La ramie ou ortie de Chine (Boehmeria nivea) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des orties, les Urticaceae. C'est une plante à fibres textiles et papetière, vivace, mais qui est non urticante. Originaire d'Asie où elle est cultivée depuis au moins , elle a été introduite en culture en Europe et en Amérique dès le début du . Actuellement, les botanistes distinguent deux variétés: var. nivea, la ramie blanche ; var. tenacissima, la ramie verte.
C’est l'une des plus anciennes plantes textiles et papetières utilisées au monde. Elle a été largement plantée en Chine, au Laos et dans d'autres pays d'Asie et du Pacifique. Après avoir atteint un pic en 2007, la production mondiale a chuté régulièrement (de 80 %) jusqu'en 2017. La Chine est de loin le plus gros producteur de ramie, avec de la production mondiale. Mais les procédures d’extraction des fibres sont délicates et demandent beaucoup de main d’œuvre qualifiée si bien que les hautes potentialités de la ramie n’ont guère été exploitées, en dehors de la Chine.
Les tissus de fibres de ramie fabriqués traditionnellement en Chine, Corée et Japon sont bien adaptés aux chaudes températures estivales.
Les papiers de ramie sont jaune terreux, rugueux et très résistants. Ils ont été produits en Chine dès les premiers siècles de l’invention du papier, à partir des Han antérieurs (-206, -8), jusqu’au Tang (618-907) pour servir de support à la calligraphie, la peinture et la copie des livres canoniques. De nos jours, quelques personnes essayent de refaire vivre cette ancienne production oubliée.
La ramie est également utilisée comme plante fourragère pour le bétail dans le sud de la Chine et pour la phytoremédiation des terres agricoles contaminées par les métaux lourds.
Généralement, la ramie cultivée peut être récoltée trois fois par an en Chine, et jusqu'à six fois par an dans des environnements cultivés bien arrosés. À partir de la fin du , la Banque de France l'a utilisée pour fabriquer un papier fiduciaire très résistant.
La ramie est aussi utilisée comme plante ornementale en Asie.
Étymologie et nomenclature Le nom de genre Boehmeria est dédié à Georg Rudolf Boehmer (1723-1803), professeur d’anatomie et de botanique à Wittemberg en Allemagne.
L’épithète spécifique nivea est un emprunt au latin niveus, , par référence à la couleur du revers des feuilles.
Carl Linné en donne une première description sous le nom de Urtica nivea dans Species Plantarum 2: 985. 1753. Plus tard, le botaniste Charles Gaudichaud-Beaupré (1789-1854) qui participa à une expédition autour du monde de 1817 à 1820, l’observe dans l’archipel des îles Mariannes, à Guam et en donne une description sous le nom de Boehmeria nivea dans Voyage autour du monde, 1826. Il la reclasse dans le genre Boehmeria, en raison de son akène attaché au périanthe persistant et du stigmate persistant.
Le mot français ramie, désignant la même espèce de plante, est un emprunt (noté ramié, ramieh, 1858, ramie) au malais rami (attesté dans l’Encyclopédie du , 1836-1853, article Ortie). Le terme a deux autres acceptions : 1) la fibre de cette plante 2) le textile obtenu à partir de cette fibre.
Synonymes Selon The Plant List les synonymes sont
Description Boehmeria nivea est une plante herbacée pérennesselon eFloras, c’est un arbrisseau simple ou peu ramifié, mais nous verrons que ses fibres libériennes ne contiennent que 0,5 % de lignine, de de haut (et plus pour certaines variétés), aux tiges supérieures, rameaux et pétioles densément hirsutes. C’est une espèce monoïque (fleurs mâles et femelles distinctes portées par le même individu).
Les feuilles alternes comportent un pétiole de de long et un limbe souvent orbiculaire ou largement ovale, parfois ovale ou elliptique-ovale, de de long sur de large, avec env. 3 nervures secondaires de chaque côté de la nervure médiane, et une surface inférieure neigeuse tomenteuse, ou parfois vert clair avec des poils sur les nervures, à marge dentée à partir de la base.
Les inflorescences sont des glomérules unisexués, sur des branches florifères unisexuées spécialisées, à l'aisselle des feuilles actuelles ou récemment tombées, appariées et très ramifiées. Les glomérules mâles sont formées de peu de fleurs mâles, rassemblées en boules de 2 à de diamètre, les glomérules femelles sont composées de nombreuses fleurs, rassemblées en boule de de diamètre. La pollinisation se fait par le vent.
Les fleurs mâles sont 4-mères, sessiles avec les lobes du périanthe connés au milieu, env. , pubescents et 4 étamines. Les fleurs femelles sont rhomboïdes-ellipsoïdales, de . En général, les fleurs mâles apparaissent dans la partie inférieure de la tige et les fleurs femelles dans la partie supérieure.
Le fruit est un akène subovoïde d’env. , avec le périanthe persistant et la base stipitée (porté par un petit pied).
La floraison a lieu en mai-août, la fructification en septembre-novembre.
Distribution et habitat vignette|gauche|Production mondiale de ramie.
Originaire d’Asie, cette espèce est répandue au Bhoutan, Cambodge, Chine, Inde, Japon, Corée, Laos, Népal, Sikkim, Thaïlande, Vietnam. En Chine, elle se répartit dans le Sud de l’Anhui, Fujian, Sud du Gansu, Guangdong, Guangxi, Guizhou, Sud du Henan, Hainan, Hubei, Hunan, Jiangxi, Sud du Shaanxi, Sichuan, Yunnan, Zhejiang.
Elle a été introduite aux États-Unis (Alabama, Californie, Floride, Louisiane, Caroline du Sud, Géorgie, Virginie), Sud du Brésil, Colombie, Congo, Costa Rica, République Dominicaine, Fidji, Gabon, Guatemala, îles du golfe de Guinée, Haïti, Hawaï, Honduras, Java, Laos, Malaisie, Is. Mariannes, Is. Marshall, Mexique Sud-Ouest, Is. Norfolk, Paraguay, Porto Rico, Australie (Queensland), Rwanda, Indonésie (Sumatra), Tadjikistan, Texas, Transcaucasie, Trinité-Tobago, Ouzbékistan, Congo.
Elle pousse en lisière de forêts, en bosquets, dans des zones humides, le long des rivières et au bord des routes.
Elle est cultivée dans les zones subtropicales, tropicales et tempérées chaudes, à des altitudes allant de 200 à . Elle est adaptée à une humidité relative de l'air d'environ . Aujourd'hui, la ramie est principalement cultivée en Chine, Brésil, Laos, Philippines, Inde, Corée du Sud et Thaïlande. Elle est également cultivée aux États-Unis d'Amérique depuis 1855.
Variétés La ramie est extrêmement variable, mais se distingue facilement par ses feuilles alternes, ses inflorescences cymeuses et ses akènes stipités (porté par un petit pied). Deux variétés sont reconnues :
Caractères distinctifs var. nivea Tiges manifestement densément hirsute, stipules libres, revers des feuilles densément tomenteux blanc ou grisvar. tenacissima Tiges non manifestement hirsutes, stipules connées, revers des feuilles blanc tomenteux, vert. var. nivea: cette variété n'est connue qu’en culture ou dans des populations naturalisées ; c'est une plante robuste avec des poils denses, longs et étalés, des stipules libres et des limbes foliaires largement ovales à suborbiculaires avec la surface inférieure densément (ou plus rarement plus finement) tomenteuse blanche ou grise. Les plantes naturalisées sont souvent de taille plus réduite avec des feuilles plus petites et relativement plus étroites et des inflorescences plus courtes. Cette variété textile est qualifiée de var. tenacissima: cette variété est caractéristique les populations vraiment sauvages, très variables en stature et en indument, mais qui peuvent être distinguées systématiquement par les poils apprimés à assurgents sur les tiges et les feuilles et les stipules connées. Cette variété textile est qualifiée de (jadis considérée comme une espèce différente, Boehmeria utilis ou Boehmeria tenacissima)
vignette|redresse=0.7|Variété candicans.
Les plantes à feuilles concolores ont été très diversement nommées : var. concolor, var. tenacissima, var. viridula, et Boehmeria thailandica mais les caractères distinctifs sont incohérents, avec de nombreuses formes intermédiaires, même au sein de populations locales, et donc toutes ont été incluses ici dans var. tenacissima.
Pour mieux comprendre les propriétés de la ramie domestiquée, notamment une teneur élevée en protéines brutes et une croissance végétative vigoureuse, une analyse préliminaire du génome a été menée par Chan Liu et al.
Utilisations Les fibres de ramie sont parmi les fibres naturelles les plus robustes en raison de leur forte teneur en cellulose. Les fibres sont extraites de l’écorce interne (ou liber) des tiges. Les brins de fibres de la ramie du commerce sont composés de cellules uniques de (5–)40–250(–620) mm de long et de (10–)25–60(–126) μm de large. Ses fibres sont moins longues que celles du chanvre, mais elles sont très solides pour la fabrication des cordes et filets. Les fibres les plus longues sont réservées à l’industrie textile tandis que les plus courtes servent dans la fabrication du papier.
Ce sont des fibres végétales d’excellente qualité, très résistante à l’eau (imputrescible) et avec une grande résistance à la traction, et ayant un excellent lustre. La résistance à la traction vaut 7 fois celle de la soie et 8 fois celle du coton, et elle est améliorée en mouillant la fibre. La fibre contient de α-cellulose et d’hémicelluloses, 1 % de lignine, 2 % de pectines.
Elles sont utilisées pour la fabrication de textiles et de papiers.
Fabrication de textiles Histoire La fibre de ramie a été utilisée en Égypte pour fabriquer des bandelettes pour envelopper les momies, pendant la période allant de 5000 à , soit bien avant les Chinois.
En Chine, elle est utilisée depuis (soit ). Le tissu de ramie le plus ancien découvert, provient du site archéologique néolithique de Qianshanyang 钱山漾, province du Zhejiang, qui a plus de selon Baidu. La ramie a d’abord été cultivée dans la Chine du sud-ouest, dans le cours moyen et inférieur du fleuve Yangzi. À partir de la dynastie Yuan (1279-1368), la ramie s’étendit vers le nord. L’ouvrage d’agriculture de cette époque, le 农桑辑要 Nóngsāng jí yào (achevé en 1273), consacré à la culture du mûrier dans le nord, a aussi donné un résumé des techniques de culture de la ramie.
La ramie était l'une des principales fibres végétales utilisées en Asie pour la fabrication de tissus avant l'introduction du coton, qui a eu lieu en Chine vers
Au cours des s, la culture de la ramie s'est établie dans de nombreuses régions du monde occidental. Des filatures ont été créées en Angleterre, en France et en Allemagne vers la fin du . Mais ce n'est qu'à une époque relativement moderne que la production de tissu de ramie s'est établie à une échelle commerciale. Culture vignette|redresse=0.7|Coupeur de ramie, sur un timbre de 1929.
La ramie est une plante exigeante. Elle développe un rhizome très envahissant dont les racines s’enfoncent profondément dans le sol. L’installation d’une plantation peut d’ailleurs se faire par implantation de rhizomes. En Chine, le principal mode de propagation est le bouturage. De jeunes pousses sont coupées et piquées dans un sol nutritif. Une fois qu’elles ont donné des plantules, elles sont transplantées dans un champ.
Pour avoir une bonne production, la culture doit être installée dans une zone chaude et ensoleillée, avec une pluviométrie élevée (de ). La ramie exige un sol meuble, avec une bonne teneur en sable et en matière organique. Le plus grand danger est la stagnation de l’eau dans un sol mal drainé. Le moment de la récolte des tiges est déterminée par le moment où la croissance cesse, en général au début de la floraison quand les tiges brunissent. Il est important que la ramie soit récoltée au bon moment si l'on veut obtenir la meilleure qualité de fibre. Les tiges peuvent être récoltées 2 à 3 fois par an dans les zones tempérées, 4 à 5 fois dans les zones subtropicales, et sous les tropiques, jusqu'à 6 récoltes peuvent être produites par an. Un champ peut être exploité pendant 7 à , mais peut persister pendant .