Mangaia (API : /Maŋaia/) est l'île la plus méridionale de l'archipel des îles Cook. Une distance de la sépare de Rarotonga, à l'ouest-nord-ouest, et autant de Mauke, au nord-nord-est.
Elle est aussi la seconde en taille après cette dernière avec une superficie d'environ . Un autre nom de Mangaia est Auau du nom de l'hibiscus jaune ((Hibiscus brackenridgei) qui pousse sur ses côtes ou selon d'autres sources et interprétations « a'ua'u », terme signifiant empiler, surface élevée. L'île est en effet un atoll surélevé. À ce titre, elle est constituée en son centre de collines basaltiques cernées de falaises coralliennes appelées makatea et culminant à plus de pour une largeur moyenne de .
Le village principal est Oneroa.
Démographie
La population de Mangaia n'a cessé de décroître depuis ces trente dernières années. Mangaia comptait dans les années 1970 encore plus de . Ce chiffre est tombé à 654 au recensement de 2006 soit une baisse de plus de 12 % par rapport à 2001. Cette dépopulation s'explique par le départ d'une partie de la population en âge de travailler vers Rarotonga où l'accès à l'emploi est plus facile. D'autres encore ont opté pour l'émigration vers l'étranger (notamment la Nouvelle-Zélande et l'Australie).
Économie L'activité économique de Mangaia reste tournée essentiellement vers l'agriculture. Se pratiquent : la culture du taro qui reste l'aliment de base des Mangaians, de la patate douce et la culture d'agrumes ; la cueillette du ma'ire ou maire (oldenlandia foetida) sur le makatea exporté vers Hawaii et qui sert à la confection de couronnes de fleurs ('ei) ; la fabrication de jus de « noni » ou « nono » réputé pour ses vertus revigorantes et curativesIl s'agit du fruit du Morinda citrifolia utilisé autrefois comme nourriture en période de disette. Son exploitation commerciale que l'on retrouve dans toute la Polynésie est récente et ne date que d'il y a une dizaine d'années ; l'élevage, essentiellement porcin et caprin ; la pêche sur le récif.
L'île est ravitaillée par quatre vols hebdomadaires en provenance de Rarotonga et le passage tous les mois d'un cargo.
La quasi-absence de plagesIl existe une petite plage de sable près de l'aérodrome. et le peu d'infrastructures hôtelièresIl existe trois pensions sur l'île n'a pas permis d'y développer l'activité touristique classique, le développement futur de ce secteur passant sans doute par l'écotourisme.
Des fonds français et australiens ont financé en 2003, deux éoliennes afin d'accroître la production d'électricité sur l'île, fournie pour l'essentiel par des générateurs à essence. Malheureusement, ces éoliennes connaissent des soucis techniques, si bien que l'île souffre régulièrement de coupures électriques au grand mécontentement des locauxLe gouvernement français par la voix de l'ambassadeur de France en Nouvelle-Zélande a promis depuis de régler le problème sans néanmoins fixer d'échéancier précis. La hausse du prix de l'essence rendant la question d'autant plus urgente.
Découpage Administrativement l'île est divisée en trois circonscriptions : Oneroa (circonscription) où se concentrent la plupart des commerces et des administrations; Ivirua (circonscription) dont est originaire Jim Marurai, l'actuel Premier Ministre des Cook; et Tamarua (circonscription). Historiquement l'île comprenait 6 districts ("puna")litt. bassin d'eau favorable aux tarodières, ils se subdivisent à leur tour en tapere. (cf carte), avec à leur tête un chef appelé "pava" ou "kavana"Emprunt au terme anglais de "governor". Les missionnaires regroupèrent pour faciliter leur travail de conversion la population de ces six districts dans les trois villages actuels (oire). Au village d'Oneroa, vivent aujourd'hui les gens des anciens "puna" de Veitatei (puna), Keia (puna) et Tavaenga (puna); au village d'Ivirua (village), ceux de Karanga (puna) et d'Ivirua (puna)Le village actuel s'étend du reste sur le territoire des deux anciens districts; au village de Tamarua (village), ceux du district éponyme de Tamarua (puna). Cet ancien découpage est toujours pertinent en ce qui concerne l'utilisation et le partage des tarodières. Il est ici important de préciser que Mangaia ne relève pas du tribunal foncier des îles Cook, ses leaders coutumiers ayant jusqu'à aujourd'hui, toujours refusé une quelconque "intrusion extérieure" dans le règlement de leurs affaires foncières. Il faut dire que l'île se dépeuplant et n'attirant que peu de touristes, la pression foncière et la spéculation y sont bien moins importantes que par exemple sur RarotongaEn janvier 2008, Numangatini Nooroa Ariki (grand chef de l'île) tenta à la demande des Mangaians expatriés en Nouvelle-Zélande de changer cet état de fait, ce que lui refusèrent les 6 pava de l'île, "They don't want any outside influence whatsoever" (Article du Cook Islands News paru dans l'édition du 14 janvier 2008) .
Variante dialectale
Le "reo mangaia" ou mangaian est une variante dialectale du maori des îles Cook. Seuls quelques mots de vocabulaire et prononciations diffèrent. Par exemple, à l'intervocalique le "m" est souvent éludé, "kumara" (patate douce) donne ainsi "ku'ara". De même, le "a" final du rarotongien est prononcé o en mangaian, "tera" (cela, là) devenant "tero". Ces variations tendent néanmoins à s'estomper au profit du maori standard.
Histoire Peuplement de l’île Les Ngariki, premiers habitants de Mangaia Selon la tradition orale, les Mangaians seraient originaires d'Avaiki, défini sur place comme le "monde souterrain des esprits"Traduit en anglais par les termes "Underworld" ou "netherworld". Pour mieux comprendre les différentes significations ou localisations d'Avaiki, voir l'article qui lui est consacré . Celui-ci est décrit comme le creux d'une gigantesque coquille de noix de coco. Au plus profond de cette noix de coco vivait un esprit femme (vaerua) appelée Vari ma te TakereCe nom peut prendre plusieurs significations. "Vari" peut désigner la boue, l'une des nuits du calendrier lunaire réputée comme étant favorable pour planter des taros mais également les reliquats d'un taro après avoir été épluché. "Takere" désigne la fondation, la base, le fond d'une pirogue, ou plus généralement une chose ancienne. Cette femme arracha une partie de sa hanche droite pour donner naissance à Vatea ou Avatea, un esprit mi-homme mi-poisson, père de l'humanité et des ancêtresCeci n'est pas sans rappeler le mythe inversé de la genèse i.e. Adam créé à partir de boue et de limon donnant naissance à la première femme à partir de l'une de ses côtes. C'est assez classique de la tradition océanienne ou bien souvent éléments anciens et bibliques se mêlent dans un joyeux syncrétisme. C'est encore moins étonnant dans le contexte Mangaian lorsque l'on sait que celui qui le premier recueillit ce récit n'est autre que le missionnaire de la LMS William Wyatt Gill, à une époque où toute la population était déjà convertie (cf. "Myths and songs from the South Pacific" , London 1876). Avatea partit vivre en haut de la noix de coco, juste en dessous du monde des vivants. Un jour, il embrassa une femme endormie appelée Papa (le rocher), donnant naissance aux deux premiers humains Tangaroa et Rongo. Les deux frères devaient se partager la nourriture. Bien qu’étant le cadet, Rongo prit peu à peu l’ascendant sur son frère aîné en réussissant à accaparer par subterfuge l’essentiel des récoltes. Il s’empara également de l’épouse de Tangaroa, une certaine Taka. D’après le récit de Mamae Reilly, M.P.J. War and Succession in Mangaia from Mamae's Texts, Memoir no. 52. Auckland: The Polynesian Society, (2003), 111p, Rongo qui était circoncis te’e (circoncis) ure (Pénis) avait plus de sex appeal que son frère. De leur union, naquit une fille, Tavake avec qui Rongo eut trois fils. L'aîné s'appelait Rangi et ses deux frères cadets Mokoiro et Akatauira. Il leur conféra à chacun une fonction et un titre d’Ariki. À Rangi, il confia le pouvoir temporel, à Mokoiro, l’autorité sur la nourriture et à Akatauira, le pouvoir spirituel. Ils seraient les ancêtres à l’origine des trois lignées de la tribu des NgarikiContraction de Nga Ariki, tribu considérée comme étant la plus ancienne, "tangata enua" de Mangaia.
Cette version quelque peu ésotérique de l’origine des Ngariki fut par la suite remise en cause ou interprétée différemment par l'anthropologie. Selon l'ethnologue maori Peter Buck (Te Rangi Hiroa), lorsque Tangi'ia s'enfuit de Tahiti pour Rarotonga aux alentours de 1250, il emmena avec lui quelques "manahune"En tahitien le terme désigne les gens du commun qui n'ont aucun titre coutumier, "unga" en maori des Cook. qui désespérant de grimper à l'échelle sociale, partirent vers Mangaia sous la direction de Rangi. Par la suite leur rivalité avec Rarotonga, leur fit dissimuler leur véritable île d'origine pour une explication plus mystique qui ne pouvait que plaire à leurs interlocuteurs de l'époque à savoir les missionnairesMy belief is that after about two centuries of repressed life in Rarotonga, members of these groups migrated to Mangaia under the leadership of Rangi and his brothers. In Mangaia they commenced life afresh. With the broken threads of myth and tradition with which they were conversant they built up a new story of their origin. Their reaction was one of antagonism toward Rarotonga. They concealed their own origin in that land by inventing an origin from a spiritual Auau in the underworld of Avaiki. They could not come from an earthly Avaiki without passing through Rarotonga, hence the deliberate suppression of the truth. Peter Buck, "Mangaian Society", Bulletin of the Bishop Museum, Honolulu, 1934. p.32.
Installations postérieures Après l’installation des Ngariki, Mangaia aurait connu une première invasion d’une flotte conduite par un groupe appelé TongaitiLeur nom complet serait Tongaiti-akareva-moana (litt. « Les Tongaiti qui voyagent de par l’Océan », Mangaian Society p.37). Selon Gill, ceux-ci seraient originaires de Tonga, ce dont néanmoins doute Peter Buck Gill (6, p. 287) alludes to the newcomers as driftaways from Tonga, but he had nothing to support this statement except the presence of the word Tonga in Tongaiti. Il est en effet plus probable qu’ils venaient directement de Rarotonga, Tongaiti étant le nom d’un clan de cette île. Ils s’installèrent dans le sud de Mangaia à l’emplacement de l’actuel district de Tamarua, y introduisant l’arbre de ferToa en maori (nom sc.Casuarina equisetifolia) et le porcherMiro en maori (nom sc. Thespesia populnea). Bientôt, une guerre éclata entre les Ngariki et les Tongaiti, guerre qui vit la victoire des premiers. Les Tongaiti furent néanmoins autorisés à rester à Tamarua en échange du sacrifice de l’un de leur guerriers, Vaioeve. Ils y construisirent le marae Aumoana, siège de la tribu.