Jean-Lambert Tallien, né le à Paris, baptisé paroisse Saint-GervaisArchives de Paris, état-civil reconstitué, registre des naissances, V3E / N 2093., mort le dans la même ville dans l'ancien 1er arrondissementArchives de Paris, état-civil reconstitué, registre des décès, V3E / D 1389., est un journaliste et un homme politique de la Révolution française.

Biographie Jeunesse et famille Son père Lambert Tallien, mort le , est maître d'hôtel du marquis de Bercy. Celui-ci assure une instruction à Jean-Lambert qui devient clerc de notaire puis de procureur.

Tallien épouse Thérésa Cabarrus le 6 nivôse an III () ; ils divorcent le 18 germinal an X (le )Archives de Paris, état-civil reconstitué, registre des décès, V3E / M 949.. De leur union naît Rose-Thermidor Tallien, filleule de Joséphine de Beauharnais, née en 1795 à Paris, morte le à NiceArchives départementales des Alpes-Maritimes, registre d'état-civil de Nice, registre des décès de 1862.. C'est durant sa mission bordelaise qu'il rencontre Cabarrus alors détenue comme suspecte ; il la fait libérer et la tient sous sa protection.

Début de carrière révolutionnaire Au début de la Révolution, Tallien, alors âgé de vingt-deux ans, devient secrétaire du député Jean-Baptiste Brostaret, et employé typographe à l’imprimerie du Moniteur universel.. Il fréquente la société des Jacobins et vit Rue de la PerleAlphonse Aulard, La Société des Jacobins tome 1, p. LXXIII.. En 1791, il fonde une société populaire et un journal, L'Ami des citoyensMichèle Belle-Labat, « Tallien Jean-Lambert », p.1015-1016 in Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, Presses Universitaires de France coll. « Quadrige », Paris, 1132 p., dirigé à partir d' par son collaborateur Méhée de la Touche.

En , il intervient à l'Assemblée nationale législative, au nom de la section de la Place-Royale, pour réclamer la réintégration de Pétion, destitué de ses fonctions de maire de ParisArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 46, séance du 8 juillet 1792, p. 252-253.. Le même mois, ainsi qu'Audouin et que Collot d'Herbois, il est désigné pour rédiger une adresse à l'armée au nom des sections parisiennesMichel Biard, Collot d'Herbois. Légendes noires et Révolution, Presses Universitaires de Lyon, Lyon, 1995, « Seconde Partie. Chapitre II : Premiers engagements militants (1789-1792) », p. 89-103..

Les massacres de Septembre Tallien participe ensuite à la journée du 10 août 1792 et siège à la Commune insurrectionnelle de Paris comme secrétaire-greffier. En , Il fait libérer des prisonniers mais en laisse mourir dans les tueries. Il est accusé d'être un « septembriseur » ; Robespierre et Marat le critiquent pour sa versatilité.

Débuts à la Convention Tallien est élu député du département de Seine-et-Oise, le neuvième sur quatorze à la Convention nationaleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, p. 59.. Dès le début de la session, il est élu membre du Comité de LégislationOp. cit., séance du 14 octobre 1792, p. 492., suppléant au Comité de Correspondance et des PétitionsOp. cit., séance du 16 octobre 1792, p. 531. et suppléant au Comité de Sûreté généraleOp. cit., séance du 17 octobre 1792, p. 547.. Il en devient membre titulaire en Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 57, séance du 22 janvier 1793, p. 617..

Tallien siège sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort sans appel au peuple ni sursis à l'exécution. Il est en mission lorsque se tiennent les scrutins sur la mise en accusation de MaratArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793, p. 75. et sur le rétablissement de la Commission des DouzeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 539..

Tallien est en effet envoyé en mission à plusieurs reprises durant son mandat à la Convention. La première est conduite avec Louis Legendre à Forges-les-Eaux où s'est réfugié et suicidé Philippe de Pâris, assassin du député Lepeletier de Saint-FargeauAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 2, Représentants en mission, séance du 30 janvier 1793, p. 27-28.. Aux côtés de Bentabole, il est envoyé dans la section des Gardes-Françaises le Op. cit., Représentants en mission, séance du 8 mars 1793, p. 285.. Le lendemain, il est désigné, aux côtés de Goupilleau de Fontenay, représentant en mission dans les départements de l'Indre-et-Loire et du Loir-et-CherOp. cit., Représentants en mission, séance du 9 mars 1793, p. 303.. Entre maiAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 4, Représentants en mission, séance du 21 mai 1793, p. 271. et juilletAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 5, Comité de Salut public, séance du 19 juillet 1793, p. 300-302., il passe à l'armée des côtes de La Rochelle.

De retour à Paris en août, il dénonce un complot au tribunal révolutionnaire en faveur du général Custine alors inculpé. Ainsi que Thirion et que Gaston, il demande l'arrestation du député girondin Saladin, qui a qualifié les montagnards de « scélérats et de septembriseurs »Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 72, séance du 21 août 1793, p. 552-554..

La mission à Bordeaux Tallien est envoyé en mission dans la Dordogne, la Gironde et le Lot-et-Garonne pour accélérer la levée en masseAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 6, Représentants en mission, séance du 23 août 1793, p. 74.. Il est spécifiquement astreint à la Gironde aux côtés d'Ysabeau à partir de septembreOp. cit., Comité de Salut public, séance du 10 septembre 1793, p. 395.. Sa mission est confirmée en nivôse an II ()Alphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public tome 9, Comité de Salut public, séance du 9 nivôse an II (29 décembre 1793), p. 746..

Le département de la Gironde est rebaptisé « Bec-d'Ambès » entre brumaire an II ()Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 78, séance du 12 brumaire an II (2 novembre 1793), p. 180. et germinal an III (). Une commission militaire est instituée à Bordeaux, sous la direction de Tallien. Environ cinq mille arrestations et trois cent exécutions sont décrétées. Parmi celles-ci, celle de l'ancien maire François-Armand de Saige ; celle de Jean Birotteau, député girondin des Pyrénées-Orientales alors en fuite et mis hors de la loiArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 78, séance du 12 brumaire an II (2 novembre 1793), p. 199..

Au fil du temps, sa situation se fragilise après qu'il est entré en conflit avec le général Brune et le ministre de la guerre Bouchotte. Dès brumaire, il est dénoncé par les autorités révolutionnaires locales au Comité de sûreté générale pour modérantisme. Il demande son rappel à Paris, mais est maintenu en place par le Comité de salut public.

Tallien aggrave son cas en n'appliquant pas la loi du 14 frimaire an II. Puis il destitue le comité révolutionnaire de Bordeaux qu'il considère comme ultra-révolutionnaire. Toutefois, Jullien de Paris, l’agent du Comité de salut public, en mission dans les départements de l’Ouest, le dénonce à Paris. Son arrêté concernant le comité bordelais est cassé et le Comité de salut public lui demande des comptes.

La lutte contre Robespierre vignette|alt= Dessin de trois poses expressives du député à la tribune, il tient un poignard à la main droite.|Tallien à la séance du 9 thermidor. De retour à la Convention, Tallien siège avec les indulgents. Il est élu secrétaire du bureau pour deux semaines le 16 ventôse (le ), sous la présidence de Rühl, ses collègues secrétaires étant Bézard et MonnelArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 86, séance du soir du 16 ventôse an II (6 mars 1794), p. 147.. Il accède à la présidence au renouvellement suivant le germinal (le ), ses secrétaires étant Leyris, Peyssard Pottier et BaudotArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 87, séance du soir du 1er germinal an II (21 mars 1794), p. 58.. Le 11 germinal (), sur motion de Saint-Just qui parle au nom des Comités de Salut public et de Sûreté générale, les six députés dantonistes sont décrétés d'accusation devant le tribunal ; Tallien donne la parole à Legendre qui ne peut empêcher la victoire de Robespierre sur la faction des indulgents.

Sa maîtresse Thérésa est incarcérée à la Force à partir du 12 prairial (). Le 23 et le 24 (11 et ), Tallien tente de faire rapporter la loi de Prairial votée le 22 mais se heurte à l'hostilité de Robespierre. Se sentant menacé, il s'implique particulièrement dans le 9 thermidor dont il est la cheville ouvrière avec Fouché. De façon décisive, il interrompt le discours de Saint-Just et empêche Robespierre de prendre la parole. Il déclare :

Chef de la réaction thermidorienne

vignette|Portrait de Jean-Lambert Tallien par Melchior Péronard. Tallien s'impose comme le vainqueur du 9 thermidor. Dès le 13 thermidor (), il entre au Comité de Salut public, renouvelé par quart tous les mois, aux côtés de Laloy, Eschasseriaux aîné, Thuriot, Treilhard et Bréard. Il démissionne au renouvellement du mois suivant, ainsi que Billaud-Varenne et Collot d'Herbois, Barère étant le seul membre à sortir par tirage au sort.

Le 11 fructidor, peut-être à son instigation, son collègue Lecointre dénonce comme terroristes certains des anciens membres des comités de gouvernement. Mais cette attaque échoue et Tallien se heurte ici à son ancien camarade dantoniste Thuriot, ainsi qu'aux députés montagnards. Trois jours plus tard, il démissionne du Comité de salut public mais y laisse entrer certains de ses amis thermidoriens alors que les montagnards Collot et Billaud en sortent avec lui. Le 17 fructidor, après une séance houleuse, il est exclu du club des Jacobins, en compagnie de Lecointre et de Fréron, ce qui marque sa rupture définitive avec la Montagne. Le 23 fructidor, il est victime d'un attentat au pistolet dont on ne retrouvera jamais l'auteur. Si certains ont soupçonné une manipulation de sa part, cet assassinat manqué renforce sa popularité.

Dénoncé comme ancien terroriste, Tallien réussit à s’en sortir en demandant les têtes de Billaud-Varenne et de Collot d’Herbois. Relançant l'Ami des citoyens, il attaque les Jacobins, les anciens représentants en mission Carrier et Le Bon, fait fermer le club des Jacobins le et supprimer le Tribunal révolutionnaire le . Avec Fréron, il organise des bandes de Muscadins, qui se heurtent aux Jacobins, notamment le , au Palais-Égalité.

Entre avril et , il est de retour au Comité de salut public où il est chargé du commerce et de l'approvisionnement. C'est alors qu'il prend ses distances avec la droite pour se rallier définitivement au camp républicain.

En , il se distingue, lors de l’écrasement des forces royalistes débarquées à Quiberon par l’armée républicaine, commandée par Hoche, en ordonnant l’exécution de 757 émigrés faits prisonniers.

Lors des derniers jours de la Convention, Tallien s'inquiète de la victoire des royalistes aux élections et réclame l'annulation de celles-ci, ainsi que l'élection du Directoire par la Convention elle-même. Très vivement combattue par les modérés, comme Thibaudeau, sa proposition est rejetée. Nommé, le 30 vendémiaire an IV, membre d'une commission de cinq membres chargés de proposer des mesures de salut public, il présente, le 3 brumaire, un long rapport dans lequel il dénonce les nouveaux députés royalistes de Paris mais, de nouveau, ne parvient pas à faire admettre l'idée d'un coup d’État républicain.

Disgrâce et fin de carrière