L'église Saint-Lucien est une église catholique paroissiale située à Avernes, en France. L'histoire de la paroisse reste dans l'ombre. Sa fondation remonte au moins au milieu du , époque de laquelle date le portail, qui n'est plus tout à fait roman, ni encore vraiment gothique. Le reste de l'église est pour l'essentiel de style gothique primitif. Le chœur et la croisée du transept ont été bâtis en premier lieu, vers la fin du . Les croisillons ont suivi peu de temps après. La profondeur du sanctuaire, la voûte sexpartite de la première travée, et l'agencement particulier des supports sont remarquables, même si les colonnettes des ogives manquent aujourd'hui. En 1883 et 1888, le chœur et le croisillon sud ont subi des restaurations assez radicales, qui apportent notamment le remplacement des clés de voûte et de la quasi-totalité des chapiteaux. Au début du , la restauration du croisillon nord n'est en revanche pas menée à terme, et le résultat est la présence de blocs cubiques en guise de chapiteaux. Contrairement aux autres travées de la même époque, le carré du transept a traversé les siècles sans retouches notables, et demeure la partie la plus authentique de l'église. Quant à la nef, elle a probablement été reconstruite à la fin du , en ne conservant que les chapiteaux de la précédente nef du début du , ainsi que le portail encore plus ancien. La nef aussi a subi une restauration importante à la fin du , avec installation de fausses voûtes d'ogives en plâtre. Leur aspect est globalement conforme à l'architecture d'origine. L'extérieur de l'église est caractérisé par un clocher trapu coiffé d'une haute flèche de charpente ; les contreforts à ressauts des parties orientales ; leurs fenêtres à lancettes simples flanquées de colonnettes et surmontées d'archivoltes décorées ; et la corniche du chœur. L'église Saint-Lucien a été classée monument historique par arrêté du .. Elle représente aujourd'hui l'un des principaux lieux de culte de l'importante paroisse Avernes et Marines, et accueille davantage de célébrations que la plupart des églises voisines. Les messes dominicales n'y sont toutefois pas célébrées régulièrement.
Localisation
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune d'Avernes, rue de l'Église. C'est l'élévation septentrionale qui donne sur la rue, mais l'édifice prend du recul par rapport à celle-ci. La place engazonnée devant l'église correspond à l'ancien cimetière. On la traverse pour accéder au portail principal, dans le bas-côté nord de la nef. En effet, la façade occidentale est enclavée dans le jardin du cimetière, et n'est donc pas visible depuis le domaine public. Au début du , on y a accolé la sacristie. Une ruelle contourne le chevet, puis s'élargit au sud de l'église, où l'ancien prieuré a laissé la place à une vaste pelouse, dite carrefour du Prieuré. Elle est close de murs à l'ouest et à l'est, et se rétrécit vers le sud, où l'on trouve une source et un lavoir, ce qui met en exergue l'humidité du terrain, qui a causé beaucoup de préjudice à l'église. La ruelle continue ensuite vers la rue Valette.
Historique thumb|upright|left|Façade occidentale. thumb|upright|left|Portail du milieu du .
La date de fondation de la paroisse est tout à fait inconnue, mais doit remonter au moins au milieu du . L'église est dédiée à saint Lucien, apôtre du Beauvaisis et premier évêque de Beauvais, martyrisé à la fin du . Sous l'Ancien Régime, Avernes relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est le prieuré de Saulseuse, à Tilly, dans l'actuel département de l'Eure.. Le village garde le souvenir d'un prieuré établi au sud de l'église. Comme de nombreuses paroisses fondées par des établissements religieux, Avernes devait être un prieuré-cure ; le curé, un religieux envoyé par le prieuré de Saulseuse, assurant en même temps la charge du prieur. L'histoire de la paroisse et de son église reste encore à élucider. Les différentes étapes de sa construction ne sont pas attestées par des documents, et doivent être identifiées par l'analyse archéologique.
L'élément le plus ancien de l'église actuelle est le portail en plein cintre, qui reflète le style à l'époque de transition du roman vers le gothique, au milieu du . Si l'on prête foi à Bernard Duhamel, son emplacement primitif aurait été en façade. Il devait appartenir à une église romane plus ancienne, qui a été totalement rebâtie à la fin du et au début du dans le style gotique primitif. L'arc brisé est systématiquement employé, mais certains chapiteaux sont du même style que ceux à droite du portail. Quelques décennies après l'achèvement de la nef, la fenêtre potentiellement romane au-dessus du portail occidental est remplacée par une vaste baie au remplage gothique rayonnant. Sous la guerre de Cent Ans, en 1434, la nef est partiellement détruite par les Anglais, et reconstruite sous Catherine d'Hardeville en 1491. Les chapiteaux des grandes arcades sont conservées, mais les arcades elles-mêmes et les fenêtres sont refaites dans le style gothique flamboyant. C'est apparemment à cette occasion de cette restauration que les chapiteaux sont tournés à 45°. Placés obliquement, les tailloirs sont préparés pour la réception des nervures des nouvelles voûtes, ce qui est toujours visible dans les bas-côtés de la nef. Il demeure en suspens si le projet est mené à terme, car les supports du début du subsistent toujours dans les angles près des croisillons du transept. Du fait du lourd impact des restaurations du dernier quart du , il n'est plus possible de savoir si la nef est revoûtée à la fin du , ou si elle a jamais été voûtée. Une fenêtre haute du côté sud, donnant aujourd'hui sur les combles, indiquent en tout cas que la reconstruction sous Catherine d'Hardeville ne devait pas donner une nef aveugle, contrairement à l'usage de l'époque. L'on suppose que l'église est incendiée sous la huitième guerre de religion en 1591, mais l'impact de l'incendie est difficile à évaluer. Mis à part la baie septentrionale du transept, aucun élément visible en élévation ne porte le style de la Renaissance ou le style baroque qui ont cours à la fin du et au .. thumb|Vue depuis le nord-est. thumb|Presbytère.
En s'appuyant vraisemblablement sur une source, car citant une date précise, Bernard Duhamel affirme que le transept et le chœur sont revoûtés à la fin du , en 1693. Ces travaux sont peut-être en rapport avec les destructions un siècle plus tôt. Il est inapproprié de parler d'un revoûtement, car les nervures des voûtes affichent tous le profil d'une arête entre deux tores, représentatif de la fin de la période romane et de la première période gothique. Le chantier porte plutôt sur une réfection des voûtains. Des restaurations d'une toute autre envergure sont entreprises au dernier quart du . Leur résultat le plus frappant est l'équipement de la nef de fausses voûtes d'ogives en matériaux légers. Le style d'origine n'est pas tout à fait respecté, car les nervures des voûtes retombent sur une seule colonnette à chapiteaux au-dessus de chaque pilier, au lieu de faisceaux de trois ou cinq colonnettes. La restauration du croisillon sud, en 1888Date inscrite au sommet du formeret à l'extrémité du transept., est plus respectueuse, car les faisceaux de colonnettes dans les angles au sud sont restitués dans le style d'origine. En revanche, les supports manquent toujours dans l'angle nord-ouest. Dans le chœur, restauré dès 1883, les compromis sont plus importants. Il paraît que tous les chapiteaux des ogives et de l'arc-doubleau sont resculptés, en s'inspirant des originaux détériorés trouvés sur place, sans malheureusement laisser subsister le moindre témoin. Mais avant et surtout, les faisceaux de colonnettes du doubleau intermédiaire et dans l'angle sud-ouest de la première travée, et les colonnettes uniques dans les angles de l'abside, disparus à une date indéterminée, ne sont pas remplacés. L'église de Longuesse permet de se faire une idée de la disposition primitive. Ensuite, lors de la restauration du croisillon nord en 1901, les chapiteaux sont remplacés par des blocs de pierre, qui n'ont finalement jamais été sculptés. Le projet reste donc inabouti. La seule travée de l'église qui conserve entièrement son caractère du est la croisée du transept. Ici, les restaurations se limitent au remplacement de certaines bases. Même la polychromie architecturale ancienne reste en place. En dépit des mutilations subies, et des restaurations pas toujours judicieuses, l'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .
Après le rattachement au nouveau diocèse de Versailles créé sous la Révolution française pour regrouper les paroisses du département de Seine-et-Oise, Avernes change une seconde fois de diocèse en 1966, quand la refonte des départements d'Île-de-France motive l'érection du diocèse de Pontoise, qui correspond au territoire du nouveau département du Val-d'Oise. En tant que petit bourg rural, Avernes demeure une paroisse indépendante jusqu'à la fin du . Le manque de prêtres et le recul de la pratique religieuse incitent alors à un regroupement avec la paroisse de Marines, ce qui permet une mise en commun des moyens. La nouvelle paroisse Avernes et Marines est très étendue, et compte aujourd'hui trente-cinq clochers. Un vicaire de la paroisse réside au presbytère d'Avernes, et le village bénéficie ainsi de fréquentes messes de semaine. Elles sont célébrées dans la chapelle du couvent des sœurs Ancelles du Sacré-Cœur, congrégation fondée à Madrid en 1877 par sainte Raphaelle Porras y Ayllon. Les messes dominicales sont, quant à elles, célébrées à tour de rôle dans les différentes églises de la communauté d'Avernes. Sauf en juillet et août, les messes dominicales anticipées ont lieu en l'église Saint-Médard de Vigny, village voisin..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme symétrique. Elle se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de ses deux bas-côtés ; d'un carré du transept représentant la superficie de deux travées de la nef ; d'un court clocher central se dressant au-dessus du carré du transept ; de deux croisillons des mêmes dimensions ; et d'un chœur de deux travées. La première, recouverte d'une voûte sexpartite, est également de la même dimension que le carré du transept ; la seconde est un peu plus courte et à pans coupés. Comme particularité, le carré du transept est en réalité de plan trapézoïdal : les deux piles orientales sont plus rapprochées que ses deux piles occidentales. De même, le chœur se rétrécit successivement vers l'est. Une tourelle d'escalier occupe l'angle entre le croisillon sud et le chœur. Peu pratique, la sacristie est située derrière le mur occidental de la nef. Sauf les bas-côtés, qui sont simplement plafonnés, avec des poutres apparentes, l'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Cependant, les voûtes de la nef sont factices, et sont faites de bois et de plâtre. L'on accède à l'église par le portail septentrional, dans la seconde travée du bas-côté nord. Un portail secondaire, qui n'est plus utilisé, existe en face, au sud. Nef et bas-côtés sont recouverts ensemble d'une vaste toiture à deux rampants, avec un pignon unique à l'ouest. Les croisillons sont munis de toitures perpendiculaires à la nef, avec pignons au nord et au sud. La toiture de l'abside est en hémicycle.
Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest. thumb|upright|Nef, élévation nord.