Marie Uguay est une poétesse québécoise née le à Montréal, et morte le dans la même ville à l'âge de 26 ans. Son activité dans le domaine littéraire, bien que brève, est marquée par la publication de deux recueils de son vivant, en plus d'autres poèmes et d'un Journal à titre posthume.
Biographie
Enfance Marie Uguay (née Lalonde) a vécu toute sa vie à Montréal dans le quartier de Côte-Saint-Paul, où elle est née le . Ses parents, Denise Uguay et Jacques Lalonde, tous deux issus d’un milieu modeste, y étaient établis depuis déjà une génération.
L’enfance de Marie Uguay est centrée autour du noyau familial maternel, où son grand-père, César Uguay, exerce de l’ascendant sur toute la famille par la force de son caractère et sa détermination. Parti de rien mais passionné de musique, il réussit à changer sa condition de simple ouvrier d’usine pour celle de musicien, devenant professeur de musique dans différents collèges de Montréal. Il a une forte influence sur Marie Uguay, qui voit en lui la possibilité pour quiconque de changer sa condition à force de travail et de volonté, et de se réaliser à travers les arts. Toute son enfance est imprégnée de cet idéal qu’il incarne, elle qui se sent opprimée par l'idée d'un destin déterminé en étant une fille, et c'est pourquoi elle décide, en signe d'appartenance, de prendre son nom comme écrivaine.
Très tôt Marie Uguay est attirée par la lecture, et elle se met à son tour à écrire des histoires qu’elle illustre de dessins ou de collages. Des histoires comme celles qu'elle peut lire dans les livres de son âge et qui mettent en scène des princesses en quête d'amour ou de jeunes aventuriers intrépides avec le monde entier pour terrain de jeu. Elle les lit à ses amies, ou parfois même devant sa classe, et découvre le pouvoir de séduction que son jeune talent peut exercer sur les autres.
Mais elle délaisse peu à peu les aventures romanesques de son enfance et commence à écrire de la poésie vers l’âge de , alors qu’elle étudie à l’école secondaire Esther-Blondin dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Son intérêt ne se porte plus sur des histoires inventées, mais sur les mots eux-mêmes qui se mettent à vivre, à transmettre des émotions. « L’aventure n’a plus été celle des personnages, mais l’aventure est devenue celle des mots »Marie Uguay, dans Marie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque, ONF, Montréal, 1982 (http://www.onf.ca/film/marie_uguay/)
Les premiers recueils En , elle commence des études en lettres au collège Marguerite-Bourgeoys à Westmount, et c'est durant l'hiver suivant qu'elle entame la rédaction du recueil Signe et rumeur. Puis, à l’automne 1974, elle entreprend des études en communication à l'Université du Québec à Montréal, qu'elle abandonnera cependant avant la fin de sa deuxième année. C'est cette année-là, en , qu'elle y rencontre Stéphan Kovacs, étudiant dans la même faculté, qui collaborera au fil des ans à ses publications et demeurera son compagnon jusqu’à la fin de sa vie. Or, quelques mois plus tôt, elle venait de recevoir une réponse favorable des Éditions du Noroît, à qui elle avait envoyé le manuscrit de Signe et rumeur, l'informant qu'il serait publié l'année suivante.
Au printemps 1976, son recueil Signe et rumeur est complètement achevé, et c'est l'esprit ouvert que Marie Uguay part pour trois mois aux Îles de la Madeleine, grâce à une bourse de création photographique obtenu par son compagnon Stéphan Kovacs. Elle est heureuse et épanouie, écrit, dessine, et c’est là-bas qu’elle ébauche les premiers poèmes de son deuxième recueil L’Outre-vie : des poèmes fortement influencés par le paysage maritime et les gens qui l’habitent. De retour à Montréal, son attention se portera alors avec un regard neuf sur la ville et sur la condition des femmes. En novembre de la même année paraît Signe et rumeur.
La maladie Sa vie est cependant brutalement bouleversée au début de , tandis qu'elle apprend être atteinte d'un cancer virulent des os, et un combat acharné de deux mois à l'hôpital n'empêchera pas l'inconcevable : l’amputation d'une de ses jambes. Le cancer semble à tout le moins circonscrit, et elle sort de l’hôpital à la fin du mois de novembre, mais y retournera de façon intermittente afin de recevoir différents traitements préventifs. Lors de cette terrible épreuve, Marie Uguay trouve néanmoins la force d’écrire, et les poèmes qui en résultent sont ajoutés à son recueil L'Outre-vie, auquel elle donne une toute nouvelle tonalitéStéphan Kovacs, Journal de Marie Uguay, Introduction, p. 7-14, Éditions du Boréal, Montréal, 2005, (http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/journal-1343.html).
Après ce combat pour sa survie et son intégrité physique, Marie Uguay est en convalescence à la maison, puis, au début de l'année 1978, en réadaptation pour réapprendre à marcher avec une jambe artificielle. Elle réussit à traverser cette période difficile, grâce à un rêve qu'elle a depuis toujours et qui pourra enfin se réaliser : un premier voyage en France, à Paris, prévu à la fin de l'été 1978. Avant son départ, elle finalise la rédaction de L’Outre-vie, qu’elle remet à son éditeur, et, pendant l’été, elle participe à une première lecture de poésie au Théâtre de l’Île d’Orléans, où sa prestation sur scène et la force de ses textes ont un écho immédiatGinette Stanton, « Les sorcières aux lundis de la lune à l’île d’Orléans », Le Devoir, Montréal, 12 juillet 1978.
Toutefois, ce voyage ne réussit pas à apaiser la meurtrissure profonde qu'elle porte en elle et qui est désormais un obstacle permanent à ses désirs. Paris est une ville qui se découvre à pieds et elle à du mal à suivre le rythme. Elle revient déçue, d'elle-même, de ses espoirs de conquête d'un lieu qu'elle avait sans doute trop idéalisé, n'écrivant d'ailleurs presque rien là-bas. À son retour, en , elle reçoit des traitements préventifs contre le cancer qui se poursuivront durant toute l'année suivante.
Le dernier recueil C'est au cours de l'été 1979 que prennent forme de nouveaux textes en prose qu'elle remanie en poèmes, ceux de son prochain recueil Autoportraits. Et l'automne de la même année sera marqué par la sortie de son recueil L'Outre-vie. Mais au début de 1980, l'apparition de métastases pulmonaires de son cancer des os occasionne des traitements plus intensifs et difficiles. Marie Uguay reste pourtant active, allant parfois au-delà de ses limites physiques, et elle participe à de nombreuses lectures de poésie où sa voix est toujours d'une présence exceptionnelle. Elle se distingue notamment à la Nuit de la poésie, et sa prestation fera partie du film réalisé lors de l’événement par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse pour l'ONF: La Nuit de la poésie 28 mars 1980Luc Perreault, « La nuit de la poésie 1980 », La Presse, Montréal, 29 novembre 1980.
À la fin de la même année, le cinéaste Jean-Claude Labrecque, impressionné par sa détermination et sa poésie, lui propose de faire un film entièrement sur elle. Une collaboration en ce sens se poursuivra tout au long de l’année 1981, pendant laquelle elle subit de fréquents assauts de sa maladie tout en poursuivant l’écriture de son recueil Autoportraits. De nouvelles complications de son état de santé menaceront cependant le projet de film, mais une série d’entretiens avec l’écrivain Jean Royer sont tout de même tournés in extremis en septembre. Un mois plus tard, le , Marie Uguay meurt à l’hôpital.
Reconnaissance posthume Au printemps de l'année suivante paraît son dernier recueil, Autoportraits, et a lieu également la sortie du film Marie UguayMarie Uguay, film de Jean-Claude Labrecque, Office national du film du Canada, Montréal 1982 (http://www.nfb.ca/film/marie_uguay), réalisé par Jean-Claude Labrecque, qui contribue grandement à faire connaître sa vie et son œuvreRichard Guay, « Le poète meurt, la poésie reste » et Jean Royer, « Marie Uguay par elle-même », Le Devoir, Montréal, 3 avril 1982. Lors de la même année, la maison de la culture du Sud-ouest de Montréal, quartier où Marie Uguay a toujours vécu, est baptisée en son honneurMaison de la culture Marie-Uguay, Montréal, Québec (http://www.ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7757,84693629&_dad=portal&_schema=PORTAL), et elle reçoit pour son œuvre, à titre posthume, la médaille de la Fondation Émile-NelliganFondation Émile-Nelligan, Montréal, Québec (http://www.fondation-nelligan.org).
Marie Uguay est souvent perçue comme une « étoile filante » par sa brève mais fulgurante ascension dans le paysage littéraire québécois. Avec seulement deux recueils publiés de son vivant, ainsi qu’un dernier recueil posthume, il est rare qu’une œuvre ait autant de résonance. Et pourtant, en quelques années de création, Marie Uguay a réussi à délimiter un espace spécifique dans l’histoire de la poésie du Québec. Son destin tragique y a peut-être été pour quelque chose, mais l’essentiel ne se situe pas là. L'authenticité de sa démarche artistique, son travail rigoureux sur la langue, ont su transgresser sa réalité biographique et trouver écho auprès de nombreux lecteurs. Car la poésie de Marie Uguay ne joue pas d'artifice, elle parle avec simplicité et précision du moment vécu, et sa pensée maintient toujours une capacité d’émerveillement, une disponibilité au quotidien et à l’autre, malgré le drame qui l’afflige. Michel Beaulieu écrivait peu de temps après sa mort : « Marie Uguay appartient désormais à l’histoire. Avec le temps, sa voix ne fera que s’amplifier. Les circonstances tragiques de sa brève existence auront sans doute contribué à sa rapide maturation, mais il n’en reste pas moins qu’elle nous aura légué une œuvre capitaleMichel Beaulieu, « Marie Uguay : les derniers mots du poète » Livre d’ici, Montréal, 25 août 1982».Depuis son décès en 1981, l'œuvre de Marie Uguay n'a cessé de susciter l'intérêt et de rester vivante. En font foi les nombreux hommages qui lui ont été rendus au fil des années et la réédition constante de ses poèmes. Et, en 2005, plus de vingt ans après sa mort, la publication de son Journal, témoignant des dernières années de sa vie, ainsi que de Poèmes, regroupant tous ses recueils précédents auxquels ont été ajoutés Poèmes en marge et Poèmes en prose, ont été possibles grâce au travail éditorial de Stéphan Kovacs, venant ainsi compléter son œuvre. Œuvres
Signe et rumeur
Signe et rumeur, le premier recueil de Marie Uguay, est composé d'une soixantaine de courts poèmes calligraphiés avec des dessins de l'auteure. Il y a trois thèmes centraux dans le recueil : « l'omniprésence de la nature, l'attention accordée au passage du temps, à travers le cycle des saisons, et la relation amoureuse avec le "tu" souvent vue au travers du "nous" »Isabelle Duval (dir. Roger Chamberland, Ce qui nous prolonge, suivi de «Un lyrisme altéré : caractéristique du Je lyrique en position d'altérité dans l'œuvre de Marie Uguay», Québec, Université Laval (mémoire de maîtrise au département des littératures), 2001, 123 p. URL: http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/s4/f2/dsk3/ftp04/MQ60629.pdf. Outre la description de l'environnement et du paysage, la nature comme thème révèle également une analogie entre l'extérieur et l'intérieur. Cela s'exprime par une introspection qui mène finalement à une identification. Il y a alors une « tension entre la reconnaissance de l'altérité perçue au travers de la nature et le désir de communier aux mêmes forces de vie. Or, cette tension se résout de façon harmonieuse dans l'écriture, grâce au climat d'intimité qui règne entre le Je et la nature ».
L'Outre-vie