vignette|Vue du Mont Uluru (Ayers Rock) avec le Kata Tjuta (l'Olgas) en arrière-plan, patrimoine géologique, écologique et esthétique exceptionnel. vignette|Coupe géologique simplifiée présentant le Mont Uluru et le Kata Tjuta. vignette|Le mont Uluru est aussi un site sacré pour les aborigènes (ici : peintures rupestres) Les termes géotope, géosite, géodiversité, géoconservation et géotourisme sont progressivement forgés à l'image de ceux déjà familiers pour le grand public et qui sont construits avec le préfixe bio. Au cours des années 1990, le patrimoine géologique fait son apparition au sein de la sphère patrimoniale et en particulier au sein du Patrimoine naturel.

Acceptions

La première acception, adoptée par la communauté des géoscientifiques est assez restrictive. Selon André StrasserStrasser, A. et al. (1995), Géotopes et la protection des objets géologiques en Suisse : un rapport stratégique, Groupe de travail pour la protection des géotopes en Suisse, Fribourg (professeur de géosciences à l'Université de Fribourg), les géotopes sont des .

Les géotopes sont des formes du relief, ayant une valeur scientifique (relativement à l'histoire de la planète, au patrimoine géologique, aux grands paysages souterrains, au patrimoine commun de l’humanité...) et ayant parfois une valeur culturelle particulièreReynard & Pralong, 2004.

À cette première définition, des scientifiques italiens apportent un élargissement par une approche plus culturelle. Mario Panizza et Sandra Piacente, de l'université de Modène, retiennent eux la définition suivante : .

La dénomination de géotope suscite quelques réserves car elle n'a aucun rapport avec le patrimoine géomorphologique et géologique dans son sens premier. Ce terme désigne en effet la plus petite unité spatiale sur laquelle peuvent être étudiés des flux de matière et d'énergie. Ce succès tient en grande partie au fait qu'il constitue un pendant au concept de biotopeJoly, 2000.

Diversité des géotopes Potentiellement, les géotopes se décomposent en autant d'objets géologiques qu'il y a de disciplines au sein des géosciences. Il existe, par exemple, des géotopes : structuraux ( chevauchement des Glaris) ; paléontologiques ( Siréniens de Castellane) ; stratigraphiques ( stratotype du Ladinien) ; minéralogiques ( fissure alpine de Gerstenneg, Mont Magnitnaïa) ; miniers ( mine de fer des Hurtières) ; karstiques ( grottes de Choranche) ; géomorphologiques (appelés géomorphositesLe terme de géomorphosites est employé pour la première fois en 1993 dans un article de Panizza & Piacente. Panizza, M & Piacente, S (1993) Geomorphological assets evaluation. Für Geomorphologie N.F. Suppl.Bd. 87, p.13-18.) ( gorges du Verdon) ;

Il existe des géotopes naturels (ex: un site fossilifère) ou artificiels (une mine, une carrière), des géotopes de très petite taille (un bloc erratique) ou d'une superficie plus vaste (une vallée glaciaire), des géotopes passifs (un stratotype) ou actifs (un glissement de terrain), etc.

Par ailleurs, les géotopes peuvent être investis de dimensions additionnelles, qui renforcent leur valeur patrimoniale, comme par exemple une dimension:

historique ou culturelle (la brèche de Roland dans les Pyrénées) ; écologique (l'Impluvium d'Évian, à la fois site Ramsar et géotope du Géoparc UNESCO du Chablais) économique ou touristique (le Cervin, à la fois icône touristique suisse et géotope d'importance nationale) esthétique (les demoiselles coiffées de Cappadoce, qui se distinguent par leur forme et leur contraste)

Certains géotopes combinent plusieurs de ces intérêts. Ainsi, le mont Uluru en Australie combine une forte valeur géoscientifique (c'est la partie émergée et qui a résisté à l'érosion d'un synclinal) et des dimensions écologique (car il abrite une faune et une flore très particulière), religieuse (pour ses peintures rupestres et les croyances qui lui sont associées) et bien sûr esthétique.

Évaluation Elle est nécessairement pluridisciplinaire, faisant notamment intervenir la géomorphologie, la géologie, la spéléologie, l’écologie, l'histoire des sciences et éventuellement l’ethnologie et les sciences sociales.

Méthodologie Le plus souvent, la détermination des sites remarquables s'effectue de façon empirique et subjective. Ainsi la connaissance des terrains, s'appuie-t-elle sur des études qui ne visent pas a priori l'évaluation de leurs singularités géologiques et géomorphologiques. Charge alors à l'expert d'en extraire les caractéristiques importantes. Des listes sont alors proposées collégialement et les experts sont parfois sollicités ultérieurement par les décideurs pour éclairer la prise de décision.

Une autre méthode, comme celle suivie par l'université de Fribourg, consiste à ranger par ordre (dé)croissant les sites d'une liste de sites sur la base des critères pondérés statistiquement. L'expert livre alors aux décideurs un outil d'aide à la décision utilisable en l'état par ces derniers.

Face au limites des deux méthodes précédentes, la première éminemment subjective et la seconde contestable du fait du choix partial des critères de cotation et de leur pondération, Frédéric BF Joly (2000) suggère d'évaluer l'intérêt d'un site par rapport à son potentiel d'expressivité théorique ; c'est le "principe de géocomplexité". L'idée s'appuie sur le principe de potentialité développé par Werner Heisenberg dans Physics and Philosophy: The Revolution in Modern Science. En géomorphologie, cette approche permet d'évaluer la dynamique d'un site et de s'affranchir de l'emploi d'un chiffre, trop restrictif, pour en déterminer l'intérêt.

Inventaires Des inventaires, à différentes échelles, parfois hiérarchisés (Grandgirard 1997, Panizza & Piacente 1993, Coratza & Giusti 2005) sont faits dans un nombre croissant de pays, sur des principes cartographiques encore non standardisés (Carton et al. 2005).

En France Un Inventaire national du patrimoine géologique (INPG) a officiellement été lancé en 2007 par l'État (à travers le Ministère chargé de l'écologie). Sa méthodologie a été discutée et testée par la Conférence permanente du patrimoine géologique (CPPG), instance de réflexion créée et présidée par la Direction de la nature et des paysages (DNP) du Ministère chargé de l'écologie et rassemblant le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'association Réserves naturelles de France (RNF), les Musées de France, la Société géologique de France (SGF) et la Fédération française amateur de minéralogie et de paléontologie (FFAMP).

Une méthodologie commune Méthodologie utilisée en Nord-Pas-de-Calais pour l’inventaire du patrimoine géologique PDF (111.2 ko) Vade Mecum pour l’inventaire national du patrimoine géologique PDF () contribue à la cohérence des inventaires régionaux entre eux.

La loi du relative à la démocratie de proximité, dit que l'État assure la conception, l'animation et l'évaluation de l'inventaire du patrimoine naturel qui comprend les richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques de la France.

Des inventaires régionaux sont en cours ou ont été faits, par exempleRichesse géologique dans le Nord–Pas-de-Calais (brochure 2009, PDF, 568.7 ko)Inventaire régional du patrimoine géologique, Mis à jour mars 2010, PDF, 829.8 ko, avec le soutien de la DIREN (devenue DREAL) et du Conseil régional, par le Conservatoire des sites dans le Nord/Pas-de-Calais, avec une validation par le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel.

Le décret du relatif à la protection des sites d'intérêt géologique instaure un nouvel outil réglementaire pour les préfets : l'Arrêté préfectoral de protection de géotope.

En Allemagne Le recensement a été effectué sur la base d'un concours organisé entre 2004 et 2006 par l’Académie des Sciences de la Terre de Hanovre (AGH) et a déterminé ainsi 77 géotopes significatifs. Il s'agissait, par la même occasion, de déterminer des sites candidats au label « Patrimoine mondial de l'UNESCO ». Les sites proposés devaient constituer un « phénomène naturel extraordinaire » (außergewöhnlicher natürlicher Ausprägung), présenter un caractère de permanence et faire l'objet d'une documentation accessible au public. Il pouvait s'agir d'objets particuliers, de collections tout aussi bien que de paysages.

Des 180 propositions reçues, la commission d'experts en retint 77. Les nominations furent prononcées le au de Hanovre ; c’est le Ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche (Allemagne) qui a délivré aux différents sites le label de géotope national ainsi que le label planeterde. Un livret explicatif a été édité pour l'occasion.

Trois des géotopes élus (le site fossilifère de Messel, les mines du Rammelsberg et la vallée du Haut-Rhin moyen) sont désormais enregistrés au Patrimoine mondial de l'UNESCO ; le site de Messel est pour l'instant le seul site naturel retenu en Allemagne, les deux autres sites étant des patrimoines culturels. La commission a cependant émis six autres propositions à l'UNESCO : la littoral des Wadden, les falaises de Jasmund, la Bastei et les Monts gréseux de l’Elbe, la collection de fossiles de Holzmaden, l’astroblème de Ries avec la dépression de Steinheim, enfin la vallée de l’Altmühl et le calcaire lithographique de Solnhofen.

Liste des géotopes allemands. - Les géotopes officiels sont classés par Land ci-après, dans l'ordre de la liste officielle de l’Académie de Hanovre.

Schleswig-Holstein : Île de Heligoland Carrières de craie de Lieth près d’Elmshorn Les falaises de Morsum à Sylt

Basse-Saxe : Les algues fossilisées du Heeseberg près de Jerxheim Les dolines du Lopingien du Hartz méridional (source de la Rhume, Grotte de la Licorne) Le littoral des Wadden en mer du Nord Le parc aux dinosaures Münchehagen au lac de Steinhude La tourbière ombrotrophe de Huvenhoop près de Gnarrenburg Les Mines de Rammelsberg à Goslar

Mecklembourg-Poméranie occidentale : Les falaises de Jasmund Le Parc naturel des lacs de Feldberg Les dunes du finisterre de Fischland-Darss-Zingst (Neudarß)

Brandebourg : La moraine du Mindel de Muskau le bloc erratique appelé Kleiner Markgrafenstein près de Fürstenwalde

Saxe-Anhalt : La faille du Hartz septentrional et les cheminée des fées du Teufelsmauer La vallée de la Bode dans le Hartz Le chaos de silex des environs de Schierke

Rhénanie du Nord-Westphalie : Les Externsteine en Forêt de Teutoburg Les carrières d'ardoise de Hagen-Vorhalle Les Siebengebirge près de Bonn Les pitons rocheux de Bruchhausen dans le Sauerland Le chaos de Hemer dans le Sauerland Les mines de charbon de Muttental près de Witten Les dolines de la Schlade au synclinal de la Mulde, dans le Pays de Berg Les mines de charbon de Hambach à l'ouest de Cologne Les mines de fer de Kleinbremen dans les monts de la Weser Les gorges de la Weser à la Porta Westfalica Les radiolaires fossilisés de Beddelhausen dans le Wittgensteiner Land

Hesse : Le site fossilifère de Messel dans les environs de Darmstadt Le chaos rocheux de la vallée de la Lauter au plateau d'Odenwald Les marbres de la Lahn près de Villmar Le Rhön avec la Wasserkuppe, le Schafstein, Steinwand, la Pierre du Diable et le Wachtküppel

Thuringe : Le Bohlenwand (Thuringe) dans les environs de Saalfeld Le Feldstein autour de Themar en Thuringe méridionale Les mines de sel gemme de Merkers Les murailles près d’Ilfeld dans le Hartz méridional Les mines d’ardoise près de Lehesten Les travertins de la vallée de l’Ilm près de Weimar

Saxe : Les colonnes basaltiques du Scheibenberg dans les Monts Métallifères Les orgues basaltiques de Hirtstein dans les Monts Métallifères Les orgues basaltiques du château-fort de Stolpen en Lusace Les Monts gréseux de l’Elbe La roche moutonnée des Hohburger Berge dans l'arrondissement de Leipzig La cheminée volcanique d'Altenberg dans les Monts Métallifères Le tuf volcanique à porphyres de Rochlitz