thumb|Lithographie : Giuseppe Boldrini, le peintre Boldrini, Angelo Giacomelli, Antonio Lazzati, et Francesco Montanari en prison à Mantoue en 1853 (Musée du Risorgimento à Milan). Les martyrs de Belfiore (la vallée de Belfiore est située au sud de la ville de Mantoue) est un épisode douloureux du Risorgimento italien connu pour sa série de condamnations à mort par pendaison exigées par le maréchal (Field-marshall) autrichien Joseph Radetzky, gouverneur général de Lombardie et de Vénétie. Ces actes représentent, pour le peuple italien de l'époque, l'acmé de la répression et de la barbarie, depuis la première guerre d'indépendance d'Italie en 1853. Cette pratique expéditive favorise la haine du peuple italien contre l'occupant autrichien.
Situation historique de Mantoue thumb|left|Duché de Mantoue début thumb|Mantoue en 1493. La ville de Mantoue appartient à la maison des Habsbourg d'Autriche depuis 1708. Capitale d'un riche petit duché, gouverné jadis par la famille Gonzague, branche cadette française, des ducs de Nevers pendant près de quatre siècles. C'est une ville stratégique et une place forte grâce à ses fortifications. Sa situation géographique permet un contrôle de toute la région de la Lombardie, de la Vénétie, ainsi que de la plaine du Pô. Excepté la campagne napoléonienne de 1797, jusqu'à la capitulation d'Eugène de Beauharnais, le , les invasions sont essentiellement autrichiennes. La domination de Heinrich Johann de Bellegarde fait de la ville, la plus importante forteresse du Royaume lombard-vénitien. Cette forteresse comporte une prison, où l'on enferme les patriotes mantouans et vénitiens, pour leur opposition et la non-acceptation de l'occupation autrichienne.
Contexte politique À la suite de la défaite de Charles-Albert (qui commande l'armée sarde qui incorpore des volontaires lombards et vénitiens), les Autrichiens en représailles, à partir d' et pendant toute une année, jugent et exécutent 961 peines de mort, mettent au cachot plus de politiques, et saisissent tous les biens des expatriés. Les lombards sont lourdement imposés par des taxes et des impôts extraordinaires. La répression est encouragée par le maréchal Joseph Radetzky, gouverneur général, et fortement soutenue par les tribunaux de Vienne. Le climat est tendu et aggravé par deux visites de l'empereur en 1851 (mars-avril à Venise, septembre-octobre à Milan, Côme et Monza), qui veut montrer que la politique du maréchal Radetzky est une réussite dans le rapprochement de la noblesse italienne avec le régime habsbourgeois. Ce voyage est un échec, car le gouverneur général plénipotentiaire publie deux proclamations ( et ) qui punissent de un à cinq ans de réclusion tous ceux qui écrivent le mot « révolutionnaire », et rendent les municipalités responsables de ces actes.
Chronologie des événements des martyrs de Belfiore thumb|Carlo Poma. : Première réunion de préparation de l'insurrection à Mantoue, : Arrestation de Don Giovanni Grioli, curé de la paroisse de Cerese, : Exécution de la peine de mort par pendaison de Giovanni Grioli à Belfiore, : Arrestation de , à la suite de la découverte d'une carte de Mazzini, : Arrestation de Enrico Tazzoli, : Première audience du conseil de guerre pour le jugement des conspirateurs, : Exécution de la peine de mort par pendaison, dans la vallée de Belfiore, de Enrico Tazzoli, Angelo Scarsellini, Carlo Poma, Bernardo De Canal et Giovanni Zambelli, : Exécution de la peine de mort par pendaison de Tito Speri, Carlo Montanari, et de don Bartolomeo Grazioli, archiprêtre de Revere, : Exécution de la peine de mort par pendaison de Pietro Frattini à Belfiore, : Exécution de la peine de mort par pendaison de Pietro Fortunato Calvi sur la place de Mantoue.
Conspiration thumb|Enrico Tazzoli. thumb|left|Plaque commémorative située au de la à Mantoue.
Le mécontentement augmente, les patriotes sont obligés de se réunir secrètement, et de s'organiser en mouvement de conspiration. Le , une section secrète est constituée dans la ville de Mantoue. Une première réunion est organisée dans la maison appartenant à l'exilé , située au de la . Cette réunion, en l'absence de son propriétaire, est présidée par l'ingénieur . Une vingtaine de patriotes révolutionnaires sont présents, y compris l'ingénieur Giovanni Chiassi, le professeur , Giovanni Acerbi, l'avocat Luigi Castellazzo, et le médecin Carlo Poma. L'instigateur du groupe est un prélat, Enrico Tazzoli, proche du mouvement mazzinien. Don Enrico Tazzoli, se met en contact avec les notables appartenant à ce même mouvement, comme Tito Speri, héros des dix jours de Brescia, ainsi qu'Angelo Scarsellini de Legnago.
Le Comité insurrectionnel de Mantoue, fait imprimer des tracts, et en contact avec les cellules de Milan, Venise, Brescia, Vérone, Padoue, Trévise et Vicence, il récolte de l'argent en vendant des bons d'emprunt de solidarité de vingt-cinq francs, financement imaginé par Mazzini pour les activités révolutionnaires. Ce dossier conduit à l'arrestation de de Côme, qui est pendu à Venise le . Le , le prêtre Don Giovanni Grioli, de Cerese, est arrêté à son tour par le capitaine et est condamné à mort le , pour avoir tenté de persuader deux soldats hongrois de déserter et être en possession de tracts révolutionnaires.
Arrestations La police redouble sa surveillance, et le , soupçonné de falsification de billets de banque autrichiens, le commissaire Filippo Rossi perquisitionne la maison de , et découvre le dossier comportant les feuillets des bons d'emprunt révolutionnaire. , soumis à un rude interrogatoire, révèle que le dossier venait du prêtre Don , ami de Tazzoli et professeur au grand séminaire de Mantoue. Ils sont arrêtés et avouent sous la torture que Don Enrico Tazzoli est le coordinateur du mouvement et il est, lui-aussi, arrêté le . Chez ce dernier, la police saisit de nombreux documents, y compris le registre sur lequel sont notés les recettes et les dépenses chiffrées avec les noms codés des membres ayant versé l'argent.
Des amis de Tazzoli sont arrêtés : , Luigi Castellazzo, et le prêtre Giuseppe Ottonelli. Tazzoli dira : .
Détenus de la province de Mantoue : Pietro Frattini, , , Domenico Permeili, , Luigi Dolci, Giuseppe Finzi. Une femme, Camilla Marchi, directrice d'orphelinat, est dépositaire de nombreux secrets de Tazzoli, en état d'arrestation.
Détenus de la région de Vénétie et traduits à Mantoue : Angelo Scarsellini, Bernardo De Canal, le peintre Giovanni Zambelli, Giovanni Paganoni, l'ingénieur , le médecin , Alberto Cavalletto, Carlo Augusto Fattori, l'avocat Giulio Faccioli, le libraire Domenice Cesconi, Annibale Bisesti, le négociant Augusto Donatelli, Pietro Paolo Arvedi, Francesco Tartarotti et le comte Carlo Montanari.
Condamnations
Tortures thumb|left|Plaque commémorative de Carlo Montanari. Tazzoli, torturé par le commissaire judiciaire Alfred von Kraus, ne parle pas mais la police réussit tout de même à déchiffrer le journal grâce à la dénonciation du fils d'un commissaire de police, Luigi Castellazzo, ainsi qu'un autre informateur, l'avocat Giulio Faccioli de Vérone. Ceci permet l'arrestation de Carlo Poma, Tito Speri, Carlo Montanari ainsi que d'autres membres des villes voisines, comme ceux de Vérone, Brescia et Venise. Plus de 110 patriotes sont arrêtés, seuls trente-deux d'entre eux prennent la fuite et ils sont condamnés par contumace dont Benedetto Cairoli. La police autrichienne et le gouvernement d'occupation font, par la torture, avouer ou assassiner certains patriotes. Pezzotta pour éviter la torture, préfère se suicider dans sa cellule à Milan.
Alfred von Kraus finit par apprendre l'existence de l'association subversive de Mantoue, des comités des autres provinces, les relations de ces cellules avec Mazzini, et les noms des expatriés réfugiés en Suisse. La tentative de Carlo Montanari d'établir les plans de la forteresse de Mantoue et de Vérone, est avortée. Un plan d'Iginio Sartena, patriote Trentin, avait été organisé, pour commandité un attentat contre le feld-maréchal Radetzky, et un autre projet plus ambitieux, pour capturer François-Joseph d'Autriche lors de sa visite à Venise.
Interventions de l'évêque de Mantoue thumb|François-Joseph d'Autriche en 1860. Le , le premier conseil de guerre autrichien, juge les patriotes Don Enrico Tazzoli, Angelo Scarsellini, Carlo Poma, Bernardo De Canal, Giovanni Paganoni et le portraitiste Giovanni Zambelli, tous trois vénitiens, le négociant milanais Angelo Mangili, le médecin mantouan Giuseppe Quintavalle et don Giuseppe Ottonelli, curé de la paroisse de San Silvestro à Mantoue, et enfin Giulio Faccioli, collaborant aux projets révolutionnaires. Ils sont tous condamnés à mort.
La nouvelle, n'est pas immédiatement rendue publique, car les autorités autrichiennes s'attendent à un renvoi devant un tribunal ecclésiastique des deux prêtres condamnés. En effet, de par la loi, les prêtres ne peuvent être jugés que par un tribunal ecclésiastique. Un an plus tôt, le Don Giovanni Grioli avait été condamné à mort, et pour marquer son désaccord, l'évêque de Mantoue, Giovanni Corti, n'avait pas donné son assentiment. Le prêtre de Cerese put garder sa soutane pour être exécuté par le bourreau, cet acte fut considéré comme un crime par les autorités ecclésiastiques.
Les autorités autrichiennes attendent une missive de Pie IX, pour désavouer la protestation de l'évêque Giovanni Corti. Le , la lettre pontificale, reproche la conduite et l'engagement politique du clergé, mais intervient pour excuser les actes et gracier les prêtres condamnés. Le , les juges autrichiens rendent leur verdict sans recours.
Cette nouvelle se répand comme une traînée de poudre à travers la ville, et dans l'après-midi une manifestation dirigée par un député provincial de la congrégation, se dirige vers la cathédrale, en criant . L'évêque Giovanni Corti, célébrant un office religieux à Saint-Anselme, chante sur le parvis, en présence de la foule, le Te Deum pour la constitution et le rite ambrosien. L'intervention de l'évêque, personnage très influent et respecté qui demande la clémence des autorités autrichiennes, aurait pu être un tournant historique. Le refus autrichien, du feld-maréchal Radetzky et de François-Joseph , marque une rupture définitive entre l'Église catholique et les autorités impériales de Lombardie.
La sentence Angelo Scarsellini avoue qu'il est l'un des responsables du comité révolutionnaire de Venise, d'avoir comploté contre la personne sacrée de Sa Majesté l'Empereur, d'avoir comploté dans l'organisation créée par le parti révolutionnaire, et d'autres organisations et avoir diffusé des dossiers confiés par Mazzini.
Bernardo De Canal, Giovanni Zambelli et Giovanni Paganoni avouent être les dirigeants du Comité révolutionnaire de Vénétie, d'avoir par affiliation, diffusé des bons conspirateurs mazziniens, pour un changement de gouvernement violent, et avoir été informés de l'attentat contre Sa Majesté l'Empereur conçu par Angelo Scarsellini, et avoir, avec Canal et Zambelli, créé les comités révolutionnaires de Padoue, Vicence et Trévise.
Le docteur Giuseppe Quintavalle, est le fondateur de la société secrète de Mantoue, et pour quelque temps, le trésorier du comité, dit avoir, au moyen d'offres financières mensuelles, acheté des bons mazziniens, coopérant pour obtenir des moyens pour les émeutes, et d'avoir possédé des tracts criminels.
Giuseppe Ottonelli dit avoir laissé Tazzoli s'affilier à la conspiration, et avoir contribué, grâce à des offres mensuelles acheter des bons mazziniens afin de fournir des moyens financiers pour la préparation de la révolution.
Exécutions thumb|Martyrs emmenés à la potence.