fin des années 1920, le principal rival de Masseria est Salvatore Maranzano, venu de Sicile pour diriger le clan Castellammarese. Maranzano refuse de payer son tribut à Masseria. Leur rivalité s'envenime jusqu'à déclencher la sanglante guerre des Castellammarese de 1930 à 1931, avec pour conséquence plusieurs dizaines d'assassinats et finalement la mort de Masseria et de Maranzano.
Luciano enrage de voir de nombreuses opportunités d'affaires s'envoler en raison de l'antisémitisme de la mafia, et Masseria se méfie de son ambition.
Masseria et Maranzano sont nommés « les moustaches Petes » : ce sont des parrains mafieux plus vieux, traditionnels et qui ont commencé leurs carrières criminelles en Italie. Ils croient dans le supposé « vieil ordre mafieux » régi par les principes d'« honneur », de « tradition », de « respect » et de « dignité ». Ces parrains refusent de travailler avec des non-italiens et sont même sceptiques quant à travailler avec des non-siciliens. Parmi les parrains les plus conservateurs, ils ne veulent travailler qu'avec des hommes qui ont des racines avec leur propre village en Sicile. Luciano, au contraire, pense que du moment où l'on peut faire du profit, les origines ou la religion d'un individu importent peu. Il se met à travailler non seulement avec des Italiens, mais aussi avec des gangsters juifs et irlandais. Luciano est choqué d'entendre les mafieux traditionnels lui faire la leçon sur ses transactions avec son ami Frank Costello, qu'ils traitent par ailleurs « de sale Calabrais ».
Luciano commence à entretenir des liens étroits avec de plus jeunes mafieux nés en Italie mais qui ont commencé leurs carrières criminelles aux États-Unis, connus sous le nom de « Jeunes Turcs » ou « Jeunes Loups ». Luciano veut utiliser les leçons qu'il a apprises de Rothstein pour diriger les activités du gang à l'intérieur d'un empire criminelMaas, Peter. The Valachi Papers. Alors que la guerre des Castellammarese progresse, ce groupe inclut de futurs chefs mafieux tels que Frank Costello, Vito Genovese, Albert Anastasia, Joe Adonis, Joe Bonanno, Carlo Gambino, Joe Profaci, Tommy Gagliano et Tommy Lucchese. Les « Jeunes Loups » estiment que l'avidité et le conservatisme de leurs patrons les appauvrissent tandis que les gangs juifs et irlandais s'enrichissent. Luciano a pour vision de former un syndicat national du crime dans lequel les gangs irlandais, juifs et italiens pourraient mettre leurs ressources en commun pour que les activités du crime organisé soient profitables pour tous.
En , Luciano est entraîné sous la menace d’une arme dans une limousine par trois hommes. Il est battu, poignardé et abandonné ligoté à un poteau dans un entrepôt de Staten Island. Il survit à l'attaque mais il conserve une cicatrice au visage et un œil mi-clos. L'identité de ses agresseurs n'est jamais établie. Quand la police intervient après son agression, Luciano explique qu'il n'a aucune idée de qui l'a attaqué. Cependant, en 1953, Luciano explique à un journaliste que c'était la police qui l'avait kidnappé et battu pour trouver Jack « Legs » DiamondFeder & Joesten, pp. 67–69. Une autre version est que l'attaque a été ordonnée par MaranzanoEisenberg, D.; Dan, U.; Landau, E. (1979). Meyer Lansky: Mogul of the Mob. New York: Paddington Press. .. La conséquence la plus importante de cet acte est la couverture médiatique que cela a engendré, introduisant Luciano auprès du grand public.
Bien qu'il ait créé le Syndicat national du crime en 1929 pour mettre fin à cette hécatombe (et préparant avec Meyer Lansky un plan pour prendre le pouvoir), Luciano souhaite devenir le chef de New York. Au début de l'année 1931, Luciano décide d'éliminer Joe Masseria. La guerre tourne en la défaveur de Masseria et Luciano y voit une occasion de se démettre de son allégeance envers lui. Il arrange un accord secret avec Maranzano pour mettre au point l'assassinat de Masseria. En retour, il doit recevoir toutes les opérations de racket de Masseria et devenir le bras-droit dans l'organisation de Maranzano.
Assassinat de Joe Masseria