François Maréchal, né en 1861 à Housse et mort en 1945 à Liège, est un peintre et dessinateur liégeois. Il est surtout l'un des principaux graveurs belges du début du . Il est aussi professeur pendant plus de 25 ans (1905-1931) à l'Académie royale des beaux-arts de Liège. Il dirige cette même institution de 1913 à 1920 et il y crée le premier cours de gravure en 1921.
Biographie Jeunesse et formation (1861-1886) Jean-François Maréchal naît le à Housse. Ses parents habitent une maison au centre du village qui, jadis, avait été une brasserie. Son père, Mathieu Maréchal., fourbit des armes de chasse dans une salle de la maison convertie en atelier, et sa mère, Catherine Doutrewe, tient boutique d'épices dans une autre salle du logis familial. Outre son métier, son père réalise des travaux d'ébénisterie et d'incrustation, et peint pendant ses heures de loisir d'après nature, animaux et paysage.
gauche|vignette|redresse|Le Trou aux brochets, , eau-forte, , Inv. Kunel , collection privée. Quand le petit François est en âge d'école, il entre dans l'unique classe communale, mais n'y dévoile nulle aptitude particulière, hormis un amour marqué de l'école buissonnière. Il est bien connu dans le village du maréchal-ferrant, du menuisier et du forgeron qui reçoivent souvent sa visite et ont subi plus d'une fois ses mauvais tours. Il multiplie les escapades dans la campagne environnante et finit par être renvoyé de l'école. Il va suivre un an les cours à Barchon pour parfaire ses connaissances. À 13 ans, il commence l'apprentissage du métier d'armurier avec son père... Ce dernier a beau l'exhorter, il n'a nul amour pour ce travail et ne fait aucun progrès. Il abandonne après un an d'essai, et s'emploie à l'épicerie avec sa mère. Quelquefois pourtant, il accompagne son père lorsque celui-ci se rend à Liège pour effectuer la livraison de ses ouvrages. C'est tout un voyage à cette époque car il faut utiliser le train ou le bateau à roue qui fait alors un service d'aval sur le fleuve.
gauche|redresse|vignette|Le souverain belge Léopold II découpant le Congo lors de la conférence de Berlin. Caricature de François Maréchal parue le dans l'hebdomadaire liégeois Le Frondeur.
En 1877, la famille déménage à Liège, au Mont Saint-Martin. Grâce à l'amitié forgée avec la famille du peintre Delbecke, qui venait chaque année en vacances à Housse, il est admis à faire ses premiers essais comme peintre décorateur. Sur les conseils de son patron, qui reconnaît l'accent d'une authentique vocation artistique chez son jeune apprenti, il s'inscrit aux cours du soir de l'Académie des beaux-arts de Liège dès 1879. Pourtant de 1879 à 1881, ses instincts de bohème reprennent le dessus et il part aux Pays-Bas travailler à la solde d'un décorateur. De retour à Liège en 1881, son but est désormais clair : peindre, pas comme décorateur, mais en artiste. Pour ce faire, il réintègre l'Académie des beaux-arts de Liège (1881-1886) où il est l'élève du peintre, graveur et dessinateur Adrien de Witte, ainsi que des artistes peintres Jean-Mathieu Nisen, Émile D'heur, Charles Soubre et Édouard van Marcke. Il mène ses études de front avec le travail de peintre décorateur chez Delbecke qu'il a récupéré, et obtient en composition historique un premier prix, partagé avec Auguste Donnay, pour son Triomphe de Joseph. François Maréchal domine la peinture à l'huile et le dessin quand il sort de l'Académie des beaux-arts de Liège, mais se cherche toujours comme artiste.
Début de carrière artistique et découverte de la gravure (1886-1890)
vignette|gauche|Croquis, , eau-forte, ), Inv. Kunel , collection privée.
François Maréchal, fils de la campagne, est tout à son aise dans les faubourgs de Liège : Outremeuse, Pierreuse, Saint-Gilles, Saint-Léonard. Il affectionne ces quartiers avec leurs anciennes rues, leurs places sombres, leurs humbles boutiques mal éclairées, leurs marchés de brocante et leurs estaminets perdus dans leurs minces ruelles. Ils deviendront pour lui une source d'inspiration inépuisable, et il se fixera toujours dans des quartiers populeux de Liège lors de ses multiples changements d'atelier (plus de vingt fois au cours de sa carrière).
vignette|redresse|Dans la campagne de Rocourt, , eau-forte, ), Inv. Kunel , Liège, La Boverie.
Il réalise ses premières gravures en 1888 suivant les conseils d'Adrien de Witte. Ce dernier exerce de conseiller à une pléiade de jeunes artistes, et voit de façon hebdomadaire un petit clan d'apprentis graveurs composé de François Maréchal, Armand Rassenfosse, Auguste Donnay et Émile Berchmans. Pour tirer leurs épreuves, les apprentis se servent d'un rouleau de pâtissier, puis d'une vieille calandre à cylindres trouvée d'occasion. Armand Rassenfosse achète le Traité de la gravure à l'eau-forte de Maxime Lalanne (1827-1886), et, à leur réunion, l'un d'entre eux en lit quelques passages de nature à aider les prochains essais du groupe. Graduellement les travaux s'affinent, et le métier s'acquiert. Parmi les différents procédés de gravure détaillés dans l'ouvrage de Lalanne, chacun des artistes du groupe développe une préférence qui s'harmonise à sa vision personnelle. Armand Rassenfosse, par exemple, se dirige vers le vernis mou et l'aquatinte. François Maréchal, quant à lui, s'en tient principalement au procédé de l'eau-forte pure au trait, procédé harmonisé ou retouché à la pointe sèche.
François Maréchal expose pour la première fois en 1889, et présente quelques eaux-fortes, dessins et peintures. Ses amis Louis Bauès, Jean Cambresier, Edgard Dhont et Alphonse Mataive participent également. Cette première exposition se tient au local de la Société d'émulation au milieu de l’ébahissement général. En effet, Liège compte peu de peintres et dessinateurs à cette époque, et la vie artistique est à la peine. Quelques artistes tentent des expositions sporadiques afin de recréer une atmosphère d'art perdue, mais le public ne suit pas. Les artistes sont contraints d'exposer aux vitrines de leur marchand de tabac ou de leur bottier. Cette étrange forme d'étalage est d'ailleurs consacrée par les journaux dans une rubrique spéciale : L'art aux vitrines. Même si cette première exposition des Cinq n'est pas un succès de vente, elle sera néanmoins bien reçue par la presse et les rares amateurs qui ont assisté au spectacle.
François Maréchal aquafortiste : une carrière qui se consolide (1890-1902) gauche|vignette|redresse|La Meuse, , eau-forte, , Inv. Kunel , Minneapolis, Minneapolis Institute of Art.
François Maréchal s'installe rue Fond-Pirette, dans un atelier qui compte, pour tout mobilier, deux chaises, une presse, un étau, des bouteilles et sa collection de papillons et d'insectes. Il dessine ou grave directement sur le cuivre, souvent en extérieur, des études de femmes, d'animaux, d'insectes et de fleurs. Il est fasciné par les lieux désolés et cherche à révéler leur intimité douloureuse dans ses planches de réverbères de banlieue, d'arbres morts ou troncs tordus et de vieux chemins de campagne.
vignette|redresse|Études Têtes, , pointe sèche, , Inv. Kunel , Liège, La Boverie.
Il collabore avec dix autres artistes en 1890 à l'illustration des Contes et Nouvelles d'Alfred Lavachery (1852-1934), et réalise le frontispice pour Les Lourty du même auteur en 1893. La même année il effectue un court séjour en Algérie, où il peint; il reçoit la visite de Fernand Khnopff dans son nouvel atelier quai de Maestricht et il fait son entrée dans le monde des aquafortistes lors de l'exposition organisée à Bruxelles par la Société des aquafortistes belges. Il y expose deux panoramas de la vallée mosane et collabore à l'album des œuvres primées, voisinant Adrien de Witte, James Ensor et Armand Rassenfosse. En 1894 il réalise une série de lettrines destinées à décorer Les Chansons Éternelles de Paul Redonnel. Ce sera son dernier travail comme illustrateur.
Sa participation aux expositions organisées au Salon des Cent en 1896 et aux salons du journal Le Figaro en 1897 est bien reçue par la critique parisienne. Il expose à Bruxelles en 1897 et 1898 puis à Gand en 1899, et devient le familier de diverses revues d'art qui publient des reproductions de ses planches, comme The Studio et The Artist en Angleterre, le Die Graphischen Künste en Autriche, La Rassegna internationale et Emporium en Italie. Il se marie avec Victorine Deguée en 1899, et le ménage s'installe dans un vieil hôtel du Mont Saint-Martin. Il passe ses étés dans la Basse-Meuse, dans un modeste chalet entouré d'un jardinet de fleurs et de légumes, où il peint et pêche.
Voyage en Italie comme boursier de la fondation Darchis (1902-1905)
vignette|La campagne romaine (étude d'araignées et de sauterelles), , eau-forte, , Inv. Kunel (Italie), Liège, La Boverie.
Il séjourne en Italie de 1902 à 1905, principalement à Rome et brièvement à Milan et Florence, grâce à une bourse de la fondation Lambert Darchis... Durant son séjour à Rome et dans la campagne environnante il réalise de nombreuses de gravures, 91 planches au total.
Il se rend en été à Tivoli, et les planches qu'il y grave évoquent les fonds de l'Aniene parsemés de verts coteaux d'oliviers, de terres rousses de maïs et de chalets blancs étagés. Il s'y lie d'amitié avec un naturaliste, Lino Vaccari, qui prépare un ouvrage sur la flore et l'entomologie du pays. François Maréchal s'initie aux recherches de son nouvel ami et devient son collaborateur. Ce faisant il dessine ou grave des études de scorpions, d'araignées, de scarabées, de chardons et d'orchidées. En 1923, Sander Pierron décrit avec éloquence les gravures qu'il réalise durant ce séjour italien. :
L'Italie lui a beaucoup plu, et, une fois revenu, il s'écrie quand on lui demande quel pays il préfère :
Retour à Liège et carrière à l'Académie royale des beaux-arts (1905-1931) vignette|gauche|Le Quai des Tanneurs, , eau-forte, , Inv. Kunel , Liège, La Boverie.
À son retour d'Italie, il revient habiter au quai de Maestricht, dans un logis de deux pièces qui n'a rien d'élégant et qui est installé au-dessus d'une guinguette. En y entrant, on voit une grosse presse dans un coin, une table d'encrage dans un autre coin, un brise-lumière face au jour, des classeurs d'estampes, des cartons un peu partout, des bibelots de Rome et enfin par les hautes baies vitrées, l'une de ses principales sources d'inspiration, la vie des quais et la Meuse.
vignette|upright|François Maréchal en 1925.
Il est nommé professeur de dessin à l'Académie royale des beaux-arts de Liège en 1905 puis il dirige l'institution de 1913 à 1920, succédant à Adrien de Witte. Les journaux satiriques Tatène, Veuve Tchanchet. et Pourquoi pas ? publient des articles flatteurs au sujet de cette nomination qui sont illustrés avec une caricature de Jacques Ochs représentant François Maréchal en première page.. Jean Donnay décrit François Maréchal et son travail à la direction de l'Académie en ces termes : François Maréchal démissionne de son poste de directeur en 1920 et crée le premier cours de gravure à l'Académie qu'il dirige de 1921 à 1931. Jean Donnay lui succède en 1931 en tant que professeur de gravure.
Il séjourne à nouveau à Florence et à Rome en , et voyage en France en 1912. Au cours de ce voyage en France, il visite Nancy, Épinal et les Vosges ; il traverse le Jura, de Belfort à Genève, et s'en revient par Beaune, Nuits-Saint-Georges et Épernay ; puis continue son périple vers Dijon, Troyes et enfin Reims. Dans une des gravures qu'il réalise après ce voyage, il situe d'ailleurs la cathédrale Notre-Dame de Reims en lieu et place de l'église Saint-Martin dans un paysage du Mont Saint-Martin, sacrifiant la vérité locale au souci de la composition.
Les dernières années (1931-1945)
vignette|Le Vieux château, , eau-forte, , Inv. , collection privée.