Ziad Takieddine (en , ), né le à Baakline (Mont-Liban), et mort le à Beyrouth, est un homme d'affaires franco-libanais, jouant le rôle d'intermédiaire dans des contrats internationaux, notamment pour l'industrie de l'armement.

Son nom est souvent mêlé à des affaires politico-financières. À l'été 2011, il est au centre de révélations du journal en ligne Mediapart le reliant à plusieurs dossiers impliquant plusieurs responsables ministériels français, notamment . En , il est condamné dans le volet financier de à de prison ferme avec mandat de dépôt. Fin 2020, il est cependant en cavale. Sa mort est annoncée le .

Biographie

Origine et début de carrière Ziad Takieddine est né à Baakline (Mont-Liban) au Liban le , d'un père ambassadeur, au sein d'une famille de notables druzes. Arrivé en France à la fin des années 1970, il devient d’abord publicitaire et fait son premier « coup » dans les affaires en reprenant dans les années 1980 la station de sports d’hiver alpine Isola 2000.

Implication dans des affaires politico-financières Ziad Takieddine est imposé en 1994 à la DCN International par le pouvoir politique français, avec son compatriote Abdelrahman El-Assir, pour mener à bien les négociations pour deux importantes ventes d'armes (dans le cadre d'un possible financement politique occulte de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995) : l'opération Sawari II avec l'Arabie saoudite portant sur la livraison de frégates et le contrat Agosta portant sur la vente de sous-marins au Pakistan pour de francs.

Sa relation avec Claude Guéant débute en 2003 concernant le projet de vente d'un système de surveillance des frontières de l'Arabie saoudite. Le contrat dit « Miksa » soutenu par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy (alors que c'est une affaire devant relever du ministère des Affaires étrangères) prévoit une commission de d'euros à l'intermédiaire libanais, qui est bloquée in extremis, début 2004 par le président Jacques Chirac craignant alors un possible financement politique occulte de son rival.

Il est le principal entremetteur, en lien avec Claude Guéant, de la négociation de contrats en lien avec l'entourage de Nicolas Sarkozy avec le régime libyen de 2005 à 2007 puis avec le régime syrien.

Sa grande proximité avec des dirigeants politiques et certains de ses soutiens dans le monde des médias et des affaires est illustrée quand Thierry Gaubert et Jean-François Copé, alors ministre délégué auprès de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, ont organisé l'hospitalisation et le rapatriement d'urgence de Ziad Takieddine, victime d'un accident dans l'archipel des Grenadines en , pendant les négociations du contrat « Miksa », qui aurait été une tentative d'assassinat où la responsabilité d'Alexandre Djouhri, considéré comme un « rival » de Takieddine et un ami proche de Dominique de Villepin, a été évoquée. Évacué d'urgence à la Barbade, il note dans une synthèse des événements : « à la demande de Jean-François Copé, un médecin français […] est arrivé après cette intervention chirurgicale qui m'a sauvé ».

En 2010, Ziad Takieddine, déclare au Journal du dimanche : .

En , il est condamné dans le volet financier de l'affaire Karachi à cinq ans de prison ferme avec mandat de dépôt. Il s'enfuit alors au Liban, pays dont il a la nationalité et qui n'extrade pas ses ressortissantsExclusif : l’insaisissable Ziad Takieddine, Paris Match, 21 novembre 2020..

Mort et funérailles Ziad Takieddine meurt à Beyrouth le à l’âge de , soit deux jours avant le prononcé du jugement de l’affaire des soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy de 2007, dont il a été un personnage clé marquant la fin de l'action publique. Il est inhumé le suivant dans son village natal, en présence de notables locaux et des religieux druzes.

Affaires Isola 2000 Ancien publicitaire de l'agence Young & Rubicam au Moyen-Orient, Ziad Takieddine reprend au début des années 1980 la gestion de la station de sports d'hiver Isola 2000, située à la frontière franco-italienne des Alpes-Maritimes. Il y fait la connaissance entre autres de François Léotard, qui deviendra ministre de la Défense en 1993, alors que le contrat Sawari traînait en longueur depuis quatre ans, parce que les Saoudiens voulaient un « contrat propre ». C'est alors que Ziad Takieddine devient leur conseillerLaurent Valdiguié, "J’accuse Chirac et Villepin", JDD, 31 décembre 2010.

Gemplus Le , Marc Lassus, ancien président fondateur de Gemplus démissionne du conseil d'administration, de même que son allié Ziad Takieddine. Cette annonce intervient juste avant un vote de l'assemblée générale extraordinaire du groupe. La direction demande la révocation des deux administrateurs accusant Marc Lassus de ne pouvoir débourser un prêt de d'euros accordé par la société, et accuse Takieddine d'avoir critiqué des décisions prises au sein du ConseilAssemblée Générale des actionnaires de Gemplus du 19 décembre 2002, Gemalto Press Center.

Karachi

Dans l'affaire Karachi, Ziad Takieddine est accusé d'avoir joué l'entremetteur entre la classe politique française et le Pakistan pour assurer la vente de sous-marins français (classe Agosta, fabriqués par la DCN à Cherbourg). Celui-ci aurait été imposé dans les négociations à la dernière minute, et aurait empoché une somme d'argent anormalement élevée pour son rôle d'intermédiaire. En 2010, l'homme d'affaires riposte, accuse le camp Chirac et porte plainte pour tentative d'assassinatLaurent Valdiguié, Les révélations d'un homme de l'ombre , LeJDD, 30 mai 2010.

En 1995, Bernard Cheynel, intermédiaire en armement et proche de la Première ministre pakistanaise Benazir Bhutto informe le sénateur et trésorier du RPR Jacques Oudin de possibles malversations visant à financer la campagne d'Édouard Balladur grâce à un système de rétrocommissions sur le contrat de vente de sous-marins dans lequel Ziad Takieddine est intermédiaire.

Signé le , le contrat Agosta dessine selon le journaliste Guillaume Dasquié un « schéma de corruption [qui] profite en particulier à Asif Ali Zardari - époux de la Première ministre de l'époque Benazir Bhutto, avant de devenir plus tard président du Pakistan ».

Le , Ziad Takieddine doit désormais faire face à une nouvelle mise en examen : il est accusé de « blanchiment et recel d'abus de biens sociaux aggravés », dans l'enquête sur une possible corruption en marge de la présidentielle de 1995« De nouveau mis en examen, Takieddine s'en prend à Sarkozy », sur Ici.tf1.fr, le 24 avril 2012.

Le , il porte plainte contre l'ex-Premier ministre Édouard Balladur devant la Cour de justice de la République pour complicité et recel d'abus de biens sociaux dans le cadre de cette affaireKarachi : Takieddine implique Balladur, sur Le Figaro, 3 septembre 2012..

Dans son audition du devant les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, il reconnaît avoir financé la campagne d’Édouard Balladur de 1995 via des rétrocommissions issues des contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan« Karachi : M. Takieddine reconnaît avoir financé la campagne de M. Balladur », Le Monde, 26 juin 2013..

Le , il est placé en détention provisoire pour violation de son contrôle judiciaire, après avoir été interpellé à LondresAffaire Karachi : Takieddine retourne en prison », sur Le Figaro, 31 décembre 2013. Le un mandat d'arrêt est délivré à son encontre après sa condamnation à de prison fermeAffaire Karachi : prison ferme pour les six prévenus du volet financier sur ledauphine.com (consulté le 15 juin 2020). Il est en cavale jusqu'à sa mort en 2025.

Contrat « Miksa » Entre 1997 et 1998, Ziad Takieddine perçoit d’euros pour la vente de frégates à l’Arabie saoudite, validée en par Nicolas Sarkozy en tant que ministre du Budget.

Après avoir engagé un processus arbitral, fin 1996, il a pu ainsi obtenir, en trois versements, de dollars sur le « compte secret » ouvert à la banque de la Méditerranée à Beyrouth : le , le et le . De ces sommes, euros de « paiement secrets » échelonnés de 2003 à 2008, « avec des pointes autour de en 2005 et 2006, années pré-électorales » selon Rue89.

Libye

Après la levée de l'embargo militaire sur la Libye en 2004, Ziad Takieddine est devenu l'intermédiaire privilégié de la France pour négocier du matériel de guerre avec le régime de Mouammar Kadhafi. Avec Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, puis secrétaire général de l'Élysée, Ziad Takieddine est le pivot d'accords financiers entre la France et la Libye entre 2005 et 2007 selon les révélations de Mediapart. Grâce à l'appui du ministère français de l'Intérieur, il obtient en des commissions occultes sur un marché de matériel de chiffrement des communications.

Le , douze jours plus tard, Ziad Takieddine envoie ainsi une nouvelle à Claude Guéant, directeur de cabinet au ministère de l'Intérieur, au sujet de sa visite préparatoire où l'intermédiaire parle des possibles contrats relatifs à la « protection des frontières effectuée par le pôle de sécurité française dirigé par Sagem et le « » des Mirage, Sukhoï (170 en tout) », sujets normalement de la compétence du ministère de la Défense. Si ces contrats sont bloqués par la Présidence de la République, celui de d’euros conclu en avec Amesys, une filiale de Bull, apporte à Ziad Takieddine de commissions, que la loi française proscrit depuis 2000.

Grâce à cette position d'entremetteur privilégié entre Paris et Tripoli, il reçoit d'euros de la part de l'entreprise pétrolière française Total dans le cadre de la négociation d'un contrat gazier. Le projet d'accord aurait définitivement avorté début 2010.

Sa proximité avec le régime libyen lui permet de négocier avec le journaliste du Journal du dimanche Laurent Valdiguié un entretien exclusif avec Mouammar Kadhafi, alors que la Libye est touchée par la guerre civile libyenne de 2011. Les conditions de cet entretien sont soumises à controverse, les douanes françaises ayant retrouvé plus de d'euros en liquide dans le jet privé de Ziad Takieddine qui ramenait le journaliste Laurent Valdiguié sur le sol français le . Une information judiciaire pour blanchiment et corruption le visant est ouverte concernant cet argent d'origine libyenne.. Il est condamné à d'amende en 2016..

En , il affirme que le document publié par Mediapart concernant un possible financement de la campagne électorale de Sarkozy en 2007 par la Libye est « crédible ». Il s'agissait d'une note, signée par Moussa Koussa, alors chef des services secrets libyens, le colonel Kadhafi aurait donné son « accord de principe » pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 à concurrence de « d'euros ; elle ne précise pas si ces fonds ont été versés. Le président Sarkozy et son entourage ont qualifié la note de « faux » et le site Mediapart d'« officine de la gauche ».

Le , Mediapart titre à la une « Takieddine : « J’ai remis trois valises d’argent libyen à Guéant et Sarkozy » » et propose un entretien filmé que Takieddine a donné chez lui le à Paris (conduit par le journaliste indépendant Nicolas Vescovacci et une équipe de l’agence de presse télévisuelle Premières Lignes).

Dans l'affaire Sarkozy-Kadhafi, Thierry Gaubert, proche de Nicolas Sarkozy, aurait reçu le un virement de d'un compte bancaire aux Bahamas de la société off-shore Rossfield, qui serait la propriété de Ziad Takieddine, selon une enquête publiée par Mediapart en . L'argent aurait été viré le lendemain sur un compte non identifié. Selon Mediapart, la société Rossfield n’aurait été alimentée que par de l’argent libyen en 2006 pour un montant de d’euros ( en , un autre virement en et deux autres virements en ).

Ziad Takieddine a été écroué deux semaines fin au Liban avant la publication de son interview par Paris Match et BFM TV. La procédure à l'origine de son incarcération a été initié par un cabinet d’avocats proche des Républicains et de Nicolas Sarkozy.