Albert Uderzo, né le à Fismes (Marne) et mort le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un auteur et éditeur de bande dessinée français.

Il travaille notamment pour les journaux France-Soir et France Dimanche, et pour les magazines Tintin et Pilote. Avec Jean-Michel Charlier, il est l'auteur de la série Tanguy et Laverdure. Il crée également avec René Goscinny, les séries Oumpah-Pah et Astérix.

De 1959 à 1977, Albert Uderzo dessine vingt-quatre albums d’Astérix sur des scénarios de Goscinny. À partir de 1980, après la mort de ce dernier, il reprend seul la réalisation de ses aventures, pour neuf albums. En 2013, paraît le premier album du tandem Jean-Yves Ferri - Didier Conrad, auquel il a confié le guerrier gaulois. Il continue cependant d'exercer son droit de regard sur le scénario et le dessin. Publié dans et dialectes, Astérix demeure la bande dessinée la plus traduite au monde. Près de d'albums sont vendus au total de 1959 à 2020. Ce nombre fait probablement d'Albert Uderzo l'auteur français le plus lu de son vivant..

On lui doit également la création des sociétés éditions Albert-René, du journal Pilote, des studios Idéfix, de l'agence de communication Édifrance et du Parc Astérix.

Biographie Jeunesse et débuts vignette|Les Pieds Nickelés, créés par Louis Forton, sont publiés par la SPEen 1940, le dessinateur est Pellos, voir l'article Delcourt et Glénat se disputent l’héritage des Pieds Nickelés, 2011 à lire sur https://www.actuabd.com/Delcourt-et-Glenat-se-disputent-l où Albert Uderzo fait son apprentissage. Alberto Aleandro Uderzo est né à Fismes, dans la Marne, de Silvio Leonardo Uderzo, luthier de guitares, et Iria Crestini, immigrés italiens (lui de la province de Vicence, elle de Toscane) qui avaient déménagé en France avec leurs deux enfants plus âgés quelque temps auparavant ; le patronyme familial peut venir de la ville italienne d'Oderzo en Vénétie. Albert naît avec 12 doigts aussitôt opérés . Deux ans plus tard, la famille déménage à Clichy-sous-Bois (alors en Seine-et-Oise, aujourd'hui en Seine-Saint-Denis) et en 1934 Albert obtient la nationalité française. En 1938, ils s'installent définitivement à Paris. À cette époque, il découvre en s'essayant à la peinture qu'il est daltonien. C'est en lisant Mickey Mouse, publié à l'époque dans Le Petit Parisien, qu'il découvre la bande dessinée. Il est alors influencé par les dessinateurs Benjamin Rabier, Dubout, Louis Forton ou Walt Disney qu'il copie. Mais autant que Disney, c'est Felix le Chat de Pat Sullivan, qui le marque profondément, première série que lui offrent régulièrement ses parents pour les fêtesin Jacques Glénat et Numa Sadoul, Albert Uderzo entretien avec…, Les cahiers de la bande dessinée, éditions Jacques Glénat, Grenoble, 1974, p. 16. Son frèreLa fratrie est composée de Bruno l'ainé, Rina, Albert le cadet, Jeannette, Marcel le benjamin. Bruno (1920–2004), convaincu de son talent, le pousse à proposer ses services à un éditeur parisien ; c'est ainsi que, pendant la guerre, il est embauché comme à 14 ans, par la Société parisienne d'édition (SPE), qui publie entre autres Bibi Fricotin, Fillette, Junior ou encore Les Pieds nickelésLaurent Chollet et Armelle Lero, Héros de ma jeunesse, Editions du Rocher, 24/05/2017. Engagé pour quelques semaines, il reste finalement un an à la SPE et y apprend les bases du métier : le lettrage, le calibrage d'un texte, la retouche d'image… : in Jacques Glénat et Numa Sadoul, Albert Uderzo, entretien avec… ; Les cahiers de la bande dessinée, éditions Jacques Glénat, Grenoble, 1974, p. 9.

Il côtoie notamment Calvo, qui fait figure pour lui de maître et l'encourage à persister dans le dessin. .

En 1941, il publie dans le supplément Boum de l'hebdomadaire Junior, édité par la SPE, une illustration pastichant « Le Corbeau et le Renard » : c'est son premier dessin publiéSylvie Uderzo contredit cette information sur son blog en situant le premier dessin de son père en mai 1942.. La même année, il rejoint son frère en Bretagne, où ce dernier s'est réfugié pour échapper au Service du travail obligatoire (STO). Il restera deux ans à Les Villages, un quartier de la ville de Saint-Brieuc, dans les Côtes-du-Nord, ce qui lui permet de faire connaissance avec la « Bretagne profonde » dont il apprécie les habitants. Bien plus tard, Uderzo localisera le village dAstérix en Bretagne, seul paysage français qu'il connaissait bien à l'époque.

Uderzo s'intéresse fortement au cinéma d'animation, déclarant a posteriori : .. En 1945, il travaille dans un minuscule studio d'animation qui produit un court-métrage, Carbur et Clic-Clac : déçu par l'expérience et par le résultat final, il décide de ne pas persévérer dans le dessin animé. Dans le même temps, le patron du studio, qui désire se lancer dans l'édition, lui confie l'illustration d'un fascicule en bande dessinée, Flamberge, gentilhomme gascon : cette aventure de cape et d'épée, dessinée dans un style humoristique, est la première histoire complète publiée par Uderzo. Le dessinateur considère, a posteriori, ses débuts comme ..

En 1946, il remporte un concours qui lui permet de publier, aux Éditions du Chêne, un recueil de gags mettant en scène un nouveau personnage, Clopinard : grâce au salaire reçu à cette occasion, il réussit à convaincre son père qu'il peut espérer vivre de son métier de dessinateur. Dès la fin des années 1940, Uderzo travaille énormément : il illustre des romans et des pages d'actualité, et publie des histoires dans différents journaux, créant des personnages comme Zidore l'homme macaque (une parodie de Tarzan) ou Clodo et son oie. Pour l'hebdomadaire OK, il crée une série de héros à la musculature surdéveloppée, qui évoluent dans un Moyen Âge de fantaisie : d'abord le personnage d'Arys Buck, puis de son fils le prince Rollin. Très influencé par la bande dessinée américaine, en particulier par les dessinateurs Milton Caniff, Alex Raymond, Burne Hogarthdont Uderzo a connait le travail par la revue Robinson, in Didier Pasamonik, Albert Uderzo : "J’ai travaillé énormément parce que c’était très mal rétribué." in 22 Interviews , 5 octobre 2012 (L’Agence BD), à lire sur https://www.actuabd.com/Albert-Uderzo-J-ai-travaille, Uderzo signe à l'époque « Al Uderzo ». Arys Buck et Rollin ne vivent, l'un et l'autre, que le temps d'une unique aventure. Belloy, qu'Uderzo crée dans la même veine, devient au contraire le héros d'une véritable série publiée dans OK puis dans d'autres journaux, l'auteur étant cette fois suffisamment satisfait de sa création pour s'y attacher..

OK cesse de paraître pendant qu'Uderzo fait son service militaire. Une fois démobilisé, le dessinateur doit proposer ses services à d'autres éditeurs. Ne retrouvant pas de travail dans l'édition pour la jeunesse, il tente sa chance du côté de la grande presse. À France Dimanche, il est recruté comme « reporteur-dessinateur », dont la fonction consiste à pallier l’impossibilité d’envoyer un photographe sur les lieux d’un fait divers. Uderzo illustre ainsi des pages d'actualités et des reportages par des croquis « pris sur le vif ». Il collabore quotidiennement au quotidien populaire France-Soir de la grande époque, avec Paul Gordeaux en illustrant, dans un style réaliste, des bandes dessinées verticales Le Crime ne paie pas et Les Amours célèbres. Il propose également ses services en Belgique, où paraissent de nombreux illustrés pour la jeunesse. Par l'intermédiaire d'une agence parisienne, Uderzo réalise pour un éditeur belge une aventure de Capitaine Marvel Jr., personnage d'une bande dessinée américaine dont il ne connaît pas grand-chose, et dont les Belges ont alors acheté aux Américains les droits pour l'Europe : l'histoire paraît en 1950 dans le journal belge Bravo !.

Rencontre avec Goscinny et création de Oumpah-Pah International Press En 1950, Albert Uderzo est contacté par Yvan Chéron, un Belge qui possède une agence de presse nommée International Press. Celui-ci lui propose de faire de la bande dessinée et l'invite à Bruxelles. Il y fait la connaissance des dessinateurs Victor Hubinon, Eddy Paape et Mitacq. Il rencontre également Georges Troisfontaines, ami de Chéron et propriétaire de l'agence World Press. Il se lie d'amitié avec le scénariste Jean-Michel Charlier, qui lui propose de scénariser de nouvelles aventures de Belloy. La première histoire est placée dans le quotidien La Wallonie. La série sera publiée de 1950 à 1954.

Uderzo réalise ses planches dans des bureaux que se partagent les deux agences au 34 avenue des Champs Élysées à Paris. Il a fait embaucher le dessinateur Martial Durand qu'il a connu au journal OK et qui cherchait du travail. En 1951, Troisfontaines lui présente un nouveau compagnon de bureau, de retour des États-Unis : René Goscinny. Celui-ci dessine sa série Dick Dicks sans créer de scénario pour d'autres. Les deux hommes se découvrent des passions communes pour Walt Disney, Laurel et Hardy et la bande dessinée. Le dessinateur qualifie cette rencontre de . pour lui. Goscinny expliquera : ..

Leur première collaboration est une rubrique de savoir-vivre, publiée dans l'hebdomadaire féminin Bonnes Soirées du groupe Dupuis. Les deux auteurs créent également Jehan Pistolet, dont les aventures maritimes se déroulent au . Il s'agit de la première bande dessinée qu'ils réalisent en commun. Cinq épisodes sont publiés. Jehan Pistolet est publié pendant deux ans dans La Libre junior, supplément hebdomadaire du quotidien bruxellois La Libre Belgique. Sous le nom de Jehan Soupolet, il rejoint ensuite le magazine Pistolin et sera repris dans Pilote en 1960. Sur une commande d'Yvan Chéron, ils réalisent Luc Junior, jeune reporter affublé d'un chien de race incertaine et d'un photographe faire-valoir. Sept histoires paraissent dans La Libre junior jusqu'en . Selon Uderzo, c'est un .

Goscinny et Uderzo imaginent ensuite le personnage dOumpah-Pah. Il s'agit d'une création personnelle qui les réjouit beaucoup. Le personnage principal est un Peau-rouge qui vit dans une réserve, puis qui en sort pour se mêler à la vie moderne des Américains. Le dessin d'Uderzo, marqué par le dessin animé, montre beaucoup de mouvement dans des décors simplifiés. Oumpah Pah n'intéresse pas les frères Dupuis, ni les journaux belges. À l'occasion d'un séjour de Goscinny aux États-Unis pour lancer un magazine TV édité par les frères Dupuis, il fait traduire les dialogues dOumpah Pah par Harvey Kurtzman et tente d'y intéresser des éditeurs américains. C'est un nouvel échec. Plusieurs années plus tard le personnage sera publié dans Tintin, dans une version remise à jour.

Par l'intermédiaire de Troisfontaines, Uderzo dessine Tom et Nelly enfants du siècle pour Risque-Tout, nouveau journal pour les jeunes publié par Dupuis. Le scénario est d'Octave Joly. Les deux auteurs réalisent ensemble un Marco Polo pour La Libre junior en 1953. Pour Bonnes Soirées, il illustre la rubrique Sa Majesté mon mari. Il alterne dessin réaliste et dessin humoristique.

La situation matérielle d'Uderzo s'améliore. Cependant, il ne parvient pas à travailler pour les éditions Dupuis : les propositions qu'il fait avec Goscinny sont systématiquement refusées. Il se considère comme car ses copains Morris et Franquin sont publiés dans le journal Spirou et en album. Il vit toujours chez ses parents, rue de Montreuil. Troisfontaines emmène régulièrement ses collaborateurs parisiens dans des expéditions nocturnes qui commencent dans les grands restaurants et s'achèvent dans les boîtes de nuit à la mode. En 1952, Uderzo fait la connaissance d'Ada, qui est la secrétaire d'Henri Varna, patron du Casino de Paris et du Théâtre Mogador. Il l'épouse l'année suivante et le couple s'installe dans un studio à Eaubonne.

ÉdiPresse et ÉdiFrance