La classe Charlemagne est une classe de trois cuirassés pré-dreadnought construits pour la Marine française à la fin des années 1890. Terminés juste avant le début du , le , le et le sont les premiers cuirassés français à avoir une artillerie principale dotée de deux tourelles doubles, l'une à l'avant et l'autre à l'arrière du navire, comme cela se faisait déjà dans la plupart des marines étrangères.
Les trois cuirassés participent à la Première Guerre mondiale : ils rejoignent les Dardanelles en pour empêcher toute incursion allemande en mer Méditerranée. Le Charlemagne et le Gaulois participent à la bataille des Dardanelles, bombardant les fortifications turques. Ce dernier, lourdement endommagé, doit s'échouer : il est renfloué à Toulon avant de revenir participer à l'évacuation des troupes alliées après l'échec de la campagne. Le Saint-Louis quant à lui est affecté à l'est de la Méditerranée, bombardant des positions ennemies au Proche-Orient. Le Gaulois est torpillé par un sous-marin allemand en ; le Charlemagne et le Saint-Louis sont quant à eux mis en réserve en 1917, puis respectivement désarmés en 1917 et 1919, avant d'être condamnés en 1920.
Contexte et conception Mi-1892, le ministre de la Marine Auguste Burdeau demande au Conseil des travaux de plancher sur un nouveau type de cuirassé, avec les spécifications suivantes : un déplacement limité à , une vitesse de ( en régime forcé), et un rayon d'action de à une vitesse de croisière de . Enfin, le ministre tient à ce que leur construction soit rapide et peu onéreuse. Le Conseil des travaux se réunit le . Il est admis que, pour limiter le déplacement, une disposition de l'artillerie principale consistant en une tourelle double à l'avant et une autre à l'arrière doit être adoptée, le canon de étant le candidat idéal. En effet, ses caractéristiques lui permettent de percer le blindage des cuirassés britanniques de la classe Royal Sovereign à . L'artillerie secondaire doit être composée de canons de et de , ainsi que de canons à tir rapide (souvent du ou du ) et de tubes lance-torpilles. Le raccourcissement de la ceinture blindée est aussi évoqué, afin d'alléger le navire, mais il est écarté, afin que la ligne de flottaison soit entièrement protégée pour garantir une meilleure flottabilité. Côté machines, une disposition à trois arbres d'hélice est privilégiée, mus par des machines à triple expansion et des chaudières à tubes d'eau Belleville.
Le traditionnel concours d'idées est alors lancé : à la suite de la mauvaise expérience vécue lors de la construction de la classe Charles Martel, il est décidé qu'il n'y aurait qu'un seul vainqueur, afin que les navires soient de conception et de construction uniforme. Le , le Conseil des travaux examine les six propositions reçues. Certaines mésestiment le poids des tourelles, une conception à double canon étant une nouveauté ; dans d'autres les dispositions des canons font que certaines positions de ceux-ci font prendre une gîte trop importante au cuirassé ; une autre proposition est considérée comme trop et en rupture avec les conceptions de l'époque. Deux d'entre elles retiennent néanmoins l'attention du Conseil : l'une de la Société de la Loire dont les lignes générales étaient inspirées du raccourci de , l'autre de Jules Thibaudier. Cette dernière est finalement choisie, car elle nécessite moins d'ajustements que la première, et ce malgré une proposition de dernière minute des Forges et chantiers de la Méditerranée. Le , les plans de Thibaudier sont officiellement validés pour la construction des trois cuirassés du programme de 1892. L'ordre de construction est lancé le , pour deux cuirassés construits à l'arsenal de Brest, les Charlemagne et Gaulois, et un autre cuirassé construit à l'arsenal de Lorient, le Saint-Louis ; le coût du premier est de , celui du dernier de , les trois navires étant prévus pour entrer en service en 1898.
Caractéristiques vignette|gauche|alt=plan d'un navire de guerre, vu du dessus et de profil.|Diagramme de la classe Charlemagne dans le Brassey's Naval Annual.
Généralités Lors de leur lancement, les cuirassés de la classe Charlemagne ont une longueur hors-tout de ( pour le Saint-Louis, une longueur à la flottaison de , un maître-bau de et un tirant d'eau moyen de . D'un déplacement standard de , ils font de à pleine charge selon les unités ; le blindage pèse ( du poids total), les machines ( du poids total), et l'armement ( du poids total).
Blindage La coque des Charlemagne est en acier doux : elle possède s'étirant de la proue à la poupe, et une membrure la renforce au niveau de la ceinture, qui est en acier cémenté. disposées de l'avant à l'arrière forment plusieurs compartiments étanches, et la coque n'est doublée que de la tourelle avant à la tourelle arrière.
La ceinture blindée est épaisse de dans sa partie la plus large et le blindage du pont est de . Celui des tourelles de l'artillerie principale est de et celui des casemates de 138 est de . Le tout pèse ( sur le Saint-Louis).
Machines Chaque cuirassé possède vingt chaudières Delaunay-Belleville à cylindres droits en acier d'un timbre de . Celles-ci alimentent trois machines à vapeur à triple expansion installées dans trois compartiments indépendants. Le Charlemagne possède des machines Schneider et Cie, le Gaulois des machines de la Société de la Loire, et le Saint-Louis des machines Indret : leur puissance théorique est de (finalement ), ce qui permettrait d'atteindre une vitesse maximale théorique de . En armement « normal » ( de combustible), elles permettent un rayon d'action de à une allure de .
Armement
L'artillerie principale des cuirassés de la classe Charlemagne est constituée de quatre canons de modèle 1893/96, répartis en deux tourelles doubles située à l'avant et à l'arrière du navire. Ceux-ci peuvent tirer des obus de à une portée maximale de , à une cadence théorique d'un coup par minute. L'approvisionnement moyen d'un cuirassé est de , dont 20 lestés pour l'entraînement. L'artillerie secondaire se compose quant à elle de dix canons de modèle 1893 : huit en casemate, et deux sur le pont. Ils tirent des obus de à une portée maximale de , à une cadence théorique de quatre coups par minute. À ceux-ci, s'ajoutent huit canons de modèle 1893 sur affût à pivot sans protection ; deux à l'avant, deux à l'arrière et quatre sur le pont. Ils tirent des obus de à une portée maximale de , à une cadence maximale de six coups par minute. L'artillerie légère, enfin, est composée de seize canons de modèle 1885 répartis sur les hunes et sur les ponts. Ils tirent des obus de à une portée maximale de , à une cadence maximale de quinze coups par minute. Deux canons de modèle 1885 d'une portée de sont quant à eux positionnés dans les superstructures. Cet armement est complété par quatre tubes lance-torpilles : deux situés sur le pont principal, les deux autres étant immergés avec un angle de par rapport à la coque. Ils tirent des torpilles de modèle 1912D contenant d'explosif.
Navires de la classe NomQuilleLancementMise en serviceChantier navalFin de carrièrePhoto Arsenal de BrestRayé des listes en .200px|alt=Photo d'un navire de guerre à l'ancre, vu de bâbord.Torpillé le par lUB-47.200px|alt=Photo d'un navire de guerre à l'ancre, vu de bâbord.Arsenal de LorientRayé des listes en .200px|alt=Photo d'un navire de guerre à l'ancre, vu de tribord.
Histoire des navires vignette|droite|alt=photo en noir et blanc montrant un cuirassé à toute vapeur vu depuis bâbord.|Le Saint-Louis en 1903. Lancement, mise en service et essais La construction du Charlemagne commence le à l'arsenal de Brest et le navire est lancé le de l'année suivante. Le Gaulois le remplace alors en cale sèche, dès le : grâce à la réutilisation des plans, il est lancé neuf mois plus tard, le . Le Saint-Louis, quant à lui, est construit à l'arsenal de Lorient : le chantier commence le pour s'achever le . Les machines sont installées sur les trois navires entre et . Les essais de consommation et de vitesse ont lieu à Brest de 1898 à 1900 : le Charlemagne et le Gaulois dépassent les , et le Saint-Louis atteint les . La conception des tourelles doubles prenant du retard, l'armement prend du retard : ce n'est que d' à qu'il est complet sur les trois cuirassés. Ceux-ci entrent alors en service : le Charlemagne en , le Gaulois en octobre, et le Saint-Louis un an plus tard.
L'escadre de la Méditerranée
1900 - 1904 Le Charlemagne et le Gaulois rejoignent alors l'escadre du Nord où ils intègrent la , avant d'être rattachés à l'escadre de Méditerranée : ils quittent ainsi Brest le , avec chacun un ingénieur à leur bord. Durant le voyage, les navires démontrent de bonnes qualités nautiques et les officiers font part de leur satisfaction concernant les machines et la tenue à la mer des deux cuirassés, malgré les conditions difficiles et quelques problèmes d'étanchéité au niveau des batteries des casemates. Après avoir relâché à Marseille, ils atteignent Toulon le 24, en remplacement des et , partis rejoindre l'escadre du Nord. Les navires participent à plusieurs manœuvres et exercices de tir durant les semaines qui suivent. Le , au cours de l'un d'eux, le Gaulois heurte le contre-torpilleur Hallebarde, déchirant le bordé sur une longueur de ; le cuirassé n'a que quelques égratignures, et aucun blessé n'est à déplorer.
L'escadre continue ses manœuvres en Méditerranée, faisant escale entre autres à Villefranche-sur-Mer, Nice ou Saint-Tropez ; durant quelques semaines, le accompagne les Charlemagne et le Gaulois pendant des exercices de tir au large du cap Ferrat. Pendant ce temps, à Brest, le Saint-Louis continue ses essais, et subit notamment un carénage le dans un bassin du Salou. Le , l'escadre de Méditerranée est assemblée à Toulon, et le vice-amiral Gervais porte sa marque sur le cuirassé . Après une escale à Oran pour y charger du charbon, l'escadre rejoint l'escadre du Nord au large de Lisbonne le , puis après une nouvelle escale en baie de Quiberon pour un exercice, arrive à Cherbourg le . Le , le président de la République française Émile Loubet conduit la revue navale de la flotte en compagnie de membres du parlement et de la presse.
Après un passage par Brest puis par la Charente-Maritime, l'escadre fait route vers Toulon, qu'elle atteint le : elle y est rejointe le 24 par le Saint-Louis, qui avait quitté Lorient neuf jours plus tôt. Le capitaine de vaisseau Alphonse Lecuve en prend le commandement le , et le vice-amiral Edgard de Maigret hisse sa marque sur le navire. Le , le cuirassé quitte la rade pour un voyage en Corse et en Tunisie, avec à son bord le ministre de la Marine Jean-Marie de Lanessan, tandis que le ministre de la Guerre embarquait sur le Charlemagne. Accueillis à Bizerte le 15 par le cuirassé , ils repartent pour Toulon le 18, qu'ils atteignent le 22 après une escale à Bastia.
Le , l'escadre fait sa première sortie en effectif complet, sous son nouveau commandement : durant dix jours, elle effectue de nombreux exercices le long de la côte au large de Toulon. L'année 1900 aura aussi été l'occasion de nombreux ajustement dans les trois cuirassés de la classe, avec notamment l'installation de nouveaux parcs à munitions, ou de légères modifications sur la machinerie. L'année suivante voit se dérouler de grandes manœuvres qui ont lieu de juin à juillet : l'escadre du Nord met le cap vers Gibraltar dans le but de simuler une attaque de l'escadre de la Méditerranée.