vignette|redresse=1.4|Statue représentant le monstre du Loch Ness dans le musée de Drumnadrochit (Écosse). vignette|Les moines ou évêques de mer, étaient probablement des calmars géants mourants ou décomposés ou des pinnipèdes.
La cryptozoologie (du grec ancien , « caché », , « animal », et , « étude », soit « étude des animaux cachés ») désigne la recherche des animaux dont l'existence ne peut pas être prouvée. Ces formes animales sont appelées cryptides. Ce domaine est majoritairement considéré comme une pseudoscience par la communauté scientifique, ses pratiquants liant inégalement leurs recherches à la méthode scientifique ou à des théories réfutées par la science.
Définition Le terme a été inventé par le biologiste écossais Ivan T. SandersonBernard Heuvelmans, Histoire des bêtes ignorées de la mer, Le Grand Serpent de mer. Le problème zoologique et sa solution. 1965, Librairie Plon. Bernard Heuvelmans, docteur en sciences d'origine belge, la décrit comme . Lorsque la recherche porte sur des animaux anthropomorphes « cachés » tels que le yéti, on parle plus spécifiquement de cryptoanthropologie.
Pour le cryptozoologiste , l’étude est consacrée à la découverte de créatures qui ne sont pas officiellement reconnues et répertoriées par la science moderne. Coleman ajoute que les cryptides peuvent aussi être des créatures que l’on pensait éteintes, mais qui peuvent encore exister maintenant. En 2004, l'auteur Chad Arment, dans son manuel de cryptozoologie, Cryptozoology: Science & Speculation, et dans une tentative de rendre la cryptozoologie acceptable pour la communauté scientifique, décrit ce domaine comme n'étant pas l’étude du paranormal, et qu'elle fait partie de la même science qui a conduit à la confirmation de l’existence d’animaux réels comme l’okapi et le gorille des montagnes, autrefois perçus comme des êtres fantaisistes. En 2015, Lorenzo Rossi, se présentant comme disciple de Heuvelmans, définit la cryptozoologie comme l'étude et la recherche d'animaux non encore officiellement répertoriés, mais néanmoins signalés par des témoins, et dont l'existence controversée repose sur des éléments considérés comme insuffisants par la communauté scientifique des zoologues.
Selon le Grand dictionnaire terminologique, c'est à la fois une , et une . Il n'existe aucune formation universitaire, ni aucun institut scientifique officiel de cryptozoologie.
Approche scientifique ou pseudoscientifique ? La cryptozoologie est considérée comme une pseudoscience par une grande partie de la communauté scientifique, car s'appuyant en grande partie sur des témoignages invérifiables, et défendant l'existence de créatures ne reposant sur aucune preuve. Par ailleurs, la disproportion entre la masse de témoignages et d'informations réunies sur certains des cryptides, et la rareté, voire l'absence de preuves concrètes est marquante. Dans de nombreux cas, le recours à l’interdisciplinarité n'est utilisé que pour tenter de démontrer les interprétations des cryptozoologues. De plus, lorsque les éléments en présence démentent l'existence des cryptides, les cryptozoologues refusent généralement d'admettre leurs erreurs ou d'envisager d’autres possibilités, ce qui est une entorse au principe de vérification et de réfutation des hypothèses.
Cette vision de la cryptozoologie en tant que pseudoscience est critiquée par certains cryptozoologues, car contrairement à d'autres pseudosciences comme l'astrologie ou la cartomancie, la cryptozoologie n'est pas en contradiction avec les lois de la physique, et serait basée sur des faits : l'inventaire de la faune terrestre est inachevé, la découverte de grands animaux est toujours possible, les grands animaux nouvellement décrits ne sont généralement nouveaux que pour les zoologistes, car étant souvent déjà connus depuis longtemps des autochtones, des animaux considérés comme éteints (appelé ici Taxon Lazare) peuvent être redécouverts (comme la sous-espèce de l'Hippotrague noir géant, qui ne fut pas observée durant de nombreuses années avant d'être redécouverte), et la découverte de beaucoup de grands animaux s'est souvent étalée sur des années, voire des décennies ou des siècles. Un grand nombre de connaissances humaines, même acceptées ou irréfutablement vraies, notamment en physique, en astronomie ou en histoire, ne reposent que sur des preuves circonstancielles et non autoscopiques, les preuves autoscopiques n'étant pas toujours fiables (le cas célèbre de l'homme de Piltdown, basé sur un crâne qu'on crut appartenir à une espèce d'hominidé inconnue, mais étant en réalité un canular très réaliste en est un exemple). Selon Heuvelmans, la cryptozoologie consiste avant tout en des recherches extensives, dans le but d'obtenir le plus d’informations possible sur des cryptides, en s’appuyant sur les sources les plus diverses (et notamment la « démythification » de la mythologie et du folklore), dans le but d'arriver à des hypothèses scientifiques pour expliquer les témoignages, d'exclure d’éventuels canulars, et de permettre une description officielle et donc une protection plus rapide d'animaux pour l'instant « cachés » (Heuvelmans était notamment convaincu de l'existence d'hommes sauvages qui étaient selon lui en voie d'extinction ), censés rejoindre à terme le domaine de la zoologie, si possible sans qu'il y ait besoin de tuer un spécimen pour prouver définitivement l'existence de son espèce.
Toutefois, du fait de l'absence d'une méthode ou d'une formation homogène sur ce domaine, les cryptozoologues n'ont pas tous la même approche : certains tentent d'étudier les cryptides avec une approche scientifique, tandis que d'autres (majoritaires) expriment ouvertement leur hostilité envers la communauté scientifique, et associent parfois la cryptozoologie à l'ufologie, l'étude de divers phénomènes paranormaux, voire le créationnisme. Certains des cryptozoologues les plus connus ont suivi une formation de zoologiste, notamment Heuvelmans, Sanderson et Magraner. D'autres ont suivi des cursus différents, comme Mackal (en) (biochimiste), Porchnev (historien) ou Koffman (chirurgienne), mais une grande partie des investigations ont été menées par des amateurs passionnés, mais peu familiers avec la méthode scientifique. Aussi, de nombreux facteurs - les nombreux canulars, l'importante médiatisation de certains cryptides notamment américains (Bigfoot, Chupacabra, Mothman), ainsi que leurs appropriations par la culture de masse - ont contribué à donner à la cryptozoologie une réputation de « chasse aux monstres ».thumb|D'un point de vue cryptozoologique, cette tête de serpent à plumes de Teotihuacan pourrait suggérer que l'Homme aurait pu rencontrer des dinosaures vivants en Amérique du Nord, bien qu'il soit également possible que les Amérindiens aient découvert des fossiles qui ont inspiré leurs mythes, ou encore que ces mythes n'aient aucun lien avec un animal existant ou disparu.
Méthodes de la cryptozoologie
Travaux et catégorisations
Heuvelmans a consacré une grande partie de sa vie à chasser des formes animales encore inconnues. Auteur de Sur la Piste des Bêtes ignorées (deux tomes publiés en 1955), il a déposé en 1999 l'entièreté de sa documentation et de ses archives au Musée de zoologie de Lausanne, .
Selon Heuvelmans, il existe trois types de preuves :
les preuves « autoscopiques », que tout le monde peut voir (empreinte de pied, poils, plumes, corps, etc.) ; les preuves « testimoniales », fondées sur des témoignages ; et les preuves « circonstancielles », c'est-à-dire des indices concomitants.
Dans sa méthodologie, la cryptozoologie peut faire appel à diverses disciplines, comme la zoologie, la paléontologie et la paléoanthropologie, mais aussi la psychologie, l'ethnologie, l'écologie, l'histoire, l'étude de la mythologie et du folklore, voire la police scientifique. Elle n'inclut pas la recherche de plantes hypothétiques, qui possède sa propre forme, la cryptobotanique.
Le sujet d'étude de la cryptozoologie, c'est-à-dire les animaux « inconnus », aussi appelés cryptides, se décline selon le cryptozoologue Michel Raynal en cinq catégories qui, parfois, se complètent l'une l'autre :
des animaux connus uniquement par tradition ou traces dans la mémoire collective des autochtones, sous forme de légendes ou de contes, voire à travers certaines représentations dans les graphiques. Il est à noter que dans plusieurs régions d'Europe, le loup et l'ours, animaux répertoriés dans la zoologie contemporaine, ont disparu et n'existent donc plus qu'au travers de leurs représentations culturelles (anthropozoologie) ; des animaux connus uniquement par témoignages visuels, auditifs, voire tactiles ou olfactifs ; des animaux connus par une empreinte matérielle (comme une trace de pied) ; des animaux connus par un ou plusieurs éléments anatomiques (fragments de squelette, poils, écailles, traces de sang, etc.) ; et des animaux connus au travers d'un dit spécimen complet, vivant ou mort, mais généralement non-identifiable.
Le champ d'étude de la cryptozoologie s'étend ainsi à toute créature vivante non identifiée, pour autant qu'elle ait laissé une trace dans l'esprit humain. Ainsi, les insectes, à quelques exceptions près, n'en font pas partie, car trop petits pour avoir frappé les esprits. Selon Raynal, les découvertes fortuites d'animaux officiellement décrits ne font pas partie de la cryptozoologie.
Chad Arment décrit quant à lui quatre type de cryptides :
des animaux qui ne ressemblent en rien à des animaux connus, disparus ou encore vivants ; des animaux qui ressemblent fortement à des espèces considérées éteintes ; des animaux qui apparaissent en dehors de leur aire de répartition connue ; et au sein d’une même espèce, les individus dont le phénotype se démarque (comme la taille (gigantisme et nanisme), la couleur (albinisme, mélanisme) ou encore la forme due à diverses mutations).
Cependant, les deux derniers types définis par l'auteur ne sont pas ou peu considérés, à la fois par le public, les cryptozoologues et les scientifiques, comme pouvant être éligibles en tant que catégories de cryptides, puisque ces dernières incluent des créatures ou espèces d'animaux déjà connues de la science, qu'on sait actuellement vivantes de manière certaine, et de simples formes et comportements que les individus de ces dernières peuvent arborer via des phénomènes biologiques ou comportementaux également connus de longue date par les scientifiques.
Étude des mythes Selon Heuvelmans, l'étude des mythes et du folklore est l'un des aspects les plus importants de la cryptozoologie. Selon lui, les monstres de l'inconscient collectif seraient les résultats d'un « mécanisme de défense de notre intégrité psychique face à l'agression de l'inconnu ». Les mythes étant stéréotypés, souvent exagérés et souvent eux-mêmes altérés, mais toujours au moins basés sur quelque chose de vrai, l'étude de ces derniers pourrait fournir des indices sur d'hypothétiques créatures ayant pu les inspirer.
Le zoologue Guillaume Lecointre .
Ainsi : des tentacules flottants de calmar géant (Architeuthis) pouvaient être interprétés comme des serpents de mer géants ou des restes de kraken ; des restes ou des observations de régalecs, grands et longs poissons abyssaux proches des harengs, ou de serpents marins actuels ont en partie engendré les nombreuses légendes de serpents de mer (dont la taille a souvent été exagérée) ; des tourbillons associés à des céphalopodes géants ont pu donner le mythe de Charybde avalant l'eau et la recrachant sur les navires, et de Scylla aux nombreux bras qui saisissent les marinsBernard Heuvelmans, Sur la piste des bêtes ignorées, Paris, Plon, 1955 ; des fossiles marins en montagne ont pu donner lieu aux récits de déluges ; des ammonites (Ceratitida) à enroulement incomplet ont été comprises comme des cornes de béliers géants ;