La littérature en langue russe proprement dite naît au cours du , tout d'abord avec la poésie et le théâtre, mais très tôt naît une très riche tradition romanesque.
thumb|Alexandre Pouchkine par Vassili Tropinine, 1827.
De grands auteurs russes apparaissent au d'abord avec le romantisme, au début du siècle qui voit l'éclosion d'une génération talentueuse avec surtout Alexandre Pouchkine, Mikhaïl Lermontov. La suite du « siècle d'or de la littérature russe » produit de grands romanciers comme Nicolas Gogol, Fiodor Dostoïevski, Ivan Tourgueniev, Léon Tolstoï ; la fin du siècle est marquée par la figure du dramaturge Anton Tchekhov.
Au tournant du , un nouvel élan littéraire est porté par la poésie symboliste puis futuriste, associé à une intense activité théorique mais il se heurte vite à la persécution soviétique. Le siècle est cependant riche de poètes comme Sergueï Essénine et Vladimir Maïakovski et de romanciers comme Maxime Gorki, Boris Pasternak, Mikhaïl Cholokhov ou Mikhaïl Boulgakov. La répression stalinienne frappe particulièrement de nombreux écrivains, comme Vassili Grossman, Varlam Chalamov ou Alexandre Soljenitsyne, qui dénoncent le système totalitaire soviétique. Dans les années 1930, le réalisme socialiste est devenu le courant prédominant en Russie. Ses figures de proue sont Nikolaï Ostrovski, Alexandre Fadeïev entre autres écrivains qui ont jeté les bases de ce style. Le roman d'Ostrovski, Et l'acier fut trempé, est l'une des œuvres les plus populaires de la littérature socialiste russe.
Dans les années 1960, la seconde avant-garde russe soviétique non officielle et le postmodernisme russe ont vu le jour. En 1965-72, à Leningrad, existait le groupe de poésie et d'écriture avantgardiste absurde « Khelenkouts », qui comprenait entre autres Vladimir Erl et Aleksandr Mironov. Depuis les années 70, il existe des mouvements postmodernes non officiels tels que le conceptualisme moscovite, avec des éléments de poésie concrète. Arkadi Dragomochtchenko est considéré comme le principal représentant des poètes d'avant-garde dans la littérature russe.
La fin du post-soviétique a été une période difficile pour la littérature russe, avec peu de voix distinctes. Parmi les auteurs les plus populaires de cette période figurent les romanciers Viktor Pelevine et Vladimir Sorokine, ainsi que le poète Dmitri Prigov. Au , une nouvelle génération d'auteurs russes apparaît, très différente de la prose russe postmoderne de la fin du , ce qui conduit les critiques à parler de « nouveau réalisme ».
Les origines
Immense différence avec l’Occident, il n’existe en Russie aucun document écrit avant le : le Codex de Novgorod (de la Rus' de Kiev) semble le plus ancien document littéraire. Par ailleurs, le pays ne connaît pas de chevalerie en raison du joug tatar. La Russie ne connaît aucun texte non religieux avant le hormis des récits populaires, et pas d’université avant celle de Mikhaïl Lomonossov, créée au .
Après le schisme de 1054, l'opposition théologique et idéologique à l’Occident se traduit par le rejet de l’influence de Rome puis de l’Allemagne. La Russie se réfère plus volontiers à Byzance, dont Moscou récupère l'héritage après la chute de Constantinople prise par les Turcs en 1453. Moscou se voit comme la « troisième Rome » et reprend l'aigle bicéphale comme symbole.
Le mot Littérature Selon Stépan ChévyriovPorte-parole slavophile, auteur d'une Histoire de la littérature russe, essentiellement ancienne (1846-1860) très répandue à l'époque, cité par Vladimir Vodoff in (1806-1864), le mot actuel Literatura ("литература") désigne la « littérature », mais il s'agit d'un emprunt du , pour désigner un art écrit. Slovesnost ("словесность"), l’ancien mot, signifie « art du mot » et désigne un art écrit ou oral. La « литература » caractérise ainsi ce qui relève de l’écrit.
Littérature vieux-russe
vignette|droite|Illustration d'Ivan Bilibine, Le Dit de la campagne d'Igor.
Le slavon d'église est la langue liturgique de l'Église orthodoxe : . Le grec médiéval (ou grec byzantin) est d'usage dans les relations diplomatiques avec l'Empire byzantin. Le vieux russe (slave oriental commun) est la langue commune de la Rus (au sens très large de Ruthénie) aux - , avant la séparation russe-ukrainien-biélorusse-rusyn).
La littérature vieux-russe se constitue de rares ouvrages écrits en vieux-russe comme l'anonyme Dit de la campagne d'Igor (Слово о Полку Игореве). Les bylines, épopées orales, ont mélangé les traditions païennes et chrétiennes, dans lesquelles l'influence de la littérature byzantine se fait sentir. La littérature médiévale russe est écrite en slavon avec une très forte thématique religieuse. Le premier ouvrage en russe courant, l'autobiographie de l'archevêque Avvakoum, ne voit le jour que vers le milieu du .
Après un long joug mongol (1243-1502), et la guerre de succession moscovite (1425-1453), le territoire russe est unifié autour de la Moscovie sous le règne d'Ivan le Terrible (Ivan IV de Russie, 1530-1584), premier « tsar de toutes les Russies » (tsarat de Russie, 1547-1721). À sa mort, sans successeur légitime, après Fédor Ier (1557-1598, tsar en 1584-1598), le pouvoir échoit finalement à Boris Godounov (1551-1605).
Son court règne (1598-1605) ouvre le Temps des troubles (смутное время), pendant lesquels des boyards se succèdent au Kremlin. Le désordre politique s'accompagne d’une famine et d’une crise économique sans précédent, mais du point de vue culturel, ce temps chaotique est riche. Sous l'impulsion de la république des Deux Nations (Pologne et Lituanie), la Russie s'ouvre au monde extérieur.
L'incertitude (Fédor II, Faux Dimitri, Vassili IV Chouiski, Ladislas IV Vasa) s'achève en 1615, après l'élection d'un tsar en 1613 : Michel III Romanov, premier représentant de la longue dynastie RomanovLa Maison Romanov a duré jusqu’à Nicolas II en 1917. À la fin du , son fils Alexis, Алексей Михайлович « le très paisible », lui succède. Son long règne (1645-1676) est marqué par de nombreuses réformes et l'apparition du raskol (schisme religieux). Sa deuxième femme, Natalia Narychkina (1651-1694, mère de Pierre le Grand (1672-1725)) s'intéresse beaucoup à ce qui se passe en Europe et exerce une grande influence sur son mari. Elle introduit en particulier le théâtre occidental et met en place une troupe permanente.
Textes
, dont bailichka et byvalschina, palea Documents sur écorce de bouleau, Onfim Inscriptions novgorodiennes sur écorce de bouleau
1000 (ou Livres du pilote), traduits (en vieux-slave puis en vieux russe) du Nomocanon byzantin, règles normatives ecclésiastiques Byline, chant épique (du ) Codex de Novgorod (vers 1000), Évangéliaire d'Ostromir (vers 1056, sur parchemin) Anthologies de Sviatoslav (1073-1076) Collection complète des chroniques russes (vers 1000-1400), Première chronique de Novgorod (vers 1095), Chronique des temps passés (vers 1111), Chronique des Radziwiłł (1220c), Chronique d'Ipatiev... (1213-1216) (XIIIe s.), compilation morale, surtout traduite du grec, adaptée au contexte russe (vers 1390), commémoration de la bataille de Koulikovo (1380), outre-Don Évangéliaires de Khitrovo (vers 1400)
1450 Soudiebnik (1497), premier code de lois de Russie moscovite Bible de Gennade de Novgorod (vers 1500) (vers 1530) Chronique de Nikon (vers 1530)
(1551), Livre des cent chapitres, issu du , réglementation ecclésiastique (1555), premier livre généalogique officiel des souverains de Russie (vers 1550-1570) Domostroï (vers 1560), ménagier russe Livre dynastique (1560-1563 pour les derniers apports) (Généalogie royale, Livre des diplômes royaux), compilation hagiographique Chronique illustrée d'Ivan le Terrible (vers 1570) Bible d'Ostrog (en vieux-slavon, vers 1580)
1600 Conte de Sloven et de Rus et de la ville de Slovensk (vers 1638-1640)
(1665) (1670) (1679) à dater
d'Isidor Snazine les chroniques de Novgorod de
Auteurs Parmi les auteurs : Nestor (moine) (1056-1106), Chronique des temps passés Higoumène Daniel (vers 1105), abbé-prieur, Le Voyageur , voyageur, auteur d'un récit, Voyageur (sur Constantinople, vers 1348) Athanase Nikitine (?-1472), négociant, voyageur, (Khozhdeniye za tri morya) (Inde, 1466-1472) (?-1595), marchand, voyageur, Description d'un voyage de Moscou à Constantinople Joseph de Volokolamsk (1440-1515), higoumène Sigmund von Herberstein (1486-1566), Rerum Moscoviticarum Commentarii (1549), en latin Ivan Timofeïev (1555-1631), scribe, Journal Vassili Gagara (?-1634), marchand, voyageur Nikon (patriarche de Moscou) (1605-1681) Avvakoum (1620-1682), archiprêtre, tête de file des Orthodoxes vieux-croyants, Vie du protopope Avvakoum écrite par lui-même Siméon de Polotsk (1629-1680), religieux, Le bâton de commandemen, Le Déjeuner spirituel (1682), Le Souper spiritue (1683) Grigori Kotochikhine (1630-1667), diplomate, La Russie au temps d'Alexis Mikhaïlovitch (Simeón Agafónovich Medvédev) (1641-1691), poète, théologien
Le
La modernisation de la Russie Avec le règne de Pierre le Grand (1682-1725), la culture russe se sécularise et arrive progressivement à une littérature, une peinture et une musique russes au début du . Amorcé à la fin du , le changement prend corps au début , avec la création de Saint-Pétersbourg en 1703. En 1721, l'État moscovite devient l'empire de Russie.
Dans un pays en grande partie analphabète, Pierre le Grand fonde le premier journal russe (gratuit), « Ведомости » (Les Nouvelles). Une réforme de l’alphabet simplifie les caractères cyrilliques, en s'inspirant de l'alphabet latinLe cyrillique tel qu’on le lit aujourd’hui provient d’une seconde réforme de la langue par Lénine en 1917.. En outre, de nombreuses écoles et institutions sont créées : l’Académie de Marine, l’École du Génie, l’École de Médecine de Moscou, l’Académie des Sciences, ainsi que le premier musée de Russie : la Kunstkamera, située à côté du palais d'Hiver.
Cependant, Pierre le Grand ne nourrit pas un intérêt profond pour la littérature et l’art. C’est avant tout quelqu’un de pratique, comme l’attestent ses réformes sur les académies ou l’administration en général. De même, les premiers livres imprimés en caractères cybiles sont des guides pratiques concernant l’art militaire, ou encore un manuel de correspondance.
Les genres littéraires thumb|Mikhaïl Vassilievitch Lomonossov. Sous Pierre le Grand, les chansons d’amour sont tolérées, ce qui est un changement essentiel. En effet, l’amour devient « autorisé », victime autrefois des désignations les plus dures. Ses chansons reprennent la tradition orale avec son système stylistique, ses images, et la poétique nouvelle du lyrisme européen.
On autorise également la littérature narrative : apparition de récits d’aventure, qui ne sont autres que des imitations de romans de chevalerie. Les « Повести » sont le plus souvent des adaptations au contexte russe de récits étrangers. On retrouve même des caractéristiques du conte populaire.
Le héros traditionnel de ces ouvrages est généralement un noble russe entreprenant, courageux, audacieux, et attiré par l’Occident: idéal de l’homme nouveau, pour l’élite. Un exemple en est l’Histoire du marin russe Vassili Kariotsky et de la belle reine Iraklia de la terre Florentine. L’aventure se passe à l’étranger, dans le ton du merveilleux (il devient roi de la terre florentine et épouse la reine). Le choix d'un marin comme héros dénote une certaine modernité (la flotte russe existe depuis très peu).
Cependant, tout le est marqué par l’hégémonie de la poésie. Des auteurs comme Antioch Kantemir, Vassili Trediakovski, et Mikhaïl Lomonossov au début du forment la première vague littéraire russe. En poésie Gavrila Derjavine, en prose Nikolaï Karamzine et Alexandre Radichtchev, au théâtre Alexandre Soumarokov et Denis Fonvizine défrichent des genres littéraires pour l'instant inexistants.
Vers l’élaboration d’une langue littéraire