La diathèse, en linguistique, est un trait grammatical qui décrit comment s'organisent les rôles sémantiques dévolus aux actants, par rapport au procès exprimé par le verbe, en particulier les rôles d'agent et de patient. La diathèse affecte la répartition syntaxique et le marquage morphologique de ces rôles sur le verbe et les différents actants. En revanche, le changement de la diathèse d'un verbe, quand il est possible, ne modifie pas profondément le sens de l'énoncé. On parle, plus spécifiquement, de voix du point de vue de la morphologie verbale pour décrire la forme que prend le verbe pour signifier une diathèse.

Certains verbes n'ont intrinsèquement aucune notion de diathèse : principalement les verbes d'état (comme être, paraître, sembler, demeurer, rester, etc). En français, ces verbes sont, en effet, exclus de la notion d'actance.

La grammaire française distingue traditionnellement trois voix : active (qui est la voix non marquée et employée par défaut), passive et voix pronominale, laquelle recouvre sous une même forme plusieurs diathèses : moyen, réfléchi, réciproque, décausatif. Toutefois, le français exprime aussi d'autres diathèses comme le causatif et le factitif. D'autres langues en possèdent d'autres encore, comme le statif, l'antipassif ou l'applicatif.

Diathèse, actance, transitivité et valence

Marquage morphologique

Effets sémantiques

Diathèses fondamentales Actif

Dans cette diathèse, le sujet et l'objet coïncident typiquement avec les rôles sémantiques d'agent et de patient d'un verbe d'action. La voix active est la diathèse la plus générale, la plus fréquente, souvent morphologiquement la plus simple, et le choix par défaut dans la plupart des langues ; dans certaines, c'est même la seule diathèse disponible.

Dans les langues flexionnelles, le sujet est normalement au nominatif, l'objet à l'accusatif. Le cas est différent dans les langues ergatives. Exemples : français : le chat [sujet agent] mange [verbe] la souris [objet patient] ; anglais : the cat [sujet agent] eats [verbe] the mouse [objet patient] ; latin : feles [sujet agent] murem [objet patient] edit [verbe] ; allemand : die Katze [sujet agent] frisst [verbe] die Maus [objet patient : accusatif] ; grec ancien : [sujet agent : nominatif] [verbe] [objet patient : accusatif] (ho aíloyros / édei / tòn mûn) ; grec moderne : [sujet agent : nominatif] [verbe] [objet patient : accusatif] (i gáta / trói / to pontíki) ; islandais : kötturinn [sujet agent : nominatif] borðar [verbe] músina [objet patient : accusatif] ; russe : [sujet agent : nominatif] [verbe] [objet patient : accusatif] (koška / est / myšku) ; chinois : 貓 [sujet agent] 吃 [verbe] 老鼠 [objet patient] (māo / chī / lǎoshǔ) ; japonais : 猫が [sujet agent] ねずみを [objet patient] 食べます [verbe] (neko-ga / nezumi-wo / tabemasu) ; xhosa : ikati [sujet agent] iyatya [verbe] impuku [objet patient] ; arabe : yaʾkulu [verbe] (a)l-qiṭṭu [sujet agent : nominatif] (a)l-faʾrah [objet patient : accusatif] ; basque : gatuak [sujet agent : ergatif] sagua [objet patient : absolutif] jaten du [verbe] ; roumain : pisica [sujet agent] mănâncă [verbe] șoarecele [objet patient].

Moyen

Bien moins répandue, la voix moyenne est une diathèse surtout indo-européenne, qui ne s'est que rarement conservée dans les langues modernes dérivées. Elle indique que le sujet-agent accomplit l'action dans son propre intérêt ; il est en quelque sorte agent et patient du groupe verbal. Certaines utilisations de la voix moyenne recoupent donc celles de la construction réflexive (comme je me lave). Il serait cependant erroné de parler de voix moyenne pour le français (d'autant plus que la tournure pronominale ne se limite pas à cette diathèse), sauf peut-être dans des cas tels que : Je me fume une cigarette ; je me fais une pause ; je me brosse les dents. dont la forme comme le sens se retrouvent d'ailleurs dans certains dialectes germaniques. Voir Bénéfactif.

Le moyen se rencontre principalement en grec ancien, sanskrit, islandais (ancien et moderne) et latin pour une faible part (celui-ci ayant transformé la diathèse moyenne en passif). Il est notable qu'historiquement l'indo-européen opposait l'actif au moyen et ne connaissait pas le passif, qui n'a été qu'un développement tardif, souvent à partir du moyen lui-même (comme en latin). Ainsi, en grec ancien le moyen et le passif sont identiques sauf à deux temps, futur et aoriste : c'est pour cela qu'on parle souvent de voix médio-passive. En sanskrit, le passif et le moyen ne se distinguent principalement qu'au présent ; ailleurs, c'est le moyen qui est utilisé pour signifier l'une ou l'autre voix. En islandais, enfin, les verbes moyens sont obtenus par la suffixation de -st (qui vient de -sk en vieil islandais, lui-même issu de sik, accusatif du pronom réfléchi « soi-même ») et ne sont pas hérités de l'indo-européen. Ils possèdent plusieurs valeurs, parmi lesquelles une valeur réfléchie (voire moyenne), réciproque, passive, ou perfective, entre autres. On le voit, on nomme « voix moyenne » une diathèse qui n'est pas forcément de valeur moyenne mais peut emprunter les valeurs des autres diathèses.

En outre, certains verbes des mêmes langues indo-européennes sont exclusivement conjugués au moyen ; on les nomme media-tantum (« seulement moyens ») ou encore déponents (ainsi nommé par les grammairiens latins parce que ces verbes de sens actif ou proche de l'actif ont abandonné (« deponere ») les désinences actives). S'il existe bien quelques verbes media tantum de valeur passive, dans la plupart des cas est moyenne, active ou intransitive. De plus, vu qu'en latin la diathèse moyenne est devenue passive, les media tantum qui ont conservé un sens moyen sont particulièrement notables.

Exemples : grec ancien : « je sacrifie pour moi » (valeur moyenne), « je gis » (media tantum de valeur intransitive), « je me bats » (media tantum de valeur intransitive) ; sanskrit : यज॑ते yájate « il sacrifie pour lui-même » (valeur moyenne), शेते॑ śéte « il gît » (media tantum de valeur intransitive) ; latin : inquinor « je me salis » (media tantum à valeur moyenne), uēlor « je me couvre » (media tantum à valeur moyenne), sequor « je suis » [suivre] (media tantum à valeur active) ; islandais : matast « manger » (valeur intransitive), sjást « être vu » (valeur passive), klæðast « s'habiller » (valeur moyenne), iðrast « se repentir » (media tantum), skjátlast « se méprendre » (media tantum) ; russe : « se mordre » (valeur intransitive), « s'embrasser » (valeur intransitive) ; tchèque půjčit si « emprunter » (valeur transitive) qui s'oppose à půjčit « prêter ».

Statif

Dans beaucoup de langues, la voix active ne se réduit pas aux verbes d'action, mais s'applique aussi à la morphologie des verbes d'état. Toutefois, dans certaines langues, il existe une voix spécifique pour ces derniers. C'est par exemple le cas en akkadien, qui peut former sur tout nom ou adjectif un statif (ou permansif) indiquant l'état impliqué par ce nom ou adjectif.. Le statif peut se former sur un adjectif verbal et aboutir ainsi à opposer un statif aux autres voix verbales. Le tableau qui suit présente la conjugaison comparée du présent actif du verbe akkadien parāsum « séparer » et du statif formé sur son adjectif verbal parsum « séparé »D'après ..

PersonnePrésent actifStatif Forme Sens Forme Sens sg.aparrasje sépare parsākuje suis séparé(e) sg. masc.taparrastu séparesparsātatu es séparé sg. fém.taparrasītu séparesparsātitu es séparée sg. masc.iparrasil/elle sépareparisil est séparé sg. fém.parsatelle est séparée pl.niparrasnous séparonsparsānunous sommes séparé(e)s pl. masc.taparrasāvous séparezparsātunuvous êtes séparés pl. fém. parsātinavous êtes séparées pl. masc.iparrasūils séparentparsūils sont séparés pl. fém.iparrasāelles séparentparsāelles sont séparées

Diathèses réduisant la valence Passif

Dans cette diathèse, l'objet patient devient sujet grammatical. C'est donc une thématisation du patient par inversion des actants.

Passif agentif

Cette diathèse est le plus souvent sentie comme secondaire par rapport à la voix active (qui serait un « degré zéro » d'expression) ; il s'agit de la transformation d'un énoncé actif, dans laquelle l'objet patient de l'actif devient le sujet patient (« sujet grammatical qui subit l'action »), tandis que le sujet acteur devient le complément d'agent du verbe.

Ce qui montre bien le caractère secondaire de cette diathèse dans certaines langues, c'est la possibilité de construire un énoncé passif agentif (à partir d'un verbe qui s'y prête) tout en créant une phrase qui « ne se dirait pas » de manière isolée ; prenons l'exemple du français : la choucroute est mangée par moi est un énoncé valide mais artificiel par rapport à je mange la choucroute. Une telle phrase ne se comprendrait que dans une situation où l'objet est déjà au centre d'un énoncé préalable, justifiant sa position de sujet d'un énoncé conséquent : « Qui a mangé la choucroute et le gâteau ? — La choucroute a été mangée par moi ».

Le verbe lui-même peut changer de forme dans les langues flexionnelles (il se met à la voix passive). Selon les langues, le complément d'agent est souvent introduit par une préposition : Actif : [A = actant¹ = sujet acteur] + [B = procès-verbal] + [C = actant² = objet patient] ; Passif : [C = actant¹ = sujet patient] + [B = procès-verbal] (+ [prép.]) + [A = actant² = d'agent]. Il est entendu que l'ordre dans lequel se suivent les actants dépend de la langue.

Exemples de transformation passive des énoncés précédents : français : la souris [sujet patient] est mangée [verbe au passif] par [prép.] le chat [complément d'agent] ; anglais : the mouse [sujet patient] is eaten [verbe au passif] by [prép.] the cat [complément d'agent] ; chinois : 老鼠 / lǎoshǔ [sujet patient] 被 / bèi [prép.] 貓 / māo [complément d'agent] 吃了 / chīle [verbe invariable]Il est nécessaire, en chinois, d'utiliser un verbe marqué d'une particule aspecto-temporelle (ici 了 [+ accompli]) quand la phrase est passive. La phrase vaut donc « la souris a été mangée par le chat ». L'ensemble 吃了 ne doit ainsi pas être considéré comme un verbe conjugué au passif mais un verbe à l'accompli. ; grec ancien : / [sujet patient : nomin.] / [verbe au passif] / [prép.] / [complément d'agent : cas oblique]Normalement, seuls les compléments d'agents représentant des personnes sont introduits par la préposition / (de même en latin pour la préposition ab). Ce cas est intéressant car il montre la grande proximité entre le complément d'agent et le complément circonstanciel de moyen ou de cause : on considère en effet en grec ancien et en latin que les compléments d'agents inanimés de verbes passifs ne prennent pas la préposition car ils sont en fait des compléments circonstanciels. Ainsi, un énoncé gréco-latin tel que « la maison est secouée par le vent » serait rendu par une phrase signifiant « la maison est secouée au moyen du vent », et un tel complément ne prendrait, de fait, pas de préposition. ; japonais : 鼠は / nezumi-wa [sujet patient] 猫に / neko-ni [complément d'agent + postposition] 食べられます taberaremasu [verbe au passif] ; latin : mus [sujet patient : nomin.] a [< ab prép.] fele [complément d'agent : cas oblique] editur [verbe au passif] ; xhosa : impuku [sujet patient] ityawa [verbe au passif] yikati [complément d'agent]Yikati est aussi utilisé pour exprimer « c'est le chat » ; -wa exprime la voix passive..