La Brabançonne est une chanson tacitement reconnue comme étant l'hymne national de la Belgique, sans toutefois qu'aucune mention ne soit faite, ni de l'œuvre en question, ni même d'un hymne pour le royaume, tant au Moniteur belge que dans la Constitution du pays, contrairement aux « symboles nationaux » disposés par l'article 193.

Elle trouve son origine dans un poème écrit à l'aube de la révolution belge, en 1830, par un acteur français du théâtre royal de la Monnaie : Alexandre Dechet, dit « Jenneval ». Le texte primitif n'est pas accompagné de partitions, mais différents habillages musicaux sont rapidement proposés. Celui qui parvient à s'imposer est une composition du ténor et musicien belge François Van Campenhout, également artiste dans le même théâtre. La musique et les paroles subissent plusieurs arrangements et variations au fur et à mesure des événements révolutionnaires, puis de l'histoire de la Belgique.

Le poème initial étant écrit en français, la question de la traduction en néerlandais se pose rapidement. Il faut cependant attendre 1921 pour trouver une première tentative d'adoption par une circulaire du ministère de l'Intérieur, qui impose la strophe d'une version de Charles Rogier datant de 1860, toujours uniquement en français. Cela ne convient ni aux Wallons, qui critiquent l'œuvre sur le fond, ni aux Flamands qui, outre la critique historique, déplorent l'absence de version officielle en néerlandais, dans le contexte de l'évolution de la législation sur l'usage des langues en Belgique. Un consensus est trouvé avec la parution d'une circulaire du ministère de l'éducation nationale de 1938, qui adopte une version néerlandaise.

Un nouveau problème survient avec l'apparition de l'allemand comme troisième langue nationale à la suite de l'annexion des cantons de l'Est, conséquence de la Première Guerre mondiale. Une commission est alors mise sur pied en 1951 afin de définir une version dans les trois langues du pays, mais les réformes de l'État belge et les tensions communautaires croissantes relèguent La Brabançonne et les symboles de la Belgique unitaire au second plan.

Ainsi, l'œuvre est notoirement établie comme étant l'hymne national du royaume et jouée en conséquence depuis la déclaration d'indépendance de la Belgique, mais aucune adoption formelle n'a jamais eu lieu. Selon l’aveu même des autorités belges. : . Cela conduit à l'existence d'une cacophonie de variantes des paroles et d'autant d'adaptations des partitions.

Histoire Contexte vignette|gauche|Le théâtre royal de la Monnaie, au soir du déclenchement des émeutes d'août 1830 à Bruxelles.

Après la période française de l'histoire de la Belgique, les pays vainqueurs de se réunissent lors du congrès de Vienne et décident, en 1815, de créer ex nihilo un état-tampon entre le nouveau royaume de France et la Prusse : le Royaume uni des Pays-Bas. Celui-ci rassemble les trois états qui composent l'actuel Benelux, sous la couronne de Guillaume d'Orange-Nassau. Mais ce mariage forcé des populations protestantes peuplant les anciennes Provinces-Unies avec les catholiques des anciens Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège ne se passe pas comme prévu et, bientôt, ceux que l'on appelle les « Belges » (les habitants des huit provinces du sud et du Grand-duché de Luxembourg), critiquent le pouvoir « hollandais » de La Haye. En effet, le despotisme du monarque néerlandais conduit à l'unionisme, mouvement politique qui prône l'union des catholiques et des libéraux aux travers des « griefs de la nation », qui mènent à la révolution belge.

Celle-ci débute avec les émeutes de Bruxelles dans la soirée du , à la suite de la représentation de l'opéra d'Auber intitulé La Muette de Portici au théâtre royal de la Monnaie, donnée à l'occasion du anniversaire du roi Guillaume. L'œuvre raconte la révolte populaire de la république de Naples contre la grande puissance espagnole qui occupe la région au . Il n'en faut pas plus pour qu'au moment où le ténor Jean-François Lafeuillade entonne l'Amour sacré de la Patrie, l'assistance se lève et crie avant de se diriger vers la sortie où une foule est réunie sur la place de la Monnaie. S'ensuit une longue nuit de pillages, d'incendies et d'affrontements avec les autorités qui font plusieurs morts et qui se propagent rapidement à l'ensemble des provinces du sud.

Les insurgés arborent dans un premier temps le drapeau français mais, bien qu'un mouvement « rattachiste » existe., il s'agit plutôt de mettre en avant la symbolique révolutionnaire et anti-monarchique qu'il représente, avec toute l'influence de la deuxième Révolution française qui vient de se terminer en juillet à Paris. Dans le même ordre d'idées, ils chantent « La Parisienne » ou « La Marseillaise »Louis Hymans, Bruxelles à travers les âges, Bruxelles, s.d. (circa 1870), ., qui sert de support musical à plusieurs chansons comme La Bruxelloise, et dont les paroles sont adaptées à la mi-septembre pour donner « La Marseillaise des Belges ». Cette version reprend la plupart des paroles de l'hymne national français de Rouget de Lisle, particulièrement le dernier couplet, avec toutefois quelques arrangements dépeignant la situation belge du moment : l'armée du prince Frédéric qui campe à Vilvorde en attendant l'ordre d'attaquer, les volontaires belges venus défendre Bruxelles ou encore l'animosité envers les « Bataves ». En voici les paroles, avec l'orthographe d'époque :

Genèse vignette|« Les héros de La Brabançonne » : Jenneval, François Van Campenhout et Jean-François Lafeuillade. Le , un jeune acteur français du théâtre royale de la Monnaie, Alexandre Dechet, dit « Jenneval », compose un poème qui traduit les aspirations des révolutionnaires à ce moment, à savoir non pas l'indépendance de la Belgique, mais plutôt la volonté d'une meilleure considération des Belges, majoritaires au sein du Royaume uni des Pays-Bas et le « redressement des griefs de la nation » par le roi Guillaume, de plus en plus décrié dans tout le pays. Le journal bruxellois Le Courrier des Pays-Bas publie le texte le , tandis qu'il est chanté en public pour la première fois à l'occasion de la réouverture du théâtre, le , sur une musique composée par François Van Campenhout, musicien et chanteur bruxellois officiant également à La Monnaie. Pour compléter le tableau, l'artiste qui entonne La Brabançonne ce soir-là n'est autre que le ténor français Jean-François Lafeuillade, celui-là même qui tenait le premier rôle dans La Muette de Portici au soir du déclenchement des émeutes, le .

La Brabançonne devient rapidement l'une des chansons patriotiques les plus entonnées de la révolution belge, mais sur des airs variables selon les sourcesAnne Morelli, « La construction des symboles « patriotiques » de la Belgique, de ses régions et communautés », dans Les grands mythes de l’histoire de Belgique, de Flandre et de Wallonie, Bruxelles, Evo-histoire, 1995, .. Les paroles, comme la musique, subissent en effet plusieurs modifications majeures au cours des évènements. La principale a lieu à la suite de l'attaque de l'armée lors des Journées de Septembre : Jenneval, qui combat aux côtés des défenseurs de Bruxelles, revoit complètement ses paroles et publie la Nouvelle Brabançonne, qui embrasse explicitement les idées révolutionnaires, se veut bien plus radicale et ouvertement opposée au régime de La Haye et au roi Guillaume . Cela accentue le succès fulgurant de l'œuvre, particulièrement après que Van Campenhout lui-même chante cette nouvelle version au lendemain de la victoire des Quatre Jours de Bruxelles, le , finissant d'haranguer les Belges, qui s'engagent dans la guerre belgo-néerlandaise. Dans sa publication de 1848, Jules Géruzet commente la prestation en disant. :

Durant la révolution, on trouve d'autres propositions de chant national, comme l'« Hymne national belge » publié par Jean-Baptiste Vautier le sur l'air d'Amis, la matinée est belle, de La Muette de Portici. Mais c'est La Brabançonne qui s'impose petit à petit comme l'hymne national de la Belgique, au détriment d'autres chansons populaires, comme l'Amour sacré de la patrie, La Bruxelloise, ou encore la Marche des Belges.

Évolution

vignette|Les deux versions de La Brabançonne sur une image d'Épinal en 1895. Après l'indépendance de la Belgique du Royaume uni des Pays-Bas, le , différentes commissions sont chargées d'examiner le texte et la mélodie afin d'en établir une version officielle, mais sans réel succès. Cela conduit à la naissance ainsi qu'à la coexistence de nombreuses variantes de la musique, mais aussi des paroles. En effet, avec le réchauffement des relations entre la Belgique et les Pays-Bas, plusieurs nouvelles versions de La Brabançonne apparaissent avec une vision plus pacifiste, moins axée sur la révolution belge ou contre la monarchie néerlandaise. D'un point de vue musical, ce sont les partitions de François Van Campenhout qui finissent par s'imposer, bien qu'elles présentent des problèmes de concordance avec les paroles.

En 1860, Charles Rogier, ancien combattant de la révolution et ancien Premier ministre de Belgique, propose un nouveau texte qui prône la réconciliation avec les Néerlandais et trouve un écho particulièrement favorable dans le contexte de l'époque. Celui-ci est uniquement rédigé en français, puisqu'il s'agit, à ce moment, de l'unique langue officielle du pays. Toutefois, ses paroles sont rapidement critiquées au sujet de leur fond historique qui révise volontairement l'histoire de la Belgique à leur avantage. De plus, elles s'adaptent toujours mal aux partitions de Campenhout, malgré les tentatives d'arrangements techniques. En conséquence, d'autres versions continuent d'apparaitre et la question de l'adoption d'une nouvelle version tarde à être tranchée. En 1864, Henri Vieuxtemps compose cette fois un tout nouvel hymne intitulé « Ouverture et hymne national belge avec chœur » et le dote de nouvelles partitions ainsi que d'un texte complètement inédit, fruit du poète Eugène Dubois.. L'œuvre des deux hommes est rachetée par la maison Schott et publiée dans Le Guide musical n°41 du avec, pour commentaire de présentation :

Toutefois le nouvel hymne ne parvient pas à s'imposer et La Brabançonne demeure l'hymne populaire aux yeux des Belges.. Avec la naissance du mouvement flamand et l'évolution de la législation sur l'usage des langues en Belgique, les premières propositions de paroles en néerlandais voient progressivement le jour, ajoutant toujours plus de variantes.

Certains radicaux francophones s'opposent à ce mouvement, comme la Ligue wallonne du Brabant, qui imprime une reprise ouvertement « anti Flamands » de La Brabançonne, qu'elle vend au prix de dix centimes de francs belges lors de manifestations à Louvain à la fin du .

En 1905 parait le chant patriotique Vers l'avenir qui fait de l'ombre à L'Hymne du Congo et devient l'hymne du Congo belge après que la Belgique ait intégré ce territoire à son empire colonial en 1908.

Première Guerre mondiale

vignette|La Brabançonne, sur une carte postale de 1914, illustrée avec des combats de la Première Guerre mondiale. vignette|La Brabançonne avec le roi Albert , en médaillon. La Première Guerre mondiale a une influence non-négligeable sur La Brabançonne car elle met en lumière la problématique liée à l’absence d'une version officielle de l'hymne national au moment où la fibre patriotique est particulièrement mise en exergue. En effet, cette liberté d'interprétation entraine une multitude de nouvelles adaptations et, après le conflit, l’état belge se saisit de la nécessite d’en établir une version officielle.