L’avènement du nazisme marque une rupture dans la politique étrangère de l’Allemagne : en effet, autant le inaugure la fin de la politique de révisionnisme modéré pratiqué jusqu'alors et la mise en place d'une politique de force, conforme aux aspirations d'une grande puissance et rendue nécessaire par la structure même du régime qui se met en place à partir de 1933., autant le nouveau régime prend soin de ne pas rompre avec les pratiques héritées de la période précédente, et poursuit la politique extérieure initiée depuis 1930, comme les discussions autour du réarmement et l'égalité des droits.
Les aspirations à une grande Allemagne tombent dans la démesure. La doctrine de la supériorité de la race « aryenne » implique que l’idée d’une grande Allemagne est insuffisante pour les nazisMichael Mertes, Claire Skalmowski, , 804. Il s’agit aussi d’acquérir un nouvel et immense empire constituant un « espace vital » (Lebensraum) en Europe centrale et orientale. Sa conquête permettrait en outre d’éliminer le « judéo-communisme ». Pour Adolf Hitler, l’extension à l’Est doit s’accompagner d’une alliance avec le Royaume-Uni. L’isolement de la France est recherché.
upright=1.5|vignette|droite|À la suite de la signature des accords de Munich, le ministre des Affaires étrangères du Reich, Ribbentrop (à gauche), raccompagne le président du Conseil français, Daladier (au centre), à l'aéroport d' pour son retour vers Paris le . Ribbentrop fut un artisan incontournable de la diplomatie du régime.
1933-1936 : le retour de l’Allemagne sur la scène internationale
Les Allemands de l'étranger Hitler a comme premier objectif de faire sauter les dernières entraves du traité de Versailles. Konstantin von Neurath, son ministre des Affaires étrangères de 1933 à 1938, est assisté de Bülow et de Hindenburg. Dans un premier temps, il négocie le statut d’égalité obtenu par Schleicher. Son but est de pouvoir réarmer l’Allemagne librement. Il fait échouer la conférence de Genève sur le désarmement en formulant des exigences excessives. En attendant de pouvoir mener librement leur politique étrangère, les nazis prennent le contrôle des organisations des Allemands de l’étranger, environ de personnes. Il les réunit dès au sein du Volksdeutscher Rat (VR) sous la direction du ministère des Affaires étrangères.. À côté du ministère, d’autres instances s’occupent de politique étrangère : l’office de politique étrangère du NSDAP dirigé par Rosenberg, les services de Goebbels, et à partir de 1934 la Dienststelle de Ribbentrop qui s’occupe plus spécialement des relations avec le Royaume-Uni..
Les premiers mois
Durant quelques mois, le nouveau régime tente de passer d'une politique de révisionnisme modéré, tel qu'il était pratiqué depuis la période Stresemann, à une politique de force.. Chargés de dissiper les craintes des pays étrangers, et donc les menaces qui pourraient en découler, les diplomates et le ministre des affaires étrangères Konstantin Von Neurath restent à leur poste. De plus, les succès obtenus par ces derniers dans la période finale de la République de Weimar sont confirmés et les négociations en cours poursuivies.. Ainsi, les négociations en vue de la signature d'un concordat sont-elles poursuivies et le concordat est rapidement signé. Plus importante, en terme symbolique, la rupture avec la SDN constitue pour le régime une occasion de faire valider par un plébiscite la nouvelle orientation de la politique extérieure du Reich: à ce moment, les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères, peu favorables à la SDN, appuient sans réserve cette décision.
L'Anschluss raté de 1934 La politique autrichienne du Reich, telle qu'elle est menée à partir de 1933, souligne bien la volonté du nouveau gouvernement allemand de réaliser au plus tôt l'Anschluss.. Objectif populaire sur l'ensemble de l'échiquier politique du Reich, avant et après 1933, l'Anschluss voulu par le NSDAP se présente plus comme une annexion au Reich pangermaniste que comme l'adjonction d'une Autriche forte de ses particularismes dans le cadre d'une fédération pangermaniste..
En effet, dès avant le , le NSDAP autrichien est soutenu par le NSDAP du Reich et l'Autriche, alors en pleine dérive dictatoriale encouragée par son chancelier Dollfuss, se trouve soumise à un boycott et à des pressions politiques, qui poussent les dirigeants dans une politique de rapprochement avec l'Italie ; Dollfus, et les partis autrichiens qui le soutiennent, organisent d'ailleurs une dictature d'inspiration à la fois fasciste et cléricale, tout en massacrant les militants socialistes et communistes dans une courte guerre civile. Peu de temps après, le , Dollfus est assassiné par un commando nazi lors d'une tentative de putsch, tenue en échec par l'envoi de 5 divisions italiennes qui entrent en Autriche par le col du Brenner..
Hitler s’en tire en niant toute participation et en désavouant les nazis autrichiens. Le , l’Allemagne quitte la Société des Nations tout en proposant des discussions bilatérales sur la sécurité..
La redéfinition des relations avec l'URSS
Depuis 1922, le traité de Rapallo fixe les relations entre le Reich et l'Union soviétique, politiques, économiques et militaires.
Dès , contre l'avis des militaires et des diplomates, les bases d'entraînement en URSS sont fermées, conséquence de la décision de Hitler de mettre fin à la coopération militaire entre les deux pays..
Dans le domaine commercial, cependant, les échanges germano-soviétiques continuent de se développer, le Reich allouant à l'URSS des crédits, remboursés sous forme de matières premières, en devises et en or : à partir de 1936, les échanges entre les deux États se réduisent, d'abord en raison de l'interdiction, ordonnée par Hitler, de la vente d'armes à l'URSS, puis à partir du mois d'avril, du non-renouvellement des crédits alloués par le Reich à l'URSS.
De plus, les soviétiques notent la persistance des projets à long terme du NSDAP, comme l'indique Karl Radek en , lorsqu'il souligne que Mein Kampf est réédité régulièrement sans modification des chapitres concernant la politique orientale., ou encore comme les diplomates soviétiques le signalent lorsqu'ils insistent sur la présence d'Ukrainiens et de Russes émigrés autour d'Alfred Rosenberg.
La politique de rapprochement avec la Pologne
Le , un pacte de non-agression de avec la Pologne est signé, contre l'avis du ministre des Affaires étrangères allemand., sans pour autant en reconnaître les frontières. Ceci lui permet de briser l’alliance franco-polonaise et de semer le trouble quant à ses intentions en matière diplomatique.
À cet accord s'ajoute un accord commercial, conclu le , mettant un terme à la guerre commerciale entre les deux pays et en 1935 et 1936, des problèmes financiers et douaniers, en suspens depuis des années, sont résolus..
Un accord secret supplémentaire, permettant une amélioration de la présentation de chaque pays dans l'autre : ainsi, la presse allemande évoque de moins en moins souvent le sort de la minorité allemande en Pologne, mais développe en termes élogieux le rôle de la Pologne dans la guerre civile en 1920. Goebbels propose également la mise en place de relations dans le domaine culturel ; dès la mort de Pilsudski, ses mémoires sont publiés dans le Reich, avec une préface de Göring, mettant en exergue le rôle du dirigeant polonais en 1920 contre l'Armée rouge.
Sarre et Rhénanie Le succès sarrois vient opportunément masquer les déconvenues de l'année 1934.. En effet, en , les Sarrois votent massivement leur rattachement à l’Allemagne, donnant ainsi au régime nazi la confirmation plébiscitaire qu'il attendait. Cette victoire améliore certes l’image des nazis à l’étranger, mais ne diminue en rien l'isolement diplomatique du Reich dans le concert européen.
La conscription est réintroduite le , en violation ouverte du traité de Versailles. Les effectifs de l’armée allemande sont portés à ushmm, l’expansion allemande avant la guerre, encyclopédie de la Shoah, consulté le 5 novembre 2007 . En même temps, Hitler négocie avec les Britanniques. Le , un accord germano-britannique autorise l’Allemagne à se doter d’une flotte équivalente à 35 % de celle du Royaume-Uni. En fait, les Allemands cherchent à dessiner un nouveau partage du monde qui leur réserverait l’Est de l’Europe. Malgré toutes ses démarches, Hitler ne parvient pas à obtenir des Britanniques les mains libres à l’Est. Quand Neville Chamberlain devient Premier ministre, Hitler mise sur le pacifisme britannique et ne s’intéresse plus à une alliance germano-britannique.
Le , la Wehrmacht entre en Rhénanie, démilitarisée depuis le traité de Versailles. Le Royaume-Uni et la France condamnent cette action mais n’interviennent pas alors qu’Hitler avait prévu de reculer s’il rencontrait une résistance. L’inaction des démocraties conforte la volonté d’Hitler de réaliser la grande Allemagne et en protestant publiquement de son pacifisme. L’Allemagne signe aussi un pacte de non-agression avec la Russie. Elle aide militairement les partisans de Franco pendant la guerre civile en Espagne ushmm, la politique étrangère allemande 1933-1945, de la Shoah, consulté le 4 novembre 2007 . Elle leur fournit des avions, des camions contre des minerais indispensables pour le réarmement allemand. La fin de 1936 est occupée par la formation de l’axe Berlin-Rome. La guerre d'Espagne et l’antibolchevisme rapprochent les deux régimes au départ opposés sur la question de l’Anschluss. Quand Mussolini se rend à Berlin en 1937, il reçoit un accueil grandiose sans qu’aucun accord ne soit conclu cependant. Au cours de l’année 1937, Hitler se sent assez fort pour dévoiler aux diplomates et à l’état-major de l’armée ses projets d’expansion. Devant la réticence de ceux-ci , Hitler nomme des fidèles nazis aux postes-clés.
Le réarmement allemand
Le , en contravention avec les dispositions du traité de Versailles, Hitler décide d'autoriser la création d'une armée de l'air et de rendre obligatoire la conscription, ce qui ne suscite pas la création d'un front uni en Europe contre le Reich : la France et l'Italie tentent de mettre en place une action coordonnée, tandis que l'Angleterre négocie puis conclut un accord naval avec le Reich.
La politique d’agression d’Hitler 250px|droite|vignette|Signature du pacte germano-soviétique par Molotov. Ribbentrop et Staline sont en arrière-plan.
Europe centrale