vignette|Momie au British Museum.

La momification dans l'Égypte antique s'inscrivait dans un rituel funéraire. En Égypte antique, la conservation du corps était un symbole très important. La destruction de celui-ci représentait un risque très grave. Les Égyptiens croyaient en l'immortalité. La mort, chez les Égyptiens, représentait la séparation entre le support matériel et les éléments immatériels : le ba qui correspond à la personnalité, l'ânkh qui représente le souffle vital et le ka l'énergie vitale. Il fallait donc que le ba et le ka, au réveil de sa nouvelle vie, puissent réintégrer le corps, préalablement conservé. « La momification avait comme but principal de purifier et de rendre divin le corps pour que celui-ci devienne un Osiris »..

C'est pourquoi, dès que le décès avait lieu, le corps était remis aux embaumeurs au milieu des pleureuses professionnelles, puis était transporté à l'ouest de la ville, dans un endroit élevé, pour que les crues du Nil ne puissent pas l'atteindre. Au sens propre du terme, la momification consiste en l'action de momifier toute dépouille humaine ou animale, c'est-à-dire conserver un cadavre, de l’embaumer, au moyen de matières balsamiques. Au sens plus large, la momification est une technique de préservation des corps et une liturgie réalisées avec le concours de prêtres de momification et de prêtres lecteurs.

L'Égypte antique a également pratiqué la momification d'animaux, le plus souvent domestiques (chats) mais parfois sauvages.. Ces derniers, comme les lions, crocodiles ou hérons, avaient une signification religieuse puisqu'ils étaient associés à des dieux. Les taureaux momifiés étaient l'incarnation même du dieu Apis.

L'origine de la momification

La momification s'est pratiquée dans plus d'une région du monde, mais le berceau de celle-ci se trouve en Égypte où la momification atteint son apogée, tant au niveau de la perfection des techniques que dans son art. .

La technique d’embaumement égyptienne vient probablement du dérivé d’un procédé de conservation des viandes dans la saumure (le « taricheute » désigne d'ailleurs aussi bien l'embaumeur que le spécialiste de la salaison). La momification pourrait correspondre à un besoin d'ordre religieux, car les Égyptiens croyaient à l'immortalité de l'âme, et cette technique permettait de l'atteindre. Les origines de la momification sont difficiles à préciser : « certains modernes pensent que la généralisation de la momification eut comme point de départ les nombreuses inondations du Nil qui, en exhumant les cadavres, furent à l'origine d'épidémies meurtrières »Léon Dérobert, Le monde étrange des momies, Éditions Pygmalion, Paris, 1975, 158 pages. Cependant, cette affirmation demeure une simple hypothèse et n'explique pas pourquoi des fœtus, des animaux (animaux de compagnie, animaux sacrés) ou des aliments (oie rôtie, pain, œufs, graines, etc.) furent momifiés.

À l'époque prédynastique, il y a environ six-mille ans, les corps étaient enterrés tout simplement à l'intérieur de fosses dans le désert. Le sable assurait une bonne conservation du corps par ses propriétés de dessiccation. Des momies partielles (mâchoires ou mains momifiées de femmes à Hiérakonpolis) ont été trouvées dès 3600 av. J.-C. (voir momies prédynastiques égyptiennes).

vignette|Momie naturelle à l'époque prédynastique, British Museum.

C'est lors de la que la momification commence à connaître un certain intérêt. Cet intérêt provient principalement de la légende d'Osiris :

Osiris, connu aussi sous le nom de Ounophris, « l'être bon », était un souverain très éclairé. Un jour, il fut victime d'un complot orchestré par son propre frère Seth, incarnation du désordre. Lors d'un banquet donné en l'honneur des nombreuses victoires d'Osiris, Seth le captura et l'enferma dans un coffre à sa mesure qu'il jeta dans le Nil. Isis, sœur commune de Seth et d'Osiris, également femme de ce dernier, décida de partir à la recherche de son mari. Elle trouva le coffre en Phénicie et décida de le cacher pour que personne ne le retrouve. Seth, lors d'une partie de chasse, retrouva Osiris et découpa celui-ci en quatorze morceaux qu'il éparpilla à travers toute l'Égypte. Isis partit à la recherche des précieux fragments composant son mari. Elle les retrouva tous à l'exception du phallus qu'un poisson du Nil avait dévoré. Isis reconstitua le corps d'Osiris et l'apporta à son neveu Anubis pour qu'il le momifie. Puis la déesse magicienne (Isis), aidée de sa sœur Nephthys, de Thot, le vizir du défunt et d'Horus, son fils conçu par union avec le cadavre de son mari, redonna le souffle de la vie à Osiris à l'aide de formules magiques. Pour la première fois, les rites de l'embaumement qui rendent la vie éternelle ont été pratiquésArt'chives.

Grâce à l'embaumement et aux formules incantatoires, Osiris fut ressuscité. Osiris devint alors le dieu des morts et du recommencement de la vie, représenté comme une momie entourée de bandelettes. Anubis, lui, devint le patron des embaumeurs.

Malgré cet intérêt marqué, la momification n'est accessible qu’aux classes supérieures. Au cours de cette époque, les embaumeurs se spécialisent : les « paraschistes » procèdent à l'incision du corps, l'extraction des viscères, les « taricheutes » administrent les ingrédients et le salage au natron, les « coachytes », préposés à la garde et au culte des morts, procèdent aux libations et aux prières. C'est à cette époque que l'on retrouve surtout l'usage des vases funéraires ou canopes destinés à les recevoir. Les viscères momifiés, enveloppés de linge, sont déposés dans quatre vases canopiques décorés de la tête des quatre fils d'Horus, Amset (tête humaine), Hâpi (tête de babouin), Douamoutef (tête de chacal), Kébehsénouf (tête de faucon). Durant l'Ancien Empire, le rituel funéraire de la momification permet à l'âme du défunt d'entrer dans un cycle de renaissances et devenir notamment un akh. La momification, contrairement à l'opinion courante, n'est pas un gage pour accéder au royaume des morts, les couches basses de la population pensant avoir aussi accès à l'au-delà même si elles n'avaient pas les moyens de se faire momifier. En effet, durant la haute époque, on considère que seulement 2 à 3 % de la population se faisaient momifier. Cette pratique de la momification n’était donc pas un critère pour accéder au monde l’au-delà. Il fallait avant tout posséder une âme pure, juste et bonne pour en être digne. Dans les mythes, cela fait référence à la pesée du cœur lors du jugement d’Osiris.

Durant le Moyen Empire, l'embaumement est plus courant et devient plus minutieux. Cependant, les méthodes de conservation laissent à désirer.

La momification n'atteint vraiment son apogée que durant la période du Nouvel Empire. En effet, c'est au cours de cette époque qu'on « parvient à conserver au visage son expression, ce qui est une grande nouveauté, les momies antérieures n'offrant que des téguments noircis collés au squelette. »Dictionnaire de la civilisation égyptienne, 1992. Les momies qui sont réalisées au cours des et s sont les plus belles que nous pouvons trouver en ce qui concerne leur expression, leur conservation ainsi que leur richesse. Les momies les plus célèbres datent de cette époque, la plus renommée étant celle de . Seules les momies de princes ou de rois sont considérées comme des œuvres d'art. Enfin, des techniques de momification plus simples se répandent à partir du premier millénaire avant notre ère et concernent désormais toutes les couches de la société, Hérodote décrivant trois catégories d'embaumement, de la plus soignée au « plus bas prix »Hérodote, Histoires, , 86-87.

Les étapes de la momification Dans un atelier disposant d'une table d'embaumement au plan incliné et d'une rigole centrale, les embaumeurs (les prêtres embaumeurs sont appelés outyou, « les poseurs de bandages ») lavent et préparent le corps afin de procéder aux diverses opérations de momification, dont la durée moyenne est de sept décades, soit soixante-dix jours. Le corps éviscéré est séché au soleil et enduit de plusieurs couches d'huiles végétales (résine de conifères, huiles et onguents) et animales (la cire d'abeille en raison de ses propriétés hydrophobes et antibactériennes jouant un rôle déterminant). Puis, commence la pose des bandelettes, non sans avoir disposé des amulettes sur le défunt. Ensuite, le corps est placé dans un réceptacle, le plus connu étant le sarcophage peint et gravé.

Certains organes, lavés avec du vin de palme et des épices grillées, sont gardés à l'intérieur de quatre canopes (vases) à l'image des quatre fils d'Horus. À l'intérieur du vase canope d'Amset, il y a l'estomac ainsi que le gros intestin. Dans celui de Hâpi, le petit intestin, puis à l'intérieur du vase de Douamoutef, les poumons. Le foie, la vésicule biliaire sont dans le vase canope de Kébehsénouf. D'après Dunand, et Lichtenberg, « Le cœur était en règle générale laissé à sa place, car il importait qu'il ne soit pas séparé du corps : il était censé être le siège des sentiments, de la conscience et de la vie ».

La famille et les pleureuses viennent ensuite chercher le corps et une procession conduite par les prêtres emmène le défunt jusqu'à sa dernière demeure. Là, le grand prêtre, selon un rituel bien défini, procède aux dernières incantations : il touche d'un geste sacré les sept ouvertures de la tête de la momie pour faire revivre les sens. Les offrandes sont disposées, et on scelle la tombe.

Bien sûr, si tout se passait ainsi lors de la mort de personnes aisées, c'était différent pour des gens moins fortunés. Mais cependant, une momification avait lieu, moins poussée, mais toujours présente, car tout Égyptien devait pouvoir atteindre une vie après la mort.

Lors de la mort d'un Égyptien, sa famille apportait le corps aux embaumeurs et négociait longuement les tarifs de la prestation.

Lorsque le mort leur a été apporté, les embaumeurs montrent aux porteurs des modèles de cadavres en bois, imités par la peinture, et ils indiquent celui qu'ils disent le plus digne d'attention, qui fut celui du dieu dont je ne peux prononcer le nom ici. Ils font voir après celui-là le second, qui est d'un prix moindre ; et enfin le troisième le moins coûteux.

Les familles apportent en général elles-mêmes le lin, récupéré de vieux draps ou vêtements, pour faire les bandelettes indispensables à l'embaumement.

L'embaumement le moins fréquent chez les Égyptiens de classe moyenne, mais de rigueur chez les personnages royaux est un « embaumement de première classe ». Il est composé principalement de six étapes.

Le traitement du corps Les embaumeurs purifient le corps nu du défunt avec de l'eau sacrée et une fumigation à la résine de térébinthe. Après incision le long du flanc ou au niveau de l'abdomen, ils lavent l'intérieur du corps à l'eau ou au vin de palme additionné d'une infusion d'épices et d'aromates. Ils le rasent, l'épilent entièrement (excepté la chevelure du pôle céphalique) à l'aide d'une solution antiseptique au henné, redonnant ainsi au cadavre l'aspect de la jeunesse perdue. Ils lui font également une manucure et une pédicure post mortem.

Une fois le corps séché, ils le nettoient avec un linge imprégné d'une substance colorante (très probablement antiseptique) laissant une mince couche rougeâtre sur la peau. Les plus riches peuvent avoir une momie à la peau dorée à la feuille d'or. Sur certaines momies sont appliquées une peinture rouge et jaune. Au Nouvel Empire, le sexe des individus peut ainsi être déterminé par la couleur employée pour les peindre entièrement ou partiellement.

L'excérébration Cette étape n'existe pas durant l'Ancien Empire, le cerveau étant laissé dans la cavité crânienne où il se dessèche naturellement.