Le trébuchet ou la perrièreLe Grand Robert : « Perrière. Machine de guerre à bascule et à contrepoids lançant des projectiles (principalement des pierres), au Moyen Âge. » est une arme de guerre de l’artillerie médiévale à bascule et à contrepoids lançant des projectiles. Il a été l'arme la plus puissante du , avant que les canons à poudre ne le remplacent. Par rapport à la catapulte romaine, le déplacement de l'axe au centre de gravité le rendait beaucoup plus précis et sans effet de ruade (« onagre »), mais la révolution était surtout l'emploi de la force de la gravité (chute de contrepoids pouvant atteindre 30 tonnes).

Il s’agit d’un engin de siège qui a été utilisé au Moyen Âge, soit pour détruire la maçonnerie des murs, soit pour lancer des projectiles par-dessus les fortifications. Il est parfois appelé « trébuchet à contrepoids » afin de le différencier d'une arme plus ancienne qu’on appelait « trébuchet à traction », une version primitive de l’engin où la force de propulsion était fournie par des hommes et non par un contrepoids.

Le trébuchet à contrepoids est apparu dans la première partie du , vraisemblablement sur le front des croisades, puisque des auteurs musulmans le qualifient d'« arme franque ». Il pouvait lancer des projectiles de trois cents livres () et les projeter à grande vitesse contre les fortifications ennemies.

Dans certaines circonstances, des cadavres infectés par différentes maladies ont été catapultés dans les villes dans le but de propager des épidémies parmi les assiégés, il s’agit d’une variante médiévale de la guerre biologique. Au cours des croisades, Richard Cœur de Lion a donné des noms évocateurs et pittoresques aux deux trébuchets utilisés au cours du siège de Saint-Jean-d'Acre en 1191 : et Neatorama - Trivia.. Les techniques de construction des trébuchets ont été perdues au début du . Des reconstitutions modernes ont été réalisées depuis le milieu du .

Les armes à contrepoids

Si le principe des engins à contrepoids est connu en Chine semble-t-il depuis le , et que sous la dynastie Song le Wujing Zongyao (1044) « Chinese Siege Warfare: Mechanical Artillery & Siege Weapons of Antiquity » by Liang Jieming . comporte des illustrations de telles armes montées sur roues, ou sur des bateaux utilisés principalement sur les rivières, il ne s'agissait que de petits engins, sans commune mesure avec les trébuchets à contrepoids mis au point au , capables d'entamer les murs d'une ville, qui furent l'arme de guerre la plus puissante avant que les canons à poudre ne deviennent vraiment opérationnels à la fin du . À proprement parler, ce sont ces derniers que la langue française appelle trébuchetTrébuchet sur le Cnrtl : « ca 1200 “machine de guerre qui lance des pierres pour abattre les murailles” (Renart [Roman de Renart], éd. E. Martin, XI, 2545) ». ou perrièrePerrière sur Le Robert..

Que la Chine n'eût pas ces trébuchets puissants est prouvé par le fait que, lors de la bataille de Xiangyang qui préluda à la réunification de la Chine, les Mongols ne l'ont emporté sur les Song en 1273 que par l'emploi d'engins fabriqués par des ingénieurs venus spécialement du Proche-Orient, qui construisaient un modèle d'origine « franque »A. C. Moule, Quinsay with other Notes on Marco Polo, Cambridge University Press, 1957, § 5. Saianfu, p. 70 sq. En particulier p. 72, citant Rashid al-din : « Avant cette époque (1270) il n'y avait pas de grand mangonneau franc au Cathay (Chine). De ce royaume (l'Iran) Talib, l'ingénieur en mangonneau de Baalbek et Damas, (alla là-bas et) avec ses fils Abubakr, Ibrahim et Muhammad, et ses employés, ils réalisèrent sept grandes perrières en vue de prendre la ville (de Xiangfan). »Étienne Quatremère, Histoire des Mongols de la Perse écrite en persan par Raschid-eldin, Paris: Imprimerie royale, 1836, p. 136, « Sous le règne de Koubilaï (voyez Raschid-eldin, fol. 260 v.; Mirkhond, v° partie, fol. 53), un ingénieur de Balbek vint s'établir au Khatai (Chine du Nord) avec ses enfants, et dressa sept machines de guerre d'une grande dimension, et semblables à celles qui étaient en usage chez les Francs ; on n'en avait point encore vu de pareilles an Khatai » (lire en ligne)..

L'usage du trébuchet, ou des « perrières et mangonneauxGeoffroi de Villehardouin, La conquête de Constantinople (1213), p. 43 : « ils (les Croisés en 1204) portèrent dans les bateaux (vénitiens) de perieres et de mangoniax plus de trois cents » ; p. 48 : « ils dressèrent lor perrieres et lor mangonials » ; id. p. 49, 92, 134, 135, etc. » est mentionné en France au .. Les croisades furent vraisemblablement l'occasion qui poussa à développer ce type d’armes de siège. Le trébuchet est une variante du mangonneau en ce sens que son contrepoids, appelé aussi huche, est articulé. Ceci lui confère de nombreux avantages, notamment en ce qui concerne l’équilibrage de l’arme. Le trébuchet nécessite également moins de servants pour le manœuvrer.

L’âge d’or du trébuchet se situe au . Il fut notamment utilisé pendant la croisade des Albigeois, comme l’attestent les fouilles faites à Carcassonne et au château de Montségur par exemple. Le roi d’Angleterre Édouard fit construire un modèle particulièrement grand qui servit au siège de Stirling en 1304 ; ce trébuchet de grande puissance fut surnommé le , « loup de guerre ».

vignette|upright=1.3|alt=trébuchet château castelnaud-la-chapelle|Trébuchet au château de Castelnaud-la-Chapelle.

On pense communément que le trébuchet pouvait tirer des boulets pesant jusqu'à environ 120 kilogrammes sur une distance d’un peu plus de 200 mètres. Il fallait qu'il eût une portée minimale de 150-200 mètres pour se tenir hors de portée des archers assiégés. Une machine de telles dimensions fut surtout employée comme arme de siège. Elle était pointée sur un point précis des fortifications ennemies qui étaient alors bombardées. Le trébuchet constituait également une arme de dissuasion efficace. En effet, il suffisait parfois que les assiégeants commencent à ériger une machine pour que certaines places fortes capitulent.

On développa également plus tard une variante du trébuchet, plus légèreLe trébuchet nécessitait vingt à trente minutes pour le réarmer entre deux tirs, l'ouverture d'une brèche dans la muraille nécessitant le plus souvent un à deux jours. et plus mobile, qui comportait deux contrepoids situés de part et d’autre de la verge et qui, de ce fait, portait le nom de couillard ou également de biffa.

Le trébuchet fut graduellement remplacé par l’artillerie à poudre jusqu'à la cessation de son emploi au cours du . Les deux systèmes d’armement cohabitent en effet pendant environ trois siècles puisque l’artillerie à poudre fut introduite vers le début de la guerre de Cent Ans opposant les Français aux Anglais, et lors du siège d’Orléans. Il faut dire qu'à l’époque, le trébuchet était d’un maniement plus simple et surtout moins dangereux que l’artillerie à poudre.

L’une des dernières utilisations du trébuchet en tant qu'arme de siège à avoir été consignée par écrit date de 1521. Étant à court de poudre à canon, Hernán Cortés fit monter un trébuchet lors du siège de la capitale aztèque Tenochtitlán. On rapporte qu'il ne servit qu'une fois, à cause d’une défaillance de conception qui causa sa propre destruction lors du premier tir. Les sources ne permettent pas de vérifier s’il s’agit réellement d’un trébuchet ou d’une catapulte.

Ces armes à contrepoids tombèrent dans l’oubli jusqu'à ce que Louis-Napoléon Bonaparte, futur , passionné du Moyen Âge en général et des armes de siège en particulier, tente la reconstitution d’une machine de siège en 1851. Il fait fabriquer l'engin et participe à sa conceptionDans la Chronique de mars-avril 1850 de la BEC (p. 389), où il est appelé mangonneau, donné comme synonyme de trébuchet. Dans .

La description du trébuchet par Viollet-le-Duc dans son encyclopédie médiévale telle que reproduite plus bas date également du .

Histoire

Le trébuchet dérive de la fronde antique. Une variante de la fronde, le fustibale, comportait une pièce de bois pour allonger le bras et exercer la force de propulsion sur un bras de levier plus grand. Cette évolution du trébuchet à traction qui vient des Chinois, consistait à regrouper un certain nombre de personnes pour tirer sur des cordes attachées à un bras de levier plus court alors qu’une fronde était fixée sur le bras long. Ce type de trébuchet est plus petit et présente une portée plus courte, mais c’est une machine plus facilement transportable et qui possède une cadence de tir plus rapide que les grandes machines, du type de celles qui fonctionnent avec un contrepoids. Le plus petit trébuchet à traction pouvait être animé par le poids et la force de traction d'une personne utilisant une seule corde, mais la plupart étaient conçus et dimensionnés pour être manœuvrés par 15 à 45 hommes, en général deux servants par corde. Ces équipes étaient parfois constituées d’habitants de la cité apportant leur aide pour le siège ou la défense de leur ville. Les trébuchets à traction avaient une portée de 100 à et pouvaient envoyer des projectiles dont le poids pouvait atteindre 250 livres. On pense que les premiers trébuchets à traction ont été utilisés par les mohistes en Chine dès le on peut en trouver des descriptions dans le Mo Zi (compilé au ).

Le trébuchet à traction est ensuite apparu à Byzance. Le Strategikon de Maurice , composé à la fin du mentionne des « balistes utilisables, dans les deux directions» (Βαλλίστρας έκατηρωθεν στρεφόμενας) et il s’agit probablement de trébuchets à traction (Dennis, 1998, ). L’ouvrage intitulé Miracles de saint Demetrius, composé par Jean I, archevêque de Thessalonique, décrit clairement les trébuchets à traction de l'artillerie avaro-slave : « Suspendues à l'arrière de ces pièces de bois il y avait des frondes et à l'avant de solides cordes, au moyen desquelles, en tirant vers le bas et en libérant la fronde, ils propulsent les pierres vers le haut et avec un grand bruit »Jean I 597 1:154, éd. Lemerle 1979).

Il existe un doute sur la période exacte à laquelle les trébuchets à traction ont été connus et utilisés en Scandinavie. Les Vikings les ont peut-être connus à un stade très précoce, comme le rapporte le moine Abbo de Saint-Germain dans son épopée De bello Parisiaco datée de 890, à propos du siège de Paris (885 – 887), où des machines de guerre auraient été utilisées. Une autre source mentionne que les Normands ou les Scandinaves auraient utilisé des machines de guerre lors du siège d'Angers, en 873.

La première trace écrite de trébuchets à contrepoids se trouve probablement chez Anne Comnène, historienne byzantine (1120), qui évoque l'usage lors du siège de Nicée, en 1097, d'engins d'un modèle non ordinaire qui ont beaucoup surprisAlexiade, Livre 11, en ligne.. Plus tard, dans son manuel militaire écrit vers 1187 pour Saladin, al-Tarsusi distingue et décrit succinctement les trébuchets arabes, persans ou turcs, et européens (rûmî), pp. 255-256 ; Bradbury réfère à al-Tarsusi sous le nom de Mardi ibn Ali. , et en donne des croquis schématiques ; il dit que certains avaient la même puissance de propulsion qu’une machine à traction tirée par cinquante hommes, « en raison de la force constante [de la gravité], alors que les hommes n’ont pas tous la même force de traction » Scott Farrel, Arms and men : the trebuchet, 9/5/2006.. Il dit aussi qu'il fallait une douzaine de jours pour construire ces machines suivant la taille de la structure. Dufour reproduit d'autres dessins du Moyen Âge, plus précis.