Pierre Lefort, né le à Mers-les-Bains en France et mort le à Amiens en France, est un médecin et chirurgien de marine français.
Biographie
Une grande partie de sa vie fut consacrée à des études médicales sur la fièvre jaune notamment par le biais d'expérience avec des malades et des volontaires à la Martinique dès 1818, ainsi que l'écriture de mémoires sur la non-contagion et importation de cette maladie.
Jeunesse et formation Pierre-François Lefort dit Pierre Lefort naît à Mers-les-Bains le , probablement "Grande Rue", soit l'actuelle rue Pasteur où une « villa Pierre-Lefort » (construite bien après, sans doute vers 1860) porte toutefois une plaque à son nom. Sa mère était Marie Jeanne Fréchon, son père Pierre Lefort était matelot de profession. Brillant élève, déjà avancé dans ses études de théologie, le jeune Pierre-François Lefort s'oriente vers des études religieuses mais voit ses ambitions ecclésiastiques brisées par la Révolution de 1789. Il étudie alors la médecine.
En 1793, à l'âge de 26 ans, Pierre-François Lefort obtient, par concours, l'emploi de chirurgien de troisième classe dans la Marine et gagne Brest pour y commencer sa carrière.
Baptême du feu et captivité Il fait partie de la flotte du contre-amiral Villaret-Joyeuse, en station à Brest, sur le vaisseau L'Indomptable . Sa première campagne le fait assister au combat du 13 prairial (), où s'engloutit héroïquement le vaisseau Le Vengeur alias L’Impérial. thumb|L’Impérial.
Dans ce combat, la flotte française, bien qu'inférieure en force, avait attaqué la flotte anglaise, afin de sauver un convoi de deux cents navires chargés de blé et de denrées diverses, impatiemment attendu par la France, en proie à la disette.
Fait prisonnier, Pierre Lefort est retenu pendant trois années en Angleterre ; il apprend alors la langue anglaise et se rend utile en soignant ses compatriotes dans les hôpitaux où étaient soignés les prisonniers de guerre. Les médecins prisonniers en Angleterre bénéficiaient en effet d'un traitement de faveur par rapport à leurs collègues marins ou militaires.
Rentré en France (1797), sa connaissance approfondie de l'anglais lui fait donner la charge d'Inspecteur des prisonniers français en Angleterre. Pierre Lefort repart donc pour l'Angleterre. Proche des gens, l'exercice de cette fonction délicate lui fournit l'occasion de déployer un zèle actif pour ses compatriotes enfermés sur les pontons. Pierre Lefort œuvre en particulier sur le Ponton L'Europe en rade de Plymouth.
Il y intervient notamment avec René-Joseph-Hyacinthe Bertin, arrivé en Angleterre le après avoir été chargé, comme lui, de la même mission officielle de soin des prisonniers français. Leur nombre était alors estimé à , dont en autant de mousses âgés de moins de . Tous étaient répartis soit sur des pontons (prison's ships), soit dans des prisons à Portsmouth, Plymouth, Chatham, Norman Cross, Liverpool, près de Bristol et Édimbourg...).
D'emblée, Pierre Lefort aide Bertin à renforcer ses propres connaissances de la langue anglaise. Lefort s'occupait des soins chirurgicaux tandis que son collègue prenait en charge les soins médicaux. Tous deux avaient aussi à soutenir le moral des prisonniers, bien évidemment très affectés et suicidaires, et étaient aidés dans leur mission par le chirurgien en chef Mein, « un autre père pour mon prédécesseur Billard, pour Lefort et pour moi-même » écrivit d'ailleurs Bertin à son sujet. Les pathologies alors traitées étaient la phtisie pulmonaire, les fièvres intermittentes, les maladies asthéniques, les séquelles des maladies vénériennes, etc. En décembre 1800, soit sept mois après, Bertin regagne la France après un court voyage à Norman-Cross.
Ce passage de l'évocation du rôle de Lefort en Angleterre par J. Périn en 1900 mérite d'être cité.
« Aucune de ses dépenses ne lui fut remboursée mais il eut, au cours de sa vie active, la satisfaction de rencontrer, à différentes époques et sur différents points du globe, des hommes qui, sortis de son école, lui devaient de pouvoir parcourir une honorable carrière. » cite en effet le Messager Eudois, journal de presse locale lors de l'inauguration du premier buste dédié à Pierre Lefort à Mers-les-Bains en 1900, et qui publie là une biographie rédigée par l'avocat J. Périn, (par ailleurs président du comité d'études archéologiques et scientifiques de la Vallée de la Bresle, et qui a été à l'origine de l'hommage rendu à Lefort en sa ville natale en 1900).
Durant ce passage en tant que bienfaiteur sur les pontons anglais, Pierre Lefort se marie en Angleterre avec une Anglaise, Mary-Ann-Thérèse Allen, fille de l'officier irlandais Joseph Allen et de son épouse Sarah.
Docteur de la faculté de médecine de Paris
À son retour en France (1799), Pierre Lefort a l'occasion de sauver une flotte anglaise, dont il évalue approximativement la force : à Morlaix, il apprend que l'amiral Bruix est prêt à faire voile, il part donc à franc-étrier et lui fait sa déposition. Le lendemain la flotte anglaise paraissait devant Brest, et le zèle de Lefort trouvait sa justification.
Lefort est ensuite employé dans les hôpitaux des grands ports de la marine ou sur les vaisseaux, tantôt en France tantôt en Espagne, tantôt chargé de traiter de l'échange des prisonniers blessés. En 1801, après le combat naval d'Algésiras, il est envoyé à Gibraltar pour y négocier l'échange des prisonniers blessés.
Le , Lefort, à la suite du désastre de Trafalgar où il était à bord du vaisseau amiral "Le Formidable", assista à un autre désastre peu après, au cours duquel "Le Formidable" échappa presque seul à la destruction et à la capture, amenant son pavillon devant quatre vaisseaux anglais. Mais cela ne dure pas et Lefort est fait prisonnier. L'infortuné vice-amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve est également retenu captif.
Renvoyé en France sur parole quelques mois après, Lefort reprend son service au sein des hôpitaux, se livre plus exclusivement à des études médicales, concourt pour les prix proposés par la faculté de médecine de Paris, qui venait de le recevoir docteur (soutien d'une thèse en 1806 sur la fièvre jaune. Pour l'anecdote, à cette époque le médecin retient lui aussi, comme beaucoup d'autres, la théorie de la contagion, sur laquelle il bâtit sa thèse, théorie qu'il combat ensuite avec véhémence), et en est lauréat par l'obtention de prix.
La capitulation de Gênes En 1808, Lefort est nommé médecin en chef du premier arrondissement maritime de l'Empire napoléonien, et habite La Spezia et Gênes. Il est encore dans cette ville en 1814 lors du blocus et du bombardement des Anglais. Chargé, comme commissaire, de traiter de la capitulation, il défend avec fierté la dignité de la France, malheureuse contre les ironies hautaines de l'amiral sir Edward Pellew.
Parenthèse new yorkaise
Rentré en France en 1814, Lefort est envoyé, dans le cours de la même année, à la Martinique en qualité de médecin en chef. De par ses multiples voyages, il savait que des cas de fièvre ravageaient les marins de certains bâtiments militaires venus d'Europe (alors que, il le souligne dans un de ses ouvrages, ceux-ci restaient en quarantaine au Havre avant de rejoindre les colonies) mais ne peut se saisir d'emblée de ce problème. En effet, à la nouvelle de son débarquement, il est suspecté d'attachement à Napoléon par le gouverneur de l'île, Pierre de Vaugiraud, un royaliste, et se voit exilé.
Il se fixe alors à New York et réside près de cette ville, dans une maison qui a été habitée par le général Moreau. Il y passe deux années en exerçant la médecine et obtenant le plus grand succès. Pendant son séjour à New York, il a l'occasion de nouer des rapports avec Joseph Bonaparte, qui demeurait aux environs de cette ville.
La non-contagion de la fièvre jaune
Mais Lefort, bientôt rappelé en France, et de nouveau médecin du roi, vint reprendre son poste en Martinique, où le général François-Xavier Donzelot avait remplacé le gouverneur de la Restauration en tant que Gouverneur de la Martinique de 1817 à 1826.
Confronté à nouveau à la fièvre jaune, notamment sur plusieurs navires venus d'Europe et touchés par le fléau (dont le Brick de Sa Majesté, "L'Euryale"), Pierre Lefort, basé au Fort-Royal, se livre alors à des travaux de recherche sur cette maladie. Par ailleurs nommé membre d'un comité de surveillance chargé de décider si tel ou tel bateau peut être déclaré sain -ou s'il doit être assaini, par exemple avec de la chaux, avant de repartir en Europe-, Pierre Lefort accumule des notes et réflexions sur la maladie. Il commente notamment des différences observées entre les marins fraîchement arrivés d'Europe, qui contractaient la fièvre en foulant le sol de la Martinique, et les populations autochtones, qu'il jugeait plus résistantes (ce qu'il attribua un temps au "climat local" ("influences australes").
Le , à l'hôpital du Fort-Royal, Pierre Lefort et ses collègues tentent une expérience forte. Ils font se coucher un homme sain et volontaire, Jean Guyon, par ailleurs chirurgien-major du de la Martinique, dans le lit d'un homme décédé de la fièvre jaune. Durant cinq jours, après s'être vêtu de la chemise souillée d'un malade décédé de la fièvre, Guyon épuise tous les modes de contact et d'inoculation possibles. Ce passage du mémoire de Lefort mérite d'être cité.
- Pierre Lefort, Mémoire sur la non contagion de la fièvre jaune, 1823.
Du au , le médecin observe, toujours dans le cadre de sa théorie de la non-contagion de la fièvre jaune, que sur , pas une seule n'a été observée.
Fort de ces constats et de bien d'autres réflexions encore accumulées depuis des années, Pierre Lefort consigna par écrit ses travaux sur la non-contagion de la fièvre jaune et les vit publiés en France mais aussi en Amérique, en particulier le Mémoire écrit au Fort-Royal de la Martinique à la date du . Celui-ci fut enregistré à Paris le , puis fut publié dans le Medical repository journal à New York, puis imprimé par ordre de la Société de Médecine dans le Journal général de Médecine, cahier de . (NB : Auparavant, un autre écrit de Lefort, qui croyait d'abord à la contagion, avait été publié après un exposé de la Société de médecine le .)
vignette|270px|L'ouvrage de Pierre Lefort sur la fièvre jaune, publié par la société de médecine en 1823. Par la suite, et fortement convaincu de sa théorie de non-contagion, Pierre Lefort fustigea avec respect - mais néanmoins véhémence - les avis contraires de ses confrères lors de la rédaction de ses Mémoires :
La fièvre jaune est une maladie potentiellement mortelle transmise à l'homme essentiellement par des piqûres de moustiques. Elle sévissait à la Martinique où Pierre Lefort avait tenté d'en protéger les habitants, elle sévit toujours en Afrique centrale, en Amérique tropicale et du Sud. L'affection se traduit par une fièvre importante et soudaine, par une congestion du visage qui devient bouffi et par des douleurs abdominales et musculaires. La maladie peut régresser spontanément en trois ou quatre jours ou, au contraire, s'aggraver, entraînant un état de choc accompagné de signes divers, qui traduisent une grave atteinte hépatique et rénale pouvant entraîner le coma et la mort. Il n'existe aucun traitement, à part la réhydratation, la dialyse rénale, la transfusion Le vaccin est la seule protection valable, il est obligatoire en zone endémique et protège au moins dix ans.
Pierre Lefort reste en Martinique jusqu'en 1826, époque où, fatigué par le travail et par la maladie, il demande et obtient sa mise en retraite.
Installation à Amiens De retour en France, Lefort fixe alors sa résidence à Beauvais d'abord, puis à Amiens,
Il meurt le au rue des Canettes à AmiensSa veuve Mary-Ann Allen lui survécut jusqu'au 24 avril 1864, rue Gloriette à Amiens., et fut inhumé au cimetière de La Madeleine à Amiens où son épouse est inhumée également. Le couple n'a pas d'enfant.