La basilique Saint-François () à Assise en Ombrie (Italie) est un édifice religieux qui depuis 1230 abrite le tombeau de François d'Assise.
Voulue par le pape comme specialis ecclesiaGregorio IX, Bolla Recolentes del 29 aprile 1228: Bullarium franciscanum, vol. 1, Roma 1749, pp. 40-41., elle reçoit du même pontife le titre de Caput et Mater de l'Ordre franciscainGregorio IX, Bolla Is qui Ecclesiam del 22 aprile 1230: Bullarium franciscanum, vol. 1, Roma 1749, pp. 60-62. Il titolo ritorna sia nella costituzione apostolica di Benedetto XIV Fidelis Dominus del 25 marzo 1754, sia nella lettera apostolica di Paolo VI Inclita toto dell'8 agosto 1968 (in Acta Apostolicae Sedis, 61 (1969) 553);, sur le modèle de la titulature de Saint-Jean-de-Latran, « mère de toutes les églises », et, en même temps, est confiée à perpétuité aux mêmes frères. Dès 1230, l'ensemble du terrain est retiré à la juridiction de l'évêque d'Assise et fait partie des propriétés du Saint-Siège.
Dans l'histoire complexe qui a marqué l'Ordre, la basilique (et le Sacro Convento attenant) a toujours été gardée par lesdits « frères communautaires », le groupe qui a ensuite formé l'Ordre des frères mineurs conventuels.
L'Archiconfrérie des Cordigères (également appelée en italien « della corda » ou « del cordone ») de Saint François, est érigée par le pape à l'église sépulcrale de la Basilique par la bulle Ex supernae dispositionis du , à l'instigation des franciscains, dans le but de répandre la spiritualité franciscaine parmi les laïcs..
En , l'élève à la dignité de basilique patriarcale (depuis « basilique papale ») et de chapelle papale. En , avec d'autres sites franciscains de l'arrondissement, la basilique est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Deux espaces destinés aux assemblées se superposent : l'un est dit « église inférieure », bâti dans la roche sur un flanc du mont Subiaso entre 1228 et 1230, et l'autre dit « église supérieure », construit au-dessus entre 1230 et 1253, tous deux dans le style gothique. Le campanile est de style roman.
La dédicace est célébrée chaque année, le .
Historique thumb|Vue générale depuis la Rocca Maggiore. thumb|Cloître de derrière l'abside de la basilique.
Origines thumb|Transept gauche de l'église inférieure. Dès 1227, et le représentant des frères mineurs conventuels, le frère Élie de Cortone, ont l'idée de construire une basilique en l'honneur de François où ses reliques seraient présentées à la vénération des fidèles. Le pape charge le frère Élie de la réaliser lorsque celui-ci est évincé de la direction de l'ordre lors du chapitre général de Pentecôte 1227..
La bulle Recolentes qualiter de du témoigne que la construction est projetée peu de temps avant le procès de canonisation et l'acquisition du terrain par Élie pour le compte du pape le .
Le , deux ans seulement après sa mort, est à Assise et procède à la canonisation de François en l'église Saint-Georges, où repose son corps ; le lendemain, , le pontife et le représentant des frères mineurs conventuels, le frère Élie de Cortone, ministre général de l'Ordre franciscain de 1232 à 1239, posent la première pierre de l'imposante basilique, comme convenu l'année précédente. Il est vite devenu évident que la nouvelle basilique serait une specialis ecclesia, c'est-à-dire à la fois le sanctuaire abritant les restes du saint et l'église mère du nouvel Ordre .
Selon la tradition, c'est François lui-même qui a indiqué l'endroit où il souhaitait être enterré, sur la colline inférieure de la ville où étaient généralement enterrés les séditieux et les condamnés par la justice (peut-être appelée Collis inferni pour cette raison). Cette colline, donnée par Simone di Pucciarello, est rebaptisée Collis paradisi et la nouvelle basilique est construite dessus, à la limite nord-ouest de la ville fortifiée. Les terrains proviennent d'un don de deux citoyens d'Assise au Saint-Siège et au soutien de la commune. Si les dispositions testamentaires de François (1226) recommandent la construction d'églises selon la règle primaire de la pauvreté, disposition également confirmée dans le statut rédigé sous Bonaventure da Bagnoregio (1260), la basilique présente une rupture évidente avec la rigueur typiquement franciscaine. Les structures ecclésiales sont considérées comme un moyen de transmission du message franciscain, surtout à travers les décors figuratifs qui doivent créer de véritables Biblia pauperum, des « Bibles pour les pauvres » illettrés et incapables de lire, mais qui peuvent s'instruire à travers les images..
L'église, qui est l'une des pierres angulaires de la diffusion du gothique en Italie, a plusieurs objectifs. C'est tout d'abord le lieu de sépulture du fondateur de l'ordre, qui, déjà deux ans après sa mort, est considéré comme l'une des figures les plus importantes de l'histoire du christianisme : pour cette raison, sa taille est pensée pour permettre un pèlerinage et une dévotion populaire. Un second objectif est plus étroitement lié à la papauté qui voit désormais chez les franciscains, après la méfiance initiale, des alliés permettant de renforcer les liens avec les classes les plus humbles et les plus populaires. Pour cette raison, les besoins liés au flux des pèlerins (largeur, ensemble de représentations didactiques) sont combinés avec le schéma d'une chapelle palatine (la basilique est en fait une chapelle papale), en bénéficiant des Influences gothiques les plus modernes, comme à la Sainte-Chapelle à Paris qui a aussi été conçue avec deux églises superposées.
Le chantier est énorme et les dépenses considérables. Elles sont couvertes au début par la papauté qui seule a la capacité d'y faire face. En 1228, elle accorde des indulgences à tous ceux qui apportent une contribution financière à sa réalisation. Des bienfaiteurs ont dû répondre à l'appel, comme Jacqueline de Septisoles, que François appelait « frère Jacqueline », et qui est la seule laïque à avoir obtenu le privilège d'y être enterrée. En 1232, afin de participer aux frais, la commune d'Assise institue une taxe en grain payable par tous les habitants sous peine de bannissement. La même année, Élie, devenu ministre général des Frères mineurs, décide que l'ordre doit contribuer et organise des quêtes et des collectes à cet effet dans toutes les provinces franciscaines. En 1237, celles-ci sont lourdement taxées afin de fabriquer les cloches du campanile.
La construction de la basilique commence en 1228 sous par l'église inférieure, sorte d'immense crypte destinée à abriter les reliques du saint. Les noms des architectes ne sont pas connus ; les hypothèses émises sont : le frère Élie lui-même, Lapo ou Jacopo Tedesco (ce dernier est mentionné par Giorgio Vasari ), fra Giovanni della Penna ou fra Filippo da Campello.
Translation des reliques de saint François La basilique inférieure doit déjà être achevée en 1230, lorsque le corps de saint François y est solennellement transféré. Lors de la cérémonie, le char transportant le sarcophage contenant les restes du saint est assailli par la foule dans les rues étroites de la ville. La milice communale doit intervenir, certains, semble-t-il, s'étant emparés de reliques. Pour éviter une émeute, le podestat et Élie doivent interdire à la foule, mais aussi aux frères mineurs et au ministre général de pénétrer dans la basilique dont les portes sont fermées et l'accès gardé par des hommes armés, créant de fait une grande frustration chez les laïcs qui attendaient les miracles qui se produisent habituellement à l'occasion des translations de reliques. Celles-ci auraient alors été déposées dans un petit caveau creusé dans la roche, fermé par une porte..
réagit violemment dans la bulle Speravinus Hacrenus du , dans laquelle il rend les Frères mineurs et la commune responsables du désordre, évoquant sa générosité et ses dons sans lesquels la basilique n'aurait pas pu être construite, menaçant d'excommunier les autorités municipales et de retirer à la basilique son privilège d'exemption. Il frappe le couvent des Frères d'interdit.
Selon la tradition, le corps est caché pour éviter qu'il ne soit volé : dans les années 1480, le pape franciscain fait effectuer des travaux pour rendre la tombe inviolable, l'emplacement de celle-ci étant tenu secret, ce qui suscita un certain nombre de spéculations..
Ce n'est qu'en 1818 qu'il est retrouvé, dans un sarcophage de pierre protégé par une grille de fer, et enterré dans un sarcophage sous l'autel principal. Les restes provenaient de l'église Saint-Georges (plus tard incorporée dans le complexe de la basilique Sainte-Claire).
Finalisation du chantier vignette|Église supérieure. Au départ la basilique (inférieure) devait correspondre aux deuxième, troisième et quatrième travées actuelles. Avec son plan rectangulaire, sa simplicité est alors proche du modèle franciscain. La structure, assez simple, est rapidement modifiée avec des lignes plus majestueuses, en partie inspirées de l'architecture romane lombarde, et des suggestions gothiques rappelant les bâtiments construits par l'ordre cistercien.
Lorsque Frère Élie devient général de l'Ordre (1232), il est décidé de construire deux églises superposées, de proportions beaucoup plus grandes, qui exalteraient la gloire du saint fondateur et de l'Ordre lui-même. Une nouvelle travée à l'est, le transept et l'abside sont ajoutés à la disposition originale, tandis que des piliers extérieurs et des contreforts sont construits pour supporter le poids de la basilique supérieure. Pour la même raison, la charpente d'origine est reconstruite avec des voûtes à croisées d'ogives.
La double fonction du bâtiment s'organise ainsi : au niveau inférieur, l'église tombale et la crypte, destinées à l'usage des frères et des laïcs désireux d'approcher la tombe du saint ; au-dessus, la salle monastique, l'espace pour les sermons, destiné aux offices solennels et qui servait de chapelle pontificale quand le pape réside à Assise.. L'ensemble est complété par un campanile en 1239.
Le tournant gothique de l'architecture, très moderne pour l'époque en Italie centrale où les formes romanes se sont maintenues jusqu'à la fin du , est probablement lié à la montée en puissance de l'Anglais Haymo of Faversham qui, en sa qualité de général de l'Ordre (1241), appelle des maçons transalpins très qualifiés sur le chantier, qui avaient sans doute travaillé sur les chantiers des cathédrales de Reims ou Angers. Il en résulte une sorte de « cage gothique »Comme la définie A. Grohamann. dans laquelle l'ossature nervurée de la basilique supérieure contraste avec l'aspect roman des façades extérieures, créant la discontinuité, mais aussi l'originalité marquée de l'édifice.. De ce fait, la basilique d'Assise anticipe les grandes églises qui seront construites par les Frères mineurs en Europe après 1250.
L'édifice est orienté vers l'ouest, comme Saint-Pierre de Rome ou le Saint-Sépulcre à Jérusalem, et son porche s'ouvre sur la ville.
La rareté des sources écrites pour la période ultérieure ne permet pas de décrire l'avancement des travaux, au moins jusqu'à la consécration de 1253, date à laquelle l'ensemble n'est pas nécessairement achevé. La construction de la chapelle Sainte-Catherine en 1367 marque la fin du chantier, la basilique ne subissant pas de modifications substantielles au cours des siècles suivants.
La basilique est consacrée le par le pape . À partir de son pontificat, la basilique est placée sous l'autorité directe du pape.
Du Au , saint Bonaventure de Bagnoregio y prêche, y donnant jusqu'à 16 sermons ; au siècle suivant, saint Bernardin de Sienne y prêche aussi. l'élève au rang de basilique patriarcale et de chapelle papale en 1754. En 1798, la basilique est envahie par les Français et pillée.