La première guerre civile libyenne, ou révolution libyenne, est un conflit armé issu d'un mouvement de contestation populaire, assorti de revendications sociales et politiques, qui s'est déroulé entre le et le en Libye. Il s'inscrit dans un contexte de protestations dans les pays arabes et est à l'origine de l'intervention militaire internationale de 2011 en Libye.
Comme les révolutions tunisienne et égyptienne, le mouvement trouve son origine dans un mouvement de protestations, réclamant plus de libertés et de démocratie, un meilleur respect des droits de l'homme, une meilleure répartition des richesses ainsi que l'arrêt de la corruption au sein de l'État et de ses institutions. Après 42 ans au pouvoir (depuis le ), Mouammar Kadhafi, le « Guide de la Révolution » de la Jamahiriya arabe libyenne, est d'ailleurs au début de 2011 le plus ancien dirigeant du monde arabe en fonction. En revanche, contrairement aux autres révolutions arabes, la révolution libyenne, en raison de l’absence d’une véritable société civile et partis politiques organisés, ce sont les alliances tribales et claniques qui ont servi de vecteurs à la mobilisation populaire.
Les principaux mouvements ont d'abord eu lieu dans des villes de Cyrénaïque (à l'est) : à El Beïda, Darnah et surtout Benghazi, puis s'étendent dans pratiquement toutes les grandes villes du pays et à Tripoli, la capitale. Plusieurs intellectuels qui s'étaient rangés aux côtés des manifestants ont été arrêtés et pour la plupart jugés. De hauts dignitaires religieux appellent dès février à la fin du régime.
La répression des opposants prend un tour sanglant entre le 15 et le à Benghazi, le pouvoir durcissant la répression des manifestants. Les manifestations se muent alors en révolte armée : le régime de Kadhafi est abandonné par une partie de ses cadres et les insurgés forment un Conseil national de transition. Les troupes de Kadhafi reprennent cependant le terrain face aux insurgés. Le , le président français Nicolas Sarkozy reçoit à Paris les représentants du conseil national de transition et est le premier chef d'État à reconnaître officiellement cet organe de l'insurrection comme seul représentant de la Libye. Il lance une bataille diplomatique avec l'aide du Premier ministre britannique David Cameron dont l'issue victorieuse se traduira par l'adoption de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, autorisant des frappes aériennes contre les forces de Kadhafi pour la protection du peuple libyen.. Elle est mise en œuvre par une coalition internationale le .. Le , le président Nicolas Sarkozy déclare :Si Kadhafi était entré dans Bengazhi, Srebrenica à côté serait passé pour un non-événement […]. L'Europe, elle, n'avance pas sans l'Allemagne ; mais pour la défense, on avance avec les Anglais […]. Le deuxième objectif de cette opération en Libye, c'est toute la question de nos relations avec les pays arabes réussissant leur marche vers la démocratie […] et puis la troisième chose, ce sont les valeurs de la France. Si nous n'avions pas fait ça, ç'aurait été une honte..
Durant plusieurs mois, pro et anti-kadhafistes prennent à tour de rôle l'avantage au gré d'offensives et de contre-offensives. Fin , une offensive décisive permet la prise de Tripoli, ce qui entraîne la fuite de Mouhammar Kadhafi et de ses proches et l'accélération de la reconnaissance internationale de la légitimité du CNT.
Les combats se poursuivent ensuite autour des derniers bastions kadhafistes. Le , Syrte, le dernier d'entre eux, tombe aux mains des forces du Conseil national de transition et Mouammar Kadhafi est tué. Le suivant, son fils, Saïf al-Islam, est arrêté au sud de la Libye par des combattants du CNT.
Le à Benghazi, le président du CNT Moustafa Abdel Jalil proclame la « libération » de la Libye, mettant officiellement fin à la guerre civile qui durait depuis huit mois.
Contexte Système de pouvoir mis en place par Kadhafi Mouammar Kadhafi dirige la Libye depuis 1969 après avoir renversé le roi Idris par un coup d'État. Depuis sa prise de pouvoir, le a mené le pays d'une façon autoritaire, en plaçant ses proches et les membres de sa tribu au sein de l'armée et aux postes clés du gouvernement. Dans un équilibre fragile entre fidèles et opposants, de stabilité et développement économique relatif, le colonel Kadhafi a su préserver son pouvoir. De la même manière il n'avait jamais mis en avant l'un de ses fils, pour éviter la montée d'un successeur potentiel.
L’armée lui inspire la méfiance : elle est responsable de la moitié de la quarantaine de coups d’État qui ont eu lieu depuis 1969. Dans un but d'affaiblissement partiel, elle a été divisée en deux : sept brigades d’élite, bien équipées et payées, et commandées par des membres de la famille de Kadhafi, ou de sa tribu, les Kadhafas ; le reste de l’armée de terre est sous-entraînée et sous-équipée avec du matériel datant de l'époque soviétique.
Selon certains observateurs, comme l'Institut des droits de l'homme des avocats européensIDHAE Observatoire mondial des droits de la défense et des violations des droits des avocats. (IDHAE), l'insurrection libyenne prend son origine lointaine dans le massacre d'Abou Salim, le : Abdallah Senoussi, chef des services secrets, ordonna l'exécution de des prisonniers rebelles de la prison d'Abou Salim.
Économie fondée sur la rente pétrolière L'économie libyenne est très largement dépendante de la rente du pétrole, 58 % du PIB libyen provient de l'or noir et de ses dérivés. Le PIB par habitant en 2010 est de , ce qui en fait l'un des pays les plus riches par habitant du monde arabe, ce chiffre s'expliquant par une population relativement petite. L’essentiel des hydrocarbures est exporté vers l'Europe (85 %), et certains pays européens en sont très dépendants : l’Irlande, l’Italie, l’Autriche, la Suisse et la France importent plus de 15 % de leur pétrole de Libye.
La Libye est considérée comme un pays riche avec une population plutôt bien instruite : le taux d'alphabétisation est de 83 %. Cependant, selon l'Indice de perception de la corruption, le degré de corruption perçu dans le pays est plus élevé en Libye (2,2) qu'en Égypte (3,1) ou en Tunisie (4,3). Enfin, le taux de chômage est très important. Comme en Tunisie, la proportion de jeunes de moins de est très élevée (47,4 % de la population).
Système politique intégrant les tribus Carte présentant les diverses tribus et ethnies de Libye.|vignette Le système politique de la Jamahiriya arabe libyenne est fondé en grande partie sur des alliances tribales. En quarante ans de règne, Kadhafi a conservé le système tribal et son utilisation des alliances lignagères a été érigée en un véritable système politique. Mais parallèlement, il a réduit le rôle des tribus et les a marginalisées, en constituant une ébauche de système administratif moderne, avec préfectures (muhāfazāt) et municipalités (baladīyat), ce qui a amoindri le soutien que les tribus étaient susceptibles de lui apporter.
La Qadhadhafā, à laquelle appartient Mouammar Kadhafi, est forte d'environ membres surtout dans le Centre de la Libye. Cette tribu a la mainmise sur le régime libyen, elle est la plus armée et a toujours été privilégiée par Kadhafi pour défendre son régime dont elle est le noyau dur. Par ailleurs, le dirigeant libyen a de tous temps été très méfiant vis-à-vis des forces armées libyennes, préférant volontairement les affaiblir par peur des coups d’État. Le a plutôt renforcé les milices et les forces de sécurité spéciales dirigées par ses fils et les membres de sa tribu.
La Ouarfalla (ou Warfalla ou encore Warfallah) est la plus grande des tribus de Libye avec environ un million de membres. Elle se situe essentiellement à Benghazi, dans l'Est du pays, d’où est partie la révolte. Les officiers warfalites ont fait les frais du coup d’État manqué en 1993, nombre des membres de la tribu occupant des fonctions dirigeantes dans l’armée ont été emprisonnés ou tués.
La Magarha est concentrée dans les régions de l'Ouest du pays. Cette tribu, dont est issu l'ancien chef du gouvernement Abdessalam Jalloud, comptait parmi les principaux appuis de Kadhafi, avant les représailles consécutives à la tentative de coup d’État de 1993.
Lors de la révolte de 2011, les tribus Warfala, Zuwayya, Toubou, et Touareg se sont ralliées aux insurgés, surtout après le premier discours de Kadhafi, les experts (comme Angelo Del Boca) s'accordent pour affirmer que dès lors le régime du est proche de sa fin.
Déroulement Manifestations vignette|Symbole des opposants, l'ancien drapeau libyen a été en vigueur de 1951 à 1969, avant la prise de pouvoir de Kadhafi. Les manifestants le hissent dans les villes passées sous leur autorité..
Sous l'influence de la révolution tunisienne, qui n’est alors qu’en voie de réussir, les premières manifestations ont lieu le en Libye. Le pouvoir prend d'abord des mesures préventives : interdiction des rassemblements, annulation de rencontres sportives, suppression des taxes et droits de douane sur les aliments, et quelques mesures sociales, comme une prime de par famille« Libye », Le Monde diplomatique, 685, avril 2011, .. Le , le colonel Kadhafi apporte son soutien au président tunisien, Ben Ali, qui a pourtant fui depuis cinq jours.
Le , le pouvoir bloque l'accès à YouTube. Afin d'éviter l'effet domino des voisins tunisiens et égyptiens (où les manifestations commencent le 25), le gouvernement prend diverses mesures. Il commande plus de de blé, pour faire baisser les cours locaux. Il annonce qu'il débloque un fonds de de dollars le , pour fournir des logements et développer le pays. Le , il affirme que la révolution en Égypte est une , et déclare qu'il répondra en cas de chaos dans son pays. Jusqu’à la mi-février, Kadhafi réussit donc à contenir la contestation. Mais le , une manifestation a lieu à l’occasion du procès de prisonniers morts en détention. Leurs mères se sont rassemblées devant le tribunal. Dans la soirée, elles sont rejointes par les avocats protestant contre l’arrestation de leur collègue, Fathi Tirbil, qui défendait les prisonniers morts lors du massacre d'Abou Salim. Il est libéré dans la nuit. Entretemps, la police n’a pas osé disperser les manifestants, rejoints par des chebabs (jeunes hommes), qui ont commencé à affluer dans la soirée, prennent le relais le lendemain, ce qui conduit à l’insurrection les jours suivants.
Par ailleurs, le constructeur français de véhicules militaires a confirmé le par son PDG Christian Mons avoir été contacté par les gardes-frontières libyens souhaitant négocier l'achat de 120 véhicules blindés légers VBR.
Insurrection / révolution Depuis les années 1990 la Libye est confrontée à une insurrection endémique en Cyrénaïque, animée par plusieurs mouvements, dont le Groupe islamique combattant en Libye, proche du réseau Al-Qaïda selon l'ONU. .
Le pouvoir de Tripoli n’a aucune confiance dans ses garnisons de la région. Après deux tentatives d’assassinat contre Kadhafi en 1996 et 1998, ces mouvements se révèlent impuissants à le renverser. , où ils constituent un groupe important de djihadistes, dit le bataillon des Libyens, ou des Maghrébins.
Le GICL révise ses positions en 2010. Il déclare rompre avec Al-Qaeda et renoncer à renverser le pouvoir par les armesRévision du Groupe islamique combattant libyen : un an après (magharebia.com)..
Cette insurrection est souvent appelée, par les insurgés eux-mêmes et par la presse, révolution du ..
Amplification des manifestations vignette|Carte de la Libye.