Germaine Guèvremont, née Marianne-Germaine Grignon le à Saint-Jérôme et morte le à Terrebonne, est une romancière et journaliste québécoise. Elle est internationalement connue pour son roman Le Survenant. 

Biographie Enfance et formation Germaine Grignon est la troisième fille de Joseph-Jérôme Grignon, avocat, et de Valentine Labelle, artiste peintre. Le couple a eu auparavant Jeanne, née en 1890, et Marie-Germaine, née en 1891 et morte en bas âgeDavid Décarie, Le rêve de Phonsine. Poétique/psychocritique du Cycle du Survenant de Germaine Guèvremont, Les Presses de l’Université de Montréal, 2021, p. 254..

En 1895, Joseph-Jérôme est nommé protonotaire adjoint du district judiciaire de TerrebonneRépertoire du patrimoine du Québec. Consulté le 31 juillet 2025.. La famille déménage de Saint-Jérôme à Sainte-Scholastique (aujourd’hui Mirabel), où les Grignon se font construire une grande maison située non loin du palais de justice. Le milieu dans lequel évolue Germaine est particulièrement ouvert aux arts et aux idées progressistes. Dans la biographie qu’elle lui a consacrée, Rita Leclerc souligne cette ouverture et va jusqu’à parler de l’éducation « assez fantaisiste » que reçut la jeune filleRita Leclerc, Germaine Guèvremont, Éd. Fides, coll. « Écrivains canadiens d'aujourd'hui », 1963, p. 17..

En 1899, elle entre au couvent des sœurs de Sainte-Croix, où elle étudie jusqu’en 1904. Elle est ensuite admise au pensionnat de Sainte-Anne, à Saint-Jérôme, puis, trois ans plus tard, au pensionnat des sœurs de Sainte-Anne, à Lachine. En 1908, ses parents l’envoient à la Loretto Abbey Catholic Secondary School de Toronto, où elle va étudier le piano et l'anglais pendant un an. De retour au Québec, elle devient substitut du sténographe officiel du palais de justice de Sainte-Scholastique, un travail occasionnel qu’elle effectuera de 1909 à 1916.

Le paraît son premier article connu dans le journal Le Canada, sous le pseudonyme « Janrhêve[Sans titre], Le Canada, « Coin des étudiants », 11 octobre 1913, p. 9. ». En 1914, elle contribue au « Monde féminin », la chronique de L’Étudiant, le journal des étudiants de l’Université Laval de Montréal, de même qu’à la chronique « Le royaume des femmes » du quotidien La Patrie. La même année, elle fait la rencontre de l’écrivain et philosophe Victor Barbeau, futur cofondateur de l'Académie canadienne-française (aujourd’hui l’Académie des lettres du Québec). La famille Grignon s’agrandit bientôt quand Jeanne, la sœur de Germaine, fait la connaissance de Benedict W. Nyson, surnommé Bill. Norvégien d’origine, ce journaliste pour le Montreal Daily Star, globetrotteur – il a vécu en Chine durant sa jeunesse, a voyagé notamment en Russie et dans l’ouest canadien –, a selon toute vraisemblance fasciné Germaine par son indépendance d’esprit et son goût du voyageYvan Lepage, « Une ambassadrice des lettres québécoises. La correspondance G. Guèvremont – W.A. Deacon », www.revue-analyses.org, vol. 5, nº 1, hiver 2010, p. 11.. En novembre 1915, Jeanne épouse Bill Nyssen. La même année, Germaine rencontre à Ottawa Hyacinthe Guévremont, ancien hockeyeur – il a joué pendant un an pour le Canadien de Montréal, comme ailier droitIl n’y aurait joué que deux matchs. – devenu fonctionnaire fédéral au service des douanes.

Vie de famille et début de carrière Le , Germaine Grignon, vingt-trois ans, épouse Hyacinthe Guévremont à Sainte-Scholastique – Guévremont avec un e accent aigu; c’est bien plus tard, en 1938, au moment de signer la nouvelle « Sa prière », que Germaine choisit d’écrire « Guèvremont » avec un accent grave, ce qui allait devenir son nom de plumeDavid Décarie, Le rêve de Phonsine. Poétique/psychocritique du Cycle du Survenant de Germaine Guèvremont, Les Presses de l’Université de Montréal, 2021, p. 258..

Le couple habite à Ottawa pendant quatre ans. Y verront le jour leurs deux premiers enfants, Louis (1917) et Marthe (1918). Les Guévremont s’établissent ensuite à Sorel, d’où Hyacinthe est originaireDavid Décarie, Le rêve de Phonsine. Poétique/psychocritique du Cycle du Survenant de Germaine Guèvremont, Les Presses de l’Université de Montréal, 2021, p. 255.. Celui-ci y travaille dès lors dans la pharmacie de son frère cadet, Georges. Germaine contracte à cette période une « sournoise grippe », qui fait craindre pour sa vie – possiblement la grippe espagnole, laquelle a fait 50 000 victimes au Canada en 1918 et 1919. En convalescence chez ses parents, elle écrit un court texte autobiographique, « Sortie du bois…Germaine Guèvremont (Janrhêve), « Sortie du bois… », La Revue moderne, vol. I, nº 10, 15 août 1920, p. 28. », qu’elle achemine à la directrice de La Revue moderne, Anne-Marie Gleason, alias Madame Madeleine. Cette dernière publie le texte et adresse une lettre à l’écrivaine en herbe, dans laquelle elle l’encourage à continuer d’écrireGermaine Guèvremont, « Madeleine Huguenin », Paysana, vol. 6, nº 10, décembre 1943, p. 8..

Entre 1921 et 1924, naissent à Sorel trois autres enfants, Jean, Lucile et Marcelle. Le , Germaine et Hyacinthe vivent une tragédie quand leur fille Lucile, quatre ans, est emportée par une maladie infantile. La jeune mère est dévastéeDavid Décarie & Saint-Martin, Lori, « Hommage à Germaine Guèvremont », Lettres québécoises, nº 172, 2018, p. 85.Yvan G. Lepage, Marie-Didace, édition critique, Les Presses de l’Université de Montréal, coll. « Bibliothèque du Nouveau monde », 1996, p. 10.. Dans l’espoir de lui changer quelque peu les idées, son beau-frère Bill Nyson fait des démarches pour qu’elle devienne la correspondante régionale de The GazetteCharlotte Biron, « Germaine Guèvremont, une journaliste en pleine terre », Cap-aux-Diamants, nº 125, printemps 2016, p. 10.. Servie par sa maîtrise de l’anglais, Germaine Guèvremont va bientôt collaborer au quotidien montréalais, mais aussi au journal Le Courrier de Sorel. Cette expérience journalistique sera fondatrice pour elle et marquera profondément le style des romans à venir, souvent découpés en tableaux et dont les descriptions économes servent d’abord l’évolution des personnagesCharlotte Biron, « Germaine Guèvremont, une journaliste en pleine terre », Cap-aux-Diamants, nº 125, printemps 2016, p. 10-13..

En 1931, sa collaboration avec The Gazette l’occupe tout particulièrement alors qu’elle couvre la contestation en justice de la victoire d’Aimé Boucher (1877-1946), le candidat libéral élu dans la circonscription de Yamaska lors des élections fédérales du 28 juillet 1930. Guèvremont écrira pas moins de vingt-neuf articles sur ce sujetDavid Décarie, Le rêve de Phonsine. Poétique/psychocritique du Cycle du Survenant de Germaine Guèvremont, Les Presses de l’Université de Montréal, 2021, p. 256..

Le , son beau-frère Georges et sa famille échappent de peu à la mort quand un violent incendie détruit l’immeuble où ils résident, qui abrite également la pharmacie familiale. Le lendemain, Guèvremont signe un article sur le sujet dans The Gazette, sous le titre « Sorel Resident Escape as Blaze Ruins Their HomeThe Montreal Gazette, 13 janvier 1932, p. 7. ».

En mai 1935, elle et sa famille s’installent à Montréal, au 1872 de la rue Sherbrooke Est. Quelques mois plus tard, Germaine entre à l’emploi des Assises criminelles à titre de sténographe et de secrétaire.

Naissance d’une œuvre Fin 1937, elle fait la connaissance de la journaliste Françoise Gaudet-Smet. Cette dernière est en train de monter une revue, Paysana, destinée aux femmes des régions rurales et qui paraîtra à compter de 1938Valérie Bouchard & Mathieu, Jocelyne, « Par des femmes pour des femmes. Se dévouer mais aussi survivre : Françoise Gaudet‑Smet et la revue Paysana (1938‑1949) », Mémoires du livre / Studies in Book Culture, 12(2), automne 2021, p. 2.. Engagée à titre de collaboratrice, Germaine Guèvremont y fera paraître une cinquantaine de textes sur une période d’une dizaine d’années, en plus d’une chronique mensuelle, « Pays-Jasettes », qu’elle signe conjointement – sous le pseudonyme « La Passante » – avec Gaudet-SmetJoël Boilard, Landry, Marie-Ève & Rochon, Sara-Lise, « Bibliographie de Germaine Guèvremont », Voix et Images, vol. 33, nº 3 (99), printemps-été 2008, p. 87..

En 1938, l’écrivain Victor Barbeau lui propose le poste de chef du secrétariat de la Société des écrivains canadiensFondée par Victor Barbeau et Jean Bruchési en 1936., un poste qu’elle va occuper sans discontinuer jusqu’en 1948.

1938 est aussi l’année où paraît, dans la revue Paysana, la nouvelle « Les survenantsPaysana, vol. I, nº 1, mars 1938, p. 11-12. », un des textes de création que Germaine Guèvremont publie à l’invitation de Françoise Gaudet-Smet, et dont plusieurs seront regroupés en 1942 dans le recueil En pleine terreEn pleine terre : paysanneries; trois contes, Éd. Paysana, Montréal, 1942. – « Les survenants » y sera reprise sous le titre « Chauffe, le poêle ! ». Guèvremont vient de jeter les bases de son œuvre maîtresse, dont la version définitive, Le Survenant, deviendra un classique de la littérature québécoiseDiane Sabourin, « Le Survenant », L’Encyclopédie canadienne, 2012. Consulté le 31 juillet 2025..

L’année 1938 est une année charnière. Paraît en mai, dans Paysana, « Sa prière », le premier texte signé de son nom de plume – Germaine GuèvremontDavid Décarie, « Aux sources – biographiques, familiales, intertextuelles – de l’Acayenne de Germaine Guèvremont dans le roman Marie-Didace », Port Acadie, (33), 2020, p. 100.. En septembre, elle collabore avec son illustre cousin, Claude-Henri Grignon, à l’adaptation radiophonique du Déserteur, la première partie des « Belles Histoires des Pays d’en hautDavid Décarie & Joubert, Lucie, « Germaine Guèvremont : nouvelles survenances », Voix et Images, vol. 33, nº 3, 2008, p.10. », dont la diffusion débutera le sur les ondes de Radio-Canada et qui rencontrera aussitôt un immense succès populaireDiane Sabourin, « Un homme et son péché », L'Encyclopédie canadienne, 2016. Consulté le 31 juillet 2025..

Consécration vignette|Germaine Guèvremont en 1946. Paru à compte d’auteur le Germaine Guèvremont, Le Survenant, Éd. Beauchemin, 1945., le roman Le Survenant rencontre un succès immédiat et durable, comme l’écrit Isabelle Dumont dans la revue Liberté : « Dès sa parution en 1945, [Le Survenant] connut un bienheureux destin : excellente réception critique, passage de l'œuvre de la culture dite savante à la culture populaire par sa transformation, d'abord en série radiophonique de 1952 à 1955, puis en série télévisée de 1954 à 1960, téléroman qui consacra le mythe de la figure du Survenant dans l'imaginaire québécois […]Isabelle Dumont, « Le marché éditorial québécois : entre mythocratie et iconophagie », Liberté, 48(1), 2006, p. 23. ».

Dès 1946, une édition française du livre paraît aux Éditions Plon, à Paris, dans la collection « L’Épi ». Le nom de la romancière y côtoie ceux de Julien Green et Simone Weil, notamment. En quelques mois, 17 000 exemplaires du roman sont écoulés, cette histoire issue de la ruralité québécoise trouvant de toute évidence écho dans L’HexagoneDavid Décarie, Le rêve de Phonsine. Poétique/psychocritique du Cycle du Survenant de Germaine Guèvremont, Les Presses de l’Université de Montréal, 2021, p. 259..

Le roman récolte notamment le prix Ludger-Duvernay en 1945, le prix David en 1946 et sa traduction en anglais sera récompensée en 1950 par le Prix littéraire du Gouverneur général, tandis que l’œuvre de Guèvremont fait aussi l’objet d’une publication simultanée à Londres (sous le titre The Monk’s Reach) et à New York (sous le titre The Outlander). Ces éditions, dont la traduction est signée Eric Sutton, comportent en un seul volume Le Survenant et Marie-Didace, qui en est la suite.