L'église Notre-Dame. est une église catholique paroissiale située à Saint-Clair-sur-Epte, en France. Édifié sur un sanctuaire carolingien du , son chœur avec abside en cul-de-four est le principal chœur roman de la fin du conservé dans le Val-d'Oise. La décoration des trois fenêtres du chevet et les arcatures plaquées qui agrémentent le soubassement sont tout à fait remarquables, et le profil surbaissé des arcs-doubleaux intermédiaires est hors du commun. Le transept est seulement partiellement roman et l'on y voit encore l'entrée de l'ancienne absidiole nord. Le clocher central qui s'élève au-dessus de la croisée du transept remonte également à la fin du , mais son architecture sans recherche n'atteint pas le niveau de la plupart des autres clochers romans du Vexin français et des environs. Il se distingue cependant par sa flèche en charpente du à la silhouette inhabituelle. La nef également romane a été rebâtie dans le style gothique primitif après le milieu du , mais la façade avec ses deux portails romans qui se superposent (dont le plus grand bouché) subsiste de la période romane. Le mur haut de la nef avec quatre fenêtres décorées différemment et une corniche d'un type unique, ainsi que l'élévation nord de la nef et ses voûtes sont les principaux apports de la campagne du troisième quart du qui se sont conservés. Comme le révèle facilement l'examen extérieur où les élévations nord et sud n'ont rien en commun, un nouveau vaisseau sud a été édifié à la fin du à l'emplacement du bas-côté sud et du croisillon sud. Soigneusement construite, cette partie de l'église n'a toutefois qu'une seule particularité : les grandes arcades vers la nef ont été obtenues en abattant les murs entre les supports de la voûte de la nef, qui ensuite ont été retaillés côté sud afin de s'adapter au style gothique flamboyant du nouveau collatéral. C'est en même temps la seule partie homogène de l'édifice, contrairement à l'étroit bas-côté nord probablement ajouté postérieurement à la construction de la nef, vers 1130. Ses travées ont été voûtées successivement d'ouest en est et illustrent l'évolution du voûtement d'ogives à la fin de la période romane et au début de la période gothique. L'on y voit l'une des plus anciennes voûtes d'ogives du département, celle de la première travée datable d'autour de 1130. Le caractère authentique du chœur ayant longtemps été dissimulé par des boiseries et des contreforts aveuglant les fenêtres, la valeur archéologique de l'église n'a été reconnue que tardivement, et elle a été classée monument historique en 1938. seulement. Bien que révélant toujours un peu plus ses richesses au gré des campagnes de restauration successives, les spécialistes de l'architecture ignorent généralement l'église Notre-Dame de Saint-Clair-sur-Epte dans leurs publications, et elle demeure méconnue. Longtemps église de pèlerinage pour la dépouille de saint Clair qu'elle abrite, elle ne voit plus que très occasionnellement des célébrations eucharistiques alors qu'elle est enfin restaurée. Le pèlerinage annuel reste populaire; il a toujours lieu le . après la messe, à 21 h.Les reliques de saint Clair et de son compagnon saint Cyrin sont amenées en procession jusqu'à la fontaine miraculeuse et à l'ermitage où selon la légende ils ont eu la tête tranchée en 884. Un grand bûcher est allumé avec les torches enflammées par les processionnaires, au chant de "Saint Clair admirable, sois nous secourable".

Localisation

L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Saint-Clair-sur-Epte, à droite de la mairie, place Rollon. Elle est bâtie sur une terrasse à flanc de coteau et domine l'ancienne route de Paris à Rouen, l'actuelle RD 14 contournant désormais le village par une déviation. La façade principale orientée vers le village est la façade septentrionale, et l'église est en partie enclavée dans la ferme du prieuré.

Historique Les origines thumb|upright|Vue sur le chevet depuis le nord-est, avec l'abside et le croisillon sud.

Jusqu'au ou au début du , le village porte le nom de Vulcassum, qui fait probablement allusion au peuple gaulois des Véliocasses qui ont aussi donné leur nom au Vexin., mais une tradition locale assez perspicace fait le rapprochement avec un supposé temple gallo-romain dédié à Vulcain. L'église aurait été construite à l'emplacement même de ce temple, comme c'est effectivement souvent le cas des premiers sanctuaires chrétiens. La fouille archéologique sous et autour du chœur de l'église actuelle menées entre le et janvier 1959 n'ont pas mis au jour les moindres vestiges d'un temple païen, mais les substructions d'une église carolingienne à moins de deux mètres de profondeur. Son abside se situait sous la seconde travée du chœur roman, et le sanctuaire carolingien était presque moitié moins large que le vaisseau actuel. Le mobilier de la fouille comportait aussi quelques objets romains et des sarcophages mérovingiens. Malheureusement les fouilles sont restées assez sommaires et l'on ne peut procéder à une datation plus précise de la première église du village que de la faire remonter au ... Or, une charte de donation en faveur du prieuré de Vulcassum signée par l'archevêque de Rouen en 841 à Saint-Denis prouve qu'une église doit exister au plus tard à cette date, qu'elle soit achevée ou encore en construction..

Le , saint Clair est assassiné par des tueurs à gages originaires de Buhy dans son ermitage tout près du bourg de Vulcassum. Il prend sa tête entre ses mains, la plonge dans l'eau de la fontaine, puis se rend à son oratoire. De là, il gagne l'église et se couche à gauche de l'autel, désignant ainsi la place qu'il souhaite pour sa sépulture. Quoi que l'on puisse penser de la plausibilité de la céphalophorie, l'on peut retenir que l'église doit exister à cette date. C'est l'une des rares églises à rester indemne après les invasions vikings qui sévissent dans la région peu de temps après le martyre de saint Clair. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte est conclu en 911 sur les reliques de saint Clair, ce qui démontre effectivement que l'église existe à cette époque, car c'est dans l'église que les reliques sont conservées. L'église est alors dédiée à Notre-Dame et l'est toujours restée : elle n'a en réalité jamais été consacrée à saint Clair. C'est en raison du culte pour ce saint et du pèlerinage qui se développent rapidement que l'usage populaire en fait l'église Saint-Clair.. Une tradition orale locale veut que le bas-côté nord de la nef remonterait à l'époque de saint Clair et donc au . Mais si cette partie est effectivement d'origine romane, tous ses composants ont été remaniés, et tout au plus la partie inférieure du mur extérieur remonte réellement à la période romane, en l'occurrence au dernier quart du . Il n'y a pas de concordance avec le plan de l'église carolingienne découverte pendant l'hiver 1958-1959, et dont la ligne de l'abside est matérialisé au sol par une bande en cuivre.

État des recherches thumb|upright|Les connaissances sur le bas-côté nord restent approximatives ; ici, la 1 travée.

Comme c'est la règle pour les églises médiévales de la région, les documents anciens relatifs à la paroisse et au prieuré ne fournissent aucun indice relatif à la construction de l'édifice. L'analyse archéologique et les rapprochements avec des églises présentant des caractéristiques analogues constituent donc les uniques moyens pour dater les différentes parties et comprendre l'évolution des structures bâties. En l'occurrence, aucun spécialiste de renom n'a encore publié une étude sur l'église Notre-Dame de Saint-Clair-sur-Epte. Plus que la moitié des églises du Vexin français sont dans le même cas. Mais ici, il est particulièrement frappant que l'église n'est mentionnée dans pratiquement aucune étude collective (à l'exception de son portail occidental ; .), et qu'aucun auteur n'établit donc de comparaison entre une autre église et celle de Saint-Clair..

En 1977, le dernier curé de Saint-Clair-sur-Epte, G. van Laethem, publie un ouvrage sur l'histoire de la commune, mais contrairement à ce que suggère l'un des sous-titres, l'église est complètement négligée et présentée sur seulement trois pages. Fin 1982, l'architecte en chef des monuments historiques qui a coordonné les travaux de restauration de la fin des années 1970 et le début des années 1980, Pierre-André Lablaude, consacre une obscure publication à l'église, destinée au grand public. L'architecte n'utilise malheureusement pas ses grandes connaissances pour étudier l'édifice et se borne à reprendre des lieux communs. En 1988, deux publications paraissent simultanément. L'une est un ouvrage de divulgation et résulte d'années de patientes recherches du médecin à la retraite Bernard Duhamel. Il écrit donc en tant qu'amateur éclairé, mais c'est le meilleur connaisseur des églises du Vexin de son époque et la pertinence de ses courts portraits est remarquable. Concernant Saint-Clair, il préfère de rester prudent sur la datation de certains éléments. L'autre publication est un mémoire de maîtrise de l'historienne d'art Isabelle Legland-Lhomel, qui certes est chercheuse professionnelle, mais débutante en termes d'architecture religieuse. Certaines hypothèses ne sont pas fondées sur des arguments et certaines comparaisons sont inadéquates. En conclusion, beaucoup de questions restent donc ouvertes et une certaine réserve reste de mise face aux énoncés formulés. La place de l'église Notre-Dame de Saint-Clair-sur-Epte dans l'architecture religieuse du nord de l'Île-de-France et du Vexin reste à déterminer....

Les campagnes de construction de l'église thumb|upright|Abside en cul-de-four de la fin du . thumb|upright|Nef, arcade du sud avec les supports de la fin du .

En l'absence de références pour la datation du chœur de l'église, qui est sa partie la plus ancienne mais aussi celle qui suscite le plus d'interrogations, il convient de se tenir au chœur de l'église Saint-Josse de Parnes à de Saint-Clair, et qui présente une étonnante similitude avec celui de l'église Notre-Dame. Parnes est l'un des rares cas où l'on dispose d'une clé de datation fiable : Orderic Vital (1075-1143) écrit que l'ancienne église est démolie puis entièrement reconstruite à partir de 1089. Le chœur de Parnes est mieux conservé que celui de Saint-Clair, et sa sculpture est un peu plus grossière. Il est probable que la construction du chœur de Saint-Clair commence après 1090, mais il n'est pas établi laquelle des deux églises influença l'autre, et l'on peut donc faire remonter la construction un peu plus tôt. Le transept fait partie d'une même campagne de travaux ou est bâti immédiatement après le chœur, comme l'ont dévoilé la pile nord-ouest de la croisée du transept retrouvée dans la pile gothique de la seconde moitié du , et l'arcade vers l'ancienne absidiole nord également redécouverte. Par ailleurs, les fondations de l'absidiole sud ont été découvertes par hasard en 1983..

Une nef est construite par la suite, mais seule la façade occidentale et la partie basse du mur gouttereau nord en restent. Isabelle Legland-Lhomel pense que le bas-côté date du , ce qui suggère un rythme de construction très soutenu étant donné la date du chœur. En même temps, elle ne procède pas aux démonstrations nécessaires à une datation. Elle est également persuadée que des voûtes d'arêtes ont précédé les voûtes d'ogives, sans fournir la moindre explication. En tout cas, les travées du bas-côté nord sont voûtées successivement d'ouest en est, entre le second et le troisième quart du .. Il faut envisager l'hypothèse que le bas-côté nord est d'une trentaine d'années plus jeune que la nef, comme il sera démontré plus tard.