Le Cé qu'è lainô est l'hymne officiel de la République et canton de Genève, en Suisse.
Cet hymne retrace l’histoire de l’Escalade, la célèbre défense de Genève contre l'attaque du duc de Savoie Charles-Emmanuel , en . Composé vers par un auteur anonyme, il est rédigé en arpitan genevois. Son titre se traduit en français par « Celui qui est en haut ».
Utilisation Seules les strophes 1, 2, 4 et 68 sont chantées lors de diverses cérémonies à Genève, telles que les fêtes de commémoration de l'Escalade, les prestations de serment du Conseil d'État, du Grand Conseil, des maires et adjoints, ainsi que celles des écoles de police. L'hymne est également interprété lors de rencontres sportives à domicile (football, hockey, etc.), de la commémoration de la Restauration genevoise et des promotions citoyennes.
De plus, la flèche de la cathédrale Saint-Pierre abrite un carillon de 37 cloches qui peut être joué soit par le carillon automatique de l'horloge, soit par un carillonneur. Chaque mois, une mélodie différente est jouée automatiquement toutes les heures, de jour comme de nuit. En décembre, c’est l’hymne Le Cé qu’è lainô qui résonne..
Histoire
Dans la nuit du 11 au selon le calendrier julien (21 au selon le calendrier grégorien), le duc de Savoie Charles-Emmanuel lance ses troupes pour tenter de prendre d'assaut la République de Genève. Après des combats nocturnes meurtriers, l'attaque échoue. Cet événement historique militaire, qui fait partie de l’histoire de la ville, est appelé .
Dès les premières commémorations de la bataille, en , l'idée de célébrer l'événement, de le commémorer ou même de se moquer des Savoyards devient populaire à Genève. C'est dans ce contexte que naît Le Cé qu'è lainô, une chanson dont l'auteur reste inconnu, mais qui est vraisemblablement un témoin oculaire de l'Escalade, puisque les détails décrits dans les paroles correspondent aux événements réels. Selon l’historien Joël Aguet, la chanson aurait été composée par Hans Wilhelm Ziegler (1574–1653) et Daniel Guichard (1582-?), deux étudiants. D’après cette hypothèse, l’œuvre aurait été écrite quatre jours après l’attaque. Toutefois, cette thèse est contestée par d’autres historiens, qui en remettent en question la véracité et l’attribution.
L'œuvre, bien qu'une célébration de la victoire, présente un déséquilibre évident dans ses strophes : sur les 68 vers, près de 30 sont consacrés à l'exécution des prisonniers savoyards, ce qui souligne la tension et la vindicte qui ont marqué cet épisode historique.
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Interdiction L'aspect religieux et, surtout, anti-catholique a dérangé de nombreuses personnes au fil du temps. Après la signature du traité de St-Julien en , qui stipule que les parties s'engagent la mémoire de l'Escalade, la célébration de cet événement devient un sujet sensibleArt. XXII.. Cette volonté de réconciliation entre Genève et le duché de Savoie a conduit à des interdictions de chants injurieux et à des demandes de modération dans les prêches entre et , émises par les autorités genevoises, dans un effort pour maintenir la paix entre les deux régionsGHI – Le Journal indépendant des Genevois : Le « Cé qu’é lainô » comme vous ne l’avez jamais entendu : https://www.ghi.ch/le-journal/geneve/le-ce-que-laino-+comme-vous-ne-lavez-jamais-entendu.
Au , la célébration de l'Escalade oscille entre interdiction et revendication populaire. Par exemple, entre et , les festivités se tiennent uniquement dans le cadre privé, en raison des tensions politiques et sociales. Pendant la période d'annexion française, de à , lorsque des régions savoyardes sont intégrées au territoire genevois, l'Escalade est supprimée pour favoriser la bonne entente et l'intégration avec les voisins savoyards. Ce n'est qu'après l'entrée de Genève dans la Confédération suisse en que les célébrations et les chants relatifs à l'Escalade connaissent un renouveau, reflétant une nouvelle dynamique d'unité et d'identité pour la ville.
Polémiques récentes Le , le député socialiste Sylvain Thévoz pose une question écrite au Grand Conseil genevois, qui est ensuite transmise au Conseil d’État genevois. Il propose de changer les paroles du Cé qu'è lainô, en soulignant qu'il est . Selon lui, les paroles du chant sont et .
Le Conseil d’État, dans sa réponse, rappelle que le Cé qu'è lainô est un texte historique, ancré dans le contexte de la bataille de l'Escalade de . Il défend ainsi la pérennité de cet hymne en tant que symbole de l'identité genevoise, tout en soulignant son caractère historique et le fait qu'il reflète les tensions de l'époque plutôt qu'un message religieux contemporain.
Hymne officiel En réaction à la proposition de modifier les paroles du Cé qu'è lainô, le député UDC Stéphane Florey, soutenu par quinze autres députés, dépose le un projet de loi visant à inscrire l'hymne et son texte actuel dans la Constitution cantonale en tant qu'hymne officiel du canton de Genève. Cette initiative a pour objectif de préserver l'intégrité du chant et de garantir qu'il conserve son statut d'hymne officiel.
La loi constitutionnelle 13253 est adoptée par le Grand Conseil lors de sa séance du , avec 53 voix pour, 29 voix contre et 13 abstentions. En tant que modification de la Constitution, cette décision est soumise à une votation populaire. Le , la population genevoise se prononce en faveur de la modification avec une large majorité de 61,77 % des suffrages.
Ainsi, Le Cé qu'è lainô devient officiellement inscrit dans la Constitution genevoise le Art. 7A, Constitution de la République et canton de Genève
(Cst-GE), du 14 octobre 2012..
Langue Le fait que Le Cé qu'è lainô soit rédigé en arpitan (ou francoprovençal), dans son dialecte genevois, revêt une dimension particulièrement intéressante. Bien que le français se soit imposé comme langue officielle à Genève dès la Réforme en , l'arpitan genevois, considéré à l'époque comme un patois parlé principalement par les catholiques et les paysans des environs, reste en usage dans les zones rurales.
Le choix de l'arpitan pour ce chant commémorant la résistance de la Genève protestante à la tentative d'invasion catholique a un caractère paradoxal. À une époque où le français était la langue de l'élite urbaine et de la vie publique, utiliser l'arpitan, une langue associée aux populations rurales et perçue négativement par les citadins, était audacieux. Ce choix illustre non seulement la lutte entre les cultures et les identités sociales, mais aussi le combat entre l'arpitan et le français, qui marquait un contraste entre les langues populaires et les langues de pouvoir.
Le Cé qu'è lainô devient ainsi un document-charnière, reflétant à la fois l’histoire sociale et linguistique de Genève, tout en soulignant les tensions culturelles et religieuses qui caractérisaient la période. Ce chant, en plus de commémorer un événement militaire majeur, symbolise également la résistance culturelle et linguistique de Genève, dans un contexte de francisation croissante.
Texte chanté Version originale en arpitanTraduction française1
Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était patron des Genevois.2
I son vegnu le doze de dessanbro,
Pè onna nai asse naire que d'ancro;
Y étivé l'an mil si san et dou,
Qu'i veniron parla ou pou troi tou.2
Ils sont venus le douze de décembre,
Par une nuit aussi noire que d'encre;
C'était l'an mil six cent et deux,
Qu'ils vinrent parler un peu trop tôt.4
Petis et grans, ossis an sevegnance:
Pè on matin d'onna bella demanze,
Et pè on zeur qu'y fassive bin frai,
Sans le bon Di, nos étivon to prai !4
Petits et grands, ayez en souvenance
Par un matin d'un beau dimanche,
Et par un jour où il faisait bien froid,
Sans le bon Dieu, nous étions tous pris !68
Dedian sa man il y tin la victoire,
A lui solet en démure la gloire.
A to zamai son Sain Non sai begni !
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-y !68
Dedans sa main il tient la victoire,
À lui seul en demeure la gloire.
À tout jamais son Saint Nom soit béni,
Amen, amen, ainsi, ainsi soit-il !
Texte intégral Version originale en arpitanTraduction française1
Cé qu'è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu'il étivé patron dé Genevoi.1
Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
À bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était patron des Genevois.2
I son vegnu le doze de dessanbro,
Pè onna nai asse naire que d'ancro;
Y étivé l'an mil si san et dou,
Qu'i veniron parla ou pou troi tou.2
Ils sont venus le douze de décembre,
Par une nuit aussi noire que d'encre;
C'était l'an mil six cent et deux,
Qu'ils vinrent parler un peu trop tôt.3
Pè onna nai qu'étive la pe naire,
I veniron; y n'étai pas pè bairè:
Y étivé pè pilli nou maison,
Et no tüa sans aucuna raison.3
Par une nuit qui était la plus noire,
Ils vinrent; ce n'était pas pour boire:
C'était pour piller nos maisons,
Et nous tuer, sans aucune raison.4
Petis et grans, ossis an sevegnance:
Pè on matin d'onna bella demanze,
Et pè on zeur qu'y fassive bin frai,
Sans le bon Di, nos étivon to prai !4
Petits et grands, ayez en souvenance
Par un matin d'un beau dimanche,
Et par un jour où il faisait bien froid,
Sans le bon Dieu, nous étions tous pris !5
On vo dera qu'étai cela canaille.
Lou Savoyar contre noutra mouraille
Trai eitiellé on dressia et plianta,
Et par iqué dou san y son monta.5
On vous dira que c'était la canaille.
Les Savoyards contre notre muraille
Trois échelles ont dressé et planté,
Et par là deux cents sont montés.6
Etian antra, veniron u courdegarda,
Yo i firon onna ruda montada.
Is avion tenaillé et marté
Qu'étivon fai avoi du boun acié,6
Étant entrés, ils vinrent au corps de garde
Où ils firent une rude montre.
Ils avaient des tenailles, des marteaux
Qui étaient faits avec du bon acier,7
Pè arraci lou cliou et lé saraille,
To lou verreu et tota la féraille
Qu'on rancontré an dé pari andrai,
Et qu'on bouté pè n'eitre pas surprai.7
Pour arracher les clous et les serrures,
Les verrous et toute cette ferraille
Qu'on rencontre en pareils endroits
Et qu'on met pour ne pas être surpris.8
On citablio is avivon forcia;
Et d'on petar qu'is avivon teria,
I coudavon deiza eitre à sevau:
I n'étivon pas assé monta yo.8
Ils avaient pénétré dans une étable;
Et, avec un pétard qu'ils avaient tiré
Ils croyaient déjà être à cheval:
Ils n'étaient pas assez montés haut.9
Sen Altessé dessu Pincha étive.
Yon d'antre leu s'ancoru pè li dire
Que le petar avai fai son aifour,
Qu'on alavé fare antra to le grou.9
Son Altesse se trouvait dessus Pinchat.
Un d'entre eux accourut pour lui dire
Que le pétard avait fait son effort,
Qu'on allait faire entrer tout le gros.10
Is avivon delé lanterne seurde
Contrefassion celé grousse greneuille.
Y étivé pè alla et vegni,
Pè que zamai nion lou pu décrevi.10
Ils avaient des lanternes sourdes;
Ils contrefaisaient les grosses grenouilles.
C'était pour aller et venir,
Sans que jamais on les pût découvrir.11
Picô vegnai avoi grande ardiesse.
Pè fare vi qu'il avai de l'adresse,
I volivé la pourta petarda:
Y et iqué yo i fu bin attrapa.11
Picot venait avec grande hardiesse.
Pour faire voir qu'il avait de l'adresse,
Il voulait faire sauter la porte:
Et c'est ici qu'il fut bien attrapé.12
I volivé fare de tala sourta
Qu'are volu tote eifondra la pourta,
Et l'are mé pè brelode et bocon;
Poi sare alla to drai dessu le pon.12
Il a voulu faire de telle sorte
Que toute la porte s'effondrât;
Il l'aurait mise en lambeaux et morceaux;
Puis serait allé tout droit sur le pont.13
Lou pon-levi, i lous arion bassia,
Arion outa to ce qu'are anpassia,
Pè fare antre l'escadron de Savoi.
Vo lou verri bin tou an désarroi.13
Les ponts-levis ils les auraient abaissés,
Ils auraient ôté tout ce qui les gênait,
Pour faire entrer l'escadron de Savoie.