Le francique lorrain, traditionnellement appelé Lothrìnger deitsch/ditsch, Lothrìnger Platt, ou tout simplement Platt, est l'une des langues régionales de Lorraine. C'est un terme générique qui désigne l'ensemble des dialectes du moyen allemand et de l'allemand supérieur parlés dans la partie germanophone du département de la MoselleTraditionnellement appelée Lorraine allemande jusqu'à la fin du siècle.. Quant au nombre de locuteurs, le francique lorrain figure en 2013 parmi les langues régionales de France les plus parlées, devant le basque et le corse mais après l'occitan, l'alsacien et le bretonComité consultatif pour la promotion des langues régionales et de la pluralité linguistique interne, Redéfinir une politique publique en faveur des langues régionales et de la pluralité linguistique interne, rapport présenté à la ministre de la culture et de la communication, juillet 2013, (lire en ligne).

D'autre part, il ne faut pas confondre le francique lorrain avec le français régional lorrain, qui est un parler français ayant emprunté du vocabulaire, des expressions et des idiomes au francique lorrain.

Emile Guelen distinguait en 1939 trois variétés qu'il avait nommées , En référence à la Nied. et En référence à la Sarre (rivière). Emile Guelen, die deutschlothringischen Mundarten, Forbach, 1939. L'auteur désigne globalement les trois formes linguistiques du francique utilisées en Lorraine, soit d'Ouest en Est : Le francique mosellan (ou Muselfränkesch) : Le francique luxembourgeois lorrain (ou Westmosellothringisch), variante du luxembourgeois ; Le francique mosellan propre (ou Niedlothringisch) ; Le francique rhénan lorrain (ou Saarlothringisch), variante du francique rhénan.

Appellation de la langue Le terme « francique lorrain » fait son apparition dans les années 1950Publications de la Société savante d'Alsace et des régions de l'Est, volume 6, librairie Istra, 1957. Chez ses locuteurs, les deux termes qui reviennent le plus souvent sont Platt et DitschFait qui inclut plusieurs variantes de ces deux mots : Blatt, Plott, Blott ; Dèitsch, Déitsch, Däitsch, etc., ceux-ci pouvant être combinés (Plattditsch)Spectacle Plattditsch Grenzenlos à Bitche sur lorraineaucoeur.com, ou précédé du terme Lothrìnger/Lottrìnger (en rhénan), Lot(h)rénger/Lothringer (en mosellan), Lout(h)rénger/Lottrénger (en luxembourgeois)Dans cette dernière langue, l'appellation « Lëtzebuerger Platt » est également utilisée..

En 2001, Albert Hudlett indique que : , il explique par ailleurs que le mot platt est utilisé pour désigner une langue vernaculaire depuis le et qu'avant cette date ce mot voulait dire : Albert Hudlett, Synopsis géolinguistique : continuum des parlers alémaniques et franciques d'Alsace et de Moselle germanophone, Strasbourg, Hirlé, 2001 , .

Quoi qu'il en soit, le terme platt est un nom très courant pour désigner un dialecte dans les régions germaniques comme en AllemagneOù le terme platt emprunté au Plattdüütsch, le bas-allemand, a aujourd'hui le sens de « patois » et peut désigner autant un dialecte bas- que haut-allemand. Le terme « francique » est, quant à lui, une appellation d'ordre linguistique, utilisée pour singulariser le dialecte par rapport à d'autres parlers germaniques, notamment (en France) l'alsacien.

Entre 2013 et 2014, d'après une enquête réalisée par l'association sur un échantillon de 213 personnes dialectophones : Concernant la désignation de leur langue en dialecte : 102 ont dit employer le mot Platt et 100 autres ont répondu qu'ils employaient le mot Ditsch. Concernant sa désignation en français : 80 utilisent le mot patois, 58 autres dialecte et seulement deux francique. Cela confirmerait des enquêtes antérieures menées auprès de frontaliers lorrains germanophones, dont aucun n'avait désigné sa langue comme francique ou fränkischS. Hughes (2003) a interrogé 120 travailleurs frontaliers, et A. Schorr (1989) une cinquantaine dans la zone frontalière de la Sarre.E. F., Société enquête auprès des locuteurs des dialectes allemands en Moselle : Parlez-vous Platt ou Ditsch ?, Le Républicain Lorrain, 17-10-2014..

D'autre part, 37 personnes considèrent encore leur dialecte comme de « l'allemand » : avant la Première Guerre mondiale et même pendant l’entre-deux-guerres, les gens ne voyaient aucun problème à dire qu’ils parlaient « l’allemand ». Dans les ouvrages français du , c'était d'ailleurs les termes : lorrain allemandM. le baron de Férussac (dir.), Bulletin des sciences historiques, antiquités, philologie : section du bulletin universel des sciences et de l'industrie, tome 2, Paris, 1824, ., dialecte allemandLouis-Antoine Michel, Statistique administrative et historique du département de la Meurthe, Nancy, 1822, ., patois allemandE. Grosse, Dictionnaire statistique du département de la Meurthe, Lunéville, Creusat, 1836, .Teissier, Histoire de Thionville, Metz, Verronnais, 1828 . ou encore allemand corrompuHenri Lepage, Les communes de la Meurthe : journal historique, volume 1, Nancy, 1853, .Aristide Guilbert, Histoire des Villes de France, tome 4, Paris, 1845, . et mauvais allemand . qui étaient utilisés lorsqu'ils abordaient le sujet. Concernant les ouvrages allemands de la même époque, il est fait mention de Heinrich Meidinger, Vergleichendes etymologisches wörterbuch der gothisch-teutonischen mundarten, Frankfurt am Main, 1836, .

Il y a des endroits en Moselle ou le terme Platt n’est absolument pas utilisé par les dialectophones : dans les environs de Boulay et Saint-Avold, dans l'ancien canton d'Albestroff, ou encore dans la région de Phalsbourg, où l'on dit Ditsch (ou l'une des variantes de ce mot). On peut citer comme exemple l'écrivain Fabienne Jacob, originaire de Guessling, disant que dans ce village on parle le Ditsch et non le Plattfranceculture - Fabienne Jacob et le grain des mots sur France culture le 27.04.2014. À Sarreguemines, Bouzonville et Thionville, on dit Platt (ou l’une de ses variantes comme Plòtt, Blatt, etc.) ; certains, plus rares, disent l’alsacienPrincipalement dans le canton de Phalsbourg., c'est aussi le cas pour les locuteurs du francique rhénan en Alsace bossue.

Le mot Platt se serait imposé dans les médias par un certain effet de mode et par l’influence du festival « Mir redde Platt » qui se déroule à Sarreguemines depuis 1999.

Statut officiel Le francique lorrain est, comme généralement les langues régionales de France, en manque de reconnaissance. Si le francique luxembourgeois est langue officielle au Grand-Duché de Luxembourg, le francique lorrain (sous ses diverses variantes) ne bénéficie que du statut de langue régionale de France, tel qu'énoncé dans le rapport Cerquiglini, dans lequel il est fait état de Bernard Cerquiglini, LES LANGUES DE LA FRANCE : Rapport au Ministre de l'Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, et à la Ministre de la Culture et de la Communication, Avril 1999 (lire en ligne).

Histoire

Le terme de francique se rapporte au peuple germanique des Francs, qui a commencé à s'implanter dans la région à la période des Grandes migrations et ce, dès le . On remarque cependant que la germanisation de la région a sans doute commencé plus tôt, et qu'une thèse assez répandue veut qu'un substrat linguistique à la fois celtique et germanique ait préexisté à l'arrivée des Francs. Un des premiers écrits en francique est la traduction du traité de Saint Isidore en francique rhénan et datant du début du . La frontière linguistique mosellane s'est établie de manière durable sur une ligne qui traverse l'actuel département de la Moselle du nord-ouest au sud-estPaul Lévy, L'histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine, Strasbourg, 1929.

Malgré les changements de nationalité et les efforts des uns et des autres pour déplacer cette limite des langues, elle n'a quasiment pas varié jusqu'en 1945. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que la langue régionale fut combattue avec acharnement et qu'elle a entamé un mouvement de repli dont une des causes est sa parenté avec la langue allemande standard qui a été assimilée à celle des occupants nazis. C'est pourquoi, dans certains cas, les termes francique et francique lorrain sont préférablement utilisés, au lieu de allemand qui peut rappeler cette période difficile.

Comme pour les autres langues minoritaires, des associations se sont créées dans le but de parvenir à transmettre le francique. Parmi elles, on peut noter les associations Hemechtsland a Sprooch (créée en 1975), Wei Lang Nachalias Wei Lang Naach, Wéi laang nach (« Jusqu'à quand ? » ou « Pour combien de temps encore ? ») (créée en 1979), Bei uns dahämalias Bei uns dahem, association du bassin houiller. (créée en 1980), Gau un Griis (créée en 1986)Gau un griis sur le site de la BnF et Culture et Bilinguisme de Lorraine - Zweisprachig, unsere Zukunft (fondée en 2008)Décès de Pierre Gabriel militant du bilinguisme sur culture-bilinguisme-lorraine.org. Depuis 1983, plusieurs associations linguistiques de lorraine germanophone sont regroupées au sein de la Fédération pour le Lothringer Platt.

Au Moyen-Âge, dans la ville de Metz, qui était déjà dans une aire majoritairement francophone, était utilisé un parler local surnommé le Metzer platt, étant un mélange de francique luxembourgeois, mosellan et rhénan. Il avait pour origine sociolinguistique l'immigration des Lorrains germanophones à Metz.

Dans le Sud du Brésil, il existe également une forme de « platt brésilien » qui inclut principalement le poméranien oriental et le Hunsrückisch, car au , de nombreux Allemands (dont des lorrains germanophonesCamille Maire, L'émigration des juifs de Moselle sous le Second Empire : la filière brésilienne.) ont émigré au Brésil et ont réussi à transmettre leur parler vernaculaire de génération en génération. Peter Rosenberg a estimé, pour 1990, qu'ils seraient au total au sein de de personnes parlant l'allemand standard. Un professeur de l' estime quant à lui un nombre un peu plus faible, soit de dialectophonesOzias Jr Alves, Parlons Hunsrückisch : dialecte allemand du Brésil, L'Harmattan, 2013 .

Distribution thumb|Dialectes parlés en Alsace-Lorraine au . En 1806, dans les départements lorrains, la Moselle avait germanophones, la Meurthe et le département des Vosges au moins une commune de .En 1806, le département de la Moselle incluait plusieurs communes qui ont été cédées à l'Allemagne en 1814 et en 1815.. Concernant les Vosges, la commune de Natzwiller et le hameau de Schwartzbach sont en effet signalés comme étant de langue allemande au milieu du siècleLe département des Vosges : statistique historique et administrative, partie, Nancy, 1845, ces deux localités ayant fait partie du département Vosgien de 1793 à 1871.