Jean Mathieu Philibert Sérurier, né le à Laon dans la province de Picardie et mort le à Paris, est un officier général français, maréchal d'Empire.

Ayant commencé sa carrière sous l'Ancien Régime, il participe à la guerre de Sept Ans. Sa carrière est très lente, et il n'est que lieutenant-colonel lorsqu’éclate la Révolution française. Il est alors nommé général de brigade, puis général de division à l'armée d'Italie. Sous les ordres de Bonaparte, il se distingue à la bataille de Mondovi et assiège victorieusement Mantoue lors de la première campagne d'Italie. Apprécié du général en chef pour son intégrité et sa droiture morale, il ne participe pas à la campagne d'Égypte et est fait prisonnier par les Autrichiens à Verderio en 1799. Napoléon, de retour, ne lui en tient pas rancune, et Sérurier assiste passivement au coup d'État du 18 Brumaire.

Le Premier consul, puis l'Empereur le récompense en le nommant gouverneur des Invalides en 1803 et maréchal d'Empire honoraire l'année suivante. Trop âgé pour faire campagne, Sérurier ne participe pas aux guerres de l'Empire et continue d'administrer l'hôtel des Invalides jusqu'à la chute de Napoléon. Le , lors de la bataille de Paris, il ordonne la destruction des drapeaux conquis par la France dans la cour des Invalides. Le maréchal, déjà nommé comte de l'Empire par l'Empereur, devient pair de France à la Restauration. Il meurt discrètement rue Duphot, à Paris, en 1819. Dans ses Mémoires, le maréchal Marmont le décrit comme . Bon divisionnaire, les performances de Sérurier sur le champ de bataille font l'objet d'évaluations mitigées, mais il est surnommé « la Vierge d'Italie » pour ses vertus morales et sa répugnance à participer au pillage des territoires conquis.

Biographie

Carrière militaire sous l'Ancien Régime

Jeunesse et début de carrière

Jean Mathieu Philibert Sérurier naît le à Laon, dans une famille de petite noblesse champenoise. Son père, Mathieu-Guillaume, est maître-taupier des haras royaux et propriétaire de la seigneurie de Saint-Gobert, tandis que sa mère, Élisabeth Danye, est la fille d'un magistrat de la ville. Jean est le frère cadet de Marie-Élisabeth, née en , et le deuxième des neuf enfants du couple Sérurier. À partir de ses huit ans, son éducation s'effectue sous la houlette de son oncle et de son grand-oncle, qui lui enseignent, outre les leçons de morale et de religion, les rudiments d'histoire, de latin et de mathématiques..

Jean connaît une enfance heureuse.. À l'âge de douze ans, il décide de s'orienter vers une carrière militaire et obtient son brevet de lieutenant à la milice provinciale de Laon le . Un autre de ses oncles, le capitaine Antoine-Philibert Danye, s'attelle à l'instruction du jeune officier jusqu'en , date à laquelle Sérurier passe à la milice de Soissons, avant de réintégrer son unité d'origine peu après. Il participe la même année à sa première campagne dans le Bas-Rhin, et reçoit sa première blessure près de Ruremonde, où il est atteint d'un coup de baïonnette..

De la guerre de Sept Ans à la campagne de Corse

Il suit une carrière lente, devenant enseigne au régiment d'infanterie d'Aumont le . L'année suivante, son unité fait campagne en Allemagne, dans le corps du maréchal de Broglie, où elle est engagée à la bataille de Warburg. Lors d'une attaque, Sérurier est sérieusement blessé à la mâchoire par un coup de feu, lui laissant une cicatrice qui perdure jusqu'à la fin de sa vie. Sa conduite est récompensée par les épaulettes de lieutenant qu'il reçoit le . Le nouveau promu est alors au Portugal avec son unité, sans avoir l'occasion de se distinguer. Le régiment d'Aumont regagne la France puis est passé en revue par le maréchal de Ségur qui note à propos de Sérurier : ..

Rétrogradé au rang de sous-lieutenant instructeur pendant six ans, Sérurier ne recouvre son ancien grade qu'en et, trois ans plus tard, embarque pour la Corse où le régiment d'Aumont est placé sous les ordres du comte de Marbeuf. Commandant un peloton de chasseurs à pied, il prend part aux opérations contre les indépendantistes corses et ne revient en France qu'après quatre années passées sur l'île. Son unité vaque de garnison en garnison tandis que lui-même, pourtant bien noté, végète toujours dans le grade de lieutenant. Ce n'est que le que Sérurier est nommé capitaine.. Il est décoré de l'ordre royal de Saint-Louis en sur recommandation de son colonel, et même proposé au grade de major. Cependant, en dépit de nombreuses tentatives et du soutien de ses supérieurs, la demande adressée au ministère de la Guerre n'aboutit pas. En 1787, Sérurier adresse au ministre un mémoire relatif à ses états de service, mais une fois encore, il n'obtient aucune réponse..

De guerre lasse, le capitaine demande sa mise à la retraite en , ce qui n'empêche pas les officiers de son régiment de continuer à plaider sa cause. Ils sont cette fois entendus : Sérurier est nommé major au Médoc infanterie le , après trente-quatre ans passés sous les armes..

La Révolution française

1789-1793

vignette|alt=Portrait d'un officier militaire d'Ancien Régime, de face, portant la perruque poudrée et revêtu d'un uniforme blanc à revers cramoisis, avec une épaulette à franges sur l'épaule gauche.|Jean Mathieu Philibert Sérurier, lieutenant-colonel au de ligne en 1792, Frédéric Delanoë, 1835.

La même année, la Révolution française éclate. Des troubles naissent dans plusieurs villes de France et notamment à Perpignan, où le régiment de Touraine s'est révolté contre son colonel. De son côté, le , Sérurier, eu égard à son ancienneté, est promu lieutenant-colonel au régiment de Médoc, à la tête duquel il se rend à Perpignan pour y maintenir l'ordre. Des tensions se répandent toutefois au sein-même de Médoc infanterie et le , un groupe de soldats s'introduit dans la demeure de Sérurier et s'empare de la caisse ainsi que des drapeaux. Cet événement fait grand bruit au sein de l'administration civile et militaire. Aucune sanction n'est cependant prise contre les coupables, les mouvements contestataires s'étant estompés..

L'année 1792 est ponctuée par un complot mené par un officier français visant à livrer Perpignan aux Espagnols. La conspiration manque de s'étendre aux et de ligne, mais l'attitude des lieutenants-colonels Desbordes et Sérurier apaise la situation et fait échouer le complot. Malgré sa bonne conduite, ses origines aristocratiques le desservent face à ces soldats patriotes. Une partie des officiers du émigre, et il semble que Sérurier ait songé à faire de même d'après ce qu'en dit Las Cases dans le Mémorial de Sainte-Hélène :

Sérurier reste donc en France. Il est nommé colonel du de ligne en après la mort de son commandant, Meunier. Au début du mois de septembre, il est cassé de son grade sans motif explicite puis remplacé par le colonel Willot. Sérurier, apprenant la nouvelle, jusqu'à ce qu'il soit replacé à la tête de son unité en octobre. À cette époque, le tient garnison dans le Midi et participe aux affrontements contre les Austro-Sardes. Le colonel doit faire face non seulement aux dissensions entre officiers et soldats mais également au manque de discipline et d'entraînement. Il bénéficie toutefois de la confiance de son supérieur, le général Brunet. Ce dernier le charge d'enlever Isola aux Piémontais, opération qui est menée avec succès par Sérurier le .. Profitant de la situation, Brunet lance le une attaque générale sur le camp des Fourches et confie à Sérurier le commandement de l'aile gauche. Celle-ci, chargée d'enlever le col de Raous, est tenue en échec et oblige les Français à stopper leur offensive. Le , nouvelle tentative, nouveau revers : la colonne Sérurier mène plusieurs assauts infructueux sur le massif de l'Authion et doit se replier avec le reste de l'armée..

Le colonel du de ligne, , est à ce moment remarqué par Paul Barras qui intervient en sa faveur auprès du Comité de Salut public et lui obtient le grade de général de brigade à l'armée d'Italie le ..

1793-1794

vignette|gauche|alt=Photographie en contre-plongée d'un col de haute montagne par beau temps, avec une route serpentant à flanc de colline. En arrière-plan, une chaîne de montagnes.|Le col du Finestre, dont Sérurier s'empare le .

En , l’armée sarde tente de reprendre le comté de Nice. L’aile droite française parvient à contenir l’offensive ennemie mais sur la gauche, Sérurier doit céder du terrain et abandonne la rive est de la Vésubie pour se retirer sur Utelle le . Remplacé au commandement de l’aile gauche trois jours plus tard par le général Dugommier, Sérurier se rend à Entrevaux pour y prendre la tête de l’aile droite de l’armée des Alpes, mais son attitude lors des derniers combats et son sang noble lui valent d’être arrêté peu après. Les citoyens de Laon adressent alors aux autorités une pétition attestant du patriotisme de Sérurier et ce dernier est rapidement réintégré dans ses fonctions sur ordre des représentants en mission et du ministre de la Guerre Bouchotte, ce dernier considérant en outre les motifs de l’arrestation peu justifiés. L’arrivée de l’hiver au mois de décembre met un terme aux combats et la division Sérurier est transférée à l’armée d’Italie dont elle forme l’aile gauche.. En , Sérurier est accusé d’écouter des chants aristocratiques et de ne pas faire preuve d’assez de vigueur dans la lutte contre les désertions, mais à nouveau, Bouchotte et les représentants à l’armée lui renouvellent leur confiance.. Le , les troupes françaises commandées par le général Dumerbion prennent l’offensive et occupent Oneille. À droite s’avance la colonne principale, soit sous Masséna, tandis que les divisions Macquard et Garnier forment respectivement le centre et la gauche du dispositif. Sérurier, à la tête d'une brigade de la division Garnier, reprend Isola et s'empare sans difficulté du col du Finestre.. Le 24, Masséna bat le général Colli-Marchi lors de la bataille de Saorge. Il y a ou blessés du côté sarde contre chez les Français.. À la suite de cette victoire, Macquard se rend maître de Saorge et du col de Tende pendant que Masséna occupe la petite ville d’Ormea dans la vallée du Tanaro. Sérurier participe ultérieurement à une opération menée à la fin du mois de juin dans la vallée de la Stura..

En , les Austro-Sardes se dirigent sur Carcare afin de couper l’armée française de Gênes et de ses approvisionnements. Le 15, sur les recommandations de son chef de l’artillerie, Napoléon Bonaparte, Dumerbion décide de réagir. Détachant Sérurier à Vinadio et Macquard à Limone Piemonte afin de faire diversion, le général ordonne à Masséna de passer à l’attaque et, le , ce dernier, avec , défait les du comte Olivier de Wallis à la bataille de Dego. Les Austro-Sardes échappent à l’encerclement mais doivent abandonner le port de Vado Ligure aux Français. Chaudement recommandé au Comité de salut public par ses supérieurs, Sérurier est élevé au grade de général de division le . Il remplace alors temporairement Masséna, tombé malade, au commandement de sa division..

1795

vignette|alt=Portrait d'un général de la période révolutionnaire revêtu d'un uniforme à large échancrure, portant les cheveux poudrés à l'ancienne mode, le visage et le regard tourné sur la gauche, le buste et le bras droit sur la droite.|Le général Barthélemy Louis Joseph Schérer, nommé commandant de l'armée d'Italie en .