Aleksandr Vladimirovitch Popov (en ), connu en dehors de son pays sous le nom d'Alexander Popov, est nageur russe (époque soviétique), spécialiste des épreuves de sprint en nage libre ( et ). Né le à Sverdlovsk, il est surnommé « le Tsar » ou « la fusée russe » en raison de sa domination sur le sprint mondial dans les années 1990. Dossiste de formation, il se spécialise dans la nage libre afin de mettre un terme à l'hégémonie américaine sur le sprint.

En 1992, il réussit le doublé 50–100 m nage libre pour ses premiers Jeux olympiques, en s'imposant devant les Américains Matt Biondi et Tom Jager. Quatre ans plus tard, à Atlanta, il parvient à conserver ses deux titres olympiques, une performance rare. Rentré à Moscou après les Jeux, il se fait poignarder dans une rue au cours d'une bagarre. Il réussit néanmoins à revenir au haut niveau et à défendre ses titres européens avec succès un an plus tard.

Tombé de son piédestal en 1999 puis en 2000, où il perd son titre olympique sur au profit du Néerlandais Pieter van den Hoogenband de sept ans son cadet, Aleksandr Popov réussit à dominer celui-ci trois ans plus tard, à l'âge de 31 ans, lors des mondiaux de Barcelone. En 2004, il participe à ses quatrièmes Jeux olympiques, à Athènes, au cours desquels il ne monte pas une seule fois sur le podium.

À un tournant de l'histoire de son pays et de son sport, Aleksandr Popov s'est construit un palmarès considérable sur les épreuves de sprint. Sur 50 et libre, il possède notamment quatre titres olympiques, cinq titres mondiaux, et dix titres européens, en étant resté invaincu en grande compétition sur la période 1991-1997.

Après avoir pris sa retraite sportive, Aleksandr Popov a entamé une carrière au sein du Comité international olympique.

Biographie Débuts Jeunesse

Aleksandr Popov naît le à Sverdlovsk. Il passe son enfance à Lesnoï, une ville fermée où ses parents travaillent en tant qu’ouvriers. À l’âge de six ans, il découvre l’eau lors de séances d’initiation à la piscine du quartier, où il ne fait pas plus que barboter avec les autres enfants. Quelques mois plus tard, son père le pousse vers de vrais cours de natation, à cause de ses problèmes de pneumonie et .. Popov intègre alors le Fakel Club, un club omnisports de la ville. À l’époque, il n’est pas tellement motivé par la nage et commence à s’esquiver des leçons pour aller jouer avec ses camarades. Le déclic survient lors des Jeux olympiques de Moscou en 1980 : Popov, âgé de huit ans, passe tout l’été devant la télévision. Il retourne alors à ses leçons, qui deviennent peu à peu des entraînements, où il commence à progresser.. Il nage sa première compétition à neuf ans, un dos. Plus les compétitions s’enchaînent et plus il prend goût à ce sport. Son entraîneur de l’époque, Galina Witman, prédit qu’il deviendra spécialiste de la nage libre, alors que lui ne s’intéresse qu’au dos..

S’enchaînent ensuite les camps d’entraînement et, à quatorze ans, ses premiers championnats nationaux, où il nage le dos en . À seize ans, il descend sous la minute () et intègre l’université de Volgograd.. En 1988, quelques mois après les Jeux olympiques de Séoul, Popov apprend qu’il est déjà dans les plans de l’entraîneur soviétique réputé Gennadi Touretski pour la prochaine édition. Touretski avait repéré le nageur l’année précédente lors des championnats juniors de l’URSS. Toutefois, il juge Popov encore trop jeune pour son équipe et préfère attendre avant de le prendre avec lui.. Cette attitude qui consiste à laisser mûrir les nageurs juniors dans leur catégorie d’âge était, selon Touretski, une tradition soviétique.. Il fallait un sprinteur soviétique capable de détrôner l’Américain Matt Biondi, double champion olympique sur 50 et à Séoul, ainsi que recordman du monde sur ces distances. Popov devait remplir ce rôle..

Rencontre avec Gennadi Touretski

En , on propose finalement au jeune Popov de rejoindre le groupe de Gennadi Touretski, ce qui équivaut à une vraie promotion, mais il doit se spécialiser dans la nage libre. Dès les débuts, il est surpris par son approche particulière de l’entraînement : de longues marches et de l’escalade, peu de musculation et, dans l’eau, des jeux de ballons en guise d’échauffement et un kilométrage très léger. Après trois semaines de camp, Popov ne sait pas vraiment à quoi s’en tenir avec Touretski, qu’il juge .. À ce stade, Aleksandr Popov a complètement délaissé le dos au profit de la nage libre.

Deux mois plus tard, Popov participe à la Coupe de l'Union soviétique. Il remporte le libre et passe pour la première fois sous la barre des sur . Les championnats du monde ont lieu en 1991 à Perth mais Popov n’est pas qualifié. Il reste donc seul avec Gennadi Touretski, ce qui lui permet de découvrir un homme atypique qui, hors de l’eau, préfère lui parler musique ou littérature plutôt qu’entraînement.. Cette relation que Popov entame avec son entraîneur prend beaucoup d’importance pour le nageur, qualifiant plus tard cette amitié de ... Après les championnats, le groupe de Touretski comporte cinq nageurs : Alexander Popov, Vladimir Pychnenko, Juri Mukhin, Gennadi Prigoda et Veniamine Taïanovitch. L’esprit et la dynamique de groupe font aussi partie des priorités de l’entraîneur. Prigoda, en quelque sorte leader avant l’arrivée de Popov, commence à épauler celui-ci..

Révélation et sacre olympique thumb|Le drapeau de l'Équipe unifiée est celui des Jeux olympiques.

À l’été 1991, Alexander Popov a dix-neuf ans et fait partie de l’équipe soviétique pour les championnats d’Europe qui se déroulent à Athènes. Son but à l’époque est surtout de . Pourtant, il fait bien plus que cela, en remportant la médaille d’or sur le nage libre avec à la clé un record d’Europe égalé. Il obtient également deux médailles d’or avec les relais soviétiques sur libre et 4 nages.. Pour son premier événement international, Popov totalise donc trois titres de champion d’Europe et se fait un nom sur la scène européenne. Il remporte aussi la même année la coupe du monde en petit bassin, dans la catégorie sprint en nage libre..

Mais la véritable échéance se situe l’année suivante : les Jeux olympiques de Barcelone. Un mois avant le début de ceux-ci, Alexander Popov confirme son potentiel lors du Mare Nostrum en battant le record d’Europe du nage libre : il nage la longueur en à l’étape de Canet-en-Roussillon. En juillet commencent donc les Jeux de Barcelone. Ceux-ci constituent les premiers depuis longtemps à ne pas subir de boycott ; pour la première fois depuis 1972, toutes les nations majeures sont présentes. En raison de la dissolution de l’URSS en 1991, une « Équipe unifiée » est créée, regroupant douze des quinze anciennes républiques soviétiques, dont la Russie.. C’est donc sous ces couleurs que Popov nage durant la compétition. Il s’aligne sur 50 et nage libre ainsi que sur les relais libre et 4 nages.

thumb|La piscine olympique de Barcelone, lieu de la consécration pour Popov.

L’Américain Matt Biondi est favori sur la course reine, le libre : il est champion olympique, champion du monde en titre, et détenteur du record du monde de la distance en . Popov réalise le meilleur temps lors des séries et se voit donc octroyer la ligne d'eau centrale. En finale, Popov s’impose en devant le Brésilien Gustavo Borges et le Français Stéphan Caron.. Biondi termine seulement cinquième, une déception de plus pour le camp américain.. Sur le , la donne au départ est la même, avec un Biondi champion en titre et détenteur du record olympique. Le duel est annoncé entre Biondi et son compatriote Tom Jager, qui détient le record du monde en .. Lors des séries, Aleksandr Popov bat son propre record d’Europe en nageant . En finale, il surclasse les deux Américains, avec un nouveau record d’Europe à la clé (). Biondi et Jager sont relégués respectivement à 18 et 39 centièmes.. Alexander Popov réalise ainsi le doublé olympique pour sa première participation, alors qu’il a seulement vingt ans. Il obtient par ailleurs deux médailles d’argent sur les relais, l’Équipe unifiée s’inclinant deux fois face aux États-Unis...

À l’issue des Jeux, Gennadi Touretski, dont le groupe a obtenu cinq médailles d’or et quatre en argent, est sollicité par plusieurs pays. Il signe alors un contrat de quatre ans avec l’Institut national des sports de Canberra et prend ses fonctions à la fin de 1992. Popov se retrouve donc momentanément sans entraîneur, mais Touretski ne tarde pas à l’inviter à le rejoindre en Australie. Popov accepte sans hésiter, tout en gardant sa nationalité russe. Arrivé là-bas, il découvre un pays de passionnés du sport, qui contraste beaucoup avec ce qu’il a connu en Russie..

Au sommet du sprint mondial Des championnats…

Les quatre années suivantes voient Alexander Popov maintenir une domination totale sur le sprint mondial. De 1993 à 1996, il reste invaincu en grande compétition sur ses distances de prédilection, le 50 et le libre. Il s’octroie sur cette période six titres majeurs, toutes compétitions confondues. C’est aussi à partir de 1993 que Popov nage sous les couleurs de la Russie, et ce jusqu’à la fin de sa carrière. Il aura ainsi nagé pour trois entités différentes : l’Union soviétique, l’Équipe unifiée, et enfin la Russie. Sur le plan personnel, Popov voit très peu sa fiancée, Daria « Dasha » Shmeleva, nageuse de 4 nages, puisqu’il s’entraîne en Australie et elle en Russie..

En 1993, Popov participe aux championnats d’Europe à Sheffield. Il conserve ses titres sur libre, libre et 4 nages glanés lors de l’édition précédente, et remporte en plus la médaille d’or sur libre. C’est aussi en 1993 que Popov franchit pour la première fois la barre symbolique des 49 secondes sur : il établit un nouveau record d’Europe en nageant . Il réalise cette performance le , à l’étape de Canet-en-Roussillon du Mare Nostrum.. Le record du monde de Matt Biondi en , déjà vieux de cinq ans, est encore loin.

L’année suivante est marquée par les records. Le nageur s’illustre en coupe du monde petit bassin en battant à quatre reprises le record du monde du libre en autant d’étapes : à Hong Kong, à Pékin, à Desenzano del Garda et à Gelsenkirchen, soit un gain de plus d’une seconde sur une période de trois mois. Il remporte ainsi pour la deuxième fois la coupe du monde petit bassin après l’avoir fait en 1991. Mais surtout, Alexander Popov bat au mois de juin le record du monde du libre en grand bassin, lors de l’étape de Monaco du circuit Mare Nostrum : il nage en , soit 19 centièmes de mieux que le record établi par Matt Biondi six ans plus tôt..

En ont lieu à Rome les championnats du monde. Popov remporte ses deux premiers titres mondiaux sur et libre, chaque fois devant l’Américain Gary Hall Jr., et obtient deux médailles d’argent avec les relais russes. C’est à cette époque que commence la rivalité entre Alexander Popov et Gary Hall Jr., ce dernier ayant déclaré avant les championnats qu’il allait détrôner le Russe..

En 1995, Popov remporte sur ces mêmes épreuves quatre médailles d’or, cette fois aux championnats d’Europe à Vienne.

… aux Jeux olympiques

Au vu de ses résultats, Alexander Popov est le grand favori des Jeux olympiques d’Atlanta de 1996, au contraire de l’édition précédente où il faisait office de prétendant. Il prépare cette épreuve dans l’optique de réussir le doublé olympique sur 50 et libre.