Luc de La Corne, né en 1711, décédé le aussi connu sur le nom de Saint-Luc, était le fils de Jean-Louis de la Corne de Chaptes et le frère de Louis de la Corne. Officier dans les troupes coloniales de la Nouvelle-France, il a eu une carrière militaire variée et courageuse qui lui a voulu l'ordre de Saint-Louis en 1759. Présent pendant la bataille du fort William Henry pendant la guerre de Sept Ans et celle de Saratoga lors de la révolution américaine, Saint-Luc est un personnage qui joua un rôle majeur dans l'histoire canadienne et américaine. Il est devenu célèbre pour son exploit d'être retourné à Québec dans un hiver glacial lors du naufrage de son vaisseau le long de la côte du Cap-Breton. Un voyage long de sept cents milesHowson, Gerald. Burgoyne of Saratoga. New York: Times Books, 1979. . ().

Il fut également un marchand couronné de succès qui était très impliqué dans le commerce de fourrure à Montréal. Son frère, Jean-Louis, était aussi très impliqué dans le commerce de fourrure et l'exploration. Luc contrôlait les activités de l'est, et son autre frère, François-Josué de la Corne Dubreuil était commandant du fort Kaministiquia pendant un certain temps alors que d'importants profits furent réalisés. Il était en association avec Louis-Joseph Gaultier de La Vérendrye pendant trois ans au lac Supérieur. Durant la même période, son frère Louis de la Corne était commandant des forts de l'ouest construits principalement par La Vérendrye. La plupart de ses projets firent beaucoup de profits, et au moment où il mourut, il était un des hommes les plus riches au Canada.

Biographie avant 1754 Luc de La Corne, né en 1711, était le des 12 enfants de Jean-Louis de la Corne de Chaptes, originaire de Chaptes en Auvergne, et de Marie Pécaudy de Contrecœur, fille d'Antoine Pécaudy de Contrecœur. Par ce mariage, Jean-Louis de la Corne prit ainsi racine au Canada et son épouse lui apporta une partie de la seigneurie Contrecœur qu'elle reçut en héritage. C'est dans ce fief des La Corne que Saint-Luc est né.

Étant un noble de la Nouvelle-France, Luc de La Corne choisit le métier des armes comme son père et ses quatre frères ainés. Se distinguant au courant de ses premières années de service, ses supérieurs, comme le marquis de Beauharnois, le proposaient régulièrement pour un avancement dans les grades et il fut promu enseigne en 1735. Durant la guerre de Succession d'Autriche, Saint-Luc servit avec ses frères, notamment dans les environs du lac Champlain, mais aussi dans les Pays-d’en-Haut où il aida à recruter les nations amérindiennes. C'est ainsi qu'il participa à de nombreuses opérations avec des guerriers autochtones sous le commandement Rigaud de Vaudreuil et devint finalement lieutenant à la fin de cette guerre.

Afin d'augmenter ses revenus, Luc de la Corne pratiquait également le commerce des fourrures en devenant marchand-équipeur. Il a signé plus de 85 contrats de traite et a fait affaires à de nombreux postes, donc Michillimakinac et Chagouamigon. Saint-Luc a non seulement financé des expéditions de traite, mais en a personnellement dirigé quelques-unes. Dès l'âge de 18 ans, il s'était déjà associé à ses frères pour faire le commerce, mais ces derniers ne participaient jamais directement. Il s'associa également avec Louis-Joseph Gaultier de la Vérendrye, commandant de Chagouamigon, en 1752.

Il faisait également des affaires en France grâce à son cadet Joseph-Marie de la Corne, chanoine en France. Ce dernier faisait des achats de produits français pour sa famille et autres connaissances demeurées en Nouvelle-France. Ce commerce lucratif concernait principalement des biens de luxe tels que des dentelles, soieries ou broderies. Ces achats se poursuivirent même durant la guerre de Sept Ans.

Sa solde militaire et ces activités marchandes permirent à Saint-Luc d'amasser une richesse importante et il put acheter, en 1744, une maison sur la rue Saint-Paul à Montréal devant le vieux-marché (l'actuelle Place-Royale). Cette maison de pierre de trois étages servait autant de résidence que de point de rencontre pour Luc et ses partenaires amérindiens. Il y avait également une écurie pour les chevaux et un hangar pour les carrioles. Autre signe de la prospérité de Saint-Luc, il dernier était parmi les plus importants propriétaires d'esclave au Canada. Il en possédait presque une trentaine, de Noirs et des Amérindiens.

En 1742, Saint-Luc de La Corne se marie avec Marianne Hervieux, issue d'une des plus riches familles de Montréal. De cette union, ils eurent neuf enfants: 6 garçons et 3 filles. Marianne étant morte en couches en 1753, Luc attendit quatre ans avant de se remarier avec Marie-Josèphe, veuve sans enfant d'un de ses camarades. Celle-ci, contrairement à la pratique de l'époque, n'était pas une jeunesse et avait environ le même âge que La Corne. Encore une fois, il prenait épouse parmi une importante et riche famille de la colonie.

Guerre de Sept Ans Étant militaire de carrière, Saint-Luc prit également part à la guerre de Sept Ans. Il connaissait par ailleurs Jumonville dont la mort en 1754 est à l'origine de ce conflit mondial. Promu capitaine de compagnie en 1755, La Corne servit au combat, mais aussi en tant qu'intermédiaire entre le haut commandement français et les différentes nations amérindiennes alliées. Ses nombreuses amitiés auprès des Autochtones, ainsi que sa connaissance de quelques-unes de leurs langues fit qu'il était parfait pour ce rôle, octroyé par le général Louis-Joseph de Montcalm.

La première bataille de cette guerre à laquelle il prit part fut celle de du fort Oswego en 1756. Il y combattit aux côtés des Amérindiens et autres troupes canadiennes qui préféraient les missions d'éclaireurs et de guérilla dans les bois, contrairement aux troupes régulières françaises. Saint-Luc joua un rôle de premier plan afin de convaincre les nations autochtones de participer à la prise de ce fort anglais. Il participa ensuite à la bataille du Fort William Henry en tant qu'officier responsable des forces amérindiennes. À la suite de la reddition anglaise, Luc de La Corne, comme les autres officiers français, ne parvint pas à empêcher les forces autochtones de massacrer ou faire prisonniers les troupes britanniques qui s'étaient rendues.

Cette même année, le capitaine de La Corne perdait ses deux fils ainés lorsque le navire sur lequel ils voyageaient vers la France fut attaqué par un navire anglais. Après un échange de tirs, le Diamant prit feu et explosa, tuant la plupart des passagers ou les blessant mortellement malgré les secours du navire anglais. Cette tragédie familiale a été relatée dans une lettre de leur oncle, le chanoine Joseph-Marie, qui les attendait en France.

L'année suivante, Saint-Luc était toujours à la tête des alliés amérindiens lors de la bataille du fort Carillon, mais les renforts qu'il dirigeait arrivèrent plus d'une semaine après la victoire du général Montcalm et il ne participa donc pas à ce combat. Ce fut la première victoire française en sol américain et où les forces amérindiennes n'avaient pas contribué. Lors des semaines suivant la bataille, la troupe franco-amérindienne de La Corne fit des missions d'embuscades et de reconnaissance dans les environs du lac Saint-Sacrement et du fleuve Hudson.

La Corne Saint-Luc et sa compagnie continuèrent ces missions de reconnaissance pendant le reste la guerre, d'abord près du lac Champlain puis aux abords du lac Ontario, en renfort à son frère Louis-Luc. Pour le reste de la guerre, Saint-Luc et les autres troupes françaises étaient sur la défensive, se voyant encerclés par les armées anglaises qui prenaient l'un après l'autre les forts français d'Amérique. Il n'était donc pas présent lors de la prise de Québec à la suite de la bataille des Plaines d'Abraham. Il prit toutefois part à la dernière victoire française en Amérique lors de la bataille de Sainte-Foy en où il fut blessé. Toutefois, les troupes anglaises s'étant retranchées dans la ville de Québec, il se replia avec le reste des troupes françaises vers Montréal lorsque les renforts anglais arrivèrent sur le fleuve. Sa troupe continua en vain d'effectuer des missions d'escarmouche contre l'armée anglaise qui progressait vers la dernière ville française. À ce moment, les alliés amérindiens que La Corne connaissait si bien devenaient de plus en plus neutres dans le conflit, sachant que les Britanniques risquaient d'en être les gagnants. La Corne avait donc de plus en plus de difficulté à les recruter. Saint-Luc était ainsi présent à Montréal lors de la capitulation face à l'armée d'Amherst.

Naufrage de l'Auguste et voyage de retour À la suite de la prise de Montréal, La Corne Saint-Luc, décoré de l'ordre de Saint-Louis, décida de quitter l'Amérique pour se rendre en France comme bon nombre d'officiers et de nobles canadiens. En , il quitta Québec à bord d'un navire vétuste, l'Auguste, affrété par les Anglais afin de permettre à l'élite de la Nouvelle-France de retourner en Europe ou pour plusieurs, de s'y rendre pour la première fois. Le navire contenait plus d'une centaine de passagers dont les deux derniers fils de Saint-Luc, son frère Louis-Luc, ainsi que deux neveux. Il devait également connaitre de nombreux autres passagers nobles qui comptaient de nombreuses femmes et enfants.

Saint-Luc, étant habitué comme de nombreux autres nobles de la colonie à entretenir une correspondance, tint un journal relatant en détail le désastreux voyage de l'Auguste. Dès le départ, le navire fit face à plusieurs embuches, comme des vents contraires ou des tempêtes, retardant de plus en plus le voyage et le rendant d'autant plus périlleux. Lorsqu'il fut au large du Cap Breton, l'Auguste fit face à une violente tempête persistant plusieurs jours. Saint-Luc décrit comment l'équipage, complètement épuisé et désespéré, fut forcé de faire échouer le navire dans la baie Aspy. Il n'y eut que sept survivants, dont Luc de La Corne, qui perdit ses fils, neveux, frère et amis.

Le , avec les autres rescapés, La Corne entreprit à pied un long voyage de retour depuis l'actuelle Nouvelle-Écosse. Il traversa d'abord le Cap Breton, récemment dépeuplé des Acadiens, avec l'aide de Micmacs qui le connaissaient et arriva à portée de Louisbourg. Saint-Luc décida toutefois de ne pas se rendre à la forteresse contrôlée par les Anglais, de crainte d'être déporté en France ou en Angleterre, et préféra entreprendre le long voyage en raquettes, en plein hiver, vers Québec. Pierre Dupensier, un domestique ayant survécu au naufrage, accepta de faire le voyage avec de La Corne, tandis que trois autres rescapés, dont le capitaine de l'Auguste, optèrent pour Louisbourg. Les deux derniers rescapés avaient dû être laissés derrière à Ingonish quelques jours auparavant.

C'est donc avec l'aide de quelques rares Acadiens restés sur place et de Micmacs rencontrés en chemin que Saint-Luc et son domestique entreprirent ce périple volontaire le . Le voyage en raquettes étant trop éprouvant, Pierre décida d'abandonner le périple à Pomquet et La Corne continua seul avec ses guides (mais le domestique parvint néanmoins à revenir à Montréal par d'autres moyens). Le , Saint-Luc arrivait au fort de Beauséjour où il fut reçu cordialement et dormit dans un véritable lit pour la première fois depuis le naufrage. Il entreprit ensuite la remontée de la rivière Saint-Jean et arriva le à Kamouraska chez les seigneurs de Port-Joly qu'il connaissait. Cheminant désormais en carriole, il atteint finalement Québec le , où il rendit compte de la tragédie de l'Auguste au gouverneur Murray. Sa prouesse le rendit célèbre à Québec.

Sous le régime anglais