Jumet (en wallon Djumet) est une section de la ville belge de Charleroi située en Wallonie dans la province de Hainaut. Avant la fusion des communes belges de 1977, Jumet était une commune à part entière.

Deux secteurs industriels ont façonné la commune de Jumet : le verre et le charbon.

Toponymie Selon l'historien carolorégien Robert Hug, un domaine agricole (fundus) gallo-romain

était appelé Gimiacum, puisqu'il était propriété de citoyen Gimmius, dont la sépulture a été retrouvée lors de fouilles, à la fin du , d'une nécropole au Diarbois.

Jean-Jacques Jespers avance que le domaine portait le nom de « Giamonius », peut-être dérivé de celui du septième mois, giamonios, du calendrier celtique.

Géographie Localités limitrophes

Géologie et relief L'altitude minimum de se situe au pied de la colline de Heigne et le point le plus élevé à se trouve à l'extrémité ouest de la piste (unique) de l'aéroport dit « de Gosselies » (Brussels South Charleroi Airport).

C'est à Jumet que s'estompe, au sud, le plateau brabançon et que s'amorcent les pentes vers les vallées conjointes du PiétonLe Piéton arrose la section de Roux, à l'Est de Jumet, et sa vallée est occupée par le canal Bruxelles-Charleroi. et de la Sambre. Jumet est dans une zone d'affleurement des terrains houillers où les veines carbonifères sont relativement proches de la surface du sol.

Hydrographie Le territoire de Jumet est parcouru par plusieurs petits cours d’eau, aujourd’hui pour la plupart voûtés sur la majeure partie de leur tracé. Selon l'historien Robert Arcq, trois ruisseaux y prennent traditionnellement leur source et ont, à des degrés divers, contribué à l’activité économique locale:

Le ruisseau des Bans naît sur le plateau de Heigne. Son cours traverse les anciens bans de Jumet avant de s’orienter vers le nord et de se perdre dans les zones marécageuses de Gosselies. Robert Arcq souligne que ce ruisseau, bien que modeste, a constitué un élément du réseau hydrographique local avant son recouvrement progressif. Le ruisseau Tic‑tic prend sa source à proximité de l’actuel aéroport de Charleroi. Il conflue ensuite avec le ruisseau de Houbois, issu de Ransart, pour former le ruisseau de Lodelinsart. Sur son parcours, le Tic‑tic alimente deux étangs situés au lieu‑dit Diarbois. Selon Robert Arcq, l’appellation « Tic‑tic » est une onomatopée évoquant le bruit produit par la roue du moulin qu’il actionnait autrefois. Ce moulin, encore mentionné au cadastre de 1818, appartenait alors à Christophe Quinet. Il fut désaffecté au cours du . Le ruisseau des Marteaux prend naissance dans le secteur de la Brûlotte. Son cours passe notamment sous la rue Biernaux, à proximité des anciennes installations du Service des Travaux. Le toponyme « quartier des Marteaux », autrefois utilisé pour désigner la zone située au nord de la Brûlotte, témoigne de la présence ancienne de forges dont les marteaux étaient actionnés par la force hydraulique. Selon Robert Arcq, ce ruisseau est ainsi associé à l’activité métallurgique traditionnelle de Jumet, notamment les clouteries et chaîneteries.

Jumet est traversée de quelques mètres au nord-ouest par le canal Charleroi-Bruxelles.

Géographie politique Les localités de Jumet, Heigne et Roux apparaissent dans les sources médiévales comme trois entités proches dont les liens territoriaux sont anciens.B ien que ces villages aient longtemps formé une seule circonscription, les documents du Moyen Âge les citent souvent séparément, ce qui suggère comme l’indique Robert Arcq l’existence initiale de domaines distincts progressivement réunis avant ou durant la période mérovingienne. La Descripto Villarum de 866 témoigne déjà de cette fusion administrative.

Selon Arcq, cette unité territoriale demeura stable jusqu’au début du . En 1804, l’administration française entreprit une réorganisation des communes visant à clarifier des frontières jusque‑là irrégulières. Avant cette réforme, les limites ne formaient pas des lignes continues : elles comportaient des enclaves, des avancées et des chevauchements qui compliquaient fortement les relevés cadastraux. Arcq souligne que la situation était particulièrement complexe entre Jumet et Gosselies, où les territoires s’interpénétraient au point de rendre la démarcation presque impossible à établir avec précision.

Les seigneuries de Gosselies À l’époque moderne, Gosselies ne formait pas une entité territoriale unifiée. Selon Robert Arcq, le village était alors partagé en trois seigneuries distinctes, dont la réunion progressive a conduit à la configuration communale actuelle. L’historien bénédictin Ursmer Berlière s’est attaché à reconstituer les limites de ces anciennes juridictions, en s’appuyant sur les archives locales et les vestiges de la topographie seigneuriale.

La seigneurie principale Elle englobait le bourg de Gosselies et l’ensemble de la partie orientale du territoire actuel. Elle comprenait également selon Robert Arcq:

une avancée septentrionale entre Courcelles et Thiméon; au sud, Hodiarbois et les terres attenantes jusqu’à Jumet-Houbois ; Charlepré, au fond du bois de Heigne ; le bois de la Prelle, jouxtant la Bruhaute ; Nayabois, aux confins de Marchienne-au-Pont.

La seigneurie de Sart-les-Moines Relevant de l’abbaye de Liessies, elle regroupait les terres entourant le prieuré et s’étendait en un large coin jusqu’aux abords du bourg de Gosselies. Elle possédait également selon Robert Arcq:

les terres de Plomcot à Roux ; le Trieu des Mosnes, au pied du bois de Heigne, face aux étangs CaluwartSitués sur le territoire de Roux à la limite avec Jumet ( ); une maison située sur la place Francq.

La seigneurie du Moncil La seigneurie relevant du chapitre de Binche exerçait son autorité sur un ensemble de terres s’étendant depuis le bois de la Prelle jusqu’au secteur du Carrosse, incluant la partie méridionale du Gosselies actuel. Comme le souligne Robert Arcq, cette juridiction formait un maillage territorial complexe, marqué par la présence d’enclaves et d’emboîtements réciproques entre les différentes seigneuries voisines. Ces irrégularités reflètent la structure foncière fragmentée qui caractérisait la région à l’époque moderne.

Les enclaves jumétoises Les archives signalent que Jumet possédait, à l’époque moderne, plusieurs enclaves disséminées dans les juridictions voisines. Robert Arcq relève notamment un document de 1614, rédigé par l’abbé de Liessies, décrivant une seigneurie jumétoise traversant Gosselies, se prolongeant vers Thiméon et atteignant la place de Mellet, tout en demeurant entièrement enclavée dans des territoires appartenant à d’autres villages. Les registres de répartition des tailles entre 1780 et 1792 confirment cette dispersion, en mentionnant des possessions jumétoises à Mellet, Viesville, Thiméon, Heppignies et Wayaux, révélant un maillage foncier particulièrement fragmenté’.

Enclaves principales dans Gosselies Jumet y possédait notamment selon l'historien jumétois Robert Arcq:

une longue bande de terres entre l’ancien chemin de Namur et le bois Lombut, prolongée jusqu’aux limites de Ransart et recoupant la chaussée de Bruxelles vers Wayaux; le Chapois et les terres environnantes, jusqu’aux abords de l’actuelle église de Gosselies ; les terres de Trévieusart, près du bois des Manants (limite de Thiméon) ; le champ de la Sainte-Famille, près de Viesville ; une bande de terrains de part et d’autre de la chaussée de Bruxelles, à proximité de l'ancien site de Caterpillar ; diverses parcelles isolées.

Selon Robert Arcq, ces enclaves relevaient directement de la juridiction de Lobbes. Les habitants y payaient leurs redevances à Jumet, et les unités de mesure agraire différaient selon la juridiction : à Gosselies, la verge mesurait 16,5 pieds de Saint-Lambert ; à Jumet, 17,75 pieds.

Les terrains d’entrecour Certaines terres relevant de Jumet bénéficiaient du droit d’entrecour, qui autorisait une jouissance commune entre les habitants de Jumet et de Gosselies. Ce régime concernait notamment les marais de Jumet‑lez‑Gosselies et ceux de Gosselies‑lez‑Jumet, situés entre le Chapois et le Laid PigeSelon Robert Arcq, ce sentier (du Laid Pige) a été supprimé à la suite de la réalisation de la bretelle de l'autoroute qui passe derrière la chapelle Notre-Dame des Affligés .’. Comme le rappelle Robert Arcq, l’usage de ces terrains se faisait de manière réciproque : Gosselies laissait ses marais à la communauté jumétoise, tandis que Jumet accordait les mêmes droits sur les siens, illustrant une forme de gestion partagée du paysage humide local.

Contestations et litiges L’absence de cadastre et la complexité des frontières locales favorisaient les contestations entre Jumet et Gosselies. Robert Arcq signale que certains propriétaires tiraient parti de cette situation en se déclarant jumétois lorsque la fiscalité y était plus avantageuse, puis en revendiquant l’appartenance à Gosselies lorsque les conditions s’inversaient. Ces changements opportunistes entraînaient des litiges récurrents, parfois difficiles à résoudre. Dans certains cas, des terres jumétoises situées à proximité immédiate du bourg de Gosselies étaient imposées par Gosselies, qui reversait ensuite les montants perçus à Jumet, illustrant la confusion administrative générée par des limites territoriales mal définies.

Évolution des frontières communales Aux , le territoire de Jumet formait une mosaïque complexe d’enclaves et de parcelles disputées, héritée d’anciens découpages seigneuriaux. Plusieurs terrains relevaient juridiquement de Gosselies, de Sart‑les‑Moines ou d’autres seigneuries, créant des situations administratives atypiques. Robert Arcq rappelle que certains itinéraires officiels, comme celui menant au gibet de la justice Wargnies, devaient contourner les juridictions voisines pour respecter les limites légales.

Les enclaves situées sur le territoire de Gosselies firent l’objet de négociations prolongées. L’échange envisagé se heurtait à l’inégalité de valeur entre les terres proposées par Gosselies et celles appartenant à Jumet mais enclavées dans la localité voisine. Après de longues discussions, un accord fut finalement conclu: Jumet obtint les terres d’Hodiarbois, du Moncil, de Nayabois, de Plomcot, une partie de Sart‑les‑Moines, ainsi que les lieux‑dits du Bordia, des Hayettes, du Trianois, et la maison Denecken à Heigne. En contrepartie, Jumet céda à Gosselies plusieurs biens, dont la Chapois, la Cense du Marais, le Sépulchre, les Charnues, la Croix‑Dominum, le hameau de Trévieusart et les terres de Piersoux.

Parmi les enclaves gosseliennes situées en terre jumétoise figuraient notamment Nayabois et Plomcot aujourd’hui intégrés à Roux ainsi qu’une petite parcelle relevant de Sart‑les‑Moines au cœur du village de Heigne. Ces anomalies territoriales résultaient vraisemblablement d’anciens démembrements de la seigneurie de Jumet et de donations successives. La réorganisation administrative française de 1804 mit fin à une partie de ces irrégularités : Jumet céda plusieurs terres périphériques aux communes voisines. En 1818, l’administration hollandaise détacha le quartier de RouxRoux lui-même était un minuscule hameau à cet époque, mais les autres hameaux de Wilbeauroux, Plomcot, Judonsart, Hubes, Nolichamps, Naye-à-Bois, le Martinet, la Bassée, le Sarty et les Aiselies ., qui devint une commune autonome, fixant définitivement les frontières.