Ashoka ou Aśoka (en l'absence de signes diacritiques /ś/, on écrit aussi Asoka ou Açoka ; sanskrit en écriture devanagari : अशोकः ; IAST : Aśoka ; prâkrit en écriture brahmique : 𑀅𑀲𑁄𑀓), né vers 304 av. J.-C. et mort en 232 av. J.-C., est le troisième empereur de la dynastie indienne des Maurya.
Il accède au pouvoir vers 270 av. J.-C. et s'efforce tout d'abord de consolider et d'agrandir l'empire hérité de son père Bindusâra. À la suite de la conquête meurtrière du Kalinga, il adopte les principes non-violents (ahimsa) du bouddhisme. Dès lors l'empire n'est plus troublé par la guerre et, en souverain pacifique, Ashoka s'emploie à l'organiser au moyen d'un corps important de fonctionnaires et d'une police efficace, ainsi qu'à travers la promulgation d'édits gravés sur des rochers ou des colonnes dispersés dans tout le pays. Il interdit les sacrifices, promeut le végétarisme et encourage la diffusion du bouddhisme en Inde et dans toute l'Asie.
L'empire d'Ashoka s'étendait de l'actuel Afghanistan jusqu'au Bengale, et aussi loin vers le sud que le plateau de Mysore, mais il ne lui survécut guère, s'effondrant en une cinquantaine d'années. Cependant, Ashoka est le premier souverain à réaliser l'unité de l'Inde sur un aussi vaste territoire et la République indienne, consciente de son apport à l'histoire nationale, a pris pour emblème du pays le « chapiteau aux lions » qui couronne le pilier d'Ashoka de Sarnath, ainsi que la roue du Dharma (Dharmachakra).
Noms et sources
Les noms Le souverain est connu sous le nom de « Ashoka », mot sanskrit signifiant , de a- particule privative, et shoka . Mais la question du reste poséeSauf mention contraire, les informations de cette partie viennent de .. Car certaines inscriptions d'Ashoka portent un titre de trois mots : , soit l« 'ami des dieux, le roi Piyadasi ». Or cette épithète « ami des dieux » (devānaṃpiye) se rencontre pour la première fois dans les écrits indiens dans les inscriptions d'Ashoka. Quant à « Piyadasi », il s'agit sans doute du nom propre du roi.
Le nom d'Ashoka, lui, ne se rencontre que quatre fois, dans un groupe d'édits mineurs sur rocher, au Karnataka : deux fois dans l'Édit mineur I et deux fois dans l'Édit mineur II. Mais on sait que le roi Rudranam a fait graver le nom « Ashoka » vers 150 de l'ère commune (EC) dans une inscription ajoutée sous un des édits majeurs sur rocher, à Girnar, dans le Gujarat. Et ce nom et l'inscription renvoient clairement au personnage d'Ashoka et à son activité de bâtisseur— preuve que trois cents ans après la mort de celui-ci, son nom et ses contributions architecturales étaient connus.
Il apparaît donc que le roi avait deux noms, « Ashoka » et « Piyadasi », mais qu'il aimait s'appeler, et sans doute aussi être appelé, « Piyadasi ». centré|vignette|« Devanampiyena Piyadasi » dans l'édit de Lumbini.
Les sources
Ashoka hagiographique vignette|« Devanampriya Ashoka » sur l'« édit séparé sur rocher » n° 1, à . Cependant, les autres occurrences du nom « Ashoka » se trouvent dans des occurrences isolées dans les Purana (mais le tout représente un volume (Olivelle, 2025) et dans la littérature bouddhique : d'abord dans les chroniques bouddhiques du courant Theravada au Sri Lanka, puis dans les textes en sanskrit du courant Mahâyâna du Nord. L'un des ouvrages les plus cèlèbres et l'Ashokavâdâna (« Histoire d'Ashoka »), composé au EC, qui a eu une grande influence en Asie centrale et en Asie de l'Est. Au-delà de leurs différences, ces deux courants se rejoignent dans une vision hagiographique d'Ashoka comme élément central et accomplissement de la mission de Bouddha Shakyamuni. Un autre texte célèbre, le Buddhacarita (« Actes du Bouddha ») se termine, lui, non par la mort du Bouddha mais par la construction de stupas entreprise par Ashoka à travers le continent indien.
Si les sources bouddhiques occupèrent une place centrale dans la construction du personnage d'Ashoka, les édits sur rocher et sur piliers furent cependant connus : on saut par exemple que vers 400 EC, le moine bouddhiste chinois Faxian se rendit à Sankasa, où il vit un pilier et surmonté d'un lion. Il apprit par les gens de l'endroit que le pilier avait été élevé par Ashoka, mais (Olivelle, 2025), car écrits le plus souvent en brahmi, une écriture dont la clé avait été perdue.
Ashoka épigraphique Ce silence dura jusqu'en 1837, date à laquelle James Prinsep réussit à déchiffrer la brahmi, créant ainsi un Ashoka épigraphique, c'est-à-dire lié à aux inscriptions épigraphiques.
Histoire de l'Empire
Conquête du pouvoir
Chandragupta (« Protégé par la Lune ») fonde l'empire Maurya en s'emparant tout d'abord du Pendjab récemment conquis par Alexandre le Grand puis, il se tourne vers l'est et s'approprie le royaume des Nanda vers 313 , s'installant dans la capitale Pataliputra (actuelle Patna au Bihar). En 305 , il affronte et défait Séleucos Nikator, le satrape macédonien de Babylone qui le menace au nord-ouest. Les deux souverains concluent un accord aux termes duquel Chandragupta obtient la région à l'est des montagnes d'Afghanistan contre des éléphants et une alliance matrimoniale. Après avoir étendu son empire vers le sud, Chandragupta se serait retiré dans un monastère jain, abdiquant en faveur de son fils Bindusâra.
Ce dernier nomme vice-roi d'Ujjain l'un de ses fils, Devanampiya Piyadassi (« Le roi ami des dieux au regard bienveillant »), plus connu sous le nom d'Ashoka (« Le sans douleur ») donné par les bouddhistes. Il l'envoie ensuite mater une révolte à Taxila dont il devient également vice-roi, s'initiant ainsi au gouvernement. À la mort de son père en 273 , Ashoka fait éliminer tous ses frères et sœurs, s'empare du pouvoir et se fait couronner quatre ans plus tard.
Guerre contre le Kalinga
vignette|redresse=1.1|La plaine Daya depuis les collines de Dhauli, lieu présumé de la guerre du Kalinga. Comme ses prédécesseurs, Ashoka dispose d'une armée considérable, professionnelle, prête en permanence et qu'il finance lui-même. C'est avec elle, au cours de la treizième année de son règne (261 ), qu'il se lance à la conquête du Kalinga, région située sur la côte est et correspondant à l'actuel Orissa« Ashoka » in . L'empereur remporte la victoire après une guerre terriblement meurtrière qui aurait fait selon ses dires , et autant de morts de famine et de maladie, chiffres probablement symboliques qui traduisent l'ampleur des massacres perpétrés.
Ce triomphe sanglant provoque chez le souverain une crise morale et politique qui le conduit à adopter les principes non-violents du bouddhisme. Il fait une retraite d'un an dans un monastère, devient végétarien, fait des pèlerinages et de nombreux dons aux bouddhistes mais aussi aux jaïns et aux brahmanes. Il prend les vœux d'upāsaka, dans un édit mineur sur le rocher I datant probablement de 258 AEC, il se définit comme un upāsaka : . Ashoka réalise au travers des enseignements du Bouddha que ses conquêtes territoriales sont sources de souffrance, et s'oriente vers une conquête intérieure pour cultiver le bien de la société et la non-violence. Il protège les autres religions et érige des piliers où sont gravés en plusieurs langues des textes promouvant la justice et la toléranceAlain Grosrey, Le Grand Livre du Bouddhisme, 2007, Albin Michel, .
Organisation de l'Empire vignette|redresse=1.1|L'empire Maurya sous Ashoka.
Débarrassé du souci de la guerre, Ashoka se consacre à l'organisation de l'Empire sur lequel il exerce un pouvoir absolu au moyen d'une administration décentralisée, soutenue par les nombreux édits gravés dans la pierre et dispersés sur tout le territoire.
Un pouvoir absolu et personnel Les ordres de l'empereur s'appliquent uniformément à tout le territoire, ils émanent de sa volonté et de son autorité personnelle comme en témoigne une de ses inscriptions :
De plus, bien qu'il ne l'utilise guère après la conquête du Kalinga, Ashoka peut compter sur une armée imposante entièrement à son service car il en est le financeur.
Des édits contrôlés par une « police de la moralité »
vignette|redresse=1.1| sur colonne. Environ 238 , provenant probablement de la colonne de Meerut (Uttar Pradesh).
Afin de diffuser son idéal de tolérance, Ashoka promulgue des édits, qu'il fait graver dans la pierre dans tout l'Empire. Nous en connaissons une trentaine, gravés soit sur des rochers, situés à la périphérie du royaume, soit sur des colonnes, dans la vallée du Gange ou plus rarement sur les parois de grottes dans des régions reculées. Ces textes édifiants permettent au souverain non seulement d'éduquer ses sujets en leur inculquant le sens du devoir (dharma) mais également de conforter son gouvernement par la pression qu'ils exercent sur la population, l'incitant à se plier à la justice, à renoncer à la violence donc à la guerre, à s'imposer une forme d'autodiscipline.
Pour assurer pleinement l'application de ces principes, Ashoka qui se considère comme le « père » de tous ses sujets, indépendamment de leur religion ou leur caste, crée un corps de superviseurs de la moralité, le dhamma-mahamatra, qui, renseigné par de nombreux informateurs, contrôle l'intégrité de ses fonctionnaires et l'observation par tous de ses édits. Ceux-ci constituent un code moral aussi bien acceptable par les pratiquants du bouddhisme, qui en est l'inspiration directe, que par ceux du jaïnisme ou de l'hindouisme.
Une administration décentralisée Cependant, la taille de l'Empire et les moyens de communication de l'époque rendent un contrôle direct impossible ; en effet, il faut au moins trente jours pour se rendre de Pataliputra à Kandahar ou à la frontière sud et le double en période de mousson. Le royaume est donc divisé en plusieurs territoires, dont le nombre exact est inconnu, dirigés par des vice-rois ou des gouverneurs. Ceux-ci disposent d'une bureaucratie hétérogène, parfois locale, parfois héritée des précédentes autorités perses ou grecques au Nord-Ouest, ou encore directement issue du cœur de l'Empire dans les régions jugées peu sûres du sud et de l'est.
Par ailleurs, certains souverains vaincus, pourvu qu'ils paient tribut et se conforment au dharma, conservent leurs trônes. Il en est de même pour plusieurs tribus qui gardent une certaine autonomie dans leur organisation interne. Ceci se manifeste par la présence de différents monnayages malgré une tendance à l'unification dans ce domaine. Ces différentes structures se chargent de la gestion concrète de l'Empire les édits d'Ashoka, uniquement préoccupé de principes moraux, restant muets à ce sujet.
Réalisations vignette|redresse=1.1|Monnaie de la dynastie Nanda.
Sous le règne d'Ashoka, l'Inde est un pays prospère. Les travaux d'irrigation permettent l'augmentation de la production de riz et de coton dont une partie est exportée, de même que des épices (poivre et cannelle), des pierres précieuses (cornaline, rubis, saphir) ou des éléphants. Cela lui permet de faire venir de la soie de Chine, des chevaux d'Asie centrale et de l'or dont on a retrouvé de grandes quantités alors que le pays n'en produit pas.
Le commerce est stimulé par une amorce d'unité monétaire et l'amélioration des routes le long desquelles l'empereur fait creuser des puits et planter des arbres. Ashoka est également à l'initiative de la construction de la « Grande voie royale », longue de , qui relie Taxila à Pataliputra. Cette dernière est une ville et un port fluvial florissant qui compte , ce qui en fait l'une des plus grandes cités du monde antique.
Les dons aux nécessiteux ou aux temples et l'entretien des hôpitaux (pour les personnes et les animaux), des routes et surtout d'une immense armée, se font grâce à des taxes prélevées sur les produits agricoles et le commerce.
Religion et culture vignette|redresse=0.85|Chapiteau du pilier de Vaishali (Bihar), vers 250