Le Binturong (Arctictis binturong), également connu sous le nom de « chat-ours », est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Viverridés. Il s’agit de la plus grande espèce actuelle de cette famille et de l'unique représentant de son genre, les Arctictis. Le binturong est originaire des forêts tropicales et subtropicales d’Asie du Sud et du Sud-Est.
Le binturong est doté d’un corps massif pouvant dépasser le mètre et la vingtaine de kilos et d’un pelage long et grisonnant plus ou moins sombre. Grâce à sa queue, entièrement préhensile et musclée, caractéristique unique parmi les carnivores de l’Ancien Monde, le binturong est parfaitement adapté à un mode de vie arboricole.
Bien qu’appartenant à l’ordre des Carnivora, il présente un régime alimentaire omnivore à forte dominante frugivore, jouant un rôle écologique important dans la dispersion des graines, notamment celles de certains figuiers tropicaux. Son odeur corporelle caractéristique, souvent comparée à celle du pop-corn ou du riz soufflé, est due à des sécrétions glandulaires utilisées pour le marquage territorial.
Malgré sa large répartition géographique, l’espèce reste rare et difficile à observer à l’état sauvage. Le binturong connaît un déclin marqué de ses populations en raison de la déforestation, de la fragmentation de son habitat et de la chasse, tant pour la viande que pour le commerce d’animaux vivants ou l’utilisation dans la médecine traditionnelle.
Classé comme vulnérable sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le binturong est aujourd’hui protégé dans plusieurs pays de son aire de répartition, bien que l’application des mesures de conservation reste inégale. Il fait l’objet de programmes de recherche et de conservation visant à mieux comprendre son écologie, sa biologie et les menaces qui pèsent sur sa survie à long terme.
Dénominations
Nom scientifique valide : Arctictis binturong (Raffles, 1821) ; Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) recommandés ou typiques en français : BinturongMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des sciences animales. . Montpellier, France, Cirad.Annexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne. ou Benturong (vieilli) ; Autres noms vulgaires ou noms vernaculaires (langage courant) pouvant désigner éventuellement d'autres espèces : chat-ours (de l'anglais ), rarement utilisé comme nom vernaculaire mais plus comme nom de support au nom typique de l’espèce.
Étymologie Le nom de genre Arctictis est un nom composé en latin scientifique qui signifie littéralement « belette-ours ». Il est formé à partir du grec ancien (« ours ») et (« belette »).
L’épithète spécifique et nom vernaculaire binturong et benturong sont un emprunt au malais, apparentés au terme tenturun, utilisé dans la région de Riau. Dans les langues malayo-polynésiennes occidentales parlées à Bornéo, ce nom est apparenté à la racine ma-tuRun.
Taxonomie gauche|vignette|Le binturong à front blanc (Paradoxorus albifrons) de Cuvier dans son Histoire naturelle des mammifères, en 1822. Viverra binturong est le protonyme scientifique proposé par Thomas Stamford Raffles en 1822 pour un spécimen provenant de Malacca. Le nom générique Arctictis est proposé par Coenraad Jacob Temminck en 1824. Arctictis est un taxon monotypique ; sa morphologie est similaire à celle des membres des genres Paradoxurus et Paguma.
Descriptions passées Aux XIX et XX siècles, les spécimens zoologiques suivants ont été décrits : Paradoxurus albifrons, proposé par Frédéric Cuvier en 1822, est fondé sur un dessin d’un binturong du Bhoutan réalisé par Alfred Duvaucel ; Arctictis penicillata, décrit par Temminck en 1835, repose sur des spécimens provenant de Sumatra et de Java ; Arctictis whitei, proposé par Joel Asaph Allen en 1910, est basé sur les peaux de deux femelles collectées sur l’île de Palawan, aux Philippines ; Arctictis pageli, proposé par Ernst Schwarz en 1911, correspond à une peau et un crâne de femelle collectés dans le nord de Bornéo ; Arctictis gairdneri, proposé par Oldfield Thomas en 1916, est fondé sur le crâne d’un mâle collecté dans le sud-ouest de la Thaïlande ; Arctictis niasensis, proposé par Marcus Ward Lyon Jr. en 1916, est basé sur une peau provenant de l’île de Nias ; A. b. kerkhoveni, décrit par Henri Jacob Victor Sody en 1936, est fondé sur des spécimens provenant de l’île de Bangka ; A. b. menglaensis, décrit par Wang et Li en 1987, repose sur des spécimens du Yunnan en Chine.
Neuf sous-espèces étaient reconnues et forment deux clades. Le clade septentrional d’Asie continentale est séparé du clade sondaïque par l’isthme de Kra.
Sous-espèces actuelles Une étude de 2019 a permis d’établir que les deux clades formaient des sous-espèces distincte : +Liste des sous-espèces selon Sous-espèce, noms et auteurRépartitionCaractéristiques SynonymesArctictis binturong binturong(Raffles, 1822)Sous-espèces méridionales : comprend la péninsule thaï-malaise, ainsi que les îles de Sumatra, Java et Bornéo, et les Philippines, notamment Palawan et archipel de Sulu.Populations généralement de taille inférieures à celles du nord. Bien que les spécimens de Palawan soient plus grands que ceux de Bornéo, ils ne diffèrent pas significativement en taille du reste. Ce groupe forme un haplogroupe monophylétique comprenant plusieurs sous-unités très proches. A. b. kerkhoveni Sody, 1936 A. b. menglaensis Wang and Li, 1987 A. b. penicillatus Temminck, 1835 A. b. whitei J. A. Allen, 1910 Arctictis binturong albifrons(F. Cuvier, 1822)Binturong à front blancSous-espèce continentale : s’étend du Népal jusqu'à la région indochinoise septentrionale. Les échantillons analysés dans l'étude provenaient notamment du Vietnam, du Myanmar et du Laos .Les individus de cette région semblent significativement plus grands que ceux de la Sonde . Paradoxurus albifrons F. Cuvier, 1822
Malgré les différences génétiques observées entre les populations continentales et de la Sonde, elles conservent néanmoins des caractéristiques physiques communes. Par exemple, la coloration du pelage allant du noir au grisâtre, notamment sur la tête, ne présente pas de motif géographique clair permettant de distinguer visuellement les sous-espèces. Aucune différence diagnostique évidente n'a été trouvée sur les crânes lors des observations classiques, bien que des analyses morphométriques plus poussées pourraient bien en révéler.
Caractéristiques Morphologie et pelage Le binturong est le plus grand représentant de la famille des Viverridés. Il se distingue par une silhouette massive, un corps allongé et des membres courts et robustes. Son pelage est constitué de longs poils noirs, épais et grossiers, qui lui confèrent un aspect ébouriffé. Selon les individus, l'extrémité des poils peut présenter des teintes grisâtres, fauves ou argentées, donnant parfois au pelage une apparence mouchetée ou poivre et sel. La tête est souvent plus claire que le reste du corps et est ornée de longues moustaches blanches et rigides, particulièrement sensibles. Les oreilles, courtes et arrondies, sont bordées de blanc et se terminent par des touffes de longs poils noirs caractéristiques qui dépassent du pavillon auriculaire. Ses yeux sont proéminents et de couleur sombre. La démarche du binturong est celle d'un animal plantigrade, les plantes des pieds étant nues et touchant le sol sur toute leur longueur, avec des membres postérieurs plus longs que les membres antérieurs. Ses pieds sont pourvus de cinq doigts dotés de griffes puissantes et semi-rétractiles qui facilitent la grimpe.
Dimensions et dimorphisme sexuel Cette espèce présente un dimorphisme sexuel marqué, les femelles étant en moyenne 20 % plus grandes et plus lourdes que les mâles. La longueur de la tête et du corps varie généralement entre 71 et 84 cm, bien que certains spécimens en captivité puissent atteindre 96 cm. La queue, presque aussi longue que le corps, mesure entre 56 et 89 cm. La masse corporelle des individus sauvages oscille généralement entre 10 et 15 kg. Toutefois, les animaux en captivité présentent des poids nettement supérieurs en raison d'une activité réduite et d'un régime alimentaire plus régulier : le poids moyen des femelles captives est ainsi estimé à 21,9 kg, certains individus atteignant 32 kg, tandis que les mâles captifs affichent une moyenne d'environ 19,3 kg.
Anatomie et denture Le binturong possède une caractéristique rare au sein de l'ordre des Carnivora : une queue préhensile. Très musclée à sa base, elle fait office de cinquième membre, permettant à l'animal de s'ancrer solidement aux branches lors de ses déplacements dans la canopée. Sa denture est adaptée à un régime omnivore à forte tendance frugivore. La formule dentaire est généralement pour un total de 38 dents, bien que le nombre de prémolaires puisse varier de 4/4 à 4/3 ou 3/3 selon les individus. Ses canines restent longues et pointues, une caractéristique conservée de ses ancêtres carnassiers. Une particularité anatomique notable chez le mâle binturong est l'absence totale de baculum, une exception notable chez les carnivores qui en possèdent généralement un de taille significative.
Glandes périnéales et signature olfactive Comme les autres membres de sa famille, le binturong possède des glandes odoriférantes situées dans la région périnéale, de part et d'autre de la vulve chez la femelle et entre le scrotum et le pénis chez le mâle. Ces glandes produisent une sécrétion musquée dont l'odeur rappelle celle du pop-corn chaud ou des chips de maïs. Des analyses chimiques ont démontré que cette odeur provient de la présence de 2-acétyl-1-pyrroline (2-AP) dans l'urine, une molécule produite par la réaction de Maillard lors de la cuisson des aliments . L'animal utilise ce marquage olfactif pour signaler son identité, son sexe et son état reproducteur aux autres membres de l'espèce.
Répartition et habitat
Aire de répartition Le binturong occupe une vaste aire de répartition s'étendant à travers l'Asie du Sud et du Sud-Est. Sa présence est confirmée dans le nord-est de l'Inde, au Népal, au Bhoutan, au Bangladesh, au Myanmar, en Thaïlande, en Malaisie, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, ainsi que dans les provinces du Yunnan et du Guangxi en Chine. Il est également présent sur plusieurs îles de l'archipel indonésien, notamment Sumatra, Java et dans la partie de Kalimantan à Bornéo, ainsi que sur l'île de Palawan aux Philippines.
En Inde, il est particulièrement présent dans les États de l'Arunachal Pradesh, de l'Assam, du Manipur, du Meghalaya, du Mizoram, du Nagaland, du Sikkim, du Tripura et dans la partie septentrionale du Bengale-Occidental. En 2024, sa présence a été officiellement enregistrée pour la première fois dans le parc national de Kaziranga, confirmant une extension de sa zone d'observation connue dans l'Assam.
Habitat et altitude Le binturong est une espèce essentiellement arboricole dont l'habitat est étroitement lié aux futaies présentant un couvert forestier dense. Bien qu'il soit principalement associé aux forêts tropicales primaires, il a été ponctuellement observé dans des forêts secondaires dégradées ou en bordure de plantations, à condition que des corridors forestiers subsistent.
S'il se rencontre fréquemment à des altitudes situées au niveau de la mer, notamment à Palawan où il habite les mosaïques de forêts et de prairies, il peut atteindre des altitudes bien plus élevées. Au Myanmar, des individus ont été photographiés à des altitudes variant de 60 m dans la réserve de Tanintharyi jusqu'à 1 190 m dans les zones montagneuses. En règle générale, il est considéré comme commun dans les collines boisées jusqu'à environ 1 300 m d'altitude.
Écologie de l'habitat