Thibaut du Bec ou Theobald du Bec, en latin Theobaldus, (vers 1090Frank Barlow, « Theobald (c.1090–1161) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004. – ), est le du Bec et archevêque de Cantorbéry de 1139 à sa mort en 1161. Il est d'origine normande par la naissance et avant d'être archevêque de Cantorbéry, il est prieur, puis abbé, de l'abbaye Notre-Dame-du-Bec en Normandie (d'où son nom). Cependant, sa date de naissance exacte reste inconnue. Il est choisi, lors d'un concile, en par le roi Étienne d'Angleterre pour occuper la charge d'archevêque de Cantorbéry sous le pontificat du pape Eugène III. C'est pendant cette période, en 1148, que la question de la primauté sur la hiérarchie du Pays de Galles est tranchée. Thibaut du Bec doit aussi affronter Henri de Blois, évêque de Winchester qui conteste son autorité.
Lors de la Guerre civile anglaise (dite l'Anarchie), qui dure pratiquement tout le règne d'Étienne d'Angleterre (1135-1154), Thibaut du Bec refuse de couronner le fils du roi, Eustache IV de Boulogne, et, après la mort de ce dernier en 1153, Étienne d'Angleterre doit reconnaître son rival Henri d'Anjou comme son héritier. Il nomme Thibaut du Bec pour assurer la régence du royaume après sa mortEdmund King, « Eustace, count of Boulogne (c.1129–1153) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..
Thibaut du Bec est également décrit dans les archives comme le patron de son successeur Thomas Becket. Un certain nombre d'autres futurs évêques et archevêques sont promus par lui, y compris Roger de Pont L'Évêque, Jean Belles-mains, John de Pageham, Barthélemy d'Exeter, Guillaume de Vere, et Guillaume de Northall.
Biographie Sa jeunesse Thibaut paraît naître à Thierville (Eure, aux environs du Bec-Hellouin, dans la vallée de la Risle même s'il est possible que ce soit Tierceville. Il a la réputation d'être issu d'un milieu social aisé, comparable à celui d'Herluin, le fondateur de l'abbaye Notre-Dame du Bec. Bien que l'on connaisse son lieu de naissance, sa date exacte reste inconnue. Le seul indice dont on dispose sur son âge, c'est, qu'à sa mort en 1161, il est déjà considéré comme un vieil homme par ses contemporainsSaltman, Theobald, archbishop of Canterbury, Londres, Athlone Press, 1956, 3 et 4.. Aussi, est-il probablement né vers 1090. Son père aurait été un chevalier, mais aucun document contemporain ne cite son nomSaltman, op. cit.. Il a plusieurs frères, dont Gautier qui devient archidiacre de CantorbéryBartlett, England Under the Norman and Angevin Kings, 401. puis évêque de Rochester (1148-1182). Il est peut-être un parent éloigné de son successeur comme archevêque, Thomas Becket, car la famille de Becket est originaire du même domaine de NormandieBarlow, Thomas Becket, 23..
Thibaut devient moine bénédictin à l'abbaye Notre-Dame du Bec en Normandie durant l'abbatiat de Guillaume de Montfort-sur-Risle (1093-1124). Cela laisse un large éventail de dates d'entrée possibles. Néanmoins, on sait que Thibaut est le admis par cet abbé sur 346. L'historien Avrom Saltman a suggéré que, si les admissions étaient régulières au cours du temps, Thibaut serait devenu moine vers 1117. Toutefois, Saltman pense que 1117 « semble être un peu tardif ».
Sa vie à l'abbaye Notre-Dame du Bec vignette|Les ruines de l'abbaye Notre-Dame du Bec, Eure en 2005 D'après son biographe, Thibaut passe plusieurs années cloîtré. Prieur de l'abbaye durant dix ans, depuis environ 1126, Thibaut est élu abbé de l'abbaye Notre-Dame-du-Bec en juin 1136, à la mort de Boson, le successeur de Guillaume de Monfort-sur-Risle. L'archevêque de Rouen, Hugues III d'Amiens, n'ayant pas été consulté, menace d'annuler l'élection en raison de l'attitude des moines. OuenÀ ne pas confondre avec Ouen de Rouen., évêque d'Évreux, frère de Thurstan, l'archevêque d'York, intercède auprès d'Hugues d'Amiens, qui finit par consentir à ratifier l'élection. Un autre problème se pose lorsque ce dernier exige un serment d'obéissance canonique de la part de Thibaut, que celui-ci refuseSaltman, Theobald, 3-4.. Aucun des abbés précédents n'avait fait une telle profession, et Thibaut maintient son refus pendant 14 mois avant qu'un compromis ne soit trouvé par l'intercession de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, Thibaut se contentant alors de donner à Hugues d'Amiens une profession verbaleSaltman, Theobald, page 5..
Aucun document ne permet de connaître le rôle de Thibaut en tant qu'abbé du Bec et il n'y a aucune information sur l'administration du monastère. On sait seulement que 47 moines ont été admis à l'abbaye du Bec pendant qu'il en assurait la charge. Thibaut a voyagé en Angleterre pour les affaires de son abbaye au moins une fois au cours de son abbatiat, afin de surveiller les terres et les biens du monastère qui s'y trouvaient. Ce voyage a eu lieu peu avant son élection en tant qu'archevêque de Cantorbéry en 1138Saltman, Theobald, 6.. Il semble ne pas avoir été très présent à son abbaye.
Sa nomination au siège de Cantorbéry Le roi Étienne d'Angleterre choisit Thibaut du Bec en 1138 comme archevêque de Cantorbéry, lui donnant la préférence sur son propre frère Henri de Blois, évêque de Winchester, qui avait pourtant permis à Étienne d'Angleterre d'obtenir le trône du royaume. Le roi craignait que la nomination d'Henri de Blois en tant qu'archevêque n'engendre sa montée en puissance capable de s'opposer à la sienne propreBarlow, Les Anglais et l'Église, 1066-1154, pages 94-97. L'élection par un concile eut lieu le . Le roi ainsi que le légat du pape, Albéric d'Ostie, étaient présents, ainsi qu'un petit groupe de barons et d'évêques. Henri lui-même était cependant absent. La plupart des historiens estiment qu'Étienne d'Angleterre a choisi le jour de l'élection en fonction d'une absence de son frère Henri. Ce dernier a estimé que Thibaut avait été élu, non seulement à cause de la préférence royale, mais aussi parce que Galéran IV de Meulan avait été choisi comme patron du Bec. Il était donc tentant pour le roi de mettre un homme à lui à l'un des postes les plus influents du royaume. Galéran et son frère jumeau Robert, comte de Leicester, étaient les principaux rivaux d'Henri auprès d'Étienne. Bien que Thibaut soit pieux et instruit, il venait tout juste d'être élu abbé l'année précédente et son élection a probablement été justifiée non seulement par sa personne, mais aussi par la réputation de son monastère, qui avait déjà produit deux archevêques de Cantorbéry : Lanfranc et Anselme. Thibaut n'avait pas de liens familiaux influents qui auraient pu faire avancer sa carrière. Il a certainement eu de nombreux appuis du fait de ses capacités propresSaltman, Theobald, page 6.
Ses premières années d'archevêque
Thibaut du Bec est consacré archevêque le par le légat, Albéric d'Ostie. Il se rendit à Rome pour son pallium et participa au deuxième Concile du Latran. Comme archevêque, son comportement fut modéré en comparaison de l'attitude de son principal rival, Henri de BloisAppleby, Le règne troublé d'Étienne d'Angleterre, pages 60-61, nommé légat pontifical le Greenway : volume 2 : monastique cathédrales (nord sud et les provinces : Les évêques de) Winchester 1066-1300 Fasti Ecclesiae Anglicanae, ce qui signifie que Henri avait maintenant le pouvoir de convoquer le conseil de l'église d'Angleterre et avait une puissance égale ou supérieure à celle de Thibaut du Bec. Ce dernier avait juré fidélité à Étienne d'Angleterre dès son élection au siège de Cantorbéry, en reconnaissant ce dernier comme le roi d'Angleterre.
Peu de temps après son élection, Thibaut du Bec choisit son frère Guillaume comme archidiacre de Cantorbéry, et en 1148 promu Guillaume évêque de RochesterBartlett, L'Angleterre sous les rois angevins et normands, page 411. Il assista également au concile tenu par Étienne d'Angleterre en et auquel furent accusés de conspiration Roger, évêque de Salisbury, et ses neveux Néel, évêque d'Ely, et Alexandre, évêque de Lincoln qui furent privés de leurs châteauxAppleby, Le Règne troublé du roi Étienne d'Angleterre, page 72. Selon la plupart des historiens, Thibaut du Bec a pris peu de part à la controverse qui a suivi le conseil, qui prit fin avec la mort de Roger de Salisbury en 1139 et le retour en faveur de Néel et Alexandre. Cependant, ce point de vue a été contesté par deux historiens, qui prétendent que Thibaut du Bec a pris un rôle plus actif dans le conseil. Ils se basent sur une Vita (La Vie mystique au de Christina Markyate ), qui raconte les événements et donne un rôle plus central à Thibaut du BecBollerman et Nederman, Le roi Étienne d'Angleterre et l'église anglaise, Journal d'histoire médiévale pages 441-442.
La guerre civile anglaise
Les actes de Thibaut les années suivantes doivent être considérés à la lumière de l'histoire de l'ascension du roi Étienne d'Angleterre sur le trône. Après la mort du roi Henri Beauclerc (dénommé aussi Henri d'Angleterre) en 1135, sa succession fut disputée entre son petit-fils Henri II, fils légitime de Mathilde l'Emperesse (ainsi dénommée à cause de son premier mariage avec Henri V, empereur du Saint-Empire romain germanique et remariée après la mort de ce dernier en 1120 avec Geoffroy, comte d'Anjou), son frère aîné, Thibaud II de Champagne et son neveu Étienne de Blois.
Tous les grands d'Angleterre et de Normandie étaient tenus de déclarer allégeance à Mathilde l'Emperesse et son fils Henri II, mais quand mourut en 1135, Étienne de Blois se précipita en Angleterre et se fit couronner (il fut connu ensuite sous le nom d'Étienne d'Angleterre) avant que Mathilde l'Emperesse ou Thibaut du Bec n'aient le temps de réagir. Les barons normands acceptèrent de le reconnaître comme duc de Normandie, et, de France, Thibaut du Bec ne s'opposa pas, se contentant en échange des possessions d'Étienne de Blois en France. Mais Mathilde l'Emperesse obtint l'appui du roi d'Écosse, David, qui était son oncle maternel, et en 1138 également le soutien de son demi-frère, Robert, comte de Gloucester, fils illégitime de Henri I d'AngleterreHuscroft, Ruling England pages 71-73. Thibaut du Bec, bien qu'ayant juré fidélité à Étienne d'Angleterre, ne semble pas en avoir été un partisan actif, ni avoir estimé que son serment de fidélité l'obligeait à reconnaître les revendications au trône des enfants d'Étienne d'Angleterre.
Pendant cette guerre civile anglaise (1135-1154), lors de la bataille de Lincoln en 1141, Étienne d'Angleterre se retrouve en captivité à Bristol ; Thibaut du Bec n'assure pas aussitôt de sa fidélité la fille d', Mathilde l'Emperesse, affirmant qu'il avait besoin de parler à Étienne d'Angleterre avant de passer son serment de fidélité. Après s'être concerté avec ce dernier, il finit par accepter, et rejoignit alors Henri de Blois, qui avait changé de camp, à Winchester en avril pour une réunion présidée par le légat tenue à Winchester afin de déposer Étienne et de donner la couronne en tant que reine à Mathilde l'Emperesse. Toutefois, le faible nombre des présents à ladite réunion fit que cette décision fut contestée et l'un des principaux partisans de MathildeDavis, King Stephen page 52, son demi-frère Robert de Gloucester, fut capturé par les partisans d'Étienne.
Thibaut du Bec eut un rôle prépondérant dans les négociations qui permirent d'échanger Robert de Gloucester et Étienne d'Angleterre, en . Henri de Blois, après avoir changé de camp à nouveau, tint un autre conseil de légat à Westminster, qui reconnut à nouveau comme roi Étienne d'Angleterre. Thibaut du Bec couronna solennellement Étienne comme roi à Cantorbéry aux environs de Noël 1141Saltman, Theobald, pages 17-18..