thumb|right|300px|Armes de l'enclave de Lado vignette|300px|Les murs de Dufile, occupée par les Belges de 1902 à 1907 vignette|300px|Carte de l'enclave de Lado

L'enclave de Lado ou enclave de Redjaf, parfois Soudan léopoldien, est un territoire qui fait actuellement partie du Soudan du Sud (essentiellement l'actuelle province d'Équatoria-Central) et de l'Ouganda, mais qui fut occupé de 1894 à 1910 par l'État indépendant du Congo. Le territoire comprenait notamment le site de l'actuelle capitale du Soudan du Sud, Djouba.

Histoire La région est historiquement habitée par les Lugbara, les KakwaMiddleton, p. 11, les BariGleichen, p. 79, et les Moru. Elle devint partie de la province Egypto-Ottomane d'Equatoria, et fut pour la première fois visitée par des Européens en 1841/1842, devenant un lieu de récolte de l'ivoire et un centre d'esclavageCanby, p. 497.. Lado, en tant que partie de la région de Bahr-el-Ghazal, se retrouva sous domination britannique, et Sir Samuel Baker mit en place une administration basée à Gondokoro. Il mit fin à l'activité locale de traite des esclaves et ouvrit la région au commerce"Sir Samuel White Baker" (2013) Columbia Electronic Encyclopedia, 6th Edition, 1.

Charles George Gordon succéda à Baker comme gouverneur d'Equatoria en 1874. Il choisit de fuir le climat inhospitalier de Gondokoro, et installa le centre administratif de la province plus au nord à un endroit qu'il appela LadoMiddleton, pp. 169–170, avec un urbanisme inspiré des cantonnements indiens, avec des rues courtes, larges et ombragéesGray, p. 108.. Gordon fit du développement économique local une priorité, avec des plantations de coton, de sésame et de durraCohen, p. 1660. Bien que plus de 300 soldats fussent cantonnés dans la régionGleichen, p. 235, ses efforts pour y renforcer le contrôle britannique furent vains, et il abandonna le poste de gouverneur, en 1876, ne laissant que quelques garnisons le long du fleuve pour assurer le contrôleFlint, p. 143.

Emin Pacha fut nommé son successeur. Il développa les installations de défense, modernisa la ville de Lado, y fonda une mosquée, une école coranique et un hôpital. En 1881, la ville comptait quelque (huttes de terre)Gray, pp. 140–141.

L'explorateur russe Wilhelm Junker parvint à Lado en 1884, fuyant la révolte mahdiste au Soudan, et rayonna dans la région pour ses explorationsMiddleton, p. 300. Junker vanta la ville de Lado, en particulier pour ses murs de brique et ses rues accueillantes. Sous le régime mahdiste de la région, Lado tomba en désuétude, et Rejaf accueillit un établissement pénitentaireGleichen, p. 262. Mais les récits de Junker alarmèrent l'opinion publique européenne de la précarité de la position d'Emin Pacha, coupé des communications vers le nord. Il fut évacué en 1889 par Henry Morton Stanley lors de son expédition de 1886 à 1889.

Visées et contrôle par l'État indépendant du Congo Par ailleurs, lorsque survint en 1881 au Soudan la révolte mahdiste contre l'occupation égyptienne, Léopold II de Belgique, souverain de l'État indépendant du Congo, vit là une occasion pour étendre ses territoires plus au nord jusqu'au Nil.

À partir de 1890, plusieurs expéditions furent montées pour occuper des territoires au nord-est du Congo. Guillaume Van Kerckhoven fut le premier à atteindre le Nil en 1891. La station de Ganda fut créée sur les bords du fleuve. Les Britanniques préférèrent négocier pour éviter que le territoire tombât aux mains de la France (la tension culmina avec la crise de Fachoda en 1898) et signèrent au nom de l'Égypte le Le traité portait également sur les limites, ou les moyens de les établir, de la botte du Katanga deux traités qui lui accordaient un territoire identifié sous le nom d’« enclave de Lado », comprenant le bassin du Nil au sud du parallèle de latitude nord, par laquelle l'on pouvait accéder par le Nil congolaisPakenham, pp. 525-526, et qui retournerait à la Grande-Bretagne à la mort de Léopold IIStenger, p. 277.Taylor, p. 53. En échange, Léopold s'engageait à céder une bande de terre entre les lacs lacs Albert et Tanganyika pour permettre le passage du chemin de fer Le Cap-Le Caire alors à construire. Le traité prévoyait également qu'au delà de l'enclave de Lado, l'entièreté du territoire de Bahr-el-Ghazal serait cédé à l'Etat indépendant du Congo. Les Britanniques estimaient qu'il faudrait longtemps avant que les Belges en puissent occuper effectivement le territoireEmerson, p. 194.

Les préoccupations françaises à propos des ambitions léopoldiennes en Afrique les amenèrent à conclure le traité franco-congolais de 1894, signé le , par lequel Léopold II renonçait à tout droit d'occuper un territoire au nord du parallèle 5° 30" nordIngham, p. 170. en échange de l'accord de propriété de Léopold sur la région de LadoCollins, p. 193. Cependant, Léopold n'eut pas les moyens de lancer une expédition vers la région avant 1896 ; « une expédition qui était sans nul doute la plus importante expédition que l'Afrique aurait vu au », dirigée par le baron Francis Dhanis. Le plan avoué était d'occuper l'enclave, avec comme réelle ambition d'atteindre Khartoum au nord, et de contrôler un territoire qui s'étendrait de l'océan Atlantique à l'océan Indien. Mais l'expédition se mutina en 1897 et tourna court.

Le territoire fut soustrait de la province soudanaise de Bahr el-Ghazal (la rivière des gazelles) et limité à la latitude 5° 30′ nord et à la longitude 30° est. Il s'étendait jusqu'à la rive ouest du Nil. Sa superficie était environ  km pour une population d'environ  personnes. Il comprenait la capitale Lado ainsi que Redjaf, port permettant l'accès vers l'aval du fleuve et qui fut le lieu de résidence des administrateurs coloniaux. Djouba, l'actuelle capitale du Soudan du Sud, sera établie entre ces deux localités, à proximité de Gondokoro. Dufile (actuellement en Ouganda, faisant face à Nimule), la place-forte construite par Emin Pacha en 1879, fut occupée à partir de 1902. Le poste le plus septentrional de l'enclave sur le Nil fut Kiro.

L'occupation effective n'intervint qu'en 1897. Louis Napoléon Chaltin s'établit durablement pour le compte de l'Etat indépendant du Congo à Bedden et à Redjaf, qu'il prit le Oliver & Sanderson, p. 331.Hill p. 99.. Chaltin ne put cependant aller plus au nord, malgré les instructions de pousser jusque Khartoum, ne disposant pas des moyens pour une telle expéditionDegefu, p. 39.. Il choisit dès lors de fortifier Lado (que les Mahdistes avaient abandonné)Gleichen, p. 279., RejafPakenham, p. 527., Kiro, Loka, et Yei.

En , l’occupation du territoire de Lado se complète d’une organisation qui la fait rentrer dans le cadre administratif de l’Etat Indépendant du Congo. Le gouverneur général Félix Fuchs crée par arrêté un office notarial, un bureau de l’état-civil et un conseil de guerre à LadoLa Belgique coloniale, 8-5-1898, numéro 19, p.225consulté, le 04-06-2025 .

En 1899, le Gouvernement britannique signifia qu'il estimait que l’État indépendant du Congo n'avait pas satisfait aux termes du traité de 1894, et qu'il n'y avait plus dès lors de revendication valable sur le territoire de Bahr-el-Ghazal. À l'époque de la signature du traité, l’État indépendant du Congo occupait Redjaf, et pouvait tacitement rester sur le territoire de l'enclave de Lado. « Bahr-el-Ghazal n'a jamais cessé d'être britannique, et toute extension de la sphère d'influence de l’État indépendant du Congo au delà des limites de l'enclave de Lado, sans autorisation du Gouvernement britannique, serait totalement injustifiable et considérée comme un acte de flibusterie»"The Foreign Situation", The Advertiser (Adelaide), 11 November 1899, p. 9..

En 1899, Léopold voulut annuler le traité franco-congolais afin d'étendre ses territoires plus au nord, mais les Britanniques s'y opposèrent, arguant de « sérieuses conséquences » si Léopold tentait d'étendre les limites de l'enclaveEmerson, p. 198..

En , des représentants de l'EIC furent découverts par une patrouille britannique dans des marécages au-delà des limites de l'enclave. Les autorités britanniques envisagèrent un moment une expédition militaire contre l'enclave en représaillesEmerson, p. 199..

Kiro était à l'origine un poste britannique, mais à la suite de la prise de possession de l'enclave, un nouveau poste fut établi a quelques kilomètres plus au nord, sur la rive ouest du Nil, également appelé Kiro. Cependant, en , il s'avéra que ce nouveau poste se situait également sur le territoire de l'enclave, et on le déplaça de l'autre côté à MongalaGleichen, p. 273. Les Britanniques occupèrent et fortifièrent rapidement ce nouveau poste, avec un inspecteur, un officier de police, deux compagnies du bataillon soudanais sous les ordres d'un officier britannique, ainsi qu'une canonnière qui fut attachée à ce portGleichen, p. 153.

En 1905, l'importance stratégique de l'enclave de Lado devint une évidence pour les Britanniques, qui envisagèrent alors d'échanger celle-ci contre une partie du Bahr-el-GhazalAscherson, p. 228. et décidèrent aussi de retirer leurs troupes des postes frontaliers. Ces postes furent directement occupés par les troupes de l’État indépendant du Congo, ce qui fut considéré comme « une sortie futile et désastreuse de Léopold dans son appétit pour des gains à terme. Ce qui eut pour conséquence immédiate une injonction ferme des Britanniques aux envahisseurs de se retirer vers le sud et une fermeture du Nil aux transports congolais »Ascherson, p. 230.

En , les Britanniques annulèrent leur proposition pour le Bahr-el-Ghazal. Léopold refusa de son côté d'évacuer la région avant que le chemin de fer promis entre l'enclave de Lado et la frontière congolaise fût construitThe Age, Congo Free State, 29 June 1906, p. 6..

L'enclave de Lado était importante pour l’État libre du Congo car elle comprenait Rejaf, qui constituait un obstacle et un terminus pour les navires sur le Nil, du fait de rapides importants à ce niveauHill, p. 330. Rejaf accueillit le siège administratif de l'enclave de 1897 à . Des efforts furent déployés pour défendre Lado d'une éventuelle incursion d'une autre puissance coloniale, avec notamment douze canons lourds Krupp installés en The Lado Enclave, The Mercury, 30 November 1906, p. 5.

Cependant, le devenir de l'enclave resta incertain du fait que celle-ci reviendrait aux Britanniques après la mort de Léopold, ce qui entrava son développement. Il en résulta une difficulté à créer un gouvernement effectif du territoireChristopher, p. 89.

Il y eut par ailleurs des rumeurs de traces d'or, qui retinrent un intérêt pour l'enclave au début du siècleWack, p. 291.

Incorporation du territoire au Soudan anglo-égyptien Le , à la suite de la mort de Léopold II de Belgique, le territoire devint officiellement une province du Soudan anglo-égyptien, dont le vétéran capitaine Chauncey Hugh Stigand fut nommé administrateurHill, p. 346.. En 1912, la partie sud du territoire fut cédée à l'Ouganda, à l'époque un protectorat britannique. En réalité cependant, après le décès de Léopold et le retrait de ses troupes, le Royaume-Uni négligea le territoire qui devint un no man's land"Review of 'Big Game Hunting in Central Africa", The Geographical Journal, vol. 77, no. 3, March 1931, p. 276.. Les chasseurs d'ivoire en profitèrent et tuèrent la quasi-totalité des éléphants de l'enclave, au nombre estimé de , ce dont ils tirèrent de grands profits.