Théophile Berlier, comte de l'Empire, né le à Dijon et mort le dans la même ville, est un jurisconsulte et homme politique français. Il est l'un des rédacteurs du Code civil.

Famille Issu d'une famille Berlier, il est le fils d'Antoine Berlier, notaire et de Jeanne Baudot. Il est baptisé en l'église Saint-Jean le . Son parrain est Théophile Didier, bourgeois et sa marraine Anne Bernard. Il épouse en premières noces en 1794, Marie-Françoise-Blanche Marlot, née en 1770 et morte le . Elle a été peinte vers 1799 avec sa fille Rose, par Anatole Devosge (1770-1850), un élève de Jacques-Louis David. Ils ont deux filles Rose Berlier (1795-1820) et Aimée Berlier (1799-1879) qui a épousé en 1825 Eugène Masson.

Il épouse en secondes noces en 1800, Marguerite-Eugénie, fille d'Edme-Antoine Villiers, chevalier de Lonjeau, député au corps législatif. Il a une fille, Amélie qui a épousé en 1830, Oscar Baudot, fils du conventionnel Marc Antoine Baudot et un fils, le comte Gustave Berlier, veuf en 1840 de Nicole-Françoise-Eugénie Brenot, fille du colonel d'état-major de ce nom, et père de deux enfants : Eugène-Théophile, né en 1838, et Aimé-Théodore-Georges, né en 1840.

Selon des mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, Théophile Berlier descendrait d’un certain Mathieu Berlier, quincailler à Dijon et qui épouse en 1685 Suzanne Livrard, sans que cette filiation ne soit établie.

Selon Xavier de Montclos et Hubert Berlier de Vauplane, un fils d'Honoré Berlier (famille Berlier de Vauplane (Provence)) aurait eu comme fils Balthazar, né à Draguignan en 1554, qui serait parti à Lyon, en 1580 où il serait marié avec Marie Clément. D'où la branche Berlier établie dans le Forez, puis une autre à Dijon. Cette hypothèse de lien entre la branche du Forez et la branche dijonnaise est étayée par l'existence d'un procès entre la veuve en secondes noces de Mathieu Berlier et Jean Peyron, marchand à Saint-Étienne, tuteur de Jean Berlier, fils en premières noces de Mathieu Berlier.

Ces différentes sources font remonter l'origine de cette famille à Barcelonnette sans apporter toutefois de filiation suivie.

Théophile Berlier est le cousin germain de Pierre-André Berlier, général d’Empire, leur ancêtre commun étant Guillaume Berlier (1699 – 1765), marié avec le avec Benoiste Dier, d'où huit enfants dont Théophile, garde-marteau en la maîtrise des eaux et forêts de Châtillon-sur-Seine, écroué aux Carmes sur l’ordre de l’accusateur public pour propos contrerévolutionnaire le et condamné à mort le ; Antoine, notaire à Dijon et père de Théophile, Louis-Guillaume, né le et père de Pierre-André Berlier; Adrien né le , est reçu avocat, et, comme son père, embrasse la carrière commerciale.

Biographie Il fait ses études de droit à la faculté de Dijon et est reçu, le , avocat au Parlement.

Théophile Berlier est l'un des personnages qui traverse toute la Révolution et l'Empire dans différentes fonctions, essayant de rester fidèle à ses idéaux républicains. Selon l'un de ses biographes, « sans jouer un de ses principaux rôles sur le grand théâtre politique, [il] fut loin d'être relégué dans les comparses; il fut toujours en première ligne sur le second plan ».

thumb|Portrait de madame Théophile Berlier, née Blanche Merlot (1770 - 1799) et de sa fille Rose par Anatole Devosge, Musée des Beaux-Arts de Dijon

Sous la Révolution Théophile Berlier est avocat au parlement de Dijon sous l'Ancien Régime. En , alors qu'il est membre du directoire du département, il est élu député de la Côte-d'Or, le dixième et dernier, à la Convention nationaleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, p. 39..

Berlier siège sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote la mort et rejette l'appel au peuple et le sursis à l'exécution. Il est absent lors de la mise en accusation de Jean-Paul Marat en Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793, p. 53.. Il vote contre le rétablissement de la Commission des Douze au mois de maiArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 534.. En juin, Berlier rédige un rapport sur Duchastel, député girondin des Deux-Sèvres, et obtient qu'il soit décrété d'arrestation pour avoir poussé les départements de l'ouest de la France à se rebeller contre la ConventionArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 66, séance du 15 juin 1793, p. 539-540..

Berlier est élu membre du Comité de Salut public le en remplacement de Jean-Jacques BréardAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public, tome 4, Convention nationale, séance du 5 juin 1793, p. 453.. L'historien Bernard Gainot juge qu'il appartient au « réseau bourguignon » du Comité, où il siège aux côtés de Louis-Bernard Guyton-MorveauBernard Gainot, Dictionnaire des membres du Comité de Salut public, Paris, Éditions Tallandier, 1989, p. 61.. Il n'est pas renouvelé dans ses fonctions lors du remaniement de Alphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public, tome 5, Convention nationale, séance du soir du 10 juillet 1793, p. 224-225..

Il est alors envoyé en mission à Dunkerque et y fait preuve d'un certain courage.

Dunkerque se trouve dans une position géographique stratégique pour les Anglais. Si elle est prise, ils contrôlent de part et d'autre le pas de Calais. Le , le duc Frederick duc d'York et Albany, le fils cadet du roi George III, fait le siège de la ville de Dunkerque avec , réunis à de Wilhelm von Freytag.

A la séance de la Convention du , Lazare Carnot prend la parole : « Vous savez que Dunkerque est assiégé ; vous savez avec quelle vigueur les citoyens et la garnison de cette ville ont répondu à la sommation qui leur a été faites de rendre la ville. Ils demandent que la Convention leur envoie deux de ses membres pour soutenir le courage des habitants de ce pays. En conséquence, le Comité de salut public vous propose d'envoyer dans le département du Nord les citoyens Trullard et Berlier. » La proposition de Carnot est décrétéeLe général Joseph Souham à sous ses ordres l'adjudant-général Lazare Hoche pour défendre la ville. Lazare Hoche opère plusieurs sorties qui rendent le siège trop difficile à conduire pour les Anglais qui se replient le grâce à l'intervention de l'armée du général Jean Nicolas Houchard qui a battu l'armée anglaise à la Bataille de Hondschoote.

Les conventionnels Théophile Berlier et Narcisse Trullard transmettent un rapport à Jean-Baptiste Bouchotte, ministre de la Guerre :« Les représentants du peuple envoyés près armée du Nord à Dunkerque.Au ministre de la Guerre.Nous vous prévenons, Citoyen Ministre que nous venons de nommer provisoirement. Le citoyen Durut, adjudant-général. Le citoyen Gigaux, commandant du régiment d'infanterie, général de brigade. L'ordre que ces deux officiers ont mis dans la division commandée par le général Landrin, après destitution nous fait connaître leur mérite. Nous avons appellé l'adjudant Général Hoche au grade de Chef de brigade. L'activité et l'intelligence qu'à montré cet officier pendant le siège de cette place, nous a portés à lui accorder cet avancement ; nous l'avons attaché à la division commandée provisoirement par le Général Carrion. Nous avons lieu de présumer que vous ne trouverez aucuns motifs contre ces nominations, nous étant fait assurer d'avance du civisme et du mérite de ces officiers.signé : T. Berlier, Trullard.»Archives des Armées - Hoche - GD 138/2 - sans date.Revenu à Paris le , il reprend ses travaux au Comité de législation et est chargé de préparer une loi sur les successions qui en couvre tous les aspects, en restant conforme au décret du 5 brumaire an II, et en particulier le principe de l'égalité des partages entre tous les cohéritiers de même degrés de façon rétroactive jusqu'au de ce qui deviendra le décret du 17 nivôse, et ce, "malgré sa répugnance" pour cette rétroactivité, comme il le dit dans ses mémoires.

Il est nommé secrétaire de la Convention nationale en .

Il accueille le , le général Hoche à sa sortie de prison et l'amène chez lui souper, et dix jours après Thermidor, il rentre dans la politique active et fait un rapport sur l'organisation des comités de gouvernement. Cette attitude inspira à un de ses biographes cette appréciation : Cette opinion est contestée par les recherches les plus récentes qui soulignent qu'il fut au contraire très impliqués dans tous les travaux du Comité de législation pour les réformes les plus audacieuses en matière de droit famille.

Il est envoyé une seconde fois dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, où il peut donner carrière à ses principes modérés. Il écrit de Calais le 9 fructidor an II, au Comité de sûreté générale : Il y institua aussi un tribunal destiné à juger les prévenus d'émigration, et, le 15 brumaire an III, mandait à la Convention :

Il continue de s'impliquer fortement dans les discussions autour de la loi du 17 nivôse sur les successions.

Il est nommé membre de la commission des lois organiques de la Constitution, se montre d'avis, dans la séance du 14 floréal an III (), d'annuler les confiscations prononcées par les tribunaux révolutionnaires, et propose à la même séance, la suppression immédiate de ces tribunaux. Lorsque Sieyès a soumis à l'Assemblée l'idée de son jury constitutionnaire, Berlier est désigné par la commission des Onze pour contrer la proposition de Sieyès, fait adopter au nom de cette même commission, un projet d'adresse au peuple français, et obtient qu'on lève le séquestre mis sur les biens des prêtres déportés.

En floréal (avril), Berlier est élu membre de la Commission des Onze chargée de rédiger le projet de constitution de l'an IIIGazette nationale ou le Moniteur universel n°217 du 7 floréal an III (26 avril 1795), Convention nationale, séance du 4 floréal (23 avril), p. 3..

Il est réélu membre du Comité de Salut public en fructidor ( jusqu'à la disparition du comité le ), où il entre aux côtés de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, de Pierre Daunou et de Louis-Marie de La Révellière-LépeauxAlphonse Aulard, Recueil des Actes du Comité de Salut public, tome 27, Convention nationale, séance du 15 fructidor an III (1er septembre 1795), p. 68..

Le même mois de , il est porté à la présidence de la Convention, ses secrétaires étant Pierre-Anselme Garrau, Claude-Christophe Gourdan et Jacques PoissonGazette nationale ou le Moniteur universel n°350 du 20 fructidor an III (6 septembre 1795), Convention nationale, séance du soir du 16 fructidor (2 septembre), p. 4..

Il est l'un des membres les plus assidu du Comité de législation, en particulier sur les sujets relatifs au droit de la famille.

thumb|Archives nationales - extrait procès verbal du Comité de législation du 11 ventôse an III

Sous le Directoire Berlier est élu par les trois départements de la Côte-D'Or, du Nord et du Pas-de-Calais, député au premier Conseil des Cinq-Cents le 25 vendémiaire an IV. Il opte pour la Côte-d'Or, qui lui a donné 171 voix sur 335 votants, et apporte dans la nouvelle Assemblée le même esprit de conciliation. Il propose de porter devant les juges ordinaires les affaires, qui sont attribuées d'office aux arbitres, et fait relever de la déchéance, en matière judiciaire, les citoyens qui s'ont pourvus contre des arrêts des comités de la Convention ou des représentants.

À l'issue de la session, il est attaché au bureau de consultation établi près le ministère de la justice, puis appelé par le Directoire aux fonctions de substitut du commissaire du gouvernement près la Cour de cassation (avocat général).