Rutilus rutilus, le Gardon, Gardon blanc, Gardon commun ou Cyprin rosse, est une espèce de poissons d'eau douce très communs, souvent de petite taille entre dix et trente cmKottelat M & Freyhof J (2007) Handbook of European freshwater fishes. Publications Kottelat, Cornol, Switzerland. 646 p.source retenue par Fishbase. Il vit en Europe et en Asie de l'Ouest. Son nom latin d'espèce (Rutilus ; rouge éclatant) évoque probablement la couleur de ses nageoires, voire le rouge aux reflets métalliques de son œil (qui est cependant d'abord jaune chez le juvénile).

Dans la plus grande partie de son aire de distribution, il est le plus nombreux parmi les espèces de poissons présents, mais pour ce qui est de la biomasse, il peut être dépassé par la brème commune et la carpe commune dans les eaux à forte turbidité et à la végétation clairsemée.

Ce poisson grégaire n'effectue que de courts déplacements sur son territoire et on ne le considère donc pas comme migrateur. En saison froide, il migre vers les eaux profondes où il vit au sein de bancs qui peuvent être denses et atteindre des centaines d'individus (y compris dans les petits ports intérieurs).

Le gardon adulte est réputé préférer les eaux riches en végétaux dont certains sont consommés par les jeunes ou les adultes et où les alevins se cachent facilement.

Il peut s'adapter à des environnements où les invertébrés sont rares en ralentissant sa croissance.

Sa chair est appréciée, mais comme c'est l'une des espèces les plus tolérantes à la pollution, elle peut également parfois être polluée.

Synonymes : Abramis leuckartii (Heckel, 1836) Cyprinus rutilus (Linné, 1758) Leuciscus rutilus (Günther, 1868) Leuciscus rutilus (Linnaeus, 1758)

La génétique et la diversité génétique de ce poisson ont été fortement perturbées par son élevage et sa dissémination par les pêcheurs ; on en connait une seule sous-espèce (dans les bassins de la mer Noire et de la mer Caspienne ainsi qu'en Italie dans les Apennins), identifiable par des critères anatomiquesFiche gardon de la base de données Fishbase, voir le § intitulé Short description .

Dénominations Nom scientifique valide : Rutilus rutilus (Linnaeus, 1758) Protonyme : Cyprinus rutilus Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Gardon.., Gardon blanc, Gardon commun, Cyprin rosse Noms vernaculaires (langage courant) : blanchet, échatout, mandog, plotze/plötze, roche, rosse, rousse, vangeron, vengeron

Description thumb|upright=1.3|Exposition Subaqueous Vltava à Prague. thumb|upright=1.3|Rassemblement estival de jeunes gardons, dans un fossé eutrophe et peu profond, mais ici très végétalisé (en zone à dominante très urbaine, mais dans l'enclave verte ceinturant de la Citadelle de Vauban à Lille).

Le Gardon est un chordé, ostéichthyen, téléostéen. C'est donc un vertébré, épineurien, avec une chorde (même si elle a disparu chez l'animal adulte on la voit lors du développement embryonnaire), qui présente une fente pharyngienne en relation avec la cavité buccale.

Il a un crâne osseux et un épiderme pluristratifié. Il est un bon exemple de l'adaptation des chordés à la vie aquatique (forte poussée d'Archimède, faible teneur en oxygène, aliments fixés, flottant ou en suspension…).

La plupart des gardons observés sont jeunes et petits et mesurent entre dix et trente cm pour un poids de dix à . Leur forme varie progressivement au cours de l'ontogenèse, passant d'un profil fusiforme à un corps plus haut. Seuls un petit nombre parmi eux atteindra l'âge adulte où ils pourront atteindre environ et exceptionnellement jusqu'à . Ils peuvent alors peser de un à deux kg.

Le poisson a une forme hydrodynamique, il est quatre fois plus long que large. Il possède une nageoire caudale assez allongée et rougeâtre. Il a un œil dont le tour est rougeâtre et une bouche plutôt horizontale, Sa nageoire dorsale et ses nageoires pelviennes sont positionnées sur le même axe vertical (vu de profil), ces trois derniers critères permettent de le distinguer d'autres cyprinidés et notamment du rotengle (mais les hybrides peuvent être difficiles à distinguer).

Risques de confusion : avec le rotengle et l'ablette (pour les juvéniles) et avec divers hybrides (Gardon x autre cyprinidé).

Aire de répartition Cette espèce serait originaire d'Europe centrale et de l'Est, avec comme limite septentrionale de son la Finlande, la Suède et l'Angleterre, sa limite méridionale, les Alpes et le Bosphore Keith P (2003) Le Gardon : Rutilus rutilus (Linné, 1758). Pages 122-123, in : Évolution holocène de la faune de Vertébrés de France : invasions et disparitions (M.Pascal, O. Lorvelec, J.-D. Vigne, P. Keith & P. Clergeau, coordonnateurs), INRA, CNRS, MNHN (381 pages). Rapport au Ministère de l'Écologie et du Développement Durable (Direction de la Nature et des Paysages), Paris, France. Version définitive du 10 juillet 2003 (fiche Gardon).

Autochtone dans la plupart des eaux intérieures continentales d'Europe, il a été introduit par des pêcheurs et/ou pisciculteurs en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, en Grèce et à ChypreFiche Gardon de DORIS, consulté 2014-07-21. Il a aussi été introduit dans l'hémisphère sud (en Australie).

Plusieurs de ces pays ont signalé après son introduction qu'il semblait avoir un impact défavorable sur les espèces autochtones.

En France, il a été introduit en Corse en 1970 dans trois plans d'eau artificiels de la plaine orientale de l'île (Réservoirs de Peri, Teppe-Rosse, Alzitone) pour en permettre la pêche sportive en seconde catégorie (activité jusqu'alors inexistante). À partir de là, des pêcheurs l'ont introduit dans divers réservoirs de barrages (Ospedale, Tolla), gravières (Porto-Vecchio, Gravona), canaux (Biguglia) et cours de grandes rivières (Gravona, Tavignano) corsesRoché B & Mattei J (1997) Les espèces animales introduites dans les eaux douces de Corse. Bulletin Français de Pêche et de Pisciculture, 344/345 : 233-241..

Paléontologie Des restes fossiles osseux de gardons ont été trouvés dans les restes culinaires préhistoriques, par exemple dans des couches datées du Paléolithique supérieur dans le Bassin de la Garonne (à l'Aurignacien à Bezenac, Le Flageolet ; au Magdalénien à Couse, Lisle et St. Rabier) ou encore dans le Bassin du Rhône pour l'époque Magdalénienne à Sainte-Anastasie)Cleyet-Merle JJ (1990) La préhistoire de la pêche. Collection des Hespérides, Errance Éd., Paris : 195 pp.

Habitats Cette espèce est rustique et relativement ubiquiste. Le gardon est réputé préférer vivre dans les parties profondes de la colonne d'eau, mais très adaptable, il peut aussi densément coloniser des plans d'eau ou fossés de de profondeur et étroits de de large et s'adapte aux circonstances locales, et en été il fréquente souvent la surface.

On le trouve aussi bien dans des zones boréales très froides et dans les zones de courants ou de remous (où il semble apprécier les fonds de 2 à et les herbiers, et aussi les zones avec peu d'air) que dans des zones eutrophes et chaudes, dans des fossés de fortification, des canaux, voire des canaux fermés de pleine ville (Moyenne Deûle à Lille par exemple, fermée depuis 50 ans).

Dans les milieux pollués ou eutrophes, il n'atteint toutefois pas ou rarement sa taille maximale d'adulte.

Selon une étude basée sur des analyses génétiques faites en vallée du Rhône et publiée en 1999, pour des raisons mal comprises, selon les données acquises lors de cette étude, le gardon semble peu sensible ou insensible à la fragmentation ou à la différence de milieu ; alors que les données génétiques montrent qu'au sein de la métapopulation du bassin, le chevesne est génétiquement différent entre l'amont et l'aval du bassin ou d'un grand barrage, Laroche J, Durand JD, Bouvet Y, Guinand B & Brohon B (1999) Genetic structure and differentiation among populations of two cyprinids, Leuciscus cephalus and Rutilus rutilus, in a large European river Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 56(9), 1659-1667.

Il tolère une charge importante en polluants organiques, c'est l'une des dernières espèces à disparaître dans les eaux polluées, mais il est également souvent le plus présent (en nombre et parfois en biomasse) des cyprinidés dans les eaux oligotrophes (naturellement pauvres en nutriments). Il tolère aussi dans une certaine mesure l'eau saumâtre et peut fréquenter les estuaires. Il tolère les eaux tièdes mais meurt à partir de ().

Comportement C'est un poisson grégaire qui vit en groupe parfois important, mais presque toujours composés d'individus de la même taille. Ces bancs se rendent plus denses et plus vifs et nerveux en présence de prédateurs. Les plus gros se tiennent toutefois un peu à l'écart des groupes.

Son activité est plutôt diurneHammer C. ; Temming A. ; Schubert H.-J. ; Diurnal variations in swimming activity of Rutilus rutilus (Cyprinidae) in a group under tank conditions, Univ. Hamburg, Inst. Hydrobiologie Fischereiwissenschaft, in « Internationale Revue der gesamten Hydrobiologie » Coden Ighyaz, 1994, vol. 79, no3, (1 p.1/4) Éditeur : Akademie-Verlag, Berlin, Allemagne ref INIST-CNRS.

Ses « réponses anti-prédation » (pour ce qui est de la capacité de fuite et du réflexe de se cacher) ont été étudiées par deux biologistes (Peter Eklöv et Lennart Persson). Ils ont pour cela recréé un système prédateurs-proies expérimental en enfermant des gardons (et de jeunes perchaudes) dans des enclos avec ou sans perches adultes (piscivores) comme « prédateur », et avec différentes offres en quantité et qualité de refuges (pas de structure-refuge du tout, une structure formant un refuge partiel, et une structure formant un refuge complet). Les comportements des proies et de leurs prédateurs ont ensuite été observés dans ces trois situations, ainsi que le nombre de proies tuées. Lors de cette expérience, les piscivores sont restés dans ou près du refuge des proies, et ils se dispersaient le plus dans les enclos disposant de refuges pour les proies. Sans surprise, la survie des jeunes perchaudes était améliorée dans l'enclos garni des refuges les plus efficaces, mais l'expérience a aussi montré que les gardons répondaient aussi à la présence de perches prédatrices en formant des bancs plus denses et en nageant nettement plus vite (non seulement en eau libre, mais également dans le refuge), réflexe qui leur a permis d'utiliser une superficie plus grande que ne le faisait la perche juvénile. En présence de prédateurs, les deux espèces-proies sont restées plus à proximité du refuge et y ont passé plus de temps. Le nombre d'aller-retour entre la zone d'eau libre et la zone refuge était plus élevée pour les gardons juvéniles que pour les jeunes perchaudes. Ces dernières ont cependant utilisé les différentes parties du refuge de manière plus complexe et en fonction à la fois de la présence du prédateurs et selon le type de refuge disponible (alors que les jeunes gardons en utilisaient les différentes parties de manière plus prévisible et dans des proportions identiques quel que soit le type de refuge. Les résultats de cette étude suggèrent que le gardon juvénile est globalement mieux capable que les perchaudes juvéniles d'éviter la prédation. Toutefois, les jeunes perchaudes semblent répondre à la présence de prédateurs par une utilisation plus souple du refuge que le gardon juvénile. La nature et la quantité de refuges (plantes, branches, caches… pourrait donc influencer différemment le taux de survie des jeunes perchaudes et des gardons face à des prédateurs tels que la percheEklöv P & Persson L (1995)Species-specific antipredator capacities and prey refuges: interactions between piscivorous perch (Perca fluviatilis) and juvenile perch and roach (Rutilus rutilus) ; Behavioral Ecology and Sociobiology ; septembre 1995, vol.37, n03, (résumé).

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