L'influence du français sur l'anglais s'est exercée non seulement sur le lexique et l'orthographe, mais aussi, dans une moindre mesure, sur la grammaire et la syntaxe, voire la prononciation. Après la conquête normande de l'Angleterre, en 1066, et la mise en place d'une administration romanophone, le français est devenu la langue de la cour, d'une élite guerrière et religieuse, ainsi que d'une partie de la classe moyenne. L'anglais n’a pas cessé d’être nourri par le français depuis cette époque. Selon Laura K. Lawless, plus d'un tiers du vocabulaire anglais actuel est d'origine française. Selon la linguiste Henriette Walter, les mots d'origine française représentent plus des deux tiers du vocabulaire anglais.. En réalité, les estimations vont de 29 % à 41 % de mots français selon les sources.
Histoire du français en Angleterre Avant l’arrivée des Normands Au début du , la langue anglaise n’avait pas de statut bien défini. En effet, les habitants des différentes parties de la Grande-Bretagne ne possédaient pas de langue commune qui leur permettait de communiquer entre eux. Les différents parlers en usage existaient sous diverses formes dialectales. La Grande-Bretagne, dans laquelle se côtoyaient divers idiomes celtiques depuis le , avait connu l’occupation partielle des Romains depuis le , et ce pendant quatre siècles. À partir de 450, les Saxons, les Angles et les Jutes, venus du continent, s’installent dans le sud et l’est. Ce sont ainsi des dialectes germaniques qui vont s’imposer dans ces régions, supplantant les parlers celtiques, qui subsisteront dans l’ouest et le nord de l'île (Pays de Galles, Cornouailles, Écosse) et en Irlande. Au , les Vikings venus de Scandinavie s’installent sur l’île. Leurs langues, également germaniques, influencent à leur tour les langues déjà présentes sur l’île. Ainsi, à l’aube du , le pays était constitué d’une série de peuples aux parlers sensiblement différents, la plupart germaniques, teintés de multiples influences.
Conquête de l’Angleterre par les Normands et ses conséquences
C’est un peuple désuni linguistiquement que les Normands affronteront en 1066, lors de la bataille de Hastings. Guillaume II de Normandie débarque à Hastings, dans le Sussex, le . Ses hommes sont déployés autour de la ville en attendant les troupes du roi Harold II. Le , épuisées par le long voyage accompli pour arriver à Hastings, les troupes de Harold II perdent le combat au bout d’une journée. À la suite de la défaite des Anglais, le duc Guillaume II de Normandie deviendra roi d’Angleterre le , couronné sous le nom de Guillaume I d’Angleterre, aussi appelé Guillaume le Conquérant. Cette date marque le début d’une longue période de liens entre les deux peuples et les deux langues. En réalité, ces liens existaient déjà avant la bataille de Hastings. En effet, la situation géographique de la Normandie, face à la Manche, favorisait les contacts commerciaux avec l’Angleterre. Ces liens se resserreront davantage au début du lors du mariage de la fille du duc Richard I de Normandie, Emma de Normandie, au roi Ethelred II d’Angleterre. Mais c’est réellement à partir de la conquête de 1066 que l’anglais s’imprégnera massivement du français. Il convient cependant de préciser que seul le français influencera l’anglais pendant les siècles qui suivront la conquête. L’apport de l’anglais au français ne sera réel qu’à partir du .
L’arrivée de Guillaume le Conquérant et de ses barons au change grandement la situation linguistique en Angleterre. Le normand s’impose essentiellement dans les couches supérieures de la société. Les dialectes anglo-saxons se voient supplantés par le normand dans les milieux de la cour et de l’aristocratie, de la justice et de l’Église. Les milieux influents, venus de Normandie et installés en Angleterre, conservent leur langue maternelle normande, alors que les couches rurales et urbaines plus modestes continuent à parler l’anglais.
Le normand est une variété particulière du gallo-roman, parlé en Normandie. Il fait partie des langues d'oïl comme le wallon, par exemple. À l'instar du picard, il est caractérisé au sein de ce groupe par l'absence de . La langue normande se voit modifiée au contact de l’anglo-saxon. Elle va intégrer des mots et tournures issus de l’anglais et donnera naissance à un dialecte, le français anglo-normand. On peut qualifier l’anglo-normand de langue vernaculaire, sur le sol anglais au , dans le domaine de la littérature, de la culture, à la cour et au sein du clergé. Le français était donc parlé en Angleterre sous la forme de ce dialecte anglo-normand.
Au , le français continental influence davantage la langue anglaise. Il acquiert un grand prestige en Angleterre, en particulier dans les milieux aristocratiques. Il devient la langue de la loi et de la justice. Les familles riches et nobles, pour la plupart d'origine normande, apprennent le français à leurs enfants ou les envoient étudier en France. L’expansion de la langue française en Angleterre est également favorisée par les mariages royaux. D'Aliénor d’Aquitaine et Henri II au début du , jusqu’à Henri VI et Marguerite au , tous les rois d’Angleterre de la maison Plantagenêt ont épousé des princesses venues de France. Ces mariages font du français la langue de la cour d’Angleterre pendant plusieurs siècles et sont déterminants dans le renforcement de la langue française en Angleterre. Cette période, s’étendant du jusqu’au , est caractérisée par un apport massif de mots français dans le vocabulaire anglais.
L’affirmation de l’anglais sur le français Au début du , en 1204, Philippe Auguste annexe la Normandie à la France, ce qui isole l’Angleterre du continent. Les Normands qui choisissent de rester en Angleterre s’écartent de plus en plus de la France et, donc, de la langue française. Celle-ci gardant son statut de langue de la justice et de langue du pouvoir, on trouve en Angleterre les premiers manuels pédagogiques destinés à l’enseignement du français pour les Anglais. Ces manuels s’adressent aux nobles anglais qui souhaitent parfaire leurs connaissances en français et l’apprendre à leurs enfants. On peut distinguer deux types de français parlés dans les sphères élevées de la société anglaise au : le dialecte anglo-normand, qui était la langue maternelle des aristocrates, et le français, langue seconde, plus prestigieux. Connaître le français était une marque de distinction sociale. Langue de culture, le français supplante le latin à partir du comme langue de la diplomatie et des relations mondaines dans l’Europe entière. Le rayonnement de la littérature française renforce notamment sa renommée internationale.
Le et le sont marqués par la guerre de Cent Ans entre la France et l’Angleterre (1337-1453). En 1328, Charles IV meurt sans héritier. Édouard III, roi d’Angleterre et Philippe VI de Valois se disputent le trône de France à partir de 1337. Cette guerre provoque un sentiment négatif à l’égard du français en Angleterre, considéré comme la langue de l’ennemi. D’autre part, l’anglais s’affirme, se fixe et se diffuse. En 1349, l’anglais devient langue d’enseignement à l’université d’Oxford, qui, jusque-là, dispensait les cours en français ou en latin. L'utilisation de l’anglais se généralise grâce à l’imprimerie, introduite en Angleterre par William Caxton en 1476. Henri IV (1367-1413) est le premier roi anglais à avoir l’anglais comme langue maternelle et Henri V (1387-1422) sera le premier roi d’Angleterre à utiliser l’anglais dans les documents officiels.
Le français reste cependant langue de culture. Il est la seconde langue des gens cultivés. Langue de communication, il permet le contact avec le continent. Mais la langue maternelle parlée à la maison est désormais l’anglais, langue germanique fortement imprégnée du français, dans la prononciation, le vocabulaire, ainsi que dans la grammaire et l’orthographe. En trois siècles de coexistence, le français a alimenté les trois quarts du lexique anglais.
L’apogée de la langue française Le , celui de la Renaissance, est un siècle déterminant pour la langue française puisque le roi François I, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, impose le français comme langue de l’administration en France. Bien qu’agité par les guerres de Religion et les guerres d’Italie, ce siècle est marqué par une effervescence intellectuelle, technique et scientifique. Il ouvre une ère de prospérité qui gagnera également l’Angleterre.
Le annonce l’apogée de la France. Cette période est caractérisée par le prestige politique, littéraire et artistique de la France et de la langue française. La paix restaurée et l’unité assurée dans le royaume, l’économie se développe considérablement. Des personnalités comme le roi Henri IV, le cardinal de Richelieu ou le Roi-Soleil contribuent à fixer et à valoriser la langue française. La création de l’Académie française par Richelieu en 1635, sous Louis XIII, est une des démarches qui permirent une normalisation du français, qui s’imposa comme langue de culture, de prestige, comme langue des sciences et de la diplomatie dans toute l’Europe, y compris en Angleterre. Le français est la langue seconde de toutes les élites d’Europe. Les plus grands savants et intellectuels, écrivains ou scientifiques, s’expriment et correspondent en français. Le français est considéré comme une langue parfaite, dont la beauté et l’élégance sont fixées par l’élaboration de dictionnaires et de grammaires.
Le siècle des Lumières, qui débute avec la mort de Louis XIV, en 1715, et s’achève avec la Révolution française de 1789, ouvre une ère nouvelle pour la France. Des réformes importantes sont instaurées, telles que l’abolition de la torture ou l’édit de tolérance envers les protestants. C’est également le siècle de l’engouement pour les sciences et de l’élaboration d’encyclopédies. La référence, en matières politique, technique et industrielle, est l’Angleterre. Le français manque de vocabulaire dans certains domaines, essentiellement scientifiques et techniques. Le français puise dans le latin et le grec, ainsi que dans l’anglais, pour combler ses lacunes, principalement dans les domaines de la technique, des sciences, de la politique, des institutions, du commerce et du sport. C’est à partir de cette période que l’influence tend à s’inverser. Ce phénomène est appelé l’« anglomanie », bien que le français reste la langue des élites.
La domination anglophone Après la Révolution française, le français commence à perdre son statut de langue de communication aristocratique et intellectuelle. Le modèle anglais, qui avait déjà touché la France, devient petit à petit la référence dans l’Europe entière, au détriment du français. Le français reste langue diplomatique jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le traité de Versailles (1919), rédigé à la fois en anglais et en français, marque la fin de l’hégémonie du français et le début du déclin du français comme langue de la diplomatie. L’influence anglo-américaine se fera sentir sur le français, en particulier dans les domaines des sciences et de la technologie. Cependant, le français a toujours gardé son côté noble de langue élégante. Le lexique français continue d’être emprunté par l’anglais car il marque une manière de parler distinguée, un certain raffinement auquel seules les personnes cultivées ont accès. C’est principalement dans les domaines de la cuisine, de la mode, de l'art ou de la danse que l’anglais emprunte au français, à partir du jusqu’à aujourd’hui.
L’apport du lexique français à l’anglais vignette|L'origine des mots anglais se décompose comme suitThomas Finkenstaedt, Dieter Wolff, Studies in Dictionaries and the English Lexicon, éditions C. Winter, année 1973 .Joseph M. Williams Origins of the English Language. A Social and Linguistic History année 1986 .: Latin≈29%Français (d'abord français anglo-normand, puis français)≈29%Germanique≈26%Grec≈6%Autres≈10%