Baudouin ( ; ), né le au château du Stuyvenberg (Laeken, Bruxelles) et mort le à Motril (Grenade, Espagne), est le cinquième roi des Belges.
Il règne du jusqu’à sa mort. Deuxième enfant et premier fils de et de la reine Astrid, il porte le titre de comte de Hainaut alors que son père est encore duc de Brabant puis devient duc de Brabant à l'avènement de au trône de Belgique. Il est le frère aîné et prédécesseur du roi et le frère cadet de la grande-duchesse Joséphine-Charlotte de Luxembourg.
Son avènement au trône se produit dans une période de crise politique et son long règne est marqué par bien d’autres, dont l’une a été le résultat de l’expression publique de sa foi catholique. Son règne de plus de 42 ans est le deuxième plus long de la monarchie belge après celui du roi .
Biographie Enfance et éducation
Naissance et famille
Petit-fils du très populaire « Roi Chevalier » et de la reine Élisabeth de Wittelsbach en Bavière, le prince Baudouin naît le au château du Stuyvenberg, près de Laeken, à Bruxelles, en Belgique. Il est le deuxième enfant et fils aîné du prince Léopold, duc de Brabant, et de sa première femme, Astrid de SuèdeJiri Louda et Michael MacLagan, Les Dynasties d'Europe, Bordas, 1995 , tableau 82, ..
Héritier du trône vignette|gauche|redresse|Portrait de la reine Astrid, mère de Baudouin.
vignette|redresse|Baudouin et son frère cadet, Albert, en 1940.|gauche
Les premières années du futur roi sont marquées par la tragédie. En 1934, son grand-père, féru d'alpinisme, meurt tragiquement dans un accident d'escalade dans la vallée de la Meuse. Son père devient alors roi des Belges, sous le nom de , et Baudouin, âgé de 3 ans, devient ainsi l'héritier de la couronne. À cette occasion, il reçoit le titre de duc de Brabant. L'année suivante, sa mère, la très populaire reine Astrid, meurt dans un accident de voiture. Ensuite, alors qu'il va avoir 10 ans, la Seconde Guerre mondiale éclate. Elle est vécue d'abord dans un bref exode. Celui-ci commence à La PannePatrick Weber, Amours royales et princières. Mariages, liaisons, passions et trahisons de la cour de Belgique, Racine, 2006 , 128 et 148 à 148. et se poursuit en France, au château de Montal, puis, après la défaite française, en Espagne car le roi a voulu le soustraire, avec son frère Albert et sa sœur Joséphine-Charlotte, à l'invasion allemande de la Belgique en les évacuant sous la houlette de personnes de confiance, mais sans Margaretha de Jong, surnommée (Mademoiselle), la gouvernante à laquelle Baudouin s’est particulièrement attaché.
Rapatriés à Bruxelles, les enfants royaux y passent quatre ans durant lesquels la deuxième épouse du roi, Lilian Baels, princesse de Réthy, s’occupe affectueusement d’eux. et veille à leur ménager une vie plus conforme à celle des enfants de la bourgeoisie que celle que leurs père, grand-père et grands oncles avaient connue. Baudouin, qu’elle appelle familièrement Baud, étudie soit au château de Laeken, soit au château de Ciergnon. Il est scolarisé au bord du Lac Léman à l'Institut Le Rosey à Rolle (Suisse)Ghislain de Montalembert, « Le Rosey : le pensionnat de la jeunesse dorée », Le Figaro Magazine, semaine du 28 février 2020, p. 62-70.. Son éducation à cette période est supervisée par le père dominicain Antoine Braun Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola, l'itinéraire spirituel d'un couple. Artège, 2018. page 30 qui deviendra ultérieurement son aumônier.
Juste après le débarquement, la famille royale, qui s’est agrandie avec la naissance d’Alexandre de Belgique, est emmenée par les nazis en Allemagne dans la forteresse de Hirschstein, puis en Autriche, à Strobl, où elle est libérée le par les troupes américaines.
Commence alors la « question royale ». Confrontée à l'impopularité du roi , la famille royale ne rentre pas en Belgique mais s'installe en Suisse (au château du Reposoir, à Pregny), jusqu'en , attendant que le peuple belge débatte sur l'attitude du roi face à l'Allemagne nazie : le roi Léopold devait-il quitter la Belgique après la défaite du ou a-t-il eu raison de rester au pays au nom de son statut monarchique pour s'y dresser comme un rempart contre l'éventuelle division du pays que les Allemands pouvaient sans doute vouloir comme ils l'avaient fait en 1914-1918. Baudouin fréquente le Collège de Genève (aujourd'hui connu sous le nom de Collège Calvin) ; il accompagne son père et sa belle-mère dans un grand voyage aux États-Unis en 1948.
Roi des Belges
La question royale et l'accession au trône
vignette|redresse|Un buste du jeune roi BaudouinBuste figurant sur le porche d'entrée du restaurant Les 4 Rois à Tombeek (Overijse) route Nationale 4 (Ancienne voie routière très fréquentée avant la création de l'autoroute E411 entre Bruxelles et Wavre)..
En attendant la fin des débats, le prince Charles-Théodore, frère de , est nommé régent du royaume.
En 1950, la consultation populaire donne des résultats fort différents en Flandre et en Wallonie ou, plus exactement, entre les arrondissements électoraux urbains ou ruraux. Devant la violence opposant « léopoldistes » et « anti-léopoldistes » et à la suite de la fusillade de Grâce-Berleur, le roi, rentré au pays avec ses deux fils aînés, fait nommer Baudouin, le , « Prince royal », ce qui correspond à une délégation de pouvoirs. En effet, une régence et le titre de régent étaient impossibles puisque la loi sur la fin de l'impossibilité de régner du roi avait été votée par les Chambres.
Le prince prête serment de respecter la Constitution et les lois du peuple belge devant les Chambres réunies. C’est lors de cette cérémonie que fuse le cri « Vive la République ! » attribué à Julien LahautLe cri « Vive la République ! » entendu lors de la prestation de serment a longtemps été attribué à Julien Lahaut, mais il semble en fait qu'il ait été poussé par Georges Glineur - Biographie de Georges Glineur dans le Maitron. qui est assassiné sept jours plus tard.
À la suite de l'abdication de son père le , Baudouin, selon la Constitution majeure, accède au trône et devient le cinquième roi des Belges, le , au moment où la deuxième guerre scolaire fait rage. De son accession au trône à son mariage 10 ans plus tard, le jeune roi subit la forte influence politique de son père et de sa belle-mère, allant jusqu’à refuser de serrer la main de ceux qui, comme Hubert Pierlot, s’étaient opposés à pendant la guerre.Michel Dumoulin, Mark van den Wijngaert et Vincent Dujardin, , Karthala, 2000 , Complexe, 2011, 398 p. , 323 à 326.. La naissance de Marie-Christine en 1951 et Maria-Esméralda en 1956 étend la fratrie de Baudouin. Son frère Albert se marie avec Paola Ruffo di Calabria en 1959 et ils ont leur premier enfant en .
Au cours de cette période, le roi Baudouin apparaît en public comme un jeune homme réservé, triste et solitaire, sans aventure amoureuse connue ; la rumeur lui attribue l'intention d'entrer dans les ordres. Au fil des années, le célibat d'un roi qui vit toujours au domicile paternel devient une affaire d'État. Le cardinal Suenens a raconté que Baudouin en parla avec une religieuse irlandaise, Veronica O'Brien, et que celle-ci, se mettant en recherche d'une possible épouse, trouva une aristocrate espagnole qui accepta de rencontrer le roi. Les rencontres sont tenues secrètes, ce qui explique l'étonnement des Belges lorsqu'ils apprennent par la voix du Premier ministre Gaston Eyskens, en 161 mots prononcés à la radio le à et suivi d'un extrait de La Brabançonne., les fiançailles de Baudouin. Les premières photos du couple, lors de la présentation de la jeune femme au château de Ciergnon, montrent des fiancés manifestement amoureux et complices.
Mariage gauche|vignette|Promenade dans Bruxelles après le mariage royal. Le , Baudouin épouse doña Fabiola de Mora y Aragón, troisième fille de don Gonzalo de Mora y Fernández (1887-1957), comte de Mora, marquis de Casa Riera, et de doña Blanca de Aragón y Carrillo de Albornoz (1892-1981), des marquis de Casa Torres, qui devient dès lors la reine Fabiola. Le mariage civil est célébré au palais de Bruxelles et le mariage religieux en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles et est retransmis à la télévision, une première pour un mariage royal en Belgique.
Léopold et Lilian s’installent en au château d'Argenteuil avec leurs enfants et la famille royale se divise ; Fabiola et sa belle-mère s’entendant mal, Baudouin et son père se brouillent pour des histoires de meubles emportés ou non de Laeken à Argenteuil.
Un an après son mariage, Baudouin choisit de s’éloigner ; il ne rencontrera plus son père ni sa belle-mère qu’en de rares occasions, notamment après le décès de sa grand-mère la reine Élisabeth en 1965.
vignette|alt=photo en noir en blanc ; le roi et la reine, chapeautée et munie d’un bouquet de fleurs, sont particulièrement souriants.|La reine accompagnant le roi lors d’un voyage en Allemagne, 1971.
Successeur En , l'annonce que Baudouin et Fabiola attendent un enfant est faite à la presse, lors d'un voyage du couple à Rome, par le pape — ce qui soulève une polémique dans les journaux belges de gauche ; trois semaines plus tard, il est annoncé par la cour que l'heureux événement ne se produira pas. En , la reine est à nouveau enceinte mais accouche d'un enfant mort-né. Une intervention chirurgicale et deux autres fausses couches ne laissent plus d'espoir de voir naître un héritier. Aucun héritier ne naît donc de cette union.
Le roi Baudouin investit alors beaucoup dans la formation de son neveu, le prince Philippe, qu’il considère comme son successeurMartin Buxant et Steven Samyn, « Dehaene : « Baudouin voulait Philippe sur le Trône » » dans lalibre.be, 24 mars 2010, consulté le 10 juin 2011., bien que l’héritier normal du trône soit le prince Albert, son frère.
Du reste, la famille royale est officiellement réduite aux descendants de Léopold III et de la reine Astrid. Ceux issus du second mariage du défunt roi avec Lilian Baels (y compris cette dernière) en sont écartés puisque l’arrêté royal du dispose que .
Maladie et mort vignette|redresse|Buste du roi Baudouin devant la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. En 1991, les médecins révèlent que Baudouin souffre de la maladie de Barlow, et le roi se fait opérer à cœur ouvert à l’hôpital Broussais à Paris.
Deux ans plus tard, le , le roi meurt d'un arrêt cardiaque lors de vacances dans sa villa de Motril, en Espagne, à l'âge de 62 ans. Le soir même, la princesse Lilian est avertie téléphoniquement de la mort de Baudouin par son beau-fils Albert. Lilian, vu l’éloignement qui existe depuis de longues années entre elle et le roi, persuadée que sa présence, comme son absence, aux funérailles serait critiquée, décide de ne pas assister à la cérémonie mais de se faire représenter par le prince Alexandre et la princesse Marie-Esméralda.
L'annonce publique de la mort de Baudouin provoque une vague d'émotion populaire en Belgiquehttp://www.7sur7.be/7s7/fr/1530/Tetes-Couronnees/article/detail/361593/2008/07/28/15-ans-apres-la-mort-de-Baudouin-les-lettres-affluent-encore.dhtml.. Dès le jour de sa mort, des dizaines de milliers de Belges se rassemblent devant le palais royal pour déposer des fleurs et des bougies et rendre hommage au roi défunt.
La dépouille du roi est ramenée par avion à la base aérienne de Melsbroek dans la nuit du au puis transférée au château de Laeken puis, avec un arrêt à la colonne du Congrès devant la tombe du Soldat inconnu, jusqu’au palais royal de Bruxelles où les autorités puis la population peuvent lui rendre hommage, plusieurs jours durant. L’émotion est grande et les gens campent jour et nuit, les files d’attente pouvant durer 10 heures. En raison des fortes chaleurs, les services de secours doivent intervenir à de nombreuses reprises. Au total, Belges sont allés se recueillir au palais royal..