La République arabe unie (abrégée en RAU ; en / al-jumhūriyya al-ʿarabiyya al-muttaḥida) est un État créé en 1958 par l'union de l'Égypte et de la Syrie puis, pendant une courte période (États arabes unis), du Yémen du Nord. L'union disparaît en 1961 mais l'Égypte continue à être appelée sous ce nom officiel jusqu'en 1971. Cette tentative d'union relève du panarabisme nassérien.

Histoire Origine de l'union Pensée à l'origine comme l'ébauche d'une grande fédération englobant l'ensemble du monde arabe, la république est créée le . Inquiets de la menace communiste dans leur pays, les militaires syriens se tournent vers Nasser et le président égyptien saisit cette occasion de faire un premier pas vers une union panarabe.

Face à l'axe hachémite de la Jordanie et de l'Irak qui sont alors pro-américains, les Syriens se prononcent pour l'unité entre l'Égypte et leur pays. En 1955 un premier traité d'alliance militaire est signé entre les deux pays. Michel Aflak, fondateur du parti Baas, estime que cette fusion doit se faire car les tensions intérieures dues à la guerre froide sont de plus en plus fortes. Même s'il n'est pas convaincu de la capacité de Nasser à unifier le monde arabeMichel Aflak écrit dans une note interne au Baas que le régime égyptien ., il fait abstraction de ses sentiments et rencontre, lors d'un déjeuner au Caire, Nasser qui pose les conditions de l'union.

Nasser accepte le principe de l'unité mais exige un État fortement centralisé, une armée syrienne dépolitisée et que la Syrie passe sous un régime de parti unique à l'image de l'Égypte. Malgré la réticence du président de la République Choukri al-Kouatli et de son Premier ministre Sabri Assali, les deux hommes acceptent l'union.

Formation de l'union Le Parlement syrien entérine l'union à près de 93 %, les électeurs syriens disent oui à l'union par référendum à plus de 92 %.

Un État unifié entre les deux pays est créé, avec Le Caire comme capitale. Le , un référendum porte Nasser à la présidencehttps://www.cairn.info/la-revolution-arabe--9782262051129-page-181.htm.. À la suite de la fusion, des manifestations de joie éclatent dans beaucoup de pays arabes, mais aussi des émeutes en Irak, où des manifestants demandent la fin du pacte de Bagdad, la démission de Nouri Saïd et l'intégration de l'Irak dans cette nouvelle république. Le , le gouvernement de Nouri Saïd est renversé. Le roi, les membres de la famille royale et l'ancien régent Abd al-Ilah sont assassinés lors du coup d'État du général Abdul Karim Qasim. Nouri Saïd est capturé et abattu le jour suivant. Au Yémen du Sud, sous domination britannique, une révolte unioniste éclate, mais elle est sévèrement réprimée. Cette révolte oppose les républicains soutenus par Nasser et la dynastie nord-yéménite soutenue par son voisin saoudien. C'est ce qui pousse le Royaume mutawakkilite du Yémen (Nord) à rejoindre la République arabe unie pour obtenir le soutien égyptien face aux Britanniques ; ne l'obtenant pas, l'imam Ahmed ben Yahya se retire de l'unionPierre Rondot, Études 1972/01, , 1972, gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4418677/f45. Consulté le mai 2011..

Au Liban l'agitation est à son comble, fragilise l'équilibre communautaire et déclenche la crise de 1958 au Liban. Le gouvernement, se sentant menacé par cette union, reçoit un groupe d’observateurs de l'ONU, la GONUL, avec l’appui logistique et financier des États-Unis« Analyses bibliographiques », Revue Tiers Monde 2/2006 (), 2006, Armand Colin, . (Ouvrage analysé : André Urban, États-Unis, Tiers Monde et crises internationales (1953-1960), Paris, L’Harmattan, 2005, 352 p.) Consulté le mai 2011..

Près de font le déplacement jusqu'à Damas pour fêter la proclamation de la république. Le clivage entre unionistes et régionalistes s'accentue et le président Camille Chamoun provoque un tollé en violant la constitution et en briguant un second mandat.

Le , le drapeau de la RAU est hissé sur la citadelle de Tripoli au Liban et des combats éclatent dans les grandes villes libanaises, entre partisans du président Chamoun et les milices nationalistes arabes commandées par Rachid Karamé et Fouad ChéhabChronique du , ..

Les baasistes libanais, qui entrent dans le conflit, reçoivent des armes et de l'argent en provenance de Damas. Devant l'agitation, Chamoun annonce renoncer à se représenter. Mais la chute de Fayçal, dernier roi d'Irak, ravive les tensions. Le président Chamoun arrive à convaincre les Américains que les insurgés sont manipulés par Nasser. Le , les Américains envoient près de sur les plages de Beyrouth. Quant aux Britanniques, ils envoient à Amman, pour éviter au roi Hussein de subir le même sort que le roi FayçalStephen Blackwell,Intervention and the Struggle for Jordan King Hussein, Nasser and the Middle East Crisis, 1955–1958, 2009, ., un total de britanniques étant dans ce pays au et 50 avions militaires américains fournissaient une couverture aérienne pour le déploiement des troupes britanniques. Ils restèrent jusqu'au retournant à Chypre puis en Angleterre. Une centaine de personnes furent tués dans ce pays durant la crise..

En Irak, la jeune république se sait fragile et des accords sont conclus entre le chef d'État irakien et Nasser en vue de l'adhésion de ce pays. Dès , des accords économiques, scientifiques et culturels sont conclus. Mais ne voulant pas abandonner le pouvoir, le général Kassem s'éloigne de l'Égypte pour se rapprocher de l'Union soviétique.

En Syrie, la joie laisse vite la place au pessimisme. Nasser éclipse peu à peu le parti Baas qui s'est volontairement sabordé en tant que force politique sur ordre de Michel Aflak, qui déclarait à la presse que Nasser avait désormais auprès de lui une idéologie politique fiable, la sienne. Il s'était engagé envers lui à dissoudre le Baas syrien il comptait alors diffuser ses idées dans le parti unique nassérien, l'Union nationale.. La bureaucratie égyptienne étouffe par sa présence l'administration syrienne qui se sent rapidement annexée. La Syrie est en effet envahie d'officiers et de bureaucrates égyptiens, pour la plupart corrompus et incapables. Dans une circulaire interne, le Baas se demande si Nasser agit vraiment pour l'intérêt panarabe.

Les dissensions entre le Baas et Nasser entraînent une répression contre les militants de gauche, les communistes d'abord et le Baas ensuiteLeyla Dakhli, « Arabisme, nationalisme arabe et identifications transnationales arabes au », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 3/2009 (), , 2009, Presses de Sciences po. Consulté le mai 2011. cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=21937767. . Les indépendants sont chassés par un deuxième bureau contrôlé par le maréchal Amer.

Confrontée aux politiques de nationalisation, une partie de la bourgeoisie migre vers les pays occidentaux ou le Liban.. Les prix et les impôts sont en hausse, les difficultés d'approvisionnement sont aggravées par trois années de sécheresse exceptionnelle.

Le nouvel État ressemble de plus en plus à une grande Égypte, entièrement régentée par le Caire. L'histoire est d'ailleurs revisitée dans les manuels scolaires, l'union des deux pays étant justifiée par des liens et une unité historiques depuis l'AntiquitéEva Saenz-Diez, « La place des Coptes dans l'enseignement en Egypte », Confluences Méditerranée 4/2010 (), , 2010, L'Harmattan. Consulté le mai 2011.. La Syrie se sent colonisée. En conséquence, un nouveau coup d'État militaire, mené par Haydar al-Kouzbari, éclate en Syrie en 1961, provoque le retrait de la Syrie le de la même année..

Raisons de l'échec Pour les baassistes, l'échec de la RAU est dû à trois éléments : L'Égypte voulait fédérer le monde arabe autour d'elle-même, alors qu'elle n'en avait pas les moyens économiques et financiers. Elle voulait imposer son hégémonie dans la région par la voie du panarabisme. Elle était donc incapable de faire naître chez les Arabes un espoir de changement. Nasser a imposé à la Syrie une bureaucratie autoritaire et un régime sous parti unique, l'Union nationale, un parti fondé en toute hâte pour la création de la RAU. Les baasistes expliquent qu'un véritable parti politique proche du peuple aurait dû exister pour expliquer tous les changements politiques aux Syriens. Aflak et Hourani dénonçaient dès 1956 le caractère autoritaire de la nouvelle constitution égyptienne qui . D'après le chercheur en géopolitique Alexandre Aoun, « bien que l’expérience ait été brève, la RAU a suscité un immense espoir parmi les peuples du Proche-Orient. Mais Nasser a sous-estimé la complexité de son projet unitaire et les divisions entre les forces politiques arabes ».

Déclaration du Caire de 1963 et tentative d'inclusion de l'Irak vignette|droite|Drapeau de la Syrie de 1963 à 1972, identique à celui de l'Irak Le Parti Baas prend le pouvoir en Irak en février 1963, puis en Syrie en mars de la même année. Le 17 avril 1963, l'Égypte, l'Irak et la Syrie signent un accord sur la mise en place d'une nouvelle République arabe unie, qui doit alors avoir pour capitale Le Caire, et dont Nasser est en principe le chef de l'État, assisté d'un conseil présidentiel issu des trois pays. Par ailleurs, une troisième étoile est ajoutée au drapeau de la République arabe unie. De plus, la déclaration du Caire donne pour mission au futur État fédéral, de .. La signature de cet accord a été précédée de dissensions entre Nasser et le Parti Baas, Nasser considérant toujours la Syrie comme la province Nord de la République arabe unie, dont le gouvernement est dépeint comme séparatiste, tandis qu'il traite avec l'Irak comme un État indépendant. De plus, alors que Nasser souhaite diriger le nouvel État, les Syriens proposent la mise en place d'un conseil présidentiel mixte.. Un référendum censé valider le projet est alors prévu pour le 17 septembre 1963, avant une période de transition de vingt mois. Cependant, Nasser ne souhaite pas se précipiter et se donne cinq ans pour concrétiser le projet..

Peu après l'annonce du projet d'union, galvanisées par la propagande égyptienne, des manifestations éclatent en Jordanie dont Amman, ainsi qu'en Cisjordanie sous occupation jordanienne. Virant à l'émeute, les manifestations sont réprimées par l'armée jordanienne à Naplouse et Jérusalem. Les manifestants palestiniens considèrent ainsi qu'une union des pays arabes permettrait de , alors que la monarchie jordanienne est au même moment contestée. Considérant la déclaration du Caire comme un péril contre la sécurité d'Israël, de façon à mettre en danger son existence, le Premier ministre israélien David Ben Gourion, qui appelle la population israélienne à ne pas céder à une , met en garde Gamal Abdel Nasser contre tout renversement de la monarchie jordanienne, ajoutant que si un tel scénario se produisait, Israël occuperait en conséquence la Cisjordanie, ainsi que d'autres territoires proches. Ben Gourion propose par ailleurs une démilitarisation de la Cisjordanie en cas de chute de la monarchie jordanienne, un accord de sécurité avec les États-Unis, un envoi d'armes équivalentes à celles des pays arabes par les États-Unis ou alors une démilitarisation mutuelle des pays arabes et d'Israël avec envoi d'observateurs.