Richard Neville, comte de Warwick et comte de Salisbury, est un baron anglais né le et mort le . Il se distingue particulièrement pendant la guerre des Deux-Roses. Le pouvoir qu'il accumule en passant d'un camp à l'autre durant le conflit, tout comme ses qualités de stratège hors pair, lui valent le surnom de « Warwick le faiseur de rois » (« »).
Grâce à des mariages et des héritages chanceux, Warwick s'impose comme l'un des principaux barons anglais des années 1450. Il soutient d'abord le roi , de la maison de Lancastre, mais rallie l'opposition, menée par le duc Richard d'York. Lorsque la guerre ouverte éclate, Warwick se distingue lors de la première bataille de St Albans et joue un rôle crucial dans le renversement d'Henri au profit d', le fils de Richard d'York, en 1461. Les relations entre le nouveau roi et le plus puissant de ses sujets, d'abord excellentes, s'enveniment au bout de quelques années, et Warwick finit par rallier le camp lancastrien et rétablit sur le trône en 1470. Son triomphe est de courte durée : il est vaincu et tué par Édouard à la bataille de Barnet quelques mois plus tard.
Origines
Issue de la région de Durham, la famille Neville se distingue dans les guerres contre les Écossais au : Ralph Neville est titré comte de Westmorland en 1397. Son fils Richard, le père de Warwick, est issu d'un second mariage et il n'est pas censé hériter du titre comtal. Cependant, son mariage avec Alice Montagu, seule héritière de Thomas Montaigu et d’Éléonore Holland, lui permet de devenir comte de Salisbury de jure uxoris le .
Le premier fils de Richard et Alice, également nommé Richard, naît le . On sait peu de choses de son enfance. À l'âge de six ans, il est fiancé à Anne de Beauchamp, la fille du comte de Warwick Richard de Beauchamp et de son épouse Isabelle le Despenser. Il se retrouve ainsi héritier présomptif d'une bonne partie des biens des familles Neville, Montaigu, Beauchamp (du Worcestershire) et Despenser. Qui plus est, les circonstances jouent en sa faveur : le fils de Beauchamp, Henry, meurt en 1446, et sa fille unique Anne le suit dans la tombe trois ans plus tard, permettant à Richard de devenir comte de Warwick de jure uxoris. La transmission ne se fait pas sans heurt : de longues querelles judiciaires s'engagent au sujet des terres associées au titre, en particulier avec le duc de Somerset Edmond Beaufort, marié à une demi-sœur d'Henry de Beauchamp, et favori de la reine Marguerite d'Anjou.
Richard est fait chevalier vers 1445, probablement au moment du couronnement de la reine Marguerite, le . Une charte de 1449 le mentionne comme ayant servi pour le roi ; il est possible qu'il ait participé à la guerre anglo-écossaise de 1448-1449. Lors de la rébellion manquée du duc d'York Richard Plantagenêt en 1452, Warwick et son père restent fidèles au roi.
La guerre civile
En , le duc de Somerset se voit confier la garde de la seigneurie de Glamorgan, une partie de l'héritage de Despenser jusqu'alors détenue par Warwick. Le conflit entre eux éclate alors au grand jour. Somerset, favori d', profite du choc mental qui saisit le roi durant l'été pour s'emparer des rênes du gouvernement. Warwick, en position de faiblesse, se rapproche alors du duc d'York, dont la femme Cécile Neville est sa tante paternelle. Cependant, les défaites anglaises en France durant la dernière phase de la guerre de Cent Ans portent préjudice à l'autorité de Somerset, et le , les conseillers du roi nomment Richard d'York Lord Protecteur. Il reçoit le soutien de Warwick, mais également celui de son père, le comte de Salisbury, dont les relations avec la famille Percy ne cessent de s'envenimer.
est suffisamment rétabli pour reprendre les rênes du pouvoir au début de l'année 1455, et il ne tarde pas à rétablir Somerset dans ses anciennes prérogatives. Warwick, Salisbury et York retournent dans leurs domaines respectifs et commencent à y lever des troupes. En route vers Londres, ils se heurtent aux hommes du roi à St Albans. La bataille qui s'ensuit, relativement brève et bénigne, constitue néanmoins le premier engagement armé entre les maisons d'York et de Lancastre dans le conflit qui prend par la suite le nom de guerre des Deux-Roses. Somerset y trouve la mort, et le roi tombe aux mains du duc d'York..
Le second protectorat de Richard d'York est encore plus bref que le premier : à la réunion du Parlement de , le roi reprend personnellement en main le gouvernement du pays, désormais sous l'influence de sa femme, la reine Marguerite d'Anjou. Warwick a dès lors pris le relais de son père comme principal allié d'York : il se rend en personne à ce Parlement pour s'opposer à un éventuel châtiment décidé contre lui. Sa nomination au poste de capitaine de Calais durant le protectorat d'York lui offre une base solide pour les années qui suivent : outre son importance stratégique, la ville de Calais abrite l'armée la plus importante du royaume.
La reine Marguerite considère toujours Warwick comme une menace et lui coupe les vivres. Cependant, un raid français sur le port de Sandwich en fait naître des craintes d'invasion qui profitent à Warwick : ce dernier retrouve des fonds pour assurer la défense de Calais, mais aussi de la côte anglaise. Au mépris de l'autorité royale, il se livre à de fructueux actes de piraterie à l'encontre de navires castillans en , puis d'une flotte hanséatique quelques semaines plus tard. Il profite également de sa présence sur le continent pour entrer en contact avec le roi de France et le duc de Bourgogne Philippe le Bon.. Après s'être ainsi constitué un réseau de relations à l'étranger, il rentre en Angleterre avec une partie de la garnison de Calais, tout auréolé de ses succès militaires, et retrouve son père et le duc d'York durant l'automne 1459.
Le triomphe de la maison d'York
Warwick retourne en Angleterre en et se rend à Ludlow pour y retrouver son père, tout juste revenu de sa victoire contre les Lancastriens à Blore Heath, et le duc d'York. L'armée royale vainc leurs troupes à Ludford Bridge, en partie à cause de la défection du contingent calaisien de Warwick, dirigé par Andrew Trollope, dont les hommes étaient encore en majorité réticents à l'idée de combattre leur roi. York s'enfuit à Dublin avec son fils cadet Edmond, comte de Rutland, tandis que Warwick retourne à Calais avec son père et le fils aîné d'York, Édouard, comte de March. Le duc de Somerset Henri Beaufort est nommé capitaine de Calais, mais la garnison de la ville reste fidèle à Warwick et aux Yorkistes.
Warwick se rend en Irlande en pour conférer avec le duc d'York, puis rentre à Calais pour préparer ses prochains mouvements. Il débarque à Sandwich le , accompagné de son père et du comte de March, et prend le chemin de Londres. Le comte de Salisbury reste pour occuper la Tour de Londres, tandis que Warwick et March poursuivent leur route vers le nord, à la poursuite du roi en fuite. est fait prisonnier le , au terme de la bataille de Northampton, durant laquelle le duc de Buckingham trouve la mort.
Le duc d'York revient d'exil en septembre et annonce clairement son intention de monter sur le trône, un geste qui choque le Parlement. Warwick avait-il connaissance des projets du duc ? Il est possible qu'ils se soient mis d'accord à ce sujet lors de la visite de Warwick en Irlande en mars. Cependant, l'usurpation du duc ne saurait être acceptée par les barons de la Chambre des lords, et un compromis est trouvé : par l'Acte d'Accord du , doit régner jusqu'à sa mort, après quoi le duc d'York lui succédera au détriment de son fils, le prince de Galles Édouard de Westminster.
Ce compromis ne satisfait aucun des deux camps et la guerre ne tarde pas à reprendre. Le duc d'York est tué le à Wakefield, tout comme son deuxième fils Edmond et Thomas Neville, frère cadet de Warwick. Son père, le comte de Salisbury, est exécuté le lendemain de la bataille. Warwick est à son tour vaincu à la seconde bataille de St Albans, en présence de la reine Marguerite d'Anjou. En déroute, il rallie le désormais duc Édouard d'York, qui vient de remporter une précieuse victoire à Mortimer's Cross.
Warwick et Édouard profitent des hésitations de la reine Marguerite pour se précipiter à Londres. Terrifiés par les récits des atrocités commises par les troupes des Lancastre, les Londoniens leur font bon accueil. Le , le prince est proclamé roi sous le nom d' par une assemblée populaire. Le nouveau roi se dirige vers le nord pour assurer son titre et croise le fer avec les partisans d'Henri à Towton, dans le Yorkshire. Blessé à la jambe la veille, à Ferrybridge, Warwick ne semble avoir joué qu'un rôle mineur dans la bataille de Towton. Particulièrement sanglante pour l'époque, cette bataille se solde par une victoire sans appel des Yorkistes. Plusieurs Lancastriens d'importance restent sur le champ de bataille, notamment le comte de Northumberland et Andrew Trollope. La reine Marguerite s'enfuit en Écosse avec son mari et leur fils. rentre alors à Londres pour son couronnement, tandis que Warwick reste dans le nord pour pacifier la région.
L'apogée
Warwick est au sommet de sa gloire après l'avènement d'. Ayant déjà hérité des possessions de son père, il devient également comte de Salisbury à la mort de sa mère en 1462, et reçoit les terres qui vont avec. Son revenu annuel s'élève alors à plus de : il est l'homme le plus riche d'Angleterre après le roi. Édouard confirme Warwick à la capitainerie de Calais et lui confère également d'autres postes, parmi lesquels ceux d'intendant du duché de Lancastre. Ses frères profitent eux aussi de la situation : John Neville est nommé gardien de la Marche orientale en 1463, puis créé comte de Northumberland l'année suivante, tandis que George Neville, déjà évêque d'Exeter, est confirmé à son poste de chancelier ; leur oncle William Neville est fait amiral d'Angleterre.
La situation dans le nord du royaume est apaisée à la fin de l'année 1461, et Warwick parvient à négocier une trêve avec l'Écosse durant l'été 1462. En octobre, Marguerite d'Anjou envahit le royaume à l'aide de troupes françaises et s'empare des châteaux d'Alnwick et de Bamburgh. Warwick parvient à les reprendre, mais les leaders de la rébellion lancastrienne restent à la tête de leurs châteaux respectifs. Il juge toutefois la situation suffisamment bonne pour se rendre dans le sud : il supervise l'inhumation des restes de son père et de son frère au prieuré de Bisham en , et assiste à une session parlementaire en mars à Westminster.
Cependant, le nord se révolte à nouveau, et Ralph Percy vient assiéger le château de Norham à l'été 1463. Warwick parvient à dégager Norham, mais le Northumberland reste aux mains des partisans des Lancastre. Le gouvernement royal conclut alors des trêves avec la France et l'Écosse, afin d'isoler les insurgés, et Warwick peut ainsi reprendre les châteaux tenus par les rebelles en Northumbrie au printemps 1464. La clémence n'est plus à l'ordre du jour : une trentaine de chefs rebelles sont exécutés.
Des relations tendues
vignette|Le mariage du roi avec Élisabeth Woodville marque un refroidissement de ses relations avec Warwick.
Lors des négociations avec les Français, Warwick a laissé entendre qu'un mariage entre le roi Édouard et une princesse française serait envisageable, par exemple avec Bonne de Savoie, la belle-sœur de . Ce projet n'est cependant jamais concrétisé : en , Édouard révèle au grand jour qu'il s'est marié en secret, quelques mois plus tôt, avec Élisabeth Woodville, une jeune veuve de la petite noblesse anglaise, dont la famille et le défunt mari étaient lancastriens. Pour Warwick, c'est une nouvelle accablante : ses projets de mariage français sont réduits à néant, alors qu'il avait assuré les Français de l'intérêt du roi. En outre, l'idée qu'Édouard a ainsi pu lui cacher une information aussi importante n'a rien pour lui plaire.