La carpe commune (Cyprinus carpio) est une espèce de poissons téléostéens de la famille des cyprinidés. Le nom de Carpe peut aussi désigner des variantes issues de la sélection au cours d’une longue histoire d’élevage, avec par exemple la carpe cuir, la carpe miroir ou Band-Carp, ou la carpe koï qui est l'une des sous-espèces de poissons les plus anciennement domestiquéesBalon, E. K. (1995). Origin and domestication of the wild carp, Cyprinus carpio : from Roman gourmets to the swimming flowers. Dans Aquaculture, 129(1), 3-48.. Ces variantes sont plus ovoïdes, au dos bossu et au ventre flasque, et caractérisées par des différentes écaillures.
Depuis l’Antiquité, la carpe commune est un poisson de consommation apprécié. Elle est fréquemment élevée dans des étangs piscicoles et a été introduite dans de nombreux pays à travers le monde, où elle peut parfois se comporter comme une espèce invasiveKoehn, J. D. (2004). Carp (Cyprinus carpio) as a powerful invader in Australian waterways (résumé). Dans Freshwater Biology, 49(7), 882-894.. En revanche, les populations sauvages sont aujourd’hui considérées comme menacées
Depuis le , on la trouve en Amérique du Nord où elle a été introduite par l'Homme, en particulier en Californie où des spécimens ont été importés d'Allemagne dans les années 1870.
Dénominations Nom scientifique valide : Cyprinus carpio Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Carpe commune.., Carpe, Carpe cuir, Carpe miroir, Carpe koï, Carpe allemande, Carpe vulgaire Noms vernaculaires (langage courant) : carpat, carpeau, carpillon, carpo, escarpo, feuille, flusskarpfen, karpenn, kerpaille, kerpe
Description
La carpe sauvage est dite commune, mais elle est aujourd'hui plus rare que les souches d’élevage reproduites en pisciculture et introduites dans la nature via de nombreux empoissonnements destinés à la pêche de loisir et à certains élevages extensifs durant le . Elle a une forme plus allongée que la plupart des formes d'élevage et de pisciculture, une peau presque entièrement garnie de grandes écailles épaisses et bien visibles. La tête est conique et massive. La bouche est protractile (qui s’allonge vers l’avant) et entourée de lèvres épaisses ; elle est munie de 4 barbillons (filaments mous tactiles/sensitifs) dont la paire inférieure est plus longue, tous situés au niveau de la mâchoire supérieure. La bouche est dépourvue de dents visibles : celles-ci sont pharyngiennes et leur base, comme pour tous « les Cyprins présente un trou qui joue un rôle important dans le mécanisme du remplacement de la dent... Le pédicule de la dent de remplacement se porte vers ce trou, et comme ce pédicule est d'autant plus élastique que la dent est plus avancée dans sa formation, on conçoit qu'il tire celle-ci vers la place de celle qu'elle doit occuper... Tantôt... le remplacement a lieu à la place même de la dent tombée, à peu près comme dans les mammifères et reptiles. D'autres fois c'est à côté et d'une manière fort irrégulières, comme dans les brochets par exemple... »Blandin, Philippe Frédéric. Anatomie du système dentaire : considéré dans l'homme et les animaux. Impr. J.-B. Baillère, Paris, 1836. Page 223.).
Elle possède des nageoires plutôt épaisses, opaques, souvent légèrement colorées de rouge-orangé et bien développées. La nageoire dorsale est longue, munie d'un rayon osseux et « barbelé » et de rayons plus longs à l'avant.
Sa couleur dominante est brunâtre, à reflets dorés ou verdâtres.
Sa taille moyenne est de 50 à pour 8 kg, mais la carpe peut atteindre pour des individus de environ. Les très gros spécimens sont particulièrement bien représentés sur les eaux françaises du domaine public avec plusieurs carpes dépassant les 35 kg et allant jusqu'à 44 kg.. Seulement 2 poissons du domaine public dépassant la barre mythique de 40 kg ont été capturés. Sur le domaine privé, il y a cependant des poissons encore plus lourds qui se font capturer régulièrement.
Histoire et distribution thumb|Carpes issues de manipulation de carpes communes (ici dans un étang de Dublin en Irlande)
Sujet d'élevages depuis le NéolithiqueBruslé Jacques, Quignard Jean-Pierre (2013). Biologie des poissons d'eau douce européens ( éd.). Lavoisier, Paris. . . et dans l'AntiquitéBillard, R. (Ed.). (1995). Les carpes: biologie et élevage. Éditions Quae., elle est sans doute originaire d'Asie occidentale et d'Europe de l'Est (bassins versants du Danube, et plus largement les bassins de la mer Noire, de la mer Caspienne et de la mer d'Aral). Sa répartition est si large et son introduction ancienne qu'il est difficile de délimiter précisément sa distribution d'origine. Des fossiles ont été retrouvés dans l'ancien lit de la Seine , dans les tourbières d'OverijseBulletin des sciences naturelles et de géologie, Delafosse Guillemin et Kuhn, tome XIX, page 217 et dans les faluns du célèbre site fossilifère de Campané à Sansan (Gers) - ce qui indique que les faluns en question ont été formées par la sédimentation d'eaux calmes voire croupies, à l'opposé de ceux du Val de Loire où l'on ne trouve pratiquement pas de fossiles de cette espèce Les fossiles des vertébrés des faluns du Val de Loire - Carpes, dans La mer de pierre... le temps ou la Loire était une mer..
Les premières mentions écrites sur la carpe remontent à environ 500 avant notre ère en Chine.
Les Romains la ramenèrent d'Asie Mineure en Grèce, Italie et Gaule, spécifiquement pour l'élevage. La carpe est citée pour la première fois dans un texte en Europe par le roi des Ostrogoths Théodoric le Grand vers 500 de notre ère : celui-ci ordonne à son secrétaire Cassiderus d'adresser aux autorités provinciales une circulaire leur enjoignant d'assurer le ravitaillement en carpes de la table royale. Au début du Charlemagne exigea la construction d'étangs de pisciculture sur les terres de tous ses fonctionnaires, mais ce sont surtout les moines qui ont développé la carpiculture - carême oblige, et par ailleurs, à surface égale, les étangs avaient un meilleur rendement que les terres, surtout dans les endroits peu fertiles. La carpe a été introduite en Angleterre en 1514, au Danemark en 1560 et à Saint-Pétersbourg en 1729..
De nos jours, la carpe commune vit dans les eaux douces d'Europe, d'Asie, d'Extrême-Orient et d'Amérique du Nord.
Elle a aussi été introduite en Australie dans des rivières du sud-est, où elle est considérée comme un prédateur invasif redoutable et nuisible pour les espèces indigènes. On cherche donc aujourd'hui à l'en éradiquer.
Habitat
upright 0.7|vignette|Carpe commune au ZooParc de Beauval à Saint-Aignan-sur-Cher en France
Elle vit dans les eaux à courant lent de rivières et canaux ainsi que dans les eaux stagnantes, plutôt chaudes et peu profondes de mares, étangs et lacs, dans la zone dite « zone à brème ».
La carpe commune est réputée pour affectionner les zones encombrées, les proximités de « fosses ». Les zones de confort, de tenus évoluent selon la saison, le contexte et la biocénose.
La carpe commune est un poisson rustique et omnivore qui se prête aisément à la pisciculture.
Biologie et écologie
Plutôt active au crépuscule et la nuit, son comportement est photophobe et, comme la tanche qui partage son habitat, elle préfère les zones ombrées voire sombres. L'hiver, elle s'engourdit et est réputée capable de s'enfouir dans la vase en ralentissant fortement son activité, qui reste tout de même marquée, surtout la nuit. L'activité alimentaire des carpes est au plus bas entre décembre et février.
Il semble que cette carpe possède des facultés d'adaptation rapide à son environnement : la présence de prédateurs ou la pression de pêche par exemple peut modifier son comportement alimentaire, ses lieux de repos et son comportement global. Ses nageoires caudales, pectorales et pelviennes sont plus développées lorsque la carpe vit en eau rapide.
Nourriture La carpe est un poisson non prédateur qui se nourrit d’abord de zooplancton à l’état juvénile, puis principalement de petits organismes vivant sur le fond ou à proximité des fonds (espèce benthivore), comme des larves d’insectes, des escargots et des vers. Avec l'âge, les grosses carpes recherchent des écrevisses et quand il y en a elles deviennent une grande part de leur régime alimentaire. Elles peuvent aussi s'attaquer aux autres petits poissons ou aux œufs de frais de poissons et ne dédaigne pas les algues les graines.
Reproduction
La carpe commune se reproduit de juin à juillet, dans les eaux peu profondes. Une température de l'eau de semble être le stimulus qui déclenche le rassemblement des carpes et le frai, dans des eaux peu profondes où la flore aquatique est abondante. vignette|293x293px|Carpes communes. Aquarium du muséum de Besançon. La femelle pond plusieurs milliers d'œufs adhésifs (jusqu'à un million environ ; au moins par kg de poids vif de femelle), parmi les plantes aquatiques, dans une eau atteignant généralement les 20°. En rivière, le hotu est un grand prédateur pour ses œufs.
Élevage (cypriniculture)
C'est l'un des poissons les plus élevés au monde, le second en France en 2003Ranson S. (2003). L'alimentation de la carpe (Cyprius carpio) dans son biotope et en élevage (Doctoral dissertation, École vétérinaire de Maisons-Alfort) et le cinquième dans le monde en 2019 (4 411 900 tonnes).. Son élevage est aussi appelé « carpiculture »Avenas, Pierre, Walter, Henriette (2011). La fabuleuse histoire du nom des poissons. R. Laffont, Paris..
En France, l’élevage de la carpe s’inscrit dans une longue tradition piscicole fondée sur la gestion d’étangs, particulièrement dans les Dombes et la Brenne, où cette activité a façonné les paysages, l’économie locale et des savoir-faire transmis depuis des siècles. Dans la Dombes, plus de 1 100 étangs recouvrant environ 11 200 hectares témoignent d’un savoir-faire piscicole traditionnel ancien. En Brenne, les étangs constituent un marqueur fort du paysage depuis le Moyen Âge et le parc naturel régional compte environ 3 000 étangs, support d’activités aquacoles. En Alsace, notamment dans le Sundgau, la carpe frite constitue une spécialité culinaire emblématique, associée à une filière touristique et à une tradition locale autour de la « carpe trois étés ».
Reproduction artificielle : elle est maitriséeRicard JM (1981), Développement des techniques de contrôle de la reproduction de la carpe commune en écloserie. CEMAGREF, Division Aménagements littoraux et Aquaculture. et très pratiquée. On sait notamment : congeler ou conserver et manipuler in vitro les ovocytes de femelleSjafei, D. S. (1985). Conservation et vieillissement in vitro des ovocytes ovulés de la carpe commune(Cyprinus carpio L.) (Doctoral dissertation). ou le sperme des mâles (cryoconservation)Linhart, O., Rodina, M. & Cosson, J. (2000). Cryopreservation of Sperm in Common Carp Cyprinus carpio: Sperm Motility and Hatching Success of Embryos (résumé). Dans Cryobiology, 41(3), 241-250. ; utiliser l'hypophysation, à grande échelle pour cette espèce (et d'autres carpes d'intérêt commercialBillard, R. (1979) La gamétogenèse, le cycle sexuel et le contrôle de la reproduction chez les poissons téléostéens. Dans Bulletin Français de Pisciculture, (273), 117-136.) ; produire des populations mono-sexe en élevageChevassus, B., Chourrout, D., & Jalabert, B. (1979). Le contrôle de la reproduction chez les poissons.-I-Les populations “monosexes”. Dans Bulletin Français de Pisciculture, (274), 18-31..
Longévité
La carpe est réputée pour sa longévité, en général 15 à 20 ans, mais certains spécimens sont arrivés à 70 ans et d'autres ont été réputés centenairesLouisy P., Maitre-Allain T. & Magnan D. (1989) Les poissons d'Europe, Guide vert, Ed. Solar (sous la direction de Hervé Chaumeton).
La carpe et la qualité de l'eau